Accueil >  [ARCHIVES] >  [ARCHIVES] Discours

[ARCHIVES] Discours

Point presse sur la politique de recherche sur le SIDA

[archive]
Discours - 1ère publication : 3.11.2004 - Mise à jour : 21.01.0008
François d'Aubert

 

Mesdames, Messieurs,

 

Je voudrais tout d'abord vous souhaiter la bienvenue et vous remercier d'avoir répondu à notre invitation à venir dialoguer aujourd'hui. Je souhaite aussi remercier Mme Anne-Marie Moulin, Présidente du Conseil d'administration de l'ANRS, et le Professeur Michel Kazatchkine, directeur de l'Agence, d'être à mes côtés pour cette rencontre.

J'ai voulu profiter de la réunion du Conseil d'administration de l'ANRS, qui se tiendra tout à l'heure, pour rendre visite à l'Agence et pour rencontrer quelques-uns de ses principaux partenaires et acteurs. Je voulais aussi venir porter un message fort d'encouragement sur l'activité de recherche essentielle à mes yeux que conduit l'ANRS.


En raison de sa structure juridique de Groupement d'intérêt public, l'Agence doit être renouvelée périodiquement et, comme à chaque renouvellement, le Gouvernement s'est interrogé en 2003 sur les missions, sur les partenaires et sur les moyens de l'ANRS. Si nous sommes ici, c'est bien sûr qu'une décision positive a été prise et que l'année 2004 marque donc un nouveau départ, pour une période de 6 ans, de l'ANRS.

En cette année charnière, il me paraît important d'affirmer à nouveau que la recherche contre le sida est une priorité dans la lutte contre cette terrible pandémie. Il faut certes que la France soit aussi présente par d'autres modes d'action, et nous le sommes, notamment par notre contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la malaria et la tuberculose. La France aura versé 550 millions d'euros pour ce fonds à l'échéance de 2006, c'est-à-dire la plus importante contribution après les États-Unis !

Mais nous sommes convaincus que cette lutte contre le sida ne pourra être victorieuse que si nous innovons dans les moyens mis en œuvre. D'immenses progrès dans la compréhension des déterminants biologiques et sociaux de l'épidémie ou dans les traitements anti-rétroviraux ont déjà été accomplis, ce qui a permis un maîtrise partielle de l'épidémie dans les pays les plus développés. Mais ce n'est pas suffisant : l'adaptation et la diffusion des traitement existants vers les pays du Sud, le développement de nouveaux programmes de préventions et surtout la réponse définitive que serait la mise au point d'un vaccin... tous ces objectifs plus ou moins lointains nécessitent que l'effort de recherche soit maintenu, voire amplifié sur certains fronts.

Ce besoin d'une recherche soutenue spécifiquement a été bien compris par la France, et nous sommes d'ailleurs le seul pays européen à disposer d'une agence de recherche dédiée au sida. Cette activité de recherche est financée au premier rang par le ministère chargé de la recherche, à la fois au travers du budget de l'ANRS et au travers du budget des établissements de recherche, où le ministère finance majoritairement des salaires et des dotations récurrentes, notamment à l'INSERM, au CNRS, à l'Institut Pasteur et à l'IRD. Mais cette recherche s'appuie aussi sur les universités et sur les hôpitaux qui apportent une importante contribution plus difficile à chiffrer, notamment dans le domaine de la recherche clinique.

Au total la dépense du ministère de la recherche ciblée sur le sida peut être estimée, en coût complet, à environ 100 millions d'euros par an.
C'est beaucoup, si l'on compare cette dépense de recherche à celle consacrée à d'autres maladies, par exemple les maladies cardio-vasculaires ou le cancer, qui tuent chacun en France environ deux cent fois plus que le sida. Mais 100 millions d'euros, c'est aussi assez peu si l'on considère les millions de morts à l'échelle mondiale et surtout les effroyables perspectives à 10 ou 20 ans, qui peuvent remettre en question l'équilibre géopolitique de la planète.

Le partenariat de trois ministères

Le difficile rôle du politique est de trouver le juste équilibre entre un point de vue purement franco-français et un point de vue international plus large. Et c'est pour cela que pour le sida, plus que pour d'autres maladies, il m'apparaît capital de travailler en étroite interaction avec les deux autres ministères fortement concernés, le ministère de la santé et le ministère des affaires étrangères, et également avec les associations qui représentent les patients.

Il est en effet primordial de bien prendre en compte la dimension de l'action internationale de la France lorsque l'on parle recherche sur le sida, et c'est pour cela que le ministère chargé du développement [dont je salue le représentant...] est partenaire à part entière du GIP ANRS. Le Gouvernement a d'ailleurs souhaité renforcer encore cette dimension internationale en faisant entrer en 2004 un nouveau partenaire dans le GIP : l'Institut de recherche pour le développement, dont l'implantation à l'étranger est bien plus développée que celle des autres établissements déjà partenaires, l'INSERM, le CNRS et l'Institut Pasteur.

L'autre partenaire incontournable pour mener une politique de recherche éclairée sur le sida, c'est naturellement le ministère de la santé [dont je salue ici le représentant...]. C'est avec lui que nous pouvons conduire une politique cohérente sur les essais thérapeutiques et traduire rapidement les résultats de ces essais en recommandations pratiques pour le traitement des malades. C'est aussi le ministère de la santé qui est à même de transférer efficacement les conclusions des études épidémiologiques et sociales en campagnes de prévention qui permettront de réduire les contaminations.

C'est ce partenariat, élargi aux associations de patients, qui nous permet, avec des moyens qui peuvent paraître toujours trop limités, de bien choisir nos priorités d'action, priorités sur lesquelles la France doit pouvoir démontrer une action déterminante.

L'efficacité de ce partenariat s'est traduit encore récemment par une initiative française, concernant la recherche sur le vaccin. Face au géant américain, la France et l'Europe sont encore très bien placés sur le plan scientifique dans cette recherche qui constitue le meilleur espoir à moyen terme pour juguler l'épidémie de sida. Il y a deux semaines, en prévision de la réunion de Washington consacrée à l' "Entreprise globale pour le vaccin HI", la France a obtenu qu'une position commune aux 7 pays européens les plus impliqués dans la recherche vaccinale [France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Pays-Bas, Suède] soit adoptée. Si la France peut porter de telles initiatives au plan européen, c'est naturellement grâce à la solidité de notre recherche et à la visibilité toute particulière que lui donne l'ANRS.

Un schéma stratégique élaboré par l'ANRS sur lequel le ministère s'engage à augmenter sa contribution

La nouvelle perspective de 6 ans donnée à l'ANRS concerne le sida, nous l'avons vu, et elle concerne aussi les hépatites virales. Avant le renouvellement du GIP en 2004, la recherche clinique sur les hépatites étaient déjà dans les missions de l'Agence. Depuis cette année les recherches fondamentales sur les hépatites font également partie de ces missions. En effet nous avons considéré que les synergies entre ces recherches, fondamentales, cliniques, thérapeutiques, en santé publique, justifiaient qu'elles soient pilotées par la même entité.

Cet élargissement du périmètre d'action de l'ANRS va évidemment s'accompagner, au-delà d'un possible changement de nom, d'une augmentation progressive des moyens de l'Agence. Cette évolution a été discutée au début de l'année entre l'ANRS et les ministères partenaires. Le résultat de ces discussions a été formalisé dans un document de programmation qui prévoit une augmentation de 3,5 millions d'euros de la subvention apportée par le ministère chargé de la recherche d'ici 2006. Deux millions d'euros d'augmentation ont déjà été prévus pour 2005. Cet effort supplémentaire permettra de développer les programmes de recherche consacrés au hépatites virales, pour passer de 4,4 à 6,3 millions d'euros en 2006, mais il permettra aussi de maintenir une recherche ambitieuse dans le domaine du sida.

Je crois donc que la perspective est maintenant bien tracée et que la recherche française peut rester mobilisée contre ces redoutables épidémies du sida et des hépatites.
Nous sommes maintenant à votre disposition avec Mme Moulin et le Pr. Kazatchkine pour répondre à vos questions.

1ère publication : 3.11.2004 - Mise à jour : 21.01.0008
Retour haut de page