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Vœux de Frédérique Vidal à la communauté de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

Voeux 2019 de Frédérique Vidal à la communauté de l'ESR

Frédérique Vidal a présenté ses voeux et les grandes orientations pour 2019 à la communauté de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, mardi 22 janvier 2019, au Muséum national d'histoire naturelle.

Discours - Publication : 23.01.2019
Frédérique Vidal

SEUL LE PRONONCE FAIT FOI

Je suis très heureuse d’être avec vous aujourd’hui : au-delà des vœux qu’elle invite à former, cette cérémonie est un temps de rassemblement, qui permet à notre communauté de mesurer combien, dans sa diversité-même, elle est profondément liée par la passion de connaître et de faire connaître.

Nous réunir au Muséum national d’Histoire naturelle fait donc particulièrement sens, et je tiens à remercier chaleureusement Bruno David et son équipe de nous accueillir dans ce lieu exceptionnel. Qu’elle suive la voie de la zoologie, de la microbiologie, de la paléontologie, de l’anthropologie ou de la botanique, la grande enquête de l’Histoire naturelle livre toujours cette même conclusion : le foisonnement de la vie, son génie créatif, sa capacité d’adaptation et de résilience, sont le produit de la diversité de ses acteurs et de leur interdépendance.

Parler de solidarité, d’échanges, de fécondité de la différence, ce n’est pas anodin au moment où notre pays traverse un moment de crise, où les incertitudes et les doutes accumulés pendant des années par une partie de nos concitoyens se traduisent en mal-être, en incompréhension, en désespoir et peuvent conduire à la colère, quand ce n’est pas à des violences qui ne sont jamais excusables. Comme l’a dit le Président de la République, ce moment d’extrême tension peut être aussi une chance. A condition que nous sachions en faire un moment tout à la fois de débat et de vérité.

Car à l’issue de ce nécessaire moment de débat national, nous devons pouvoir nous retrouver : autour des valeurs qui nous unissent, bien sûr, mais également par la confiance partagée dans les faits. Cet équilibre entre ouverture au débat et attention à la vérité, il est depuis toujours placé au cœur de la vie académique. C’est pourquoi nos universités peuvent et doivent tenir toute leur place dans le grand débat qui s’ouvre.

Je ne prétends pas faire de la science un remède miracle, ni un absolu, encore moins un dogme, ou une religion qu’il s’agirait de prêcher auprès du plus grand nombre. Les questions brûlantes, impatientes, qui traversent notre société nous obligent à l’humilité et au pragmatisme. Mais pas au renoncement, bien au contraire. La connaissance est en effet la clef de toute transformation, présente et future, individuelle ou collective.

A l’échelle individuelle, nous partageons tous, je le sais, la conviction profonde que l’accès au savoir, à la formation, est la clef de toute émancipation. Et à l’échelle collective, ce sont les progrès de la science qui nous ont permis, tout au long des décennies passées, de relever les immenses défis collectifs qui s’offraient à nous.

Se souvenir de cela, c’est savoir que nous sommes capables, aujourd’hui encore, de surmonter les difficultés, à la condition de les regarder en face, avec lucidité, et de faire le pari de la raison, de la science et de la connaissance pour nous permettre de franchir l’obstacle.

Et disons-le clairement : faire ce pari, c’est défendre un vrai projet de société, un projet dont la communauté de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation est le garant. Et pour nous tous, c’est, je le sais, un motif tout à la fois de fierté et d’engagement quotidien.


D’engagement au service de l’enseignement supérieur, tout t’abord. Car la clef d’un monde où rien n’est écrit à l’avance, où chacun peut aller au bout de ses projets et de ses possibilités, c’est l’éducation, c’est la formation.

Elargir le champ des possibles, accompagner chacun – et notamment ceux pour lesquelles les poursuites d’études sont les moins aisées ou moins naturelles, c’est tout le sens de la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur que nous avons conduite ensemble.
Du moment charnière qui marque le passage du secondaire au supérieur, qui relevait trop souvent encore du saut dans l’inconnu, nous avons fait un parcours d’orientation progressif avec ses étapes, ses repères, ses outils et son accompagnement. S’il s’est structuré autour de la plateforme Parcoursup, ce sont bien l’engagement des professeurs du secondaire aux côtés des élèves, le travail pédagogique effectué par les enseignants-chercheurs pour expliciter les attendus des formations, les solutions cousues main proposées par les CAES, la souplesse de nos équipes administratives et de nos équipes pédagogiques et d’orientation qui ont fait toute la différence. Elles ont permis de rendre l’entrée dans l’enseignement supérieur plus humaine et plus juste.

Je mesure l’énergie qu’il vous a fallu déployer pour mener à bien ce chantier, mais vos efforts ont porté leurs fruits. A la rentrée, vous avez été nombreux à me le dire, l’atmosphère était différente dans les amphithéâtres et les salles de T.D.. Et un peu partout, les étudiants qui ont bénéficié des "Oui si" nous disent désormais, après un premier semestre de cours, qu’il s’agit d’un vrai plus et d’une vraie chance.

Bien sûr, nous pouvons faire mieux encore et nous allons faire mieux, car tout n’est pas achevé en l’espace de 18 mois. Comme vous, je prends connaissance, avec beaucoup d’attention, des différentes contributions à la réflexion que livrent les experts et les instances indépendantes – CNIL, comité éthique et scientifique de Parcoursup, mission du sénateur Laurent Lafon ou hier encore, Défenseur des droits. Tous ne sont pas d’accord sur tout, bien sûr, il y a des divergences et c’est normal.

Dans cette attention de tous les instants, je vois le signe d’une volonté collective d’améliorer encore les choses et d’aller jusqu’au bout du projet d’émancipation par l’accès aux études supérieures. C’est aussi le signe d’une confiance retrouvée dans la procédure d’accès: avec Parcoursup, nous savons que nous disposons d’un outil qui nous donne une prise sur les choses, d’un outil lisible et transparent, dont nous pouvons discuter et débattre et que nous avons tenu à évaluer pour mieux le faire évoluer.

Parcoursup, c’est la fin du fatalisme face aux inégalités d’accès à l’enseignement supérieur. C’est le moyen très concret de répondre à l’exigence de démocratisation. C’est un projet exigeant, un projet mobilisateur. Il y a nécessairement des étapes sur un tel chemin, mais une chose est certaine : nous avons fait un grand pas cette année et en 2019, au-delà des évolutions du calendrier et de la plateforme, sur lesquelles je ne reviendrai pas ce soir, nous poursuivrons cette marche résolue vers la démocratisation.

La première année de Parcoursup a permis de démultiplier les propositions faites aux candidats et d’élargir ainsi le champ des possibles. Cette année, nous devons aider à sauter le pas à tous ceux qui hésitent, qui s’interrogent, qui pensent que telle ou telle formation, dans telle ou telle académie, n’est pas faite pour eux.

Parcoursup, vous le savez, est un outil puissant de lutte contre l’autocensure – celle qui fait que l’on plaçait, en des temps désormais révolus, la filière dont on rêvait en vœu 3, 4 ou 5, se privant ainsi de fait, dans l’immense majorité des cas, de la possibilité de l’obtenir.

Et c’est dans cet esprit qu’en 2019, j’ai tenu, dans le prolongement des travaux du sénateur Lafon et du comité éthique et scientifique, à faire tomber la barrière du périphérique et à affirmer l’égale vocation des futurs franciliens à poursuivre leurs études partout en Ile-de-France, s’ils le souhaitent.

Elargir le champ des possibles, c’est aussi rétablir l’égalité partout où elle doit l’être. Je pense notamment aux boursiers : avec Parcoursup, nous nous sommes donné les moyens de leur garantir un accès à l’ensemble des formations, y compris les plus sélectives. Cela se lit déjà dans les chiffres et en 2019, nous irons plus loin encore, pour répondre très concrètement à l’exigence de démocratisation. Dans les semaines qui viennent, avec les présidents d’université et les chefs d’établissement, comme avec les recteurs, nous allons travailler pour nous fixer collectivement un haut niveau d’exigence et déterminer les taux minimaux d’accès des boursiers aux différentes formations.

Je veux également, vous le savez, que nous continuions à avancer ensemble afin de rendre possible la mobilité. Et la rendre possible, c’est bien sûr lever les obstacles matériels qui l’empêchent et c’est tout le sens du fonds pour la mobilité qui sera mis en place cette année. Mais c’est aussi permettre aux jeunes qui ne veulent pas quitter leur foyer et leur territoire d’accéder à l’enseignement supérieur.

Et nous le savons, la fracture territoriale traverse aussi l’enseignement supérieur, avec des jeunes et des familles qui ont le sentiment d’être assignés à résidence parce qu’ils habitent à 2 heures de route de l’université la plus proche. Ces jeunes, il faut que la République soit capable d’aller les chercher, car c’est dans cet effort que se jouent la cohésion de notre société et la force de notre modèle démocratique. Cela suppose d’inventer des modèles innovants, pour que l’université soit présente partout sur notre territoire, en tirant pleinement parti des technologies numériques. J’aurai l’occasion d’y revenir avec vous dans les semaines qui viennent.

Mais au-delà des modalités d’accès à l’enseignement supérieur, l’enjeu est bien d’accompagner chaque étudiant vers la réussite. Nous le savons, la massification ne s’est pas traduite par une démocratisation effective, du fait notamment de notre difficulté à personnaliser les cursus. Là aussi, avec la nouvelle Licence que nous avons construite ensemble en 2018, un mouvement s’est enclenché : les initiatives qui avaient vu le jour un peu partout sont désormais pleinement soutenues et reconnues.

Je veux ce soir saluer devant vous la détermination, l’engagement et l’inventivité des enseignants-chercheurs et des équipes pédagogiques qui ont fait de la réussite en Licence leur grande cause – et qui le font avec succès. Les NCU, pour ne citer qu’eux, sont là pour en témoigner.

Cette réflexion pédagogique, nous devons l’avoir pour l’ensemble des cursus et elle est au cœur du travail que nous avons engagé, avec Agnès Buzyn, autour des formations en santé. Là aussi, les lignes bougent, car chacun voyait bien que le modèle qui avait cours jusqu’alors ne répondait plus pleinement aux attentes et aux besoins des étudiants et des professionnels de santé. Je veux saluer ce soir la mobilisation de l’ensemble des acteurs qui portent et accompagnent les transformations que le Président de la République a appelé de ces voeux : là aussi, dans les prochains jours et dans les prochaines semaines, nous aurons l’occasion d’y revenir ensemble de manière très concrète.

J’évoquais à l’instant les besoins et les aspirations des étudiants. Chacun le sait, ils évoluent et sont désormais pluriels, ce qui nous invite à toujours faire preuve davantage de souplesse, d’ouverture, de créativité. La jeunesse de notre pays est, je crois, profondément animée par l’envie de faire, d’imprimer sa marque sur le monde, d’agir là, tout de suite, maintenant.

Sachons entendre ce désir, sachons l’accompagner, sous toutes ses formes ! Cela implique de pouvoir proposer aux uns des cursus plus courts, aux autres davantage d’éléments de professionnalisation au sein des formations, et à tous, une plus grande ouverture sur l’entrepreneuriat. C’est un sujet dont j’aurai l’occasion de vous reparler dans les semaines qui viennent. 

Ouvrir très largement l’enseignement supérieur et emmener tous nos étudiants vers l’excellence et la réussite, c’est aussi poursuivre le travail permanent au service de l’amélioration des conditions matérielles d’études. 2018 a été marqué par une baisse historique du coût de la rentrée. En 2019, nous devrons accélérer encore le pas et tirer tout le parti du nouvel élan donné par la CVEC à notre politique de vie étudiante. Je souhaite que nous puissions donner une priorité forte aux actions en faveur de la santé des étudiants en cette première année de mise en œuvre de la CVEC.


J’évoquais il y a un instant l’envie exprimée par notre jeunesse de tenir toute sa part dans les transformations du monde et d’apporter sa marque aux choses. Et je veux le souligner : ce sont des aspirations auxquelles répondent les carrières dans l’enseignement supérieur, la recherche et de l’innovation – et notamment les carrières scientifiques.

Les révolutions les plus profondes que nous ayons connues, c’est dans les laboratoires qu’elles sont nées. Il faut le dire et le redire face à tous ceux qui s’interrogent sur le rôle et la place de la recherche.

C’est la recherche qui permet à notre projet de société de rester mobile, de ne pas se tétaniser devant les défis de notre temps, qu’ils soient environnementaux, sociétaux, technologiques, médicaux, de ne pas se couler aveuglément dans des modèles dessinés par d’autres ; c’est la recherche qui nous permet de choisir parmi des possibles qu’elle n’aura cesser d’ouvrir et de creuser, les voies qui correspondent le mieux à nos valeurs. C’est la recherche qui nous permet de ne jamais subir, mais d’être dans l’action.

De rester libre, de nos engagements, de nos modes de vie, de nos priorités, de nos pensées.

Ce rôle déterminant, elle ne peut le jouer qu’à trois conditions.

La première de ces conditions, c’est de disposer des moyens nécessaires. Ils ne font pas tout, mais ils sont indispensables. Au cours des dernières années, ils n’ont pas toujours été à la hauteur, je le sais. Nous nous sommes efforcés, depuis 18 mois, de redresser la barre : ce mouvement est enclenché, mais il devra nécessairement être poursuivi. Je le sais et je le dis.

Nous avons le privilège d’avoir une recherche d’excellence – une excellence qui est largement reconnue à l’échelle internationale et qui est confirmée tant par le rayonnement des institutions que par celui des figures le plus visibles. Je pense cette année au Prix Nobel Gérard Mourou ou à l’astronaute Thomas Pesquet et ce soir, je suis très heureuse de vous annoncer que le directeur général de l’ESA a proposé à Thomas Pesquet de retourner très bientôt dans l’espace, pour un vol dont la date devrait bientôt être fixée avec nos partenaires internationaux.

Mais, aussi ancienne que soit la tradition d’excellence scientifique de notre pays, elle n’est jamais acquise. Pour rester au meilleur niveau, la France doit pouvoir s’appuyer sur une agence nationale de financement qui ait les moyens de susciter et d’accompagner les projets les plus prometteurs et les plus audacieux, et c’est la raison pour laquelle nous avons engagé et nous poursuivrons la remise à niveau des crédits de l’Agence nationale de la recherche.

J’ai eu l’occasion de dire à de multiples reprises et je le répète devant vous ce soir : nous avons besoin tout à la fois de financer au bon niveau les laboratoires et de donner toute sa place à la recherche sur projet. Nous avons besoin de l’une et de l’autre, comme nous avons besoin d’une recherche fondamentale forte, poussée par la seule soif de la connaissance, tout en soutenant et en développant une recherche plus finalisée pour répondre aux grands défis qui s’offrent à nous. 

Entre les deux, nous n’avons pas à choisir et nous ne devons pas choisir. Nous avons à la fois besoin de connaitre pour relever aujourd’hui des défis d’ores et déjà identifiés et connaître pour répondre demain à des questions qu’on ne se pose pas encore.
C’est cet équilibre que je n’ai eu de cesse de consolider, en 2019, comme en 2018, en finançant mieux les infrastructures de recherche et les laboratoires, tout en suscitant des programmes spécifiques dans des domaines en mutation rapide et profonde, coordonnés par nos organismes, comme nous l’avons déjà fait avec l’intelligence artificielle et l’antibiorésistance, comme nous sommes en train de le faire avec un programme prioritaire de recherche dédié aux alternatives aux phytosanitaires.

C’est pourquoi, dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, le moment est venu de tourner la page des oppositions, qui ont si longtemps stérilisé les discussions. Je pense à l’opposition entre financement récurrent et financement sur projet, bien sûr. Je pense également à la tension presque immémoriale entre organismes de recherche et universités ou grandes écoles.

Nous avons la chance d’avoir de grands organismes de recherche, reconnus à l’échelle internationale, comme nous avons la chance de pouvoir compter sur des universités qui revendiquent toute leur place dans la construction des stratégies de recherche. C’est une excellente chose et nous n’avons pas à choisir entre les uns et les autres, comme s’il fallait nécessairement prendre un parti

Avoir des champions nationaux, qui pèsent dans la compétition internationale, c’est un atout majeur. Nous devons en tirer le plein parti et c’est pourquoi, en lien étroit avec Guillaume Boudy, que je salue, j’ai tenu à redonner aux organismes leur pleine place au travers des programmes prioritaires de recherche.

Et dans le même temps, nous avons affirmé notre volonté d’accompagner le mouvement d’émergence d’universités fortes à l’échelle de chaque site et de leur reconnaître toute leur place dans le nouveau paysage de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.

Avec l’ordonnance parue à la fin de l’année dernière, nous avons fait le choix de permettre à chacun d’exprimer pleinement sa signature, d’affirmer sa stratégie et son identité. Parmi les universités expérimentales qui verront le jour, certaines investiront particulièrement leur place d’universités de recherche. C’est une excellente nouvelle.

D’autres affirmeront des priorités différentes ou formuleront leur stratégie d’une autre manière. Cette diversité est indispensable et là aussi, nous n’avons pas à choisir – et je le dis très clairement, le rôle du ministère n’est pas de jouer l’arbitre des élégances, de favoriser tel modèle aux dépens de tel autre.

Ma responsabilité n’est pas de faire leur stratégie à la place des établissements. Elle est de m’assurer que cette stratégie est clairement formulée, qu’elle rassemble autour d’elles les forces et les acteurs et qu’elle prend en compte les priorités formulées par l’Etat, dans le respect de l’autonomie de chacun.

C’est tout le sens du dialogue stratégique de gestion qui a été expérimenté cette année : sans anticiper sur le nécessaire bilan que nous allons réaliser ensemble, je crois savoir qu’il a permis de construire l’espace de dialogue nécessaire entre l’Etat et les établissements. C’est une excellente nouvelle et je tiens à remercier Brigitte Plateau et Bernard Larrouturou de leur engagement dans la conduite de ce chantier, ainsi bien sûr que tous les présidents d’université et directeurs d’établissement qui, avec leurs équipes, se sont engagés dans ce chantier.


Je referme là cette trop longue parenthèse, pour revenir à la recherche et à la deuxième condition de son développement : l’ouverture à l’Europe et l’ouverture au monde.

Notre histoire et notre destin sont européens. Et c’est bien plus qu’une simple formule : la confiance dans la science et dans les scientifiques est inscrite dans les gènes du projet européen. En ces temps d’incertitude, nous mesurons combien, à l’échelle internationale, la confiance dans la science est une valeur essentielle et un bien précieux, que nous devons préserver et renforcer encore.

Cela passe par un choix clair : celui de forger nos connaissance et de former notre jeunesse en les inscrivant d’emblée dans un espace européen. C’est tout le sens du projet d’universités européennes que le Président de la République a appelé de ses vœux et je me réjouis que la Commission ait décidé de soutenir non plus 6 mais 12 projets pilotes, ce qui donne encore plus d’opportunités aux établissements français, qui ont candidaté avec beaucoup de répondant.

C’est également au sein de l’espace européen de la recherche que mûrissent des réponses aux aspirations des citoyens européens, en matière de climat, de sécurité, d’alimentation, de santé. Le programme cadre de recherche et d’innovation représente une vraie chance de les en convaincre. Ne la laissons pas passer. Et pour cela, bien sûr, il faut que nous nous impliquions davantage dans les programmes européens : là aussi, nous devons être au rendez-vous et cela passera par la mise en place de dispositifs d’accompagnement et par de vraies incitations à aller à l’Europe. C’est tout le sens de la mobilisation de l’Institut universitaire de France que j’ai appelée de mes vœux en lien étroit avec son nouvel administrateur.


Au-delà, c’est l’ouverture au monde que nous devons cultiver. L’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation ne se conçoivent que dans l’ouverture : l’ouverture à la société, bien sûr, mais aussi aux étudiants et aux chercheurs venus du monde entier. Cette ouverture fait partie des valeurs essentielles du monde académique et par conviction comme par tempérament, j’y suis profondément attachée, tout comme vous tous, je le sais.

Au moment même où un certain nombre de grandes nations de science affrontent la tentation du repli ou du renfermement, la France, avec ses partenaires européens, doit faire vivre ces valeurs. Mais pour produire tous ses effets, cette ouverture de principe doit trouver sa traduction concrète dans une véritable culture de l’accueil.

Depuis des années, cet accueil se nourrit largement d’initiatives et de bonnes volontés individuelles, qui, jusqu’il y a peu encore, ne bénéficiaient pas toujours du soutien organisé des institutions, qui ne disposaient pas des moyens nécessaires.

Tout l’objet de la stratégie "Bienvenue en France" annoncée par le Premier ministre, c’est de nous permettre d’aller plus loin, en accueillant plus et mieux. Accueillir plus, c’est porter à 500 000 le nombre d’étudiants internationaux accueillis chaque année d’ici 2027.

Et accueillir mieux, c’est apporter des réponses concrètes à toutes les difficultés que rencontrent ces étudiants lorsqu’ils arrivent en France : je pense aux difficultés administratives, bien sûr, et elles sont nombreuses, notamment en matière de visa et de titre de séjour, mais également à l’isolement auxquels ils sont souvent confrontés – un isolement qui ne dure généralement pas, mais qui est accentué par les difficultés d’accès au logement ou à un compte en banque et qui est bien souvent renforcé par la barrière linguistique.

C’est tout cela que nous devons changer – et nous devons le faire savoir aux étudiants qui, partout dans le monde, hésitent désormais le plus souvent entre plusieurs universités situées dans plusieurs pays au moment de faire leur choix de mobilité. C’est pourquoi, dès la semaine prochaine, Campus France va lancer la première campagne de labellisation « Bienvenue en France », qui rendra visible notre engagement collectif dans l’amélioration des conditions d’accueil. Les grandes écoles et les universités sont nombreuses – plus de 180 au dernier décompte - à avoir manifesté leur intérêt pour ce label : c’est une excellence nouvelle.

Dès cette année, l’Etat a dégagé 10 millions d’euros pour soutenir les établissements engagés dans cette démarche ainsi que les actions concrètes qu’ils engagent pour améliorer les conditions d’accueil. Ce fonds d’amorçage sera mis en place dès la fin du mois de février, sur la base des conclusions de la concertation qui a été lancée au début du mois.

Certains d’entre vous ont souhaité que dans le cadre de la concertation, tous les sujets liés à la mise en œuvre de la stratégie "Bienvenue en France" puissent être abordés : cela va de soi et je souhaite qu’elle soit la plus large possible, dans ses thématiques comme dans ses acteurs. Elle doit permettre à chacun de s’exprimer, de partager des positions de principe, souvent très fortes, mais aussi de proposer des solutions concrètes pour améliorer les conditions d’accueil.

Car une fois encore, cette amélioration des conditions d’accueil est une nécessité absolue si nous voulons rester une grande nation de la mobilité étudiante. Face à une concurrence croissante, nous avons des atouts évidents. Nous avons aussi des faiblesses. Il faut être conscient des uns comme des autres.

Les atouts, nous les connaissons : c’est notre culture, c’est notre patrimoine, c’est la qualité de notre offre de formation et de notre recherche. Mais nos faiblesses, elles aussi, sont visibles : trop souvent, nous accueillons mal les étudiants internationaux. Et c’est à cela que nous devons remédier.

Pour cela, il faut des moyens  et c’est pourquoi le Gouvernement a fait le choix de mettre en place un système redistributif. Cela suscite, je le sais, des interrogations, de l’émotion, parfois de l’opposition. J’entends ces réactions. Ce que je veux rappeler, néanmoins, c’est que la mise en place de ces frais différenciés s’accompagne, comme partout dans le monde, d’une politique volontariste de bourses et d’exonérations.

Cette politique a trois volets : un volet national, piloté par le Ministère de l’Europe et des affaires étrangères, via les bourses et exonérations du Gouvernement ; un volet bilatéral, avec toutes les mobilités organisées par convention entre établissements d’enseignement supérieur français et étranger, qui, je vous le rappelle, donneront lieu à exonération sans aucun plafond et cela représente d’ores et déjà plus de 12 000 étudiants chaque année ; enfin, un volet de politique d’établissement, puisque chaque école et université pourra définir une stratégie d’attractivité et d’exonération qui lui est propre dans le respect du plafond règlementaire.
Si l’on additionne ces 3 volets, le plan du Gouvernement prévoit d’ores et déjà que 25 % des étudiants internationaux concernés pourront bénéficier d’une exonération – et cela sans compter les exonérations transitoires qui garantiront aux étudiants internationaux déjà présents que rien ne change pour eux.

Je l’ai dit à plusieurs reprises : peut-être faut-il aller plus loin et je suis prête à y travailler avec vous. Une chose est certaine : ces bourses et exonérations, nous pourrons les mobiliser largement pour préserver et renforcer les partenariats et les relations privilégiées que les universités et écoles françaises ont noués, depuis longtemps déjà, avec la jeunesse de certaines nations, en Afrique notamment.

La France y est profondément attachée et le Président de la République a eu l’occasion de le souligner à des multiples reprises.

Mon objectif, une fois encore, c’est d’accroître la mobilité étudiante. C’est de conforter les relations existantes tout en vous permettant de nouer de nouveaux partenariats et d’aller convaincre de nouveaux étudiants de choisir la France – y compris dans des pays non francophones où c’est un choix moins évident.

Ce que chacun voit bien, également, c’est que la mise en place de ce système redistributif est sans doute la seule voie qui puisse nous permettre de garantir aux établissements qu’ils disposeront des moyens nécessaires pour améliorer les conditions d’accueil de tous les étudiants internationaux.

Et les nombreuses universités qui, tout au long des années passées, ont mis en place des masters spéciaux à destination de certains étudiants internationaux, n’ont pas fait un choix différent, à un détail près : l’amélioration des conditions d’accueil pour une partie du public accueilli seulement.

Je crois pour ma part que nous devons aller plus loin, pour que tous les étudiants internationaux puissent bénéficier de conditions d’accueil dignes de ce nom, tout en veillant à démultiplier les bourses.

Cela suppose, bien entendu, que les moyens dégagés aillent aux universités et aux grandes écoles, avec une seule vocation : financer l’amélioration de la qualité d’accueil et non pas compenser je ne sais quel désengagement. Il ne peut y avoir aucune ambiguïté sur ce sujet : je le dis très clairement devant vous ce soir et je m’y engage.

J’en viens maintenant à la troisième condition du plein rayonnement de notre science et des institutions qui les font vivre : aller plus loin encore dans l’ouverture sur la société.

La communauté française de l’E.S.R.I. est fille de Diderot et d’Alembert. Faire circuler le savoir est chez elle une seconde nature et c’est la raison pour laquelle, avec Alain Beretz, puis avec Bernard Larrouturou, nous avons tenu à faire de l’émergence de la science ouverte une priorité.

Elle répond à la nécessité d’éclairer les consciences et les débats publics, qui ont besoin de s’appuyer sur une solide culture scientifique, technique et industrielle pour comprendre les mutations contemporaines, et, plus profondément encore, sur la démarche scientifique, sur l’esprit critique, sur la raison, pour développer un langage commun, pour faire la part entre l’opinion et la connaissance, pour, tout simplement, se comprendre. L’enjeu de la C.S.T.I. est de taille : nous aider à faire des choix lucides et partagés.
Mais la démocratie éclairée n’est pas la seule à ressortir dynamisée par une approche ouverte de la science. L’innovation a aussi beaucoup à y gagner.

L’innovation tient autant à un état d’esprit qu’au contexte dans lequel il s’épanouit, et comme vous le savez, nous avons déjà fait beaucoup pour transformer l’un et l’autre. Associer l’innovation à l’enseignement supérieur et à la recherche dans un même ministère était en soi un geste fort. Au-delà du symbole, il fallait passer aux actes et c’est ce que nous avons fait tout au long des mois qui viennent de s’écouler.

Je pense à la loi PACTE, cette formidable boîte à outils qui va simplifier les échanges entre ces deux univers hier encore parallèles. Je pense au Conseil de l’Innovation, qui nous a permis de définir des priorités communes et de lancer les premiers grands défis autour de l’I.A. et du stockage de l’énergie.

La recherche publique a d’immenses forces à faire valoir sur le terrain de l’innovation. Plus que jamais, je souhaite que nos organismes et nos universités l’investissent, en s’appuyant sur l’expertise des structures spécialisées – Instituts Carnot, I.R.T., SATT – qui sont à leur service et qui doivent permettre de construire une relation enfin facilitée au monde économique.

Cela veut dire relever le défi de la simplification ou, plutôt, de la simplicité. La valorisation exige des compétences fortes, elle doit mobiliser des professionnels, mais la première marque de la compétence, c’est d’amener jusqu’au bout les projets, c’est de faire aboutir les négociations, c’est de parvenir à un transfert effectif et à des partenariats renforcés.

En matière de valorisation plus encore qu’ailleurs, nous avons une obligation de résultat. Nous devons être rapides, nous devons être efficaces et nous devons travailler ensemble. Notre responsabilité, c’est de gérer notre propre complexité et non de la partager largement avec nos partenaires industriels, qui peinent à saisir notre langage et nos références.

Beaucoup a déjà été fait au cours des dernières années, grâce au PIA, bien sûr, mais aussi grâce à la mobilisation des organismes et des universités qui font de la valorisation depuis bien longtemps, sans avoir toujours osé le dire tout haut.

Le moment est venu de changer d’échelle, en matière de création de start-up issues des laboratoires comme de recherche partenariale. Nous devons nous donner des objectifs ambitieux et les suivre : je souhaite que d’ici la fin du premier trimestre, nous puissions construire une feuille de route très claire dans ce domaine et engager sa mise en œuvre immédiate. Et je souhaite que cette feuille de route donne toute sa place à la mise en œuvre d’engagements concrets en matière de lisibilité des conditions de partenariat et de délais de contractualisation.

Ce rapprochement entre la recherche et le monde économique, nous devons l’encourager à tous les niveaux : des comités stratégiques de filières du Conseil national de l’industrie, qui accueilleront bientôt systématiquement un représentant de la recherche publique, aux campus d’innovation qui doivent poursuivre leur ouverture sur le monde socio-économique.

Vous l’aurez compris, de l’entreprenariat étudiant à la recherche partenariale en passant par l’accompagnement des start-up, l’innovation sera une priorité-clef en 2019.

Voilà, Mesdames et Messieurs, chers collègues, ce que je tenais à vous dire en ce début d’année. Et puisque nous sommes ici au cœur du jardin des plantes, dont la grande galerie fait partie intégrante, je terminerai avec cette phrase d’Asturias : "la terre se nourrit d’empreintes. Le ciel se nourrit d’ailes".

Je crois que le rôle de notre communauté, c’est bien de se tenir ainsi, entre ciel et terre, entre les envolées de la connaissance et ses retombées sociétales, entre les nécessités de la science et les attentes de nos concitoyens.

Ce n’est certes pas une position facile, ce n’est pas toujours une position confortable, mais elle fait aussi la grandeur de la mission qui est la nôtre.

Alors merci à tous de l’incarner à votre manière, dans toutes la diversité de vos missions, de vos ambitions, de vos personnalités.

Je vous souhaite à tous et à toutes une très belle année 2019.

Publication : 23.01.2019

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