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Présentation du programme européen EADGENE

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Discours - 1ère publication : 5.10.2004 - Mise à jour : 23.01.0008
François d'Aubert

Madame la Présidente,
Monsieur le Directeur général,
Monsieur le Président,
Madame la Coordonnatrice,
Chers partenaires et visiteurs étrangers,
Mesdames et Messieurs,

 

EADGENE, un exemple pour la construction de l'Europe de la recherche

C'est avec grand plaisir que j'ai répondu à l'invitation de Mme Guillou et que je participe, en ce jour de rentrée parlementaire, au lancement du réseau d'excellence EADGENE.

Je tiens en effet aujourd'hui à marquer mon fort attachement au développement de la recherche européenne, notamment au travers des réseaux d'excellence. Mais j'ai aussi une satisfaction toute particulière à voir s'organiser ce réseau, EADGENE, consacré à une problématique proche des préoccupations des Français et des autres citoyens européens.

L'objet de ce réseau est l'un des plus vastes et des plus mouvants qui soient, l'immense domaine de la santé animale, dans ses rapports avec la santé humaine. En raison de la diversité des agents pathogènes, des espèces animales, des conditions de leur rencontre, les compétences nécessaires pour explorer ce vaste domaine sont aujourd'hui dispersées, fragmentées au niveau européen. Mais paradoxalement, ces compétences sont aussi confrontées à un risque de redondance, notamment face aux priorités que la récurrence des crises sanitaire ou alimentaire a imposées, souvent dans l'urgence, à tous les pays et à leurs structures de recherche.

A l'heure de la mondialisation, face à la confondante rapidité des échanges et face aux perturbations des écosystèmes planétaires, la réponse aux menaces sanitaires ne peut s'organiser qu'à l'échelle internationale.

Qui plus est, la recherche est une composante essentielle de cette réponse aux menaces sanitaires, que nous devons construire d'abord en dehors des crises mais aussi, en ne les perdant pas de vue. En effet, cette recherche est ancrée dans les préoccupations quotidiennes des populations et à ce titre trouve un usage potentiel immédiat. De ce fait, elle se doit d'être réactive. Et peut être considérée comme le symbole du lien qui unit recherche fondamentale et finalisée. Elle illustre la compatibilité entre des objectifs prioritaires et la recherche fondamentale, ce qui est la raison d'être de l'Agence Nationale de la Recherche que nous allons prochainement mettre en place.

C'est dans ce même esprit qu'il devenait primordial de fédérer, au niveau communautaire, toutes ces compétences. Il fallait mettre en commun informations et moyens. Il fallait favoriser l'échange scientifique et humain, réfléchir ensemble, puis définir des priorités. Cet ambitieux programme est celui qui voit aujourd'hui le jour.

Je suis convaincu que c'est sur ce type d'exemple que l'Europe de la recherche se développera: un programme scientifique rayonnant à l'extérieur de l'Europe mais aussi reconnu à l'intérieur par les réponses qu'il apporte aux préoccupations des citoyens européens.

EADGENE, des priorités et des outils en phase avec la compétition internationale

Le réseau EADGENE met au premier plan les approches par la génomique. Les impressionnants progrès accomplis dans ce domaine en font en effet un passage obligé pour renouveler l'exploration de la pathologie infectieuse. Qu'il s'agisse des génomes d'agents pathogènes, dont beaucoup sont entièrement déchiffrés, ou de ceux des animaux d'élevage, dont la connaissance s'enrichit chaque jour, en particulier en France grâce au GIS AGENAE et au programme Génanimal, nous disposons maintenant d'une somme considérable d'information fondamentale ! Il nous faut bien sûr l'élargir encore, pour rester dans la course internationale à la production de nouvelles connaissances. Mais cette somme d'information, il nous faut aussi l'analyser et la mettre en perspective selon l'orientation finalisée que vous proposez.

Vous rejoignez ici l'une de mes préoccupations majeures : l'effort de recherche sur les maladies infectieuses mérite d'être amplifié, à la fois dans sa dimension humaine et dans sa dimension animale. L'Agence Nationale pour la Recherche, dont la mise en place a été actée pour le début de l'année 2005, fera de ces maladies l'une de ses priorités en sciences de la vie afin de maintenir notre compétence sur ce front mouvant et imprévisible où l'homme et l'animal sont étroitement mêlés.

Les processus infectieux ne sauraient se réduire à un simple " duel " entre déterminants de virulence des agents pathogènes et réponses immunitaires de leurs hôtes animaux. Il s'agit, plus subtilement, d'une sorte de dialogue contradictoire, d'un échange de signaux entre deux partenaires en conflit, chaque argument de l'un suscitant de la part de l'autre une réponse particulière. Comme dans tout débat, les échanges peuvent se montrer excessifs :
- le pathogène peut terrasser d'emblée son hôte, sans recours, se privant ainsi "du gîte et du couvert " ;
- mais l'hôte peut se livrer à une surabondante expression de médiateurs de défense, qui peut aller jusqu'à perturber son propre fonctionnement.

C'est ainsi à une nouvelle orientation de l'étude de la pathogénie des maladies infectieuses que nous nous voyons invités par les formidables découvertes de la biologie fondamentale d'aujourd'hui. Il convient d'arriver à une compréhension plus fine aussi bien des agents pathogènes et des mécanismes de leurs effets indésirables, que des réponses de leurs hôtes, dans toute leur diversité spécifique. Ainsi seulement pourrons-nous aboutir à des moyens de lutte et de contrôle nouveaux.

C'est le chemin que vous avez choisi, à travers EADGENE, et je suis confiant dans votre capacité à défricher de nouvelles voies qui permettront de mieux protéger, de mieux soigner, voire d'améliorer, les espèces animales d'élevage contre les multiples agents viraux, bactériens ou parasitaires.

EADGENE est tourné résolument vers le transfert et l'international

L'enjeu économique de ce projet, pour l'Europe, pour la France, l'un des premiers pays d'élevage du monde, est à mes yeux primordial. Il se double d'un enjeu de santé publique car c'est aussi en protégeant la santé animale que l'on protège la santé humaine. Les récentes crises qui ont frappé l'Europe ou l'Asie témoignent, comme je l'ai déjà évoqué, durement de cette intimité.
Mais cette proximité entre l'homme et l'animal pourra aussi se traduire par des retombées avantageuses des recherches qui seront conduites dans le cadre d'EADGENE. La comparaison, entre l'animal et l'homme, dans la compréhension des maladies, est un outil de progrès supplémentaire pour conduire à des découvertes qui bénéficieront aux deux domaines, de la santé animale et de la santé humaine.

Je voudrais insister un instant sur l'ambition de transfert et de valorisation des connaissances affirmée par le réseau EADGENE. Cette ambition répond parfaitement aux options que le Gouvernement français soutient dans sa politique de recherche. Ce n'est en effet qu'à travers un riche partenariat avec les professionnels et les industriels, acteurs de première ligne de la protection de nos élevages contre le risque infectieux, que nous pourrons concrétiser un apport scientifique qui ne doit à aucun prix rester purement " académique ".

La présence parmi nous de représentants des organisations internationales de producteurs, que je salue et qui nous ont dit tout leur intérêt pour cette initiative, est bien la preuve que cette démarche est inscrite au cœur d'EADGENE.

La collaboration internationale qu'illustre EADGENE doit également être considérée à un échelon encore plus large que celui de notre continent, tant il est vrai que les menaces qui pèsent sur la santé animale sont souvent d'ampleur mondiale et ignorent les frontières. La réponse à ces menaces nécessite la plus large fédération d'acteurs possible. La présence d'un membre du " Department of Agriculture " américain, à qui je souhaite la bienvenue, témoigne de cette impérieuse nécessité.

Je remercie donc l'INRA, dont j'ai une nouvelle fois le plaisir de souligner l'investissement dans la collaboration européenne au meilleur niveau, d'avoir soutenu la construction de cette convergence des compétences.

Je remercie aussi Achilleas Mitsos et l'Union européenne d'avoir perçu l'importance de cet enjeu et de donner à cet ambitieux projet les moyens d'exister.

Mes remerciements s'adressent enfin à tous nos collègues des meilleurs instituts de recherche européens en santé animale, pour avoir contribué avec autant d'enthousiasme à cette belle construction. Je ne peux les citer tous, sans être trop long, mais sachez que chacun d'eux est bien présent à mon esprit.

Je vous remercie pour votre attention.

1ère publication : 5.10.2004 - Mise à jour : 23.01.0008
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