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Intervention lors de la présentation des lauréats des Chaires d'excellence

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Discours - 1ère publication : 20.10.2004 - Mise à jour : 21.01.0008
François d'Aubert

Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Directeurs Généraux,
Mesdames et Messieurs,

Avant tout, je souhaite faire d'abord un constat rapide, resituer le contexte dans lequel nous avons lancé ces chaires d'excellence : le système français de recherche et d'innovation est à un moment crucial de son existence.

Jamais, il n'a été autant bousculé par l'évolution du monde.
Jamais, non plus, il n'a eu autant d'importance pour notre avenir. D'ailleurs, et je crois que c'est un signe politique fort, le gouvernement l'a placé au cœur de son action politique et de son ambition pour la France.
Jamais enfin, le changement n'a été autant souhaité par la communauté scientifique. Notre recherche connaît en effet une ambition réformatrice qui ne s'était pas manifestée depuis longtemps. L'ensemble du monde de la Recherche, le grand public aussi, ont pris conscience de la nécessité d'une réforme, conçue en profondeur et disposée à l'audace.
A ce moment charnière, nous avons décidé, au Ministère de la Recherche, de lancer les chaires d'excellence.

D'abord parce que nous croyons à l'excellence et à l'avenir du système français de recherche et d'innovation. On ne lance pas un programme comme celui-ci, si l'on ne croit pas en l'avenir de la Recherche française. Et la variété et la qualité des lauréats montre bien que la recherche française demeure attractive et au meilleur niveau.
Mais aussi et surtout, nous avons lancé les chaires d'excellence pour donner un signal fort de notre détermination à faire bouger les choses, pour inscrire la recherche française dans une nouvelle dynamique de succès. A ce titre, cette initiative s'inscrit dans le grand programme en faveur de l'attractivité lancé par le Premier Ministre, de la même façon que les pôles de compétitivité.
D'abord, parce que la Recherche est essentielle. La recherche se situe en effet au cœur du développement national et régional, au cœur de la constitution de bassins d'emplois et d'innovation. C'est elle qui irrigue le pays d'emplois et de technologies nouvelles, au service de l'aménagement et du développement du territoire.

La Recherche et l'innovation représentent aussi, pour nos économies développées, une chance véritable pour le développement des emplois qualifiés de demain et des entreprises fortement créatrices de valeur. Sans elles, la mondialisation risque de ne représenter qu'une vaste redistribution des cartes à l'échelle internationale. Avec elles, nous préservons nos avantages comparatifs, nous disposons d'une longueur d'avance sur les autres pays.

Dans les mouvements tectoniques qui secouent nos systèmes de recherche et d'innovation, il faut, en effet, absolument éviter que l'Europe ne devienne une vaste zone de subduction. Ne nous voilons pas la face, des menaces existent. A titre d'exemple, la Chine, hier usine du monde, réalise déjà aujourd'hui 2 fois plus de dépenses de recherche et développement que la France. A quand la Chine, laboratoire du monde ? L'urgence du réveil sonne donc pour la Recherche française et européenne.

Pour éviter ces dangers et ces écueils, pour éviter de nous faire distancer, il nous importe donc de défendre et d'illustrer le savoir et l'excellence français.

Cette défense et cette illustration passent d'abord par la mise en valeur de notre excellence académique. Nos organismes et nos universités, grâce à l'excellence de leurs chercheurs, grâce à leurs moyens et leurs structures peuvent relever le défi de la compétition internationale. Il nous faut plus communiquer sur l'excellence académique française, comme aussi d'ailleurs, sur l'excellence de certaines de nos entreprises qui occupent les tous premiers rangs mondiaux dans leurs secteurs, et qui ont construit leurs positions à partir de la recherche. Je pense notamment à certaines du médicament, de l'aéronautique ou de l'espace, de l'électronique.

Il s'agit aussi de faire preuve de pragmatisme. Il ne faut pas laisser aux autres pays qui sont nos partenaires tout autant que nos compétiteurs prendre les devants en matière de recherche. Je dis oui à la promotion des liens et des échanges scientifiques entre la France et les autres pays. Mais sans pour autant céder à l'angélisme ! Ayons tous conscience que la compétition existe, qu'elle est ouverte et jouons-la sans complexe !

En effet, lorsque l'on parle de recherche, il faut certes constater que l'échange est une constante du monde des sciences et des lettres depuis le moyen-âge. Il y a eu, au XVIIème siècle, une République des Lettres mais aussi des Sciences qui transcendait les frontières de l'Europe. Le chercheur était et reste mobile. Il partage, il diffuse son savoir. C'est d'ailleurs tout autant sa vocation que de chercher. Mais cette vision d'un cosmopolitisme de la recherche et des sciences, ne doit pas faire oublier aussi que, de tout temps, l'attraction des meilleurs a présidé à la conduite scientifique des Etats. En tout cas des Etats éclairés.

Quand Léonard de Vinci était invité par François Ier à venir exercer ses talents en France, quand Catherine II prenait les conseils de d'Alembert, quand Jean-Sébastien Bach était invité par le Prince Léopold d'Anhclass='img-responsive' alt à être son maître de chapelle, il y avait chez chacun d'entre ces princes une préoccupation stratégique pour le rayonnement de leur propre pays. Et plus récemment, quand les universités américaines s'arrachent les meilleurs chercheurs qu'ils soient économistes, physiciens, chimistes ou médecins, le même impitoyable "mercato", pour reprendre un terme footbalistique, s'applique entre les universités.

Il était donc doublement essentiel de renouer avec cette tradition d'invitation et d'acceuil qui a été celle de la France et de l'Europe depuis des centaines d'années. Il était temps aussi d'inscrire plus résolument la recherche française dans la compétition internationale des ressources humaines.

Et cela d'autant plus que l'économie du futur, est avant tout celle de la matière grise. En matière de recherche, il faut savoir attirer les talents. Comme l'ont bien compris les Etats-Unis, la ressource rare, dans l'environnement international, est avant tout celle des hommes.

Ce qui nous amène tout naturellement au programme des chaires d'excellence que j'ai le plaisir de vous annoncer aujourd'hui.

Il existait déjà en France, des bourses d'accueil pour les chercheurs étrangers ou expatriés, quoique de moindre ampleur et moins ouvertes à l'ensemble des savoirs et des sciences. Et puis elles n'avaient pas pour vocation de installer durablement en France des chercheurs partis ou installés à l'étranger. Ce programme a pour ambition de construire un partenariat durable entre le chercheur et le laboratoire ou l'institution qui l'accueille. Il s'agit aussi de renforcer le potentiel français de recherches novatrices et de structurer dans la durée de nouvelles thématiques en bénéficiant de l'apport de compétences particulièrement productives.

Comment s'organise-t-il ?

Ce programme part d'abord d'une réalité : même si le style de vie du pays d'accueil et son environnement général (comme les infrastructures, l'éducation ou la protection sociale) entrent bien sûr en compte, et sur ces points la France est incomparablement bien placée, les meilleurs candidats choisissent en priorité les pays où les conditions d'environnement sont les plus favorables pour leur projet, que ce soit en terme de capacité d'accueil ou dans l'allocation de moyens d'accompagnement mis à leur disposition. Le programme des chaires d'excellence vise donc à répondre à cette attente en offrant aux meilleurs de ces scientifiques, des moyens substantiels pour les aider à réaliser rapidement le projet de recherche.

Leur arrivée en France sera donc accompagnée par des mesures qui les aideront à constituer leur équipe et à engager leur projet scientifique. Ces moyens supplémentaires accordés par le Ministère s'ajoutent, de surcroît, à ceux mis à leur disposition par leur établissement d'accueil.

Nous avons souhaité établir deux catégories de lauréats :

le niveau 1 concerne des scientifiques déjà confirmés dont les premiers travaux témoignent d'un niveau d'excellence déjà reconnu au plan international et qui sont accueillis dans un établissement sur la base d'un projet scientifique de qualité ;
le niveau 2 concerne des scientifiques se situant de manière incontestable au meilleur niveau au plan international dans leur communauté scientifique d'appartenance, accueillis dans un établissement pour y développer un projet d'envergure autour d'une thématique porteuse pour l'avenir en constituant une équipe destinée à pérenniser l'activité scientifique.
Les moyens mis à la disposition des lauréats :


10 chaires d'excellence de niveau 1 sont attribuées cette année. Dans ce cadre, les lauréats se verront attribuer par chaire, un financement de 250 000 € sur trois ans (dont 150 000 € la première année) avec la possibilité de bénéficier de moyens complémentaires sous la forme d'un allocataire de recherche, d'un boursier CIFRE, d'un accueil de post-doc et d'une bourse Chateaubriand" pour l'accueil d'étudiants étrangers du ministère des affaires étrangères. Au total quatre supports de ce type seront attribués sur trois ans à chaque candidat retenu.

 

 

5 chaires d'excellence de niveau 2 sont attribuées cette année. Dans ce cadre, les lauréats se verront attribuer par chaire, un financement de 500 000 € sur trois ans (dont 300 000 € la première année) avec la possibilité de bénéficier de moyens humains complémentaires sous la forme de trois allocataires de recherche, trois bourses CIFRE, trois accueils de post-doc et trois de bourses "Chateaubriand" du ministère des affaires étrangères pour l'accueil d'étudiants étrangers sur 3 ans.
 

Le caractère exceptionnel des travaux de chacun des candidats sélectionnés, leurs analyses bibliométriques qui les situent dans les tous premiers mondiaux dans leur spécialité représentent déjà la preuve que cette initiative est " dans les clous ", répond de manière adaptée et compétitive aux standards internationaux pour attirer les meilleurs.

Je tiens maintenant pour finir à laisser se présenter les candidats sélectionnés.

 Consulter le dossier de presse (39 pages, format pdf)
 Communiqué de presse du 19/10/2004

1ère publication : 20.10.2004 - Mise à jour : 21.01.0008
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