Prix Irène Joliot-Curie 2017 : trois femmes de science récompensées

Prix IJC 2017

Pour la 16e édition du prix Irène Joliot-Curie, le Jury présidé par Catherine Cézarsky, membre de l’Académie des sciences, a choisi de distinguer les trois femmes de science suivantes : Nathalie Palanque-Delabrouille, Hélène Morlon et Aline Gouget.

Actualité - 20.11.2017

Le Prix Irène Joliot-Curie

Créé en 2001 par le ministère en charge de la Recherche et soutenu depuis 2004 par Airbus, le Prix Irène Joliot-Curie est destiné à promouvoir la place des femmes dans la recherche et la technologie en France. A cette fin, il met en lumière les carrières exemplaires de femmes de sciences qui allient excellence et dynamisme.

Depuis 2011, l'Académie des sciences et l'Académie des Technologies sont chargées de constituer le jury.


Nathalie Palanque-Delabrouille, « Femme scientifique de l'année »

Cette catégorie récompense une femme ayant apporté une contribution remarquable dans le domaine de la recherche publique ou privée et dont les travaux sont reconnus tant au plan national qu’international. La lauréate de cette catégorie reçoit une dotation de 40 000 €.

Le prix est décerné à Nathalie Palanque-Delabrouille, pour ses travaux de recherche sur l’amélioration de la connaissance de l’Univers. Le prix lui a été remis par Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. 

> Lire le discours de Frédérique Vidal



Nathalie P

Docteure en Cosmologie après une thèse effectuée au CEA en cotutelle entre l’Université de Chicago et l’université Paris 7 Denis-Diderot, Nathalie Palanque-Delabrouille consacre son travail de recherche à l’amélioration de la connaissance de l’Univers, de son histoire, de sa composition, en travaillant tout d’abord sur l’expérience EROS pour la recherche de matière noire dans la galaxie, en observant des millions d’étoiles durant des années avec un télescope au Chili, puis sur ANTARES pour décrypter les phénomènes les plus violents du Cosmos, en observant la trace de neutrinos cosmiques au fond des océans, ou encore sur l’expérience SNLS en tirant profit d’explosions d’étoiles en supernovae à des milliards d’années-lumière, pour étudier les propriétés de l’énergie noire qui, à peine découverte, a révolutionné la cosmologie, ou enfin SDSS et son successeur DESI pour sonder plus finement les principales mais énigmatiques composantes de l’Univers que sont matière et énergie noires, à partir de la cartographie des galaxies et des filaments d’hydrogène dans l’Univers.

Pour chacun de ces projets, Nathalie Palanque-Delabrouille a pris en charge une facette du projet dans son intégralité, de la R&D ou stratégie observationnelle jusqu’à publication des résultats. Sa contribution à cette discipline apparaît à travers 230 publications totalisant environ 18000 citations. Son travail de recherche est reconnu internationalement, comme en témoignent les distinctions qu’elle a reçues : le prix Lavoisier du ministère des Affaires étrangères en 1992, le prix Saint-Gobain de la Société Française de Physique récompensant un jeune scientifique en 1997, le prix Thibaud de l’Académie des Sciences de Lyon pour ses contributions en cosmologie et astroparticules en 2010...

En 2009 elle est nommée expert senior au CEA en astroparticules et cosmologie, puis expert directrice de recherche au CEA en 2014.

En parallèle, Nathalie Palanque-Delabrouille s’investit fortement dans la communication (une dizaine d’interventions par an), à la fois par des activités d’enseignement à tout niveau et par des actions variées vers le grand public.

Elle a parrainé en 2008 le festival international du film scientifique Pariscience, participé à la rédaction d’un ouvrage sur la matière noire paru aux éditions du Pommier, rédigé un livre sur les nouveaux messagers du cosmos paru aux éditions du Seuil et couronné du prix du livre d’astronomie 2012.

Elle fait également partie depuis 2004 du comité scientifique du festival d’astronomie de Fleurance qui rassemble tous les ans pendant une semaine une centaine d’experts scientifiques et des milliers d’amateurs passionnés.

Enfin, elle est engagée dans la valorisation des femmes dans la recherche, en encourageant les collégiennes, lycéennes et étudiantes à poursuivre des filières scientifiques, en contribuant à des actions de médiatisation en tant que scientifique féminine, et par des actions visant à la promotion des femmes en astrophysique.



Hélène Morlon, lauréate de la catégorie « Jeune Femme scientifique »

Cette catégorie met en valeur et encourage une jeune femme qui se distingue par un parcours et une activité exemplaires. La lauréate de cette catégorie reçoit une dotation de 15 000 €.

Le prix est décerné à Hélène Morlon pour ses travaux sur la modélisation de la biodiversité. Le prix lui a été remis par Pierre Joliot, biologiste, professeur honoraire au Collège de France, membre de l'Académie des sciences et fils d’Irène Joliot-Curie. 



HeleneMorlon

Mathématicienne de formation, Hélène Morlon est titulaire d’un DEA écologie-évolution. Après une thèse principalement expérimentale en écotoxicologie soutenue en 2005, elle part en post-doctorat aux Etats-Unis et commence à y développer les thématiques de recherche qui l’animent encore aujourd’hui : la modélisation de la biodiversité. Elle développe des modèles novateurs qui, appliqués à de larges jeux de données empiriques (en particulier les arbres phylogénétiques des espèces actuelles), permettent de comprendre les différents facteurs écologiques et évolutifs qui façonnent l’évolution à long terme (sur des millions d’années) de la biodiversité. Elle s’intéresse en particulier aux facteurs influençant la diversification des espèces (spéciation et extinction) et leur évolution phénotypique.

En 2010, elle intègre le CNRS, au Centre de Mathématiques Appliquées de l’Ecole Polytechnique, et forme une équipe de jeunes chercheurs grâce à l’obtention d’une bourse « ANR Chaire d’Excellence ». Son équipe y développe notamment des modèles permettant de tester comment les variations environnementales du passé ont affecté la diversification (spéciation et extinction) des espèces et démontre comment des différences de diversification des espèces en zone tropicale et tempérée contribuent à la forte richesse en espèces des régions tropicales. En 2014, elle obtient un financement ERC « consolidator » et se classe première au concours de création « Jeunes Equipes » de l’Institut de Biologie de l’ENS (IBENS), ce qui lui permet d’y développer son équipe autour du projet ERC. Elle est également lauréate de la médaille de bronze du CNRS en 2015.

Parallèlement à ses activités de recherche, Hélène Morlon a une activité d’expertise soutenue : elle est éditeur dans trois journaux à fort facteur d’impact (PloS Biology, Ecology Letters, et Systematic Biology), et reviewer pour les grands journaux ainsi que pour l’ERC et l’ANR. Elle est également impliquée dans le développement d’un outil de visualisation en ligne de l’arbre du vivant (http://www.onezoom.org/). Hélène Morlon s’efforce également d’encourager et valoriser les femmes dans la science, notamment en accueillant dans son groupe de recherche des jeunes femmes et en les préparant au mieux au métier de chercheur. Depuis 2010, elle a ainsi accueilli 3 étudiantes en master, 5 étudiantes en thèse et une chercheuse en post-doctorat.



Aline Gouget, lauréate de la catégorie « Femme, recherche et entreprise »

Cette catégorie récompense une femme qui a développé des innovations scientifiques et/ou techniques dans une fonction de recherche & développement en travaillant au sein d'une entreprise ou en contribuant à la création d'une entreprise. La lauréate de cette catégorie reçoit une dotation de 15 000 €.

Le prix est décerné à Aline Gouget pour ses travaux en cryptographie avancée et leur application industrielle. Le prix lui a été remis par Guillaume Faury, Président d’Airbus Helicopters. 



Aline GougetTitulaire d'une maîtrise de mathématiques pures et d'un DEA d'informatique théorique, Aline Gouget conjugue depuis 15 ans recherche, start-up et entreprise. Elle se passionne très vite pour la cryptologie et effectue ses premiers travaux de recherche au sein de l'équipe « Algorithmique » du laboratoire GREYC de l'Université de Caen sur les applications en cryptographie à clé secrète. Pendant sa thèse, le cadre de ses travaux de recherche s'élargit à de nouvelles primitives cryptographiques pour le chiffrement symétrique, ce qui lui permet de déposer son premier brevet.

Après sa thèse, Aline Gouget rejoint le laboratoire de sécurité des services et des réseaux de France Télécom R&D (Orange) pour 18 mois de post-doctorat. Elle y travaille sur la conception de la solution de chiffrement à flot Decim, dans le cadre d'un projet collaboratif financé par l'Agence Nationale pour la Recherche. Ce mécanisme de chiffrement a été soumis à la compétition européenne eStream et il est aujourd'hui inclus dans le standard international ISO/IEC 18033-4 :2011.

En 2006, elle rejoint en tant que spécialiste en cryptographie le laboratoire de sécurité de G e m a l t o, où elle consacre une partie significative de son temps à des activités de recherche, notamment sur la protection des systèmes de chiffrement contre les attaques par canaux auxiliaires, ainsi que sur la cryptographie à clé publique. Elle contribue également à des projets de R&D directement liés à des produits G e m a l t o, notamment en concevant un émulateur logiciel du système de chiffrement à flot de Mifare Classic, solution permettant de payer dans les transports publics

En 2009, Aline Gouget participe à la création de « Crypto Experts », start-up spécialisée dans le conseil et la recherche de solutions innovantes en sécurité et en cryptographie. Elle contribue au dépôt de trois brevets d'invention dans le domaine du chiffrement spécifiquement adapté à la distribution de contenus. Après deux années consacrées à cette start-up, elle réintégre G e m a l t o afin de participer à un projet stratégique pour le groupe et elle y partage son temps entre des projets opérationnels et des projets d'innovation.

Depuis 2013, elle est responsable des activités de cryptographie avancée au sein de ce laboratoire de sécurité. Elle travaille également sur des sujets d'anticipation, comme la cryptographie quantique, la cryptographie post-quantique ou le chiffrement homomorphe.

Pour Aline Gouget, il est essentiel de cultiver la parité dans les domaines scientifiques en rendant plus concrets les métiers auxquels peuvent conduire des domaines d'étude comme les mathématiques. Elle a ainsi récemment participé à « G e m a l t o Connected Girls », organisé par le réseau féminin « G e m a l t o Connected Women » dont elle est membre. Elle est également membre du réseau Elles bougent et participe à des tables rondes avec des lycéennes de la région parisienne. Elle continue à partager ses connaissances par le biais de publications, au cours de conférences, d'évènements industriels ou en dispensant des cours à l'université de Caen.



1ère publication : 20.11.2017 - Mise à jour : 21.11.2017

Dossier de presse

DP IJC 2017

Remise des prix

Qui était Irène Joliot-Curie ?

Fille des physiciens Marie et Pierre Curie, Irène Joliot-Curie est née à Paris en 1897.

Elle travaille avec sa mère à l'Institut du Radium à Paris avant de se spécialiser en physique nucléaire avec son mari Frédéric Joliot.

En 1935, tous deux reçoivent le prix Nobel de chimie pour leur découverte de la radioactivité artificielle.

En 1936, Irène devient membre du gouvernement du Front Populaire en tant que sous-secrétaire d’Etat à la recherche scientifique. Elle participe aussi à la création du Commissariat à l'énergie atomique. Elle y occupe la fonction de commissaire durant six ans.

Tout au long de sa vie, Irène Joliot-Curie a oeuvré pour donner aux jeunes et en particulier aux jeunes filles toute leur place dans la recherche et les carrières scientifiques, par le biais notamment d’émissions de radio. Elle déclarait ainsi, en 1938 : « sans l’amour de la recherche, le savoir et l’intelligence ne peuvent vraiment faire un savant ».

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