La Ministre

Voeux de Frédérique Vidal à la communauté de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation

Voeux F. Vidal 2018

Frédérique Vidal a présenté ses voeux à la communauté de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation jeudi 25 janvier 2018.

Discours - 1ère publication : 28.01.2018 - Mise à jour : 1.02.2018
Frédérique Vidal




SEUL LE PRONONCE FAIT FOI


C’est avec un immense plaisir que je vous présente pour la première fois mes vœux dans un lieu en parfait accord avec les espoirs et les convictions qui m’animent en ce début d’année.

Comment exprimer mieux que dans ce théâtre où toute l’année se croisent artistes et conférenciers mon attachement au dialogue des hommes, des pratiques et des savoirs ?

Gabrielle Roy disait : Le matin est une heure de décision, d’élan, d’enthousiasme, qui rend à l’homme la fraîcheur de sa volonté, un début de voyage.

Cette impulsion, c’est celle que j’ai décidé de mener avec vous pour l’Enseignement supérieur. Ce mouvement, c’est aussi celui de la science et de la recherche qui doit s’affirmer comme moteur du progrès individuel et social. Cette audace, c’est l’innovation, qu’il faut susciter, accompagner.

Cet enthousiasme, c’est celui qui m’amène à vous proposer aujourd’hui un pari, comme fondement d’un projet de société ouvert et mobile, capable de se transformer à chaque fois que l’inconnu cède du terrain.

Ce pari, il appartient à la communauté de la recherche et de l’innovation de le faire vivre.

Pour paraphraser Apollinaire, je dirais qu’il est grand temps de rallumer les étoiles. C’est d’abord redonner tout leur lustre aux lumières de l’esprit et les replacer au centre de la société.

C’est le paradoxe de l’évidence de s’imposer d’abord au regard pour mieux se laisser oublier ensuite. La connaissance n’est jamais acquise. C’est une matière vivante qui peut croître ou dépérir.

Ce nouveau monde, c’est celui qui nous apparaît dans toute sa vulnérabilité, avec ses fragilités, c’est un monde en mouvement, un monde irrésolu, qui ne tend pas vers un avenir prédéterminé. L’imprévisible a un envers, l’infini des possibles.

Trouver sa place dans ce monde, c’est entrer dans la danse et être toujours en mouvement.

Ni la tradition, ni l’utopie ne valent de se laisser méduser. Car le progrès doit se penser désormais dans l’élan, comme un projet en devenir, modulable, dynamique, incarné dans les femmes et les hommes qui s’engagent. C’est au fil des actes que nous posons, des choix que nous opérons, des renoncements que nous faisons parfois que se dessinera le progrès vers lequel nous tendons.

Cela ne doit pas nous effrayer, c’est une chance d’accueillir l’inédit, l’improbable. Bien sûr, penser dans le mouvement nous entraîne dans une révolution culturelle et intellectuelle. Désormais, la pensée se déploie en réseau, on anticipe les interactions.

La transformation de l’imprévu en opportunités de progrès et d’épanouissement repose sur deux conditions : la création de la connaissance et sa transmission. Car c’est la connaissance qui alimente notre créativité et notre audace. Elle permet à la société de s’animer. Sur la notion de transmission, permettez-moi de citer Marcel Gauchet : la relation entre maître et disciple mobilise le don. Le maître est celui qui donne, gratuitement, sans que rien ne l’y oblige, et qui donne non seulement du savoir mais de lui-même, c’est la particularité de son don. Il s’y implique, il fait don de ce qu’il a appris. Le disciple est celui qui sait qu’il a la chance de recevoir. Il peut trouver l’énergie de donner à son tour afin de rendre ce qu’il a reçu. Cela peut se faire au travers de l’Enseignement, ou de l’innovation. Faire de la connaissance et de sa transmission le pilier du progrès individuel et collectif, c’est faire de notre communauté de l’Enseignement le garant de l’avenir.

Cela nous donne une immense responsabilité. Car ce qui se joue, c’est la confiance, et c’est aussi cela rallumer les étoiles, redonner de l’espoir.

Nous le savons, la confiance, c’est malheureusement un mot galvaudé, qui suscite beaucoup de défiance, surtout quand c’est un membre de la classe politique qui le prononce. Je suis convaincue que nous avons les moyens, le gouvernement et la communauté de l’Enseignement supérieur, de tenir nos promesses vis-à-vis de la société.

C’est ce que le gouvernement a fait en augmentant le budget de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation en 2018 de 707 millions d’euros.

En mobilisant le grand plan d’investissement à hauteur de 1,5 milliards d’euros pour la transformation de l’Enseignement supérieur. Le gouvernement fait le pari de la connaissance en délivrant un message : c’est sur le savoir que repose l’avenir de notre pays.

C’est une marque de reconnaissance pour tout ce que la communauté a déjà accompli, mais aussi un geste qui nous oblige à la réussite et au progrès du savoir.

Voilà les questions qui s’offrent à nous : comment bâtir la société de la connaissance ? Comment gagner la confiance de la société ? En tenant nos promesses tout d’abord. Parce qu’il a lié démocratie, notre pays a inscrit l’école au cœur de la promesse républicaine.

Nos citoyens attendent beaucoup de l’école. L’école suppose une formation tout aussi ambitieuse de ses enseignants, c’est pourquoi la formation des professeurs doit se nourrir des meilleures  pratiques de terrain.

Il est indispensable de poursuivre cet équilibre en tenant la même estime en la formation théorique et la pratique professionnelle.

L’Enseignement supérieur concentre toutes les attentions, tous les espoirs. Si j’ai engagé cette année la réforme du premier cycle, c’est pour respecter deux engagements républicains : la démocratisation de l’Enseignement supérieur, et l’émancipation par le savoir. Pour restaurer la confiance de la société, il était pour moi essentiel de commencer par vous démontrer à quel point vous aviez ma confiance. C’est pourquoi j’ai souhaité construire ce projet de réforme avec vous, en menant une large concertation, mais aussi en puisant dans les nombreuses initiatives que vous avez menées dans vos établissements.

Les hommes et femmes de terrain ont souvent une longueur d’avance sur la politique, mais les politiques fixent un cap.

Il y a la nécessité de créer des complémentarités entre l’individu et l’institution, cette transmission, avec cette exigence, et sa mission pour trouver des réponses aux attentes de la société. La diversité des étudiants, de leurs projets se reflètera désormais dans la personnalisation de leur parcours, plus ou moins rapide, plus ou moins direct, fait de détours, parfois par l’étranger, par l’engagement associatif,... Prendre en compte la pluralité des étudiants est essentiel.

Imaginer des dispositifs susceptibles de permettre aux apprenants de s’approprier des savoirs tels qu’ils sont dignes d’être transmis. L’équité à laquelle j’aspire repose sur la volonté de comprendre les gens. L’équité vise à promouvoir la justice, mais l’égalité est atteinte que si tous les gens partent du même point de départ. Nous savons que ce n’est pas le cas.

Il n’est pas juste de parler de mérite, d’engager les étudiants à devenir pleinement acteurs de leur réussite si les conditions d’équité d’entrée à l’université ne sont pas rétablies.

Pour la rétablir, cela passe par l’information.

Disposer des mêmes chances de réussite, c’est aussi ne pas être davantage entravé que ses pairs par la maladie.

Favoriser l’accès aux soins, l’accès au logement, aux aides sociales, en ouvrant le chantier de la simplification des aides, mais aussi créer des cellules d’écoute, s’appuyer sur le numérique pour mieux accompagner les étudiants handicapés, voilà des solutions concrètes.

Concrètement, la rentrée 2018 coûtera 100 millions d’euros en moins pour les étudiants, c’est autant de pouvoir d'achat en plus pour eux.

Pour amener la société à parier sur la connaissance, nous devons aller plus loin. La promesse de progrès doit s’adresser à tous les citoyens, quel que soit leur âge ou leur métier. Les parcours professionnels ne se déclinent plus en trois étapes linéaires : formation, études, emploi. La formation tout au long de la vie est un enjeu majeur du 21e siècle.

Le savoir reste la meilleure des protections dans ce monde en mutation.

Les expérimentations lancées en janvier 2016 et janvier 2017 ont permis de créer de nouveaux cursus, de signer des conventions, de tisser des liens avec les réalités des territoires. L’enjeu de la formation tout au long de la vie transforme l’Enseignement supérieur.

En réalité, ces évolutions servent aussi un objectif plus vaste : l’avenir des universités et des écoles repose sur plus de flexibilité et de modularité. C’est une dynamique à l’œuvre dans tous les établissements que j’ai eu la chance de visiter. Plus que jamais, universités et écoles doivent demeurer des lieux où la connaissance est produite, être les garants d’une recherche de la vérité, sans pour autant jamais se replier sur elles-mêmes, mais en s’ouvrant toujours davantage à la cité.

L'apprentissage constitue à cet égard un lien privilégié entre l’Enseignement supérieur et le monde socio-économique. La taxe d’apprentissage est l’une des modalités de cette relation. Elle incite les entreprises à s’investir qualitativement dans la vie des établissements. L'apprentissage dans l’Enseignement supérieur n’a cessé de croître depuis 2000.

Cette évolution n’est pas une simple tendance, c’est un vrai succès démocratique et économique. En effet, l’apprentissage dans le supérieur est un vecteur d’ouverture sociale et la garantie d’une insertion professionnelle rapide.

Placer la formation au cœur de la vie des citoyens, c’est un pas incontournable dans la construction d’une société de la connaissance, mais il s’assortit d’une autre nécessité : inscrire le savoir au cœur de la résolution des grands défis sociétaux.

Le regard de nos concitoyens sur la science est ambivalent : parfois désenchanté, parfois critique, il est en même temps rempli d’attentes et d’espoirs. La société continue de compter sur la recherche pour relever les défis du futur, pour penser le futur. Elle continue d’attendre de la science une réponse aux problématiques qui la traversent. Si la science veut répondre à ces exigences, si elle veut fournir aux décideurs des avis éclairés, si elle veut continuer à être une boussole, une étoile, elle doit s’appuyer sur deux piliers : l’excellence et l’éthique. Le pacte de confiance entre la science et la société repose sur une transparence et une intégrité sociale. Les citoyens se fient à leurs chercheurs. C’est à la science d’énoncer au plus près la vérité fondée sur des connaissances, et non pas sur une idéologie ou une opinion. C’est indissociable des valeurs de la recherche fondamentalement désintéressée. Si nous voulons que la parole des chercheurs pèse tout son poids, cette vérité doit être sans failles.

Elle s’adosse à un autre atout français : l’excellence de la Recherche. Le climat, le vieillissement, l’alimentation, l’intelligence artificielle sont autant de questions qui traversent nos sociétés. Ces questions convoquent toutes les disciplines et toujours présentent une facette éthique. Le progrès du 21e siècle ne peut faire l’économie des conséquences morales et sociétales de son développement.

Ces défis nous obligent aussi à changer d’échelle, car ils engagent les équilibres de la planète, ils créent aussi de nouvelles formes de solidarités internationales. La responsabilité de la recherche dans la construction du monde de demain est vertigineuse, mais elle est taillée à la hauteur de ses atouts, ses organismes, ses universités, ses écoles. C’est pour qu’elle puisse libérer tout son potentiel que j’ai souhaité réaffirmer le rôle des organismes et simplifier les appels à projets pour faire émerger de nouvelles équipes et de nouveaux talents.

Permettre l’éclosion de nouveaux talents, inventer des technologies inédites, c’est entretenir le continuum entre la formation et la recherche. Beaucoup a déjà été fait pour décloisonner ces mondes. La recherche dans l’université et les écoles est florissante, la collaboration entre la recherche fondamentale, les questions sociétales et l’entreprise a cessé d’être une utopie. Il y a des dispositifs qui fonctionnent, et je ne ferai pas table rase du passé. Ma seule maxime est de vous permettre d’expérimenter, d’oser, vous donner la possibilité de réessayer quand vous échouez. Je sais aussi que vous pouvez aller plus loin. Le gouvernement crée un fond de 10 milliards d’euros. Aller ailleurs, c’est sortir du cadre national pour trouver dans les territoires l’échelle idéale de l’innovation, celle de l’échange. Il y a d’autres formes de coopérations à inventer, de nouveaux standards respectueux des valeurs humanistes à penser. Il est indispensable de s’appuyer sur la créativité collective, sur la rencontre de femmes et d’hommes issus de mondes différents. Les sites doivent cultiver la transdisciplinarité.

Quelles que soient leurs forces ou leurs faiblesses, tous les sites, tous les établissements peuvent trouver leur signature. Ils devront avoir développé leur propre singularité.

Dans le discours prononcé par Edgar Faure en 1968, il rappelait que les universités nouvelles doivent avoir une personnalité. Elles doivent avoir une âme.

Les spécificités du tissu économique local doivent venir colorer leurs spécificités.

Quand les campus ont le potentiel pour faire de la France le Massachusetts des technologies...

Voilà la mesure des ambitions qu’il faut cultiver.

Des universités qui investissent dans des domaines spécifiques, l’enseignement peut marquer son empreinte. C’est pour valoriser la créativité des établissements que j’ai souhaité favoriser les échanges et les regroupements.

Tout l’enjeu est de trouver l’articulation la plus pertinente. La future loi sur l’habilitation des expérimentations de regroupement est un outil dont vous devrez vous saisir.

Je souhaite que l’expérimentation soit le maître mot de cette année 2018 : structurelle, pédagogique, scientifique ou collaborative, elle doit permettre à chacun d’exprimer son talent. Les étudiants et chercheurs ont tous les atouts pour se lancer dans l’entreprenariat.

Parfois, c’est la liberté d’action qui leur manque, c’est pour faciliter  la mobilité des chercheurs que je souhaite voir révisée cette année la loi de 1999 portée par Claude Allègre.

Plus de liberté dans un cadre déontologique clair.

C’est pour lever les entraves à la créativité que j’ai lancé une mission sur l’aide à l’innovation avec le ministère de l’économie et des finances. Je souhaite que des assouplissements des règles de propriété intellectuelle puissent être expérimentés.

La véritable mesure de cette dynamique de décloisonnement ne saurait être seulement nationale, elle est résolument européenne. Je sais qu’en ce moment même, des chercheurs, des organismes travaillent à déposer des projets dans le cadre de bourses ERC, des actions Marie-Curie ou d’Horizon2020. Je veux bien sûr vous encourager et j’invite ceux qui hésiteraient à se lancer à le faire. Je ne méconnais pas la complexité de ces initiatives et de ces appels à projets, je suis convaincue du formidable potentiel que l'Europe représente.

La participation de la France au 9e programme cadre favorisera l’excellence scientifique de notre pays et lui permettra de peser sur la définition de la politique de recherche européenne. C’est dans nos universités que doit désormais battre le cœur de la cité. Je souhaite que de grandes consultations citoyennes puissent y être menée concernant la réflexion sur ce 9e programme cadre.

Il s’agit de faciliter la mobilité des étudiants et de renforcer le rayonnement des établissements membres.

C’est pour prolonger cette dynamique que le président de la République a appelé à la création d’une agence européenne. Rallumer les étoiles, c’est se fier davantage aux étoiles de l’Europe pour notre avenir commun.

Il y a la volonté de soutenir les universités et les écoles dans l’affirmation de leur singularité, volonté d’inscrire la science et le savoir au cœur de la réussite individuelle et collective, volonté d’encourager l’audace, la créativité, volonté de vous redonner la fierté d’être au service de la société, de sa jeunesse, de son épanouissement, de ses attentes. Je sais aussi que si toutes ces volontés donnent un sens à nos vies de chercheurs, de personnels d’encadrement, de personnels techniques, elles sont bien loin de les résumer.

C’est pourquoi je vous souhaite beaucoup de bonheur, d’épanouissement personnel et professionnel. Osez, c’est ce qui fait la force et la cohésion de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Très belle année à tous.

1ère publication : 28.01.2018 - Mise à jour : 1.02.2018

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