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Inauguration d'un réseau thématique de recherche avancée consacré à la physique

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Triangle de la physique

Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a inauguré le réseau thématique de recherche avancée, « le Triangle de la physique » situé sur le plateau de Saclay. Les unités de recherche du C.N.R.S., l'université d'Orsay, le C.E.A., l'Ecole polytechnique, Supélec, l'Institut d'optique, l'Ecole nationale supérieure de techniques avancées et l'Office national d'études et recherches aérospatiales se sont réunis au sein d'un même réseau afin de mutualiser et de mieux valoriser leurs résultats de recherche au niveau international, renforçant ainsi leur attractivité.

Discours - 1ère publication : 19.05.2008 - Mise à jour : 20.05.0008
Valérie Pécresse

Inauguration du R.T.R.A « Triangle de la physique »

École Polytechnique


Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse d'être à vos côtés cet après-midi, pour saluer le beau succès qu'est déjà le RTRA « Triangle de la physique » : moins d'un an après sa naissance, il trouvait en effet une première consécration dans le prix Nobel décerné à Albert Fert, que je salue très chaleureusement.

Nous ne pouvions rêver plus belle preuve de l'excellence des équipes réunies au sein de la Fondation ni plus belle récompense des efforts fournis pour la faire naître. Vous pouvez donc être fiers du chemin parcouru ces derniers mois et à vous tous qui avez rendu ce succès possible, je veux avant toute chose adresser tous mes remerciements.

Avec le Triangle, vous avez offert à la physique française un lieu emblématique qui lui manquait encore : car si depuis près de deux cents ans, les physiciens français se sont illustrés à de nombreuses reprises, donnant ainsi naissance à une tradition d'excellence scientifique jamais démentie il existait peut-être plusieurs centres de grandes réputations nationales chacun en son domaine mais il manquait d'un lieu visible où toutes les composantes  de la discipline soient représentées et qui soient par ailleurs capables d'accueillir de nouvelles ambitions  ou de nouveaux instruments  à l'exemple du Synchrotron "Soleil".

Et pourtant, ce lieu fédérateur était déjà en gestation, ici, au centre du triangle dessiné par Palaiseau, Orsay et Saclay. Car c'est bien là que passent, à un moment ou à un autre de leurs études, beaucoup de jeunes physiciens de notre pays, avant de s'y établir pour certains et pour d'autres de rejoindre leurs laboratoires d'origine. 

Au fil du temps, le plateau de Saclay était ainsi presque naturellement devenu le lieu de nombreuses rencontres pour les physiciens de notre pays, une sorte de place commune où les équipes pouvaient se retrouver, partager leurs conclusions, échanger leurs résultats, ouvrir ensemble de nouvelles pistes et développer de nouveaux projets.

Mais, faute d'une véritable traduction matérielle et institutionnelle, cette réalité humaine et scientifique restait encore ignorée de beaucoup : le réseau que formaient les unités de recherche du CNRS, l'université d'Orsay, le CEA, l'École polytechnique, l'Institut d'optique, Supélec, l'École nationale supérieure de techniques avancées et l'Office national d'études et recherches aérospatiales, ce réseau demeurait pour une part invisible aux yeux du monde et les jeunes talents, qu'ils soient français ou étrangers, ne savaient pas toujours où s'adresser pour poursuivre leurs études dans ce centre qui échappait aux regards.

A n'en pas douter, la diversité des habitudes, des traditions, des cultures propres à chaque laboratoire et à chaque institution faisait toute la richesse de ce triangle ; mais faute de trouver son aboutissement dans un ensemble unique, elle menaçait de devenir une véritable faiblesse.

Car vous le savez mieux que personne, Mesdames et Messieurs, les pays du monde rivalisent à présent d'intelligence et pour attirer les meilleurs étudiants et perpétuer la tradition dont nous sommes si fiers, il nous faut désormais être visibles de tous et donner un nom au centre qui irrigue la physique française. Avec la naissance du Triangle, qu'ensemble nous portons aujourd'hui sur les fonts baptismaux, c'est chose faite !

* * *

Grâce à vous, Mesdames et Messieurs, l'intuition fondatrice de Frédéric et Irène Joliot-Curie va donc trouver son aboutissement. Car c'est à eux que nous devons l'impulsion décisive qui conduisit à la création de l'Institut de physique nucléaire d'Orsay, suivi peu de temps après par la décision de transférer à Orsay une large part de la faculté des sciences de Paris, qui étouffait presque dans les locaux d'une Sorbonne surpeuplée.

Aux origines du Triangle, il y a donc une famille de scientifiques exceptionnelle, sans doute à jamais la seule à compter en son sein pas moins de cinq prix Nobel, trois de chimie et deux de physique, Marie Curie l'ayant à elle seule reçu deux fois, l'un en physique, l'autre en chimie.

Et ce qui, au-delà du talent, unissait cette famille, c'était un même idéal, une même quête, partagée par chacun de ses membres et que dans un ouvrage récent, vous avez su si bien présenter, Monsieur le Professeur Edouard Brézin : cette quête, c'est celle qui anime la physique depuis ses origines et que poursuivent depuis lors tous les physiciens, une quête dont le seul but est de percer enfin les secrets du monde qui nous entoure et d'aider ainsi notre espèce à se libérer un peu plus de son état d'ignorance et de fragilité originel.

Ce furent en effet les physiciens qui les premiers comprirent l'immense fruit que les hommes pourraient tirer de l'outil mathématique en l'appliquant à la nature, pour en lire enfin les régularités et en prévoir les emportements.

Quelques siècles plus tard, nous avons déchiffré une large partie de ce qui apparaissait alors comme des mystères ; mais à mesure que la physique progressait, s'appuyant sur la méthode de Galilée et de Newton, elle voyait aussi s'accroître le champ de ce qu'elle ignorait encore.

Car nous avons entrevu de nouveaux univers, et pour les comprendre à leur tour, il nous faudra déployer à nouveau des trésors d'imaginations, à l'image de ces équipes du CERN engagées dans les travaux gigantesques qui leur permettront peut-être de détecter le fameux « boson de Higgs », dont nous savons qu'il devrait exister, sans avoir jamais jusqu'ici réussi à en prouver l'existence.

C'est en effet dans cet écart entre l'extraordinaire puissance des concepts et la richesse imprévisible de la nature que vient se nicher l'imagination, dont les physiciens ont si souvent eu besoin pour surmonter nos croyances naïves et les remplacer par des théories rigoureuses. De là le scepticisme qui parfois entoura leurs découvertes et qu'ils surent surmonter, sans craindre de défier l'opinion du plus grand nombre.

Et de l'imagination, il en faudra encore pour répondre aux défis majeurs qui s'offrent à présent à la physique, qu'il s'agisse de comprendre enfin les origines du champ magnétique terrestre ou d'inventer de nouvelles théories pour décrire la nature de phénomènes dont nous n'observons pour l'heure que les conséquences expérimentales, comme la matière noire ou l'énergie noire.


A peine énoncés, ces concepts de « matière noire » et « d'énergie noire » nous font donc sentir la vraie nature de la physique, qui loin d'être une discipline pleinement achevée et constituée, reste et demeurera toujours une science pour pionniers, progressant chaque jour vers son achèvement sans jamais l'atteindre.

Mais rien n'est moins vain qu'une telle quête. Car chacune de ses étapes transforme le monde et notre univers quotidien le prouve, lui qui est tout entier façonné par la physique : téléphones, ordinateurs, voitures, avions, rien de tout cela n'aurait existé si, à un moment ou un autre, les physiciens n'avaient mis au jour certaines lois et certains phénomènes dont nous ignorions tout jusqu'ici.

La moindre de nos actions, aussi banale soit-elle, est ainsi une forme d'hommage à la science physique et à l'ingéniosité extraordinaire de ces savants qui eurent assez de talent pour donner les apparences de la trivialité à ce qui, il y a dix, cinquante ou cent ans à peine, serait passé pour un prodige. Sans doute cet oubli est-il quelquefois cruel, mais c'est le lot des pionniers que d'ouvrir des pistes que nul ne soupçonnait jusqu'ici et dont bien vite l'existence n'étonnera plus personne.

Aussi, Mesdames et Messieurs, n'avez-vous d'autre choix que de poursuivre votre œuvre, pour transformer un peu plus encore nos vies et aider nos sociétés à relever les défis qui s'offrent aujourd'hui à elles.

Car une fois encore, c'est vers la physique qu'elles se tournent à présent : qui d'autre qu'elle pourrait, en étudiant plus avant les écoulements turbulents, construire de nouveaux avions, plus économes en carburant et donc plus respectueux de l'environnement ?

Et n'est-ce pas de l'observation des mécanismes intimes de la matière que nous pourrons tirer les leçons qui nous permettront d'inventer de nouveaux matériaux plus intelligents, plus légers et plus résistants ?

Aussi l'abstraction des sciences physiques n'est-elle jamais le signe d'un oubli du monde qui nous entoure, mais bien le détour nécessaire qui permet, par la grâce de modélisations mathématiques et de théories ingénieuses, de revenir au réel après s'en être libéré.

Nombreuses sont donc les surprises que la physique nous réserve encore, mais une chose est certaine : nos vies en sortiront transformées, comme elles l'ont été par l'essor de nanosciences qui bouleversent déjà l'informatique - et je pense notamment à la magnétorésistance géante découverte par Albert Fert - et qui bientôt révolutionneront les techniques médicales et nous offriront de nouvelles manières de stocker l'énergie.

Nouvelle preuve, s'il en était besoin, des espoirs immenses que les progrès de la physique nous autorisent. Ces espoirs, nous n'avons pas le droit de les décevoir et c'est pourquoi, Mesdames et Messieurs, je n'ai qu'un seul objectif : permettre à tous ceux qui font vivre la recherche française de mettre en commun leurs forces pour relever, chacun à leur manière, les défis scientifiques, mais aussi sociaux, qui s'offrent désormais à nous. 

* * *

A mes yeux, vous avez donc fait le meilleur choix qui soit, celui de l'avenir, en décidant de vous unir au sein d'un réseau thématique de recherche avancée : vous avez ainsi offert une nouvelle visibilité aux équipes d'exception qui le constituent, tout en vous donnant les moyens d'aller plus loin encore dans l'excellence. Car en décidant de formaliser le partenariat qui vous unissez déjà de fait, vous avez levé les dernières barrières qui faisaient parfois obstacle aux échanges qu'entretenaient les 1 000 physiciens qui appartiennent à ce nouveau réseau.

A n'en pas douter, ces rencontres facilitées vous apporteront bien des satisfactions, humaines et scientifiques et grâce à elles, j'en suis certaine, vous ne tarderez pas à surmonter des difficultés qui, seuls, vous auraient paru insurmontables. Imaginez, Mesdames et Messieurs, ce que pourrait offrir au monde l'alliance des Joliot-Curie, d'un Becquerel, d'un Leprince-Ringuet et d'un Florin Abelès ; eh bien, grâce au Triangle, ce rêve est devenu réalité et je sais qu'il tiendra toutes ces promesses.

Il le pourra d'autant plus que cette alliance prend place dans un ensemble appelé à devenir l'un des carrefours de la recherche scientifique mondiale, le plateau de Saclay. D'ores et déjà, des alliances d'exception y voisinent, le pôle de compétitivité System@tic et les deux RTRA, Triangle de la physique et Digiteo ; je suis très heureuse qu'elles entretiennent dès maintenant des relations aussi soutenues que chaleureuses. 

A mes yeux, la valorisation des résultats de la recherche fait en effet partie intégrante de la recherche elle-même. Car qui pourrait comprendre que des travaux novateurs puissent rester inexploités, alors même qu'ils pourraient nourrir l'innovation, transformer notre quotidien et illustrer notre pays sur la scène internationale ?

Car c'est bien cela, une véritable société de la connaissance : une société où les innovations scientifiques et technologiques mises au point par les meilleurs équipes de chercheurs font naître dans l'ensemble du corps social de nouvelles innovations, nourrissant ainsi les progrès et la croissance communes. 

En transformant votre voisinage géographique en un véritable compagnonnage scientifique Mesdames et Messieurs, vous avez ainsi également fait le choix d'accélérer le rythme de l'innovation et de sa diffusion. Je suis certaine que vous pourrez franchir une étape supplémentaire dans cette direction en vous engageant à votre tour dans l'opération Campus, qui s'inscrit dans le même esprit. Cette opération campus, c'est un effort budgétaire sans précédent consenti par le Président de la République, de  5 Milliards d'euros, pour investir dans l'immobilier universitaire et de recherche afin de renforcer l'attractivité de la France dans ces domaines et d'améliorer les conditions de vie des chercheurs.

Grâce au projet scientifique commun adopté il y a deux semaines à peine par la quasi-totalité des acteurs du plateau, vous disposez à présent, j'en suis convaincue, d'une excellente base de travail, qui pourrait à l'évidence vous permettre de participer au deuxième appel à projets du 20 juin prochain. A vrai dire, il ne fait même aucun doute à mes yeux que vous serez au rendez-vous de ce deuxième appel.

Tout vous y prédispose, l'excellence de vos équipes, la renommée des organismes et des institutions, l'existence d'une convergence d'intérêts profonde et véritable. Dès lors, nul ne pourrait imaginer que le plateau de Saclay qui a su, en quelques mois à peine, se donner un réseau d'exception comme le vôtre, puisse manquer ainsi l'occasion d'approfondir un peu plus encore la symbiose naturelle qui s'établit entre ses différentes composantes. Mais cela suppose désormais que vous concrétisiez ensemble cette stratégie scientifique ambitieuse en projets immobiliers communs, qui n'oublient pas, à côté des laboratoires et des lieux d'enseignement, les lieux de vie et d'accueil de nos étudiants et de nos chercheurs ainsi que des lieux de valorisation de la recherche, en lien avec les pôles de compétitivité. Je compte sur vous.

* * *

Car c'est bien cette symbiose qu'il nous faut rechercher, non seulement à l'échelle du plateau de Saclay, mais aussi de l'ensemble de notre pays : à mes yeux, relever le défi de la société de la connaissance ne suppose en effet en rien de choisir, parmi les différents organes du système français d'enseignement et de recherche, ceux sur lesquels il faudrait tout miser.

A l'évidence, cela aurait aussi peu de sens que d'élire, parmi les fondateurs du Triangle, tel ou tel en délaissant les autres, comme si la France pouvait se passer de Polytechnique parce qu'elle dispose aussi de l'ENSTA, ou du CEA, parce qu'elle a déjà un CNRS.

C'est pourquoi ma vision de la recherche française est tout autre : miser sur chacun de ses quatre piliers, sans en négliger un seul. Car c'est avec des universités puissantes et autonomes, avec des organismes de recherche d'excellence, avec une recherche sur projet dynamique et une recherche privée ambitieuse que la France rayonnera à nouveau pleinement sur la scène scientifique internationale.

Mais, et j'en suis aussi profondément convaincue, la recherche française brillera d'autant plus que ses quatre piliers se soutiendront et se renforceront mutuellement : leur combinaison est en effet notre plus grande richesse, et vous nous en administrez la preuve aujourd'hui, en conjuguant avec bonheur les statuts au sein de votre RTRA : université, grandes écoles, organismes de recherche, tous y figurent et c'est cela même qui fait déjà la force et l'éclat de votre alliance.

Et de la même manière, c'est sa diversité qui fait la richesse de la recherche française aujourd'hui et c'est l'union de ses talents, dans le respect de leur diversité, qui lui permettra demain de viser l'excellence en tout point.

Voilà pourquoi j'ai d'ores et déjà demandé à l'INSERM et au CNRS de réfléchir à une nouvelle organisation, fondée sur des instituts qui auraient la charge de définir avec l'ensemble des chercheurs concernés une véritable vision scientifique, globale et à long terme: à mes yeux, il n'est en effet pas de meilleur moyen d'unir nos forces que de nous mobiliser autour d'un vrai projet commun et ambitieux. Aussi reviendrait-il également à ces instituts de coordonner les programmes de recherche grâce auxquels ces objectifs partagés pourraient alors trouver une traduction concrète.

Je sais qu'un tel fonctionnement ne vous est pas étranger : c'est en effet celui de l'IN2P3, l'Institut national de physique nucléaire et de physique des particules. Voilà une preuve supplémentaire, s'il en était besoin, du souci qu'ont toujours cultivé les physiciens de travailler ensemble dans les meilleures conditions, pour faire avancer leur discipline, et l'humanité avec elle !  

* * *

Car c'est bien ce souci du progrès collectif qui nourrit, depuis les origines, l'extraordinaire aventure de la physique : progrès des connaissances, bien sûr, mais aussi progrès d'une humanité à qui il revient de tirer le meilleur parti des savoirs et des techniques qui lui sont ainsi confiées.

Une humanité qui connaît à présent les défis qu'elle devra relever. Ils sont immenses : changement climatique, vieillissement de la population ou bien encore préservation de la biodiversité, les chantiers ne manquent pas. Pour les mener à bien, nous aurons besoin de toutes les ressources de l'intelligence humaine, dont la physique est l'un des plus beaux fleurons.

Voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, il ne me reste qu'à vous souhaiter une seule chose : que le Triangle de la physique devienne l'un des poumons de la cité scientifique du XXIème siècle que le Président de la République souhaite édifier ici même pour conjuguer excellence, rencontres, convivialité et découvertes.

Je vous remercie.

1ère publication : 19.05.2008 - Mise à jour : 20.05.0008

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