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Chantier conditions de vie étudiante

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Lancement du chantier "Conditions de vie étudiante"

Discours - 11.06.2007

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

 

A nouveau pour certains d'entre vous et pour la première fois depuis mon arrivée pour d'autres, je voudrais vous souhaiter la bienvenue dans votre ministère et vous remercier d'avoir répondu positivement à mon invitation.

Je n'ai pas encore eu le temps de tous vous recevoir individuellement. Vous avez, je le sais, pu établir des contacts fructueux avec mon cabinet et vous aurez toute mon écoute, toute mon attention dans les semaines qui viennent.

Le président de la République souhaite que nous lancions une grande réforme de l'enseignement supérieur. Vous le savez, j'ai engagé il y a quelques jours une vaste concertation pour dessiner le visage de la nouvelle université. L'autonomie en constitue le socle. Nous voulons bâtir une université plus souple, plus simple et plus réactive. Sur ce sujet, nos groupes de travail se sont réunis et continueront de le faire dans les semaines qui viennent. Si l'autonomie est nécessaire, elle n'est toutefois pas suffisante. La nouvelle université doit prendre en compte tous les aspects de la vie universitaire. Elle reposera sur cinq piliers : les conditions de vie étudiante, les questions des carrières des personnels, des conditions de travail, du statut des jeunes chercheurs et des enseignants-chercheurs, et de la réussite en licence, sont au cœur de ma réforme.

Je travaillerai en lien étroit avec mes collègues ministres : je sais pouvoir compter sur l'aide de Christine Boutin pour résoudre la crise du logement étudiant, sur le soutien de Xavier Bertrand pour l'intégration des étudiants handicapés à l'université, sur l'aide de Roselyne Bachelot pour améliorer la santé des étudiants et développer leur pratique sportive, sur la coopération de Christine Albanel pour développer la vie culturelle des universités, et sur l'appui d'Eric Woerth pour dégager les moyens nécessaires.

Le sujet qui nous réunit aujourd'hui est celui que j'ai placé au premier rang de mes préoccupations et de mon action car je veux être aussi la ministre des étudiants. Il s'agit de la vie étudiante. C'est pourquoi j'ai tenu à vous réunir tous, vous qui en êtes les acteurs majeurs, qui chacun dans votre rôle contribuez à sa réussite.

La vie étudiante, c'est une période unique de découverte, d'apprentissage et de choix universitaires et personnels. Mon ambition est simple : je veux faire de cette étape si cruciale et si riche, si troublante parfois aussi, le plus bel âge de la vie.

La question de la vie étudiante est première par son importance et par son urgence. Par son importance, d'abord, parce que la qualité du cadre de vie et de travail est une condition de la réussite des études et un facteur déterminant de l'attractivité de nos territoires. Par son urgence, ensuite, parce que nous ne pouvons plus différer des actions prioritaires au service de la formation intellectuelle et de l'insertion professionnelle des étudiants.

Mon action sera guidée par deux principes simples.

Premier principe : l'égalité des chances


L'égalité des chances à l'université
se conjugue en deux temps : c'est d'abord l'accès à l'université et c'est ensuite le succès à l'université. Je défends le projet d'une démocratisation réussie de l'accès à l'enseignement supérieur parce que le problème de la France n'est pas qu'elle a trop d'étudiants, mais qu'elle n'en a pas assez. Et que trop souvent, de bons bacheliers issus de milieux défavorisés n'osent pas s'ouvrir des horizons au-delà des filières courtes du BTS. Mon ambition est de faire de l'université le moteur de l'ascension sociale par le mérite.

L'accès à l'université pour tous, le succès à l'université pour tous.

Je veux clairement poser la question des aides sociales aux étudiants. Il me semble que dans ce domaine, le diagnostic est clair, partagé par tous. Notre système d'aide, dans sa forme actuelle, est très insatisfaisant. Certes l'Etat y consacre déjà, à travers différents mécanismes d'intervention, près de 4 milliards d'euros. Mais le système est avant tout caractérisé par son extrême complexité, par la multiplicité des critères d'attribution qui se recoupent, par sa très faible visibilité pour les étudiants qui les sollicitent et par les difficultés de gestion pour les personnels qui ont la charge de leur versement. Ce système issu de l'accumulation de mesures successives a perdu de sa cohérence et de son efficacité. Il ne rend pas justice aux moyens et à l'ambition affichés par l'Etat. Il cristallise les critiques.

Je sais que cette question ne concerne pas uniquement l'Etat et que de nombreuses collectivités territoriales et des acteurs du secteur s'engagent ou souhaitent s'engager sur ces chantiers. Je veux étudier sereinement leurs propositions. Je sais qu'une de vos préoccupations est d'étendre les bourses aux étudiants des classes moyennes, exclus par le mécanisme actuel et pour lesquels une aide serait pourtant la bienvenue. Il faut aussi étudier les moyens de lisser ou de diminuer les effets de seuil qui provoquent, pour quelques euros de plus, une différence démesurée de traitement entre certains étudiants.

Vous posez depuis longtemps la question du coût de la rentrée des étudiants. Mon prédécesseur a créé l'allocation d'installation des nouveaux étudiants ALINE, un dispositif que nous évaluerons ensemble.

Notre nouvelle université, c'est celle qui assure l'égalité des chances pour tous ses étudiants, quelle que soit leur origine sociale. C'est aussi celle qui accueille chacun avec ses spécificités et ses différences. J'ai ainsi souhaité aborder avec vous la question de l'accueil des étudiants handicapés. C'est un sujet auquel je suis très sensible. En tant que députée, j'ai activement pris part à la préparation et au vote de la loi sur le handicap en 2005. Cette loi pose des principes forts et qui nous engagent : je pense à l'obligation pour les établissements d'accueillir ces étudiants ; à l'obligation qui leur est faite de tout mettre en œuvre pour les aider à organiser leurs études. Il y aujourd'hui près de 11 000 étudiants handicapés scolarisés dans l'enseignement supérieur, mais ils sont 60 000 au Royaume-Uni.

Pour ces jeunes, la question qui se pose va au-delà de l'accessibilité des locaux et des bâtiments. Il s'agit également d'envisager une assistance pédagogique au déroulement des études. Au vu du nombre de lycéens handicapés et scolarisés en terminale, on peut espérer avoir à accueillir au moins 1 000 étudiants supplémentaires en situation de handicap chaque année. La loi, mais aussi tout simplement l'éthique, exigent qu'aucun de ces jeunes ne soit contraint de renoncer à ses études. Je m'engage devant vous à tout faire pour la mettre en œuvre.

Et ensemble nous aborderons également la question de l'accès aux stages pour les jeunes "sans relations", dont les parents ne peuvent décrocher ce sésame qu'est un bon stage en entreprise. Je veux faciliter pour chacun le passage du monde scolaire vers le monde universitaire, passage qui représente trop souvent une rupture dans l'encadrement et le suivi. De même, je souhaite que l'université se voie confier une mission d'insertion professionnelle, ce que vous avez été nombreux à me demander. Vous connaissez sans doute mon engagement de longue date à l'Assemblée pour la moralisation des stages et mon travail avec les étudiants de " Génération précaire ". Des synergies entre les mondes universitaire et professionnel sont à imaginer, des compétences et des domaines d'intervention à clarifier.

Deuxième principe : L'accomplissement des étudiants

 

L'accomplissement des étudiants au sein de leur université est une condition de la réussite de leurs études à court terme, et de leur épanouissement personnel au sein de la société à long terme. Il ne fait pas de doute dans mon esprit que la vie des étudiants à l'université ne doit pas se réduire à la consommation des enseignements dispensés et à la préparation des examens. C'est là le cœur de l'activité des étudiants bien sûr, mais un campus est également un lieu de vie, d'apprentissage de l'engagement au service de la cité, et d'enrichissement par les rencontres et les liens que l'on y crée. Le sport, la culture, la vie associative auxquels aspirent nos étudiants ne doivent pas seulement se faire en dehors des campus universitaires, mais aussi au sein de ces campus, parfois même au service de cette vie universitaire. Je pense tout particulièrement au tutorat ou au volontariat associatif que certaines universités valident déjà dans leur cursus.

De même, je suis sensible aux conditions d'épanouissement de la vie associative. C'est pourquoi j'ai tenu à inviter aujourd'hui les responsables de grands réseaux associatifs très actifs dans le monde universitaire mais dont je sais qu'ils peinent parfois à faire reconnaître leur action ou à trouver leur place. Par la force de leurs engagements et la portée de leurs initiatives, ils sont un maillon de la réussite des étudiants et de leur université. Je tiens à saluer ici l'engagement des équipes universitaires dans la mise en œuvre des actions "100.000 pour 100.00" lancées pour le soutien scolaire des élèves en difficulté des collèges et des lycées. Une expérience associative, qu'elle soit sportive, humanitaire, syndicale, ou culturelle, est pour un jeune l'occasion de nouer des contacts qui se prolongeront bien après la fin de ses études et qui auront une influence forte sur ses choix professionnels et personnels ultérieurs. C'est une partie intégrante de l'apprentissage de la vie d'adulte et à ce titre également une mission importante de notre système universitaire.

Je m'arrête une seconde sur une des formes de cet engagement associatif qu'est l'engagement syndical. Un étudiant élu donne de son temps au service de la défense des intérêts des étudiants. Ce choix doit être facilité et mieux accompagné. Mais je pense aussi à la faible participation, que je déplore, des étudiants aux élections universitaires. Il nous faut réfléchir ensemble aux moyens de toucher mieux les électeurs potentiels, de donner une visibilité à ces élections et donc de renforcer la légitimité des syndicats étudiants.

Je vous le disais, pour s'assurer que chacun pourra développer ses talents au sein de notre université, il faut avant tout offrir à tous des conditions d'étude décentes. Je pense bien sûr aux conditions matérielles dans lesquelles l'étudiant évolue et tout particulièrement à la question du logement. C'est un sujet difficile que nous devons traiter. Si le diagnostic est clairement posé, notamment par le rapport Anciaux, la mise en œuvre des solutions proposées demande du temps. Le plan prévoit la réhabilitation de 7000 chambres par an et la construction de 5000 nouvelles chambres pendant 10 ans. En 2006, 3600 réhabilitations ont été menées à bien et 2000 constructions nouvelles ont vu le jour. En 2007, on totalisera près de 4600 réhabilitations et plus de 4000 constructions nouvelles.

Certes, du retard a été pris. Mais les objectifs visés vont être atteints, et la volonté des différents gouvernements dans ce domaine n'est plus à démontrer. Les contrats de plan Etat-régions 2000-2006 prévoyaient un peu plus de 300 millions d'euros au titre du logement des étudiants. La préparation des contrats 2007-2013 a vu cette enveloppe quasiment doubler pour la période qui s'ouvre. Nous devons donc entamer avec vous des discussions concrètes en nous appuyant sur le réseau des œuvres universitaires et sur leur expertise. Je veux que nous identifiions les points de blocage et que nous réfléchissions aux solutions complémentaires au plan Anciaux. Je veux être inventive et mobiliser tous les acteurs publics et privés au service de cette priorité nationale que doit devenir pour nous le logement des étudiants.

Il est enfin un autre domaine qui me tient à cœur, c'est celui de la santé des étudiants. C'est une étape primordiale et négligée de notre politique nationale de prévention. La situation est clairement préoccupante. Je n'admets pas que certains jeunes, et ils seront toujours trop nombreux à mes yeux, se sentent seuls, en souffrance, et livrés à eux-mêmes au sein de leur université. J'attends les propositions concrètes que vous me ferez dans ce domaine.

Mais la question de la santé des étudiants est aussi celle de leur désintérêt pour leur propre santé. Je sais que quand on a 20 ans, on se croit immortel. C'est malheureusement inexact. Près de 30 jeunes perdent la vie chaque semaine dans un accident de la route. C'est pourquoi nous devrons travailler ensemble à la prévention des conduites à risque. Et nous œuvrerons à la prise de conscience par les étudiants de l'importance de leur parcours de santé à l'université.

Voilà les grandes pistes de travail que j'ai envisagées. Peut-être faut-il en ouvrir d'autres. A vous de me le dire.

Aborder la question de la vie étudiante, de la vie universitaire, c'est considérer l'université non plus seulement comme un lieu d'étude mais comme un lieu de vie. C'est aborder dans sa globalité ce moment décisif pendant lequel nous préparons notre avenir.

Je souhaite que les années que tous les étudiants passeront à l'université soient inoubliables, qu'elles leur donnent confiance en eux, qu'elles reflètent aussi la priorité que la nation veut désormais donner à sa jeunesse, à sa formation et à sa réussite. Le président de la République souhaite que nous construisions des campus universitaires dignes de ce nom. Comme lui, je veux que les étudiants soient fiers de leurs études, de leur réussite, de leur parcours, mais aussi de leur université et de leur campus. Qu'ils y demeurent attachés, qu'ils conservent les contacts qu'ils y ont noués, qu'ils puissent se reconnaître dans les générations qui les y ont précédés ou suivis. Je veux que nos universités les marquent à vie. Je veux que leur vie d'étudiant les marque toute leur vie.

1ère publication : 11.06.2007 - Mise à jour : 26.09.0007

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