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Pour une politique spatiale européenne ambitieuse

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Vignette Toulouse space show

Valérie Pécresse a inauguré "la semaine des applications spatiales" de Toulouse. La ministre s'est félicitée de la signature du nouveau plan spatial régional en Midi-Pyrénées et a réaffirmé l'importance de construire une politique européenne de l'espace. Elle a ainsi évoqué quelques pistes de réflexion engagées en ce sens: une politique tournée vers la lutte contre le changement climatique, la création d'un programme commun de surveillance de l'espace, la promotion de nouveaux services unissant télécommunications, géopositionnement et observation de la Terre.

Discours - 1ère publication : 22.04.2008 - Mise à jour : 11.05.0011
Valérie Pécresse

Inauguration du Toulouse Space Show - Toulouse, mardi 22 avril 2008

  

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse d'être à vos côtés aujourd'hui et d'inaugurer avec vous ces journées des applications spatiales, auxquelles vous avez également donné le nom, il est vrai bien plus éloquent, de Toulouse Space Show !

Cette forte appellation est toutefois parfaitement méritée : en choisissant d'adosser une exposition et un grand colloque aux deux conférences internationales et au forum européen qui se déroulent cette année à Toulouse, vous avez en effet donné naissance à un très bel événement, qui à n'en pas douter fait de la Ville rose le lieu de rendez-vous de tous ceux que passionnent l'aventure spatiale et toutes ses applications.

Toulouse est donc pour quelques jours le camp de base de cette aventure. A l'évidence, cet honneur vous était dû, puisque la cité du Capitole est aussi la capitale - l'assonance même la prédestinait - d'une grande et belle communauté : celle d'Airbus et d'une autre aventure, non plus spatiale, mais aérienne, et non plus mondiale, mais européenne. 

Car c'est ici, à Blagnac, que bat depuis près de quarante ans le cœur d'une seule et même équipe, presque une famille, qui un peu partout sur notre continent travaille à donner aux pays d'Europe et du monde quelques-uns des plus beaux avions qui soient.

Et cette famille n'est pas sans lien de parenté avec toutes celles qui, de par le monde, œuvrent ensemble pour arracher l'homme aux forces qui l'attachent à sa planète et lui permettre, pour quelques heures, pour quelques jours ou pour quelques mois, de réaliser ce qui fut longtemps le rêve de toute l'humanité : quitter un instant la Terre pour mieux la contempler.

Et c'est aussi à Toulouse que prend forme une part de ce rêve, dans ce Centre spatial du CNES qui depuis 1968 prépare et rend possible ce petit miracle qui s'accomplit si souvent à Kourou, dans ce morceau de France et d'Europe heureusement situé si près de l'Equateur.

Et c'est bien entendu auprès de ce centre, temple de l'innovation spatiale et de la diffusion technologique, que sont venus s'installer nombre de partenaires industriels du domaine spatial. Je pense bien sûr à Thales Alenia Space et à EADS Astrium, mais aussi à tous leurs partenaires et sous-traitants sans lesquels cette aventure spatiale ne serait pas possible.

Et aujourd'hui, ces partenaires s'organisent et se structurent autour du nouveau plan spatial régional que nous allons signer tout à l'heure. Avec ce plan, vous définissez des axes de stratégie communs à tous les acteurs de la région, entreprises, organismes de recherche, établissements d'enseignement supérieur et collectivités locales.

Je vous encourage à continuer dans cette voie, en parfaite cohérence avec notre politique nationale qui promeut la rencontre des acteurs, aussi bien dans les pôles de compétitivité que dans les réseaux thématiques de recherche avancée.


Mais croyez-le bien, Mesdames et Messieurs, la succession des lancements réussis ne se transforme jamais, aux yeux des Européens et du monde, en une morne litanie. Chacun de nous sait quels exploits se cachent derrière chacun de ces succès : car dans ces salles de contrôle où défilent ces comptes à rebours qui ont si fortement marqué notre imaginaire collectif, c'est toujours l'Europe entière qui retient son souffle.

Et je voudrais aujourd'hui rappeler ce dernier épisode de l'aventure spatiale européenne où l'ATV Jules Verne a rejoint la station spatiale internationale après quatre semaines de course-poursuite à 28 000 km/h et à 400 km d'altitude. C'est une véritable prouesse technique de l'Agence spatiale européenne, du Centre national d'études spatiales et d'Astrium qui a fait rentrer l'Europe dans le club très fermé des puissances spatiales engagées dans le vol spatial habité.

A mes yeux, il s'agit là d'une des plus belles images - et d'une image propre à notre temps - de ce que signifie l'idéal si français et si européen de solidarité : c'est une équipe, une nation, un continent, tendu vers un seul but, animé d'une seule espérance, celle de réaliser un rêve commun et réunissant toutes leurs forces pour l'accomplir ensemble.

Et ce rêve, je veux le redire devant vous aujourd'hui, Mesdames et Messieurs n'a rien d'un luxe. Seul un esprit chagrin ou blasé peut voir dans l'aventure spatiale un vain défi que s'acharneraient à relever ensemble les nations du monde. Car comme tous les vrais rêves, la conquête spatiale nous a menés plus loin que nous ne l'imaginions. Elle nous a fait entrer dans un autre monde, peuplé de satellites et stations orbitales, dont sont nées mille et une innovations : le téléphone, la télévision et l'internet n'importe où dans le monde, le GPS bien sûr, mais aussi les prévisions météos ou encore les soins à distance ; tout cela a transformé notre quotidien et notre vie serait profondément bouleversée si les satellites s'arrêtaient.

C'est là le propre des rêves : eux seuls ont cette force qui pousse l'humanité à se transcender pour repousser la frontière mouvante de l'innovation, ouvrant ainsi au génie et à l'industrie humaine des territoires jusqu'ici insoupçonnés.

Voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, je suis si heureuse d'être parmi vous aujourd'hui : parce que vous avez choisi de consacrer ces journées aux applications spatiales et de célébrer à travers elles l'aventure qui leur a donné naissance. Ce faisant, vous allez apporter une preuve éclatante non pas seulement du souffle qui porte la recherche scientifique et technologique, mais aussi de son immense fécondité, souvent imprévue, mais toujours décisive.

Vous allez notamment discuter des applications que l'espace proposera dans les prochaines années et qui renforceront encore le dynamisme de nos entreprises innovantes, aussi bien en termes de technologies que de nouveaux services.

Vous comprendrez donc que pour une ministre de la recherche qui est aussi ministre de l'espace, il ne fallait manquer ce rendez-vous pour rien au monde ! Je voudrais également remercier très chaleureusement tous ceux qui en sont à l'origine : le CNES,  Midi-Pyrénées Expansion et chacune des collectivités locales qui ont uni leur force pour rendre possible ce très bel événement.


A tous, merci infiniment d'avoir ainsi rassemblé ceux qui partout dans le monde font vivre l'industrie spatiale, et de l'avoir fait ici, en France, à Toulouse. A quelques mois de la présidence française de l'Union européenne, vous adressez ainsi un très beau signe aux nations du monde entier : celui de l'engagement renouvelé de la France dans l'aventure spatiale, sous tous ses aspects.

Aux yeux de la France, cette aventure est en effet loin, très loin d'être terminée : après le temps des pionniers, qui ouvrent les premières voies et réalisent l'impossible, voici que commence en effet le temps des explorateurs, qui, forts des technologies qu'ils ont acquises, peuvent à présent s'efforcer de tenir chacune des promesses que nous ont léguées la génération qui nous précède. Et quelles promesses !

Car nombreux sont les espoirs qu'ont fait naître la conquête spatiale, et au premier rang d'entre eux, celui de mieux connaître la Terre que nous avons semblé ainsi abandonner.

S'il est en effet une chose dont je suis très profondément convaincue, c'est que la découverte de l'espace nous permet d'abord de redécouvrir notre propre planète. Même les yeux rivés au ciel, notre regard reste toujours dirigé vers la Terre qui nous accueille et nous nourrit. « Objectif Terre » : telle pourrait donc à présent être notre devise !

J'en veux pour preuve la plus belle et la plus étourdissante des images qui soit : celle d'une planète d'un bleu éblouissant, à la surface duquel se découpent des continents et des nuages entremêlés. Jamais nous n'aurions pu imaginer que notre Terre était aussi belle. Et jamais il ne nous est apparu plus urgent de la découvrir et de la protéger que depuis ce jour où nous l'avons vue pour la première fois.

Nous le pouvons désormais, grâce à ces exceptionnels outils scientifiques que sont les observations satellites. Ainsi, pour s'adapter au changement climatique ou pour lutter contre, il faut mieux le comprendre ; et pour le comprendre, il n'est pas de meilleur lieu que l'espace. C'est de ce lieu, où rien n'est caché, et où les phénomènes les plus globaux deviennent enfin visibles, que nous pourrons observer, mesurer et comprendre les maux dont souffre notre planète.

Au moment même où nous commençons enfin à unir nos efforts, bien qu'encore trop timidement, pour préserver notre environnement, il nous faut à présent mettre en commun nos observations et, mieux encore, nos capacités d'observations pour approfondir ensemble notre compréhension des mécanismes qui menacent de ravager notre Terre.

Cela va bien au-delà du climat et je pense notamment au projet GMES, dans lequel l'Europe s'est engagée. Ce projet représentera la contribution européenne à l'initiative d'envergure mondiale, le GEOSS, lancée il y a bientôt 5 ans à Washington au 1er Sommet mondial sur l'observation de la Terre. En unissant les données que nous recueillons au sol à celles qui ne sont accessibles que de l'espace, nous nous donnerons les moyens de mieux gérer notre patrimoine agricole et forestier, mais aussi de prévenir les risques naturels qui pèsent sur les populations de notre continent.

Les possibilités qu'a ouverte l'exploration spatiale sont donc bien infinies. Qui aurait pu imaginer, il y a vingt ans à peine, qu'au volant de notre voiture, nous pourrions être accompagnés seconde par seconde et mètre par mètre par un système de guidage par satellite qui tiendrait dans un boîtier plus petit qu'un livre de poche ?

Et ce n'est là qu'une des multiples applications concrètes de la géolocalisation par satellite, qui nous ouvre tant de possibilités et fait naître tant de nouveaux marchés ! Voilà pourquoi il est essentiel que l'Union européenne parvienne à mener à bien le projet Galileo : pour disposer enfin d'une technologie d'une précision sans égale, qui discrètement changera nos vies quotidiennes et nous apportera un peu de la sécurité, mais aussi de la croissance dont nos économies et nos sociétés ont tant besoin.

Car c'est cela aussi que nous apporte la conquête spatiale : des applications qui sont autant d'innovations conçues, développées ou déclinées par nos entreprises, et avec elles la croissance et les emplois qui les accompagnent toujours !


La France, qui a décidé de faire du savoir, de la découverte et de l'innovation les clefs de sa croissance et de son avenir, ne pouvait donc un instant rester à l'écart du nouvel âge de l'aventure spatiale qui s'ouvre à présent et qui nous portera plus loin encore que nous l'imaginons.

Et pour ce faire, elle aura besoin de l'Europe ! Car depuis plus de trente ans, l'aventure spatiale française est d'abord une aventure européenne. Certes, dès 1965, la France parvint à mettre seule en orbite un satellite, indubitablement français puisque baptisé Astérix A1. Mais dès 1973, notre pays unissait ses forces à celles de ses voisins européens pour donner naissance au programme Ariane, avec le succès que l'on sait. Deux ans plus tard, l'ESA voyait le jour et depuis lors, des nations européennes toujours plus nombreuses n'ont plus cessé de conjuguer leurs ambitions spatiales et de relever ensemble nombre de défis communs.

Nous pouvons être fiers de ce que nous avons ainsi accompli : et chaque fois qu'Ariane V s'élève dans le ciel de Kourou, nous partageons une même joie. Mais il nous faut encore consolider notre politique spatiale européenne, qui permettra enfin à l'Europe de devenir à part entière la deuxième puissance spatiale au monde.

Pour l'heure, nous ne le sommes encore que potentiellement. Bien sûr, nombreux sont les Etats d'Europe qui se sont engagés dans l'aventure spatiale. Et bien sûr, nous avons le plus souvent choisi d'unir nos efforts pour relever ensemble les mêmes défis.

Voilà pourquoi les Etats de l'Union ont choisi, avec le traité de Lisbonne, de construire une véritable politique spatiale communautaire : pour faire de l'Europe la nouvelle puissance spatiale internationale.

Car dans ce domaine aussi, l'Union européenne peut et doit faire entendre sa voix singulière, celle d'une puissance pacifique pour qui la conquête spatiale est d'abord gage de paix et de progrès pour l'humanité. Tel est bien le trait qui, depuis ses origines, guide la politique spatiale commune des Etats d'Europe. Dans le siècle qui commence, ces valeurs, qui distinguent le projet européen de tous les autres, devront rester le socle de notre ambition spatiale commune.

Nous sommes à présent au seuil de cette nouvelle politique : les premiers contours en ont été dessinés, il faut désormais l'alimenter.

C'est pourquoi la France a décidé d'en faire l'une des thématiques majeures de son programme de travail pour la Présidence de l'Union. A Kourou, il y a quelques mois à peine, Nicolas Sarkozy m'a donc assigné une seule mission : celle de concrétiser et de renforcer les ambitions de la politique spatiale européenne.

C'est en ce sens que j'ai invité nos partenaires européens à se retrouver au Centre spatial de Guyane dès les 21 et 22 juillet prochains, un centre spatial dont nous avons décidé de consacrer le rôle de port spatial européen.


Aux yeux de la France, cet envol trouvera sa source première dans les progrès que pourront accomplir ces deux programmes-phare que j'évoquais il y a quelques instants à peine, Galileo et GMES.

Pour l'un, il ne nous reste plus qu'à bâtir le cadre réglementaire de son déploiement, et le parlement européen devrait donner son accord dès demain ; pour l'autre, il nous faut encore mettre en place des structures de gouvernance et un financement. Charge ensuite aux agences et aux entreprises contractantes de mettre en œuvre ces programmes ; et je sais que le chemin ne sera pas sans difficultés ! Mais pour ces deux programmes, une chose est certaine : nous pouvons à présent accomplir des avancées décisives et la France s'emploiera à les favoriser.

Et je crois que nous pouvons aller plus loin encore, en proposant à nos partenaires de choisir dès les mois à venir les domaines dans lesquels de nouvelles initiatives pourraient naître. Aux yeux de la France, elles pourraient même devenir des symboles de ces valeurs de fraternité, de paix et de prospérité qui sont les nôtres.

Et une Europe de l'espace fraternelle, ce pourrait être des politiques tournées vers la lutte contre le changement climatique qui menace tant de peuples sur notre planète. Pour cela, nous devons mener une politique ambitieuse pour l'observation spatiale, seul outil capable de mesurer le changement climatique de manière globale. Nous pourrions aussi créer un Centre européen de recherche sur le changement climatique qui exploiterait toutes ces données, et qui nous permettrait ainsi de relever ensemble ce défi adressé à l'ensemble de l'humanité.

Une Europe de l'espace pacifique, ce pourrait être un programme commun de surveillance de l'espace, gage de sécurité pour tous les habitants de notre continent, pour lesquels la continuité des services spatiaux est devenue primordiale.

Une Europe de l'espace au service d'une prospérité partagée, ce pourrait être une Europe décidée à encourager la naissance de nouveaux services, qui uniraient télécommunications, géo positionnement et observation de la Terre. Et pour ce faire, nous pourrions créer un marché porteur dans ce domaine précis et créer une fondation qui pourrait jouer un vrai rôle d'incubateur.

Voilà les pistes que la France proposera à ses partenaires d'explorer avec elle tout au long de sa présidence, voilà les graines que nous pourrions semer ensemble, pour porter sur le devant de la scène internationale cette Europe de l'espace si singulière que nous appelons tous de nos vœux.

Car à l'évidence, l'Europe ne sera pas une puissance spatiale comme les autres. Son histoire l'éloigne de toutes les tentations de domination ou d'utilisation de l'espace à des fins essentiellement militaires. Nous savons - nous avons payé si cher pour l'apprendre - que l'avenir ne naît jamais de ce qui sépare les hommes, mais toujours de ce qui les rapproche.

Et à n'en pas douter, l'aventure spatiale est de celles qui réunissent les hommes. Il n'en existe pas de plus belle preuve que cette stupeur partagée qui s'installa partout sur Terre à l'instant précis où tous les habitants de notre planète virent pour la première fois, il y a bientôt quarante ans, un être humain marcher sur un autre corps céleste. Dans cette émotion commune, qui rassemblait ici et là des familles entières, restées éveillées pour la circonstance, il y a sans doute toute la force de la conquête spatiale résumée.

Car il n'est peut-être d'autre aventure qui puisse rassembler l'humanité avec autant de force et d'évidence. C'est pourquoi le Président de la République a formé le vœu que l'Union européenne se prépare dès maintenant à joindre ses efforts à ceux des autres grandes puissances spatiales pour entamer ensemble une nouvelle conquête, qui ne peut être qu'une grande aventure internationale : celle de la planète Mars.


Vous le voyez, Mesdames et Messieurs, la France n'a qu'un rêve : celui de poursuivre l'épopée spatiale avec ses amis et partenaires européens, pour la pousser un peu plus loin encore. Et je sais que pour écrire les nouvelles pages de cette si belle histoire, vous serez à nos côtés.

Une chose est donc certaine : le Toulouse Space Show est un concept d'avenir !

Je vous donne dès maintenant rendez-vous pour la prochaine édition en 2010 : nous pourrons ainsi, je l'espère, nous réjouir ensemble des progrès que l'Europe spatiale aura accomplis.

 

1ère publication : 22.04.2008 - Mise à jour : 11.05.0011

Toulouse space show 2008

Affiche Toulouse space show

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