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L'Inserm, véritable pivot de la recherche biomédicale française

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Valérie Pécresse, Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche est intervenue ce matin devant les directeurs d'unités de l'Inserm. Face à l'émiettement des structures, la ministre a rappelé la volonté du Gouvernement de faire de l'institut le véritable pivot de la recherche biomédicale française, dans un rôle renforcé de coordination et d'agence de moyens.

Discours - 1ère publication : 5.02.2008 - Mise à jour : 7.02.0008
Valérie Pécresse

Monsieur le Directeur général, André SYROTA,
Mesdames et Messieurs les directeurs d'unités,
Mesdames et Messieurs les responsables scientifiques,
Mesdames et Messieurs,


Je suis particulièrement heureuse d'être parmi vous aujourd'hui, à l'occasion de ces rencontres qui, pour tous ceux qui font vivre l'Inserm et s'efforcent chaque jour de le porter vers de nouveaux horizons, comptent sans aucun doute au nombre des temps forts qui scandent une année.

C'est également pour moi une joie de vous voir si nombreux rassemblés ce matin et à mes yeux, il s'agit là d'un très beau signe, le signe de la vitalité de l'Institut et de la passion qui vous anime au service des progrès de la recherche biomédicale.

Le signe aussi de l'intérêt que vous portez à la définition des grandes orientations stratégiques de l'Institut à l'aube d'une année charnière, qui verra l'Inserm conclure, pour la première fois depuis sa création, un contrat pluriannuel d'engagements avec l'Etat. Avec ce contrat pour 2008-2011, c'est l'avenir à moyen terme de l'institut que nous allons écrire ensemble.

Pour l'Inserm, l'année qui commence sera donc un moment important d'une vie déjà particulièrement riche. Depuis sa création, l'Inserm s'est en effet imposé comme le principal acteur de la recherche biomédicale française, un acteur qui a su relever chacun des nouveaux défis qui s'offraient à lui et apporter une contribution décisive à l'émergence de nouvelles disciplines et de nouvelles spécialités riches d'espoir.

Je pense aux progrès remarquables accomplis par les équipes de l'Inserm en biochimie, en immuno-hématologie, en biologie cellulaire et moléculaire, en génétique ou bien encore aux nouvelles thérapeutiques qui ouvrent des voies si prometteuses et jusque là insoupçonnées.

Ces succès exceptionnels, l'Inserm les doit à ses équipes de chercheurs, à ses personnels et à ses dirigeants, à tous ceux qui depuis près de quarante-quatre ans ont fait et font encore de l'Institut une référence, tout simplement.

Avant toute chose, permettez-moi donc de les remercier, de vous remercier, au nom de l'ensemble des Français comme au nom de tous les patients dont vous avez changé la vie, sans même qu'ils s'en doutent.

Incontestable en France, reconnu à l'étranger, l'Inserm doit désormais s'inventer un nouvel avenir, à la hauteur du brillant héritage qui est le sien, et cet avenir passe à n'en pas douter par l'Europe.

Car c'est une époque exceptionnelle qu'il nous est donné de vivre, une époque où tous les peuples d'Europe, et parfois même du monde, joignent leurs forces et leurs intelligences pour se construire un futur commun fondé sur le savoir et la connaissance.

La présidence française de l'Union Européenne, au cours de laquelle aura lieu le bilan à mi-parcours du 7éme programme cadre de recherche, sera ainsi pour moi l'occasion de réaffirmer la priorité qui est celle des 27 Etats de l'union en faveur de la recherche en santé.

Dans cette époque nouvelle, l'Inserm a un rôle de premier rang à jouer, en devenant l'un des tout premiers acteurs de la recherche biomédicale en Europe, voire le premier. Peu d'organismes ont en effet comme lui les compétences, la renommée et la légitimité nécessaires pour pouvoir prétendre ainsi à la toute première place.

 

Pour l'obtenir, il nous faudra analyser avec beaucoup de lucidité quelles sont aujourd'hui les forces et les faiblesses de notre système de recherche en santé.

Sa plus grande force c'est assurément la qualité de ses hommes et de ses femmes ; nombreux en effet sont ceux et celles qui illustrent chaque jour sa quête d'excellence en publiant dans les plus grandes revues internationales des résultats particulièrement remarquables.

Sa plus grande faiblesse c'est sans aucun doute l'émiettement et la complexité de ses structures.

Aux côtés de l'Inserm, entièrement consacré à la recherche biomédicale, de multiples acteurs s'y investissent également en accueillant des équipes de recherche, à commencer les universités, les CHU, les hôpitaux, l'Institut Pasteur, l'Institut Curie ou bien encore le CEA, et bien sur le CNRS.

Et nombreuses sont également les structures de coordination qui, au fil du temps, se sont mises en place pour, face à cet émiettement, rassembler et mieux coordonner l'effort de recherche biomédicale dans notre pays : ainsi les IFR (Institut Fédératif de Recherche), les GIS (Groupement d'Intérêt Sceintifique), les GIP (Groupement d'Intérêt Public), les neuropoles, les cancéropoles ou bien encore les génopoles furent-ils créés pour partager les équipements et construire des stratégies communes.

De plus, dés qu'une priorité nouvelle de santé publique a émergé, qu'il s'agisse des maladies virales ou du cancer, les pouvoirs publics ont fait le choix de créer des agences de financement ad hoc, seules capables à leurs yeux d'être des instruments de pilotage réactifs et efficaces. Cette démarche a atteint aujourd'hui ses limites car elle fait obstacle à la nécessaire transversalité de la recherche biomédicale. Disons le simplement, il n'est plus possible de poursuivre dans cette logique et de créer une agence de recherche par pathologie. Le plan Alzheimer, récemment dévoilé par le Président de la République en est l'illustration, son volet recherche sera coordonné par l'Inserm.

Certains ici m'objecteront, à juste titre, que de ces réseaux de coopération scientifique, de ces agences, sont sortis certaines grandes avancées de la recherche française. Mais aujourd'hui cet émiettement structurel est devenu un réel handicap : s'orienter dans les méandres d'un tel labyrinthe n'a en effet rien d'évident et cette infinie complexité conduit trop souvent des chercheurs, qui aimeraient consacrer tout leur temps à leurs recherches, à perdre de précieuses heures à administrer, à rassembler ici et là les financements, les soutiens, les autorisations nécessaires à la pratique de leur métier.

Ce temps perdu, je veux le rendre aux scientifiques, je veux vous le rendre, en travaillant avec vous à simplifier ce système de recherche.

Dans cette évolution essentielle, l'Inserm a un rôle majeur à jouer : qui pourrait mieux que lui garantir le développement coordonné d'une recherche de très haut niveau ? Et qui pourrait mieux que lui tisser et fortifier les liens qui doivent nécessairement unir la recherche fondamentale à la recherche clinique et à ses applications en matière de santé ?

C'est pourquoi le Gouvernement entend s'appuyer pleinement sur l'Inserm et en faire le véritable pivot de la recherche biomédicale française.

Et pour assurer cette responsabilité nouvelle qui lui est confiée, pour coordonner au mieux notre effort de recherche biomédicale et élaborer les stratégies audacieuses et novatrices au bénéfice des patients, l'Inserm assumera demain un rôle renforcé de coordination et d'agence de moyens.

Voilà la mission que nous avons confiée, Roselyne BACHELOT et moi-même, à votre nouveau directeur général, le Professeur André SYROTA, une mission qui ne suppose ni transformation radicale de l'Institut, ni bouleversements complets des structures mais qui améliore singulièrement leur fonctionnement au service d'une meilleure recherche.


Voilà la révolution douce que nous allons engager ensemble, une révolution dont la recherche biomédicale doit sortir grandie. D'une organisation devenu complexe et illisible, pour vous chercheurs, pour nous décideurs politiques, et aux yeux des citoyens de ce pays, nous devons aller vers un dispositif plus clair et plus efficace. Cette clarté nouvelle sera aussi le gage d'une plus grande reconnaissance, internationale bien sûr, mais aussi nationale.

Cette révolution douce pourra se faire grâce à une nouvelle organisation de la recherche au sein de l'Inserm, structurée autour d'un nombre limité de grands axes thématiques, auxquels pourraient correspondre autant d'instituts. Il s'agit bien de coordonner pour éviter les redondances, pas de bouleverser votre institution.

Chaque institut pourra ainsi définir une stratégie globale et cohérente, une stratégie inspirée avant tout par le souci de permettre le développement des disciplines et des progrès de la recherche biomédicale.

Chaque institut deviendra aussi le partenaire naturel de tous ceux, organismes de recherche, je pense notamment au CNRS et au CEA, universités, CHU et hôpitaux, qui, de prés ou de loin, par leurs compétences propres ou transversales, sont concernés par ces grandes thématiques bien identifiées.

Enfin, Chaque institut sera le porte-parole de la communauté scientifique auprès des instances nationales, européennes et même internationales, d'expertise et d'organisation de la recherche biomédicale.

C'est ainsi, en surmontant tous les clivages et toutes les lourdeurs bureaucratiques qui éloignent arbitrairement ceux qui travaillent dans un même domaine de recherche et qui devraient se voir offrir l'occasion d'œuvrer ensemble, que nous deviendrons capables de faire converger tous nos efforts, sans séparer la recherche fondamentale de la recherche clinique, et en tirant toutes les conséquences de leurs progrès pour la santé humaine.

Cette révolution douce naîtra donc du décloisonnement, un décloisonnement dont la fécondité n'est plus à démontrer : chacun a pu ainsi constater combien étaient fructueux les partenariats qui se sont tissés et renforcés ces dernières années entre l'Inserm et les centres hospitaliers universitaires.

Nous devons aller plus loin encore, en faisant de ces partenariats harmonieux et respectueux des prérogatives et des responsabilités de chacun la règle. Et ces alliances seront d'autant plus fortes et fécondes qu'elles n'uniront pas avant tout des organismes ou des structures administratives, mais bien des chercheurs, des équipes et des laboratoires qui travaillent sur les mêmes sujets et partagent les mêmes soucis et les mêmes préoccupations.


Ainsi réorganisée autour de programmes clairs, cohérents et coordonnés par cet organisme pivot que sera demain l'Inserm, la recherche biomédicale française pourra tirer tout le parti des profondes évolutions qui traversent depuis plusieurs années déjà le paysage scientifique et universitaire français.

Je pense bien sûr au pacte pour la recherche d'avril 2006, mais aussi à la loi sur les libertés et les responsabilités des universités adoptée cet été, qui en offrant aux universités l'autonomie leur permettra de jouer à nouveau tout leur rôle en matière de recherche. Pour toute la communauté scientifique, c'est là une grande opportunité, celle de pouvoir désormais s'appuyer sur de nouveaux partenaires, qui partageront les mêmes ambitions et le même souci de toujours viser l'excellence. 

L'essor d'universités bientôt pleinement autonomes est donc une chance pour tous les chercheurs et pour tous les organismes, une chance que, j'en suis convaincue, l'Inserm sera le premier à saisir, pour mettre en œuvre avec elles les programmes de recherche qu'il aura élaboré et qu'il pourra financer. 

Fort de ces nouvelles alliances, l'Inserm pourra alors devenir le premier témoignage, et peut-être le plus éloquent de tous, du rayonnement redoublé qui sera demain celui de la science française, lorsqu'elle aura définitivement surmonté les obstacles qui aujourd'hui encore, l'empêchent parfois d'être reconnue à la hauteur des talents qui la font vivre.

C'est d'autant plus essentiel qu'il est peu de sciences qui soient appelées à jouer un rôle aussi majeur dans les années à venir que les sciences du vivant, des sciences dont le Président de la République et le gouvernement ont choisi de faire l'une des priorités de la politique française de recherche.
 
C'est donc toute une nation qui compte sur vous, Mesdames et Messieurs, une nation qui compte sur les scientifiques de l'Inserm, non seulement pour répondre aux espoirs des malades et de leurs familles, mais aussi pour illustrer notre pays dans ces biotechnologies dont chacun sait qu'elles  tiendront une place stratégique dans le siècle qui commence.

Et parce que je connais votre passion de la découverte, parce que je sais combien vous êtes aiguillonnés chaque jour par l'envie d'offrir à tous ceux qui les attendent de nouvelles perspectives thérapeutiques, je suis certaine que vous serez, une fois de plus, au rendez-vous de tous les espoirs.

Et de cela aussi, chacun de nous vous est reconnaissant.
 
Je vous remercie.

 

1ère publication : 5.02.2008 - Mise à jour : 7.02.0008

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