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Inauguration du colloque organisé par l'ANVIE sur le thème : L'apport des sciences humaines et sociales. Explorer de nouvelles voies pour l'entreprise

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Discours de François Goulard lors de l'inauguration du colloque organisé par l'ANVIE sur le thème de "L'apport des sciences humaines et sociales. Explorer de nouvelles voies pour l'entreprise" (Pavillon Gabriel)

Discours - 1ère publication : 16.11.2006 - Mise à jour : 9.08.2012
François Goulard

 

Votre colloque revêt une importance particulière. En effet, notre pays a sans nul doute besoin de science ; et nous avons besoin de relever le niveau scientifique général de notre société. C'est une nécessité économique : la science est porteuse de progrès technologique, de développement et de compétitivité. Mais au-delà de ces impératifs strictement économiques, la science est porteuse de valeurs. Elle est l'expression d'une curiosité de l'esprit humain. A ce titre, nos sociétés ont intérêt à mettre au premier plan la science et ses progrès.
Dans l'esprit de nos contemporains, cette idée est acceptable pour ce qu'il est convenu d'appeler les sciences dures et les sciences du vivant. Toutefois, on aurait tort de ne pas inclure les sciences humaines et sociales dans cet ensemble. En effet, les sciences humaines et sociales relèvent elles aussi de la volonté de comprendre et de développer les connaissances. Elles sont porteuses de progrès technologiques et de savoir-faire, qui se développent à partir de la connaissance.

Nos entreprises ont besoin de l'apport des sciences humaines et sociales. Un certain nombre d'entre elles l'ont compris il y a longtemps, grâce des pionniers au sein des entreprises, mais aussi à des hommes de science qui ont su avant les autres s'inscrire dans les réalités de notre société et qui ont compris l'importance qu'y revêtait l'entreprise.
Ceci vaut pour tous les domaines de recherche.

L'économie, dans les universités, est souvent perçue sous un angle très académique, voire théorique. Pourtant, de nombreux économistes ont franchi le pas et se voient confier par les entreprises des sujets de recherche passionnants, avec les moyens correspondants. Je pense par exemple à l'Ecole d'économie industrielle de Toulouse, dont une grande part des ressources provient de contrats d'entreprises, et qui mène des travaux reconnus et considérés à l'échelle internationale.

La sociologie trouve un sujet de prédilection dans l'entreprise, ce rassemblement d'individus tendus vers un objectif et dont les relations sont déterminantes du projet commun. L'entreprise peut mieux se comprendre et progresser grâce au regard du sociologue.

Il en est de même pour l'histoire. Combien d'entreprises ont trouvé avantage à faire travailler des historiens pour retracer leur propre histoire, montrer la spécificité de leur culture et renforcer leurs valeurs ? Pour l'historien, c'est un réel élargissement du champ de son champ de recherche.

La rencontre entre les uns et les autres, dans une logique interdisciplinaire, est toujours particulièrement fructueuse.
Néanmoins, les contacts ne sont pas si faciles, et les progrès à réaliser sont encore nombreux. Nous avons encore à rapprocher deux mondes, celui de l'entreprise et celui de la recherche. Toutes les entreprises doivent prendre conscience de leur intérêt à travailler avec les organismes de recherche et les universités, sur tous les plans et dans toutes les disciplines scientifiques. Les équipes de recherche doivent comprendre à quel point il est enrichissant de travailler sur les sujets de l'entreprise. C'est une matière particulièrement vivante et riche. C'est aussi une façon pour les sciences humaines et sociales d'être en contact avec une réalité forte du monde d'aujourd'hui et de se confronter en permanence à des acteurs exigeants en termes de méthodologie, de technologie et de savoir-faire.

Le rôle d'interface que joue l'ANVIE, est plus que jamais nécessaire. Nous avons besoin de convaincre les uns et les autres de cette nécessité de rapprochement. Il nous faut mettre en application le concept de valorisation de la recherche et l'utilisation de ses résultats. C'est ce que vous l'ANVIE fait constamment, et avec succès.

Monsieur Bailly, vous avez à juste titre attiré notre attention sur la nécessité de l'internationalisation. Les entreprises, notamment les plus grandes, vivent dans un monde de plus en plus internationalisé. Elles sont présentes dans de nombreux pays et sont confrontées au choc des cultures et aux difficultés à faire travailler ensemble des équipes multinationales. Ces réalités, qui soulèvent des phénomènes culturels parfois aussi importants que les phénomènes économiques, sont un objet d'étude. Il faut que la recherche s'organise pour répondre aux questions des entreprises avec une vision internationale. C'est vital pour le lien entre l'entreprise et la recherche.
C'est aussi vital pour la recherche : si elle manque une dimension des réalités humaines et sociales d'aujourd'hui, elle manque son objet.

La recherche est aujourd'hui très internationalisée. Elle l'est à l'évidence dans les sciences dures et les sciences du vivant : aucun chercheur ne peut se passer de contacts quotidiens avec ses pairs sur le plan international. Mais il faut reconnaître que la recherche en sciences humaines et sociales est moins internationalisée, pour des raisons qui tiennent en partie à la langue (particulièrement importante lorsqu'il s'agit d'exprimer des réalités humaines et sociales). Nous devons dépasser ces obstacles et relever le défi de l'internationalisation.
Les relations entre la recherche et l'entreprise ne doivent pas être l'apanage de quelques grands groupes dont les dirigeants ont compris l'intérêt de la recherche en sciences humaines et sociales. Il faut que les apports des sciences humaines et sociales soient reconnus par l'ensemble du tissu économique. Il est important pour le monde de la recherche et pour les universités que ces contacts avec le tissu économique se développent.

Le rôle de l'ANVIE est considérable et le sera plus encore demain. J'ai constaté que vous saviez, avec pragmatisme et ténacité, travailler dans ce sens. Vos résultats sont éloquents. Il reste beaucoup à faire : c'est la tâche du monde de la recherche, c'est l'intérêt du monde de l'entreprise et c'est le rôle de l'ANVIE. Permettez-moi de rendre un hommage appuyé aux efforts que vous déployez et aux résultats que vous avez d'ores et déjà obtenus.

1ère publication : 16.11.2006 - Mise à jour : 9.08.2012
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