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Remise du Prix Rhodia Pierre-Gilles de Gennes pour la science et l'industrie

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Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et Jean-Pierre Clamadieu, président-directeur-général de Rhodia, ont remis pour la première fois le Prix Rhodia Pierre-Gilles de Gennes pour la science et l'industrie, décerné à Sir Richard Henry Friend, Professeur à l'université de Cambridge, pour ses travaux sur les polymères. Pour la ministre, ce prix illustre les relations étroites qui doivent unir les entreprises à la recherche fondamentale. En ce sens, elle a rappelé les mesures destinées à favoriser les rapprochements entre recherches publique et privée (partenariats, triplement du CIR, développement des conventions CIFRE, généralisation du dispositif des doctorants conseils).

Discours - 1ère publication : 15.05.2008 - Mise à jour : 15.05.0008
Valérie Pécresse

Mesdames et Messieurs,

Permettez-toi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse d'être parmi vous aujourd'hui et de pouvoir ainsi adresser en personne mes félicitations les plus chaleureuses au premier lauréat du premier prix Pierre Gilles de Gennes, Sir Richard Henry Friend.

Je sais, Monsieur le Professeur, que vos pairs ne pouvaient vous rendre plus bel hommage qu'en associant ainsi votre nom et vos travaux à la figure tutélaire de Pierre Gilles de Gennes, dont l'intelligence exceptionnelle et l'imagination infatigable restent l'une des sources d'inspiration les plus vives pour les scientifiques du monde entier : votre présence aujourd'hui en est la meilleure preuve.

Il n'y a là qu'un juste retour des choses, puisque c'est au cours d'un voyage en Angleterre qu'il fit adolescent, que Pierre Gilles de Gennes rencontra le scientifique qui éveilla la profonde vocation pour les sciences qui depuis lors fut toujours la sienne. Je dois cependant à la vérité de préciser que ce savant, Giuseppe Occhialini, était italien, mais nous savons depuis bien longtemps déjà que la science s'est toujours joué des frontières.

De toutes les frontières, même, et aussi de celles qui séparent les générations. Car c'est le propre des plus grands esprits que d'ouvrir les voies nouvelles dans lesquelles s'engageront leurs successeurs, qui à leur tour feront faire à la science des progrès décisifs.

Un peu moins d'un an après la disparition de Pierre Gilles de Gennes, l'occasion nous est ainsi donnée de mesurer une nouvelle fois la perte immense qu'elle signifia pour la communauté scientifique et pour nous tous ; mais aussi de comprendre que l'élan qu'il a donné à la physique n'est pas prêt de perdre de sa force, puisqu'il est aujourd'hui des milliers de scientifiques pour le prolonger et le renouveler.

* * *

Et parmi tous ceux-là, c'est vous, Monsieur le Professeur, que le jury a choisi de couronner. Mais pouvait-il en être autrement ? Vos travaux partagent en effet avec ceux de Pierre Gilles de Gennes une double affinité : par leur sujet, tout d'abord, puisqu'ils portent sur l'un de ses terrains d'élection, les polymères, par leur fécondité scientifique et technologique, ensuite, car ils ont donné naissance à l'électronique dite « plastique » et à toutes les applications qui en découleront naturellement.

C'est bien cela que récompense le prix qui vous a été remis aujourd'hui  : une certaine fidélité à l'esprit des travaux de Pierre Gilles de Gennes, un esprit fait de découverte et d'invention scientifique, bien entendu, mais aussi d'une attention constante aux applications qui peuvent être données à ces découvertes et à ces innovations.

A mes yeux, ce prix n'en revêt que plus de valeur, car il vient en quelque sorte consacrer le lien consubstantiel qui unit la science au monde qui l'entoure : car c'est en cherchant à le comprendre, à l'expliquer, que nous découvrons aussi comment le transformer et l'aménager pour rendre un peu plus facile la vie des hommes et des femmes qui l'habitent.

Entre la science et la technologie, il y a donc bien un lien essentiel, tissé depuis leurs origines communes. C'est la science qui nous permet de changer le monde pourvu que nous le respections : telle était la conviction de Pierre Gilles de Gennes et c'est elle aussi que nous faisons vivre aujourd'hui.

Voilà pourquoi je suis particulièrement heureuse de voir remettre le prix qui porte son nom à un scientifique dont les travaux de recherche fondamentale ont ouvert à leur tour de nouvelles voies aux technologies qui transforment notre quotidien.

* * *

Mais il est vrai qu'une telle alliance était inscrite dans les gênes de ce prix, qui est en lui-même un beau témoignage de fidélité : de la fidélité de Rhodia au partenariat étroit qui l'a longtemps uni à Pierre Gilles de Gennes, mais aussi à l'esprit qui préside à ce partenariat, destiné à rapprocher les scientifiques qui font vivre la recherche fondamentale du monde industriel qui en invente les applications.

Il y a là deux univers distincts, qui ont chacun leur culture, leurs besoins et leurs repères. Mais ces différences ne sont pas telles qu'elles les éloigneraient si loin l'un de l'autre qu'ils ne puissent travailler ensemble, bien au contraire. Car ces deux univers distincts ne peuvent rester séparés, ils ont des affinités naturelles et c'est sur elles que se construisent les partenariats les plus féconds.

C'est pourquoi je veux saluer aujourd'hui l'initiative de Rhodia et de son directeur général, Jean-Pierre Clamadieu : en créant le prix Rhodia Gilles de Gennes, vous avez souhaité donner une nouvelle dimension aux relations étroites qu'entretient votre entreprise avec la recherche fondamentale. Pour ce faire, vous avez choisi d'encourager les travaux les plus prometteurs et de les honorer publiquement : à mes yeux, il ne pouvait y avoir de meilleure décision.

Car il n'y pas d'entente possible entre les univers que j'évoquais sans la construction d'une culture commune, faite de rencontres et de travaux communs. A l'évidence, le prix Rhodia Pierre Gilles de Gennes contribue à faire vivre cette culture et à lui donner du souffle, en marquant l'intérêt et l'estime que porte le monde industriel aux recherches fondamentales des plus grands scientifiques.

Je tenais à vous en remercier, car le choix que vous avez fait me paraît un vrai choix d'avenir : pour Rhodia, bien sûr, dont la vitalité doit beaucoup et devra plus encore dans les années qui viennent aux relations de confiance et de travail commun qu'elle a su tisser avec la science la plus fondamentale ; mais plus encore pour notre pays tout entier, car il n'y a pas de société de la connaissance sans une diffusion de la recherche et de ses applications dans l'ensemble du corps social.

Construire la société de la connaissance, c'est donc aussi refuser tous les cloisonnements qui pourraient entraver la libre circulation du savoir scientifique ; c'est aider les entreprises et les chercheurs à travailler ensemble ; c'est leur donner les moyens de faire vivre cette culture commune en saisissant toutes les occasions de se rencontrer.

* * *

Vous le voyez, Monsieur le directeur général, je suis d'autant plus sensible à votre initiative qu'elle rejoint celles que j'ai prises ces derniers mois avec l'ensemble du gouvernement pour permettre aux entreprises et aux chercheurs de notre pays de faire naître ensemble les progrès et la croissance dont la France a besoin.

A l'orée d'un siècle tout entier placé sous la signe de l'intelligence, les atouts de notre pays sont en effet immenses : tout, qu'il s'agisse de notre tradition d'excellence scientifique, de la renommée de nos institutions de recherche et de nos chercheurs, de leur talent exceptionnel - et j'en veux pour preuve la présence de deux prix Nobel français dans le jury réuni aujourd'hui - tout cela nous prépare à relever avec confiance le beau défi qui s'offre désormais à nous : faire grandir la société de la connaissance que nous avons commencé à construire ensemble.

Et c'est ensemble que nous y arriverons, en unissant les forces de la recherche publique et de la recherche privée, en menant d'un même élan la recherche fondamentale et la recherche appliquée, en refusant de voir dans les singularités des uns et des autres des obstacles qui rendraient impossible tout travail commun.

C'est pourquoi nous avons décidé de tout faire pour faciliter ces rapprochements et ces échanges sous toutes leurs formes : avec le crédit impôt recherche, triplé cette année, ou avec le développement des conventions CIFRE, auxquelles sont désormais associées des rémunérations et subventions plus importantes, nous avons choisi d'aider les entreprises qui misent sur la recherche et dont l'effort bénéficie à toute la nation.

Car c'est ainsi que les entreprises prendront l'habitude de se tourner vers la recherche chaque fois que cela est nécessaire, pour bénéficier de toute l'expertise dont elles ont besoin pour relever les défis commerciaux, industriels et technologiques.

S'il est en effet une chose dont je suis convaincue, c'est que les scientifiques peuvent apporter aux entreprises bien plus qu'elles ne l'imaginent. Un seul exemple : quel meilleur atout pour une société qui se lance sur le marché chinois qu'un jeune sinologue qui maîtrise non pas seulement la langue, mais aussi les codes et la culture de ce pays ?

C'est pourquoi nous avons créé les doctorants-conseils en entreprise, qui permettront à des jeunes chercheurs de mettre leur expertise au service d'un projet essentiel au développement de nos entreprises. Car la société de la connaissance, c'est aussi une société où les jeunes scientifiques sont partout à leur place, y compris dans les entreprises.

C'est ainsi que nous donnerons à notre pays la recherche privée forte dont il a besoin, une recherche dont naîtrons les innovations qui feront la croissance et les succès commerciaux de demain. Scientifiques ou entrepreneurs, citoyens ou consommateurs, nous avons tous à y gagner, car c'est la construction de la société de la connaissance est une aventure collective, dont chacun recueillera les fruits.
Dans cette aventure, nous pourrons nous appuyer sur les succès remarquables qui ont déjà couronné certains de ces partenariats : je pense bien sûr à celui qui unit Rhodia à Pierre Gilles de Gennes, ou celui qui unit Rhodia au CNRS, avec pas moins de trois unités mixtes. Mais je pense aussi aux recherches que mènent ensemble les équipes d'Albert Fert et celles de Thalès au sein d'une autre unité mixte célèbre du CNRS : A l'évidence, il y a là aussi une voie d'excellence, et c'est pourquoi nous ne devons pas avoir peur de nous y engager : la vitalité de Thalès et de Rhodia, le prestige exceptionnel de Pierre Gilles de Gennes et d'Albert Fert nous y invitent !

* **

Car pour faire rayonner la France dans le monde entier et lui permettre de tenir le rang qui est le sien, nous aurons besoin de nous appuyer sur toutes les forces scientifiques que compte notre pays, sans en négliger aucune. C'est ainsi, et ainsi seulement, que nous engagerons notre nation tout entière, et non pas seulement telle ou telle de ses composantes, dans la voie d'une croissance et d'un progrès fondés sur l'intelligence.

Voilà pourquoi j'ai voulu que la refondation du système français d'enseignement et de recherche s'appuie sur chacun de ses quatre piliers naturels. Entre les universités, les organismes de recherche, la recherche sur projet et la recherche privée, nous n'avons pas à choisir, bien au contraire : c'est de chacun d'eux que nous avons besoin et c'est l'excellence de chacun d'eux  que fera le rayonnement de la science française.

Avec des universités puissantes et autonomes, avec des organismes de recherche d'excellence, avec une recherche sur projet dynamique et une recherche privée ambitieuse, la France aura tous les atouts pour relever le défi de l'intelligence auquel toute son histoire la prépare.

Car s'il est une évidence, c'est que dans un pays comme le nôtre, fort d'un héritage culturel et scientifique exceptionnels, les forces de l'esprit se conjuguent et ne s'annulent pas. Entre chacun de ces piliers, il y aura donc des échanges, des complémentarités, de l'émulation.

Tous ensemble, ils formeront les bases d'une société où le savoir sera partout, où les entreprises dialogueront avec les universités, où les scientifiques pourront passer par l'entreprise, d'une société où, en un mot, le progrès des sciences sera soutenu et nourri par les efforts et l'identité de chacun des piliers qui le font vivre et où les différences ne seront plus des frontières, mais des forces.

Voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, je tenais tant à être parmi vous aujourd'hui : le prix Rhodia Pierre Gilles de Gennes, par l'alliance qu'il dessine, par le souci qu'il manifeste d'entretenir le dialogue constant qui lie chaque jour un peu plus chacun des piliers de notre recherche, ce prix, disais-je, me paraît être l'un des plus beaux témoignages que l'on puisse imaginer de ce qu'est la recherche française rayonnante que nous allons faire vivre ensemble.

Et à mes yeux, on ne pouvait rêver plus bel hommage à Pierre Gilles de Gennes qu'en lui offrant ainsi un prix qui récompense un scientifique d'exception, décerné par un jury réunissant des chercheurs de très haut niveau - dont 3 prix Nobel, ce n'est pas si courant - et organisé et soutenu par l'entreprise qui lui apporté son soutien toute sa vie.

 

1ère publication : 15.05.2008 - Mise à jour : 15.05.0008

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