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Les universités doivent entrer dans l'ère du numérique

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Amphithéâtre© M.E.S.R.

Conviée aux premières « Assises du numérique », Valérie Pécresse a annoncé son objectif de voir « 100% des documents pédagogiques numérisées pour 100¨% des étudiants » grâce notamment à la constitution d'un véritable patrimoine de ressources numérisées, et au développement de l'équipement très haut débit et en technologies sans fil des universités, ainsi qu'elle l'a demandé aux lauréats de l'Opération campus. La ministre a rappelé la nécessité pour les étudiants de maitriser les outils informatiques (certificat informatique et internet, C2i) et de disposer de formations adaptés aux métiers du numérique.

Discours - 1ère publication : 29.05.2008 - Mise à jour : 10.05.0011
Valérie Pécresse

Assises du numérique (Université Paris-Dauphine)

Monsieur le Secrétaire d'Etat chargé de la Prospective, de l'Evaluation des politiques publiques et du développement de l'économie numérique,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse d'être parmi vous aujourd'hui, à l'occasion de cette première journée des « Assises du numérique ». Jamais en effet il n'a été plus nécessaire de réunir tous ceux qui font vivre les nouvelles technologies dans notre pays, pour réfléchir ensemble aux mille défis que la naissance d'une société numérique nous adresse et aux moyens de les relever.

Car c'est bien de cela dont il s'agit, Mesdames et Messieurs, de la naissance d'une nouvelle société, tout entière façonnée par l'émergence de technologies dont, il y a vingt ans à peine, nous n'aurions pas soupçonné l'existence, et qui aujourd'hui, transforment notre quotidien, en nous imposant une seule loi, celle du partage et de l'échange.

Notre époque a l'immense privilège de vivre une révolution, dont nous commençons à peine à saisir toutes les conséquences. Partout, les habitudes changent, les réflexes les mieux établis se dissolvent devant la facilité avec laquelle nous accédons désormais à toutes les informations dont nous avons besoin à chaque instant.

Tout au long du mois qui vient, c'est ce que nous allons faire ensemble : sonder la profondeur des changements qui s'annoncent, pour mieux relever les défis qu'ils font naître. A mes yeux, il n'y a pas de plus belle tâche : se confronter à l'avenir, c'est déjà se donner les moyens de se construire, et de le construire ensemble.


* * *

L'Université, qui prépare justement la France de demain, n'est pas encore complètement passée à l'ère du numérique. Je vois déjà poindre ici et là des initiatives particulièrement novatrices, comme à Lyon 2 où la carte d'étudiant « CUMUL » est réellement multiservice, de la gestion de la scolarité à l'accès aux salles informatiques en passant par la bibliothèque. Je pense aussi à l'expérience de Louis Pasteur à Strasbourg, à Toulouse, à Mulhouse, où les cours sont disponibles en podcast dès la sortie de l'amphithéâtre, ou encore à Grenoble 1 où les formations de médecine sont totalement numérisées, et remplacent le traditionnel cours magistral.

Mais ces initiatives doivent encore être largement multipliées. En effet, les jeunes qui rentrent aujourd'hui à l'université sont des « natifs du digital » ; ils baignent dans les technologies de l'information depuis leur plus jeune âge, et apprennent beaucoup mieux avec ces technologies qu'avec une méthode traditionnelle de formation. C'est le constat qu'a fait Henri ISAAC, dans le dernier rapport que je lui ai demandé sur l'Université numérique, et dont je voudrais ici noter la qualité des travaux.

Mais l'utilisation des technologies numériques à l'université n'est pas une fin en soi. En effet, elle doit être au service de la pédagogie, au service des étudiants. Je pense en particulier à l'accompagnement des étudiants qui a été mis en place en médecine à Grenoble grâce à la numérisation des cours, et à la suppression des enseignements en présentiel.

Et l'expérience est concluante : les premières évaluations montrent que, avec ces expériences, et contrairement aux formations traditionnelles, à niveau égal à la sortie du bac, un étudiant a la même probabilité de réussite, quelque soit le niveau socioprofessionnel de ses parents.

Ainsi, fortes de cette expérience, je souhaite que les universités se créent un véritable patrimoine de leur documentation numérique, avec des cours enregistrés, des documents numérisés, ou encore des « serious games », ces logiciels basés sur les technologies des jeux vidéos, et qui permettent d'apprendre, de s'entraîner ou encore de tester les compétences et les connaissances. Notre objectif se résume alors en une phrase : « 100% des documents pédagogiques pour 100% des étudiants ».

Ce patrimoine de l'université, source de richesse, est un réel investissement qui devra être protégé au risque d'un tarissement rapide. Les étudiants devront y être sensibilisés, alors que dans un monde où l'innovation est la base de toute compétitivité, la plus-value de l'intellectuel n'est pas dans la compilation, mais bien dans la production de nouvelles connaissances. A ce titre, les expériences de lutte anti-plagiat déjà mises en œuvre dans certaines universités pourront être généralisées.

Par ailleurs, pour accompagner les enseignants-chercheurs pour créer des documents pédagogiques numériques, voire interactifs, nous devons accompagner encore les universités numériques thématiques, ces creusets d'innovation pédagogique, qui offrent à leurs utilisateurs des « briques pédagogiques » qu'ils peuvent réutiliser pour leurs enseignements.

Pour rendre plus visibles ces universités numériques thématiques, nous allons créer un portail national qui permettra aux plus novices de s'initier à ces outils. Nous serons aussi attentifs à ce que ce portail, comme tous les outils au service des étudiants et enseignants, respecte les normes d'accessibilité. Car l'intérêt du numérique, c'est aussi de permettre à tous d'avoir accès à la connaissance, aux jeunes qui ne peuvent suivre tous les cours parce qu'ils doivent travailler en parallèle pour subvenir à leurs besoins, ou encore aux handicapés pour lesquels l'université traditionnelle n'est pas toujours adaptée.

Le numérique permet aussi de relier les universités et les grandes écoles entre elles partout à travers le monde et de proposer des formations qui peuvent être mutualisées. Outre l'intérêt scientifique certain de ces collaborations, l'université numérique permet de rassembler les hommes autour de cultures communes, et je pense en particulier à la francophonie. 29 campus numériques francophones sont soutenus par l'Agence universitaire de la francophonie, et près de 50 diplômes de nos universités recouvrant tous les niveaux de formation sont proposés avec le soutien de cette agence.

La formation à distance est aussi particulièrement adaptée à la formation des maîtres, et la formation tout au long de la vie en général. Les universités, encore insuffisamment présentes sur ce champ concurrentiel, doivent y prendre toute leur part.

L'accès aux différentes ressources pédagogiques doit aussi être facilité ; il s'agit aussi bien des environnements numériques de travail qui seront disponibles dans toutes les régions d'ici la fin de l'année ou de l'opération « microportable étudiant » MIPE, qui est un vrai succès. Aussi, grâce à la mise en œuvre du plan réussir en licence, tous les étudiants vont maîtriser les outils informatiques et disposeront du C2i à l'issue de leur formation.

Il nous faudra aussi renforcer l'équipement des locaux universitaires avec une couverture wifi de tous les bâtiments, et le déploiement des points-études.

Et je tiens ici à saluer le caractère particulièrement novateur, visionnaire et totalement inattendu du projet qui a été présenté par l'Université européenne de Bretagne dans le cadre de l'Opération campus. Leur projet consiste notamment à relier en très haut débit l'ensemble des sites du pôle de recherche et d'enseignement supérieur qui s'étend de Rennes à Brest, Vannes, Lorient et Lannion, afin d'assurer des cours à distance, des réunions de travail virtuelles et des conférences de recherche sur Internet. C'est un véritable nouveau modèle d'université qui est en train de naître, que je soutiendrai, et dont chacun peut s'inspirer.

Aujourd'hui, ce sont déjà six projets de rénovation et de construction de bâtiments universitaires qui ont été retenus dans le cadre de l'opération campus. Avec les autres projets qui seront retenus le mois prochain, ce seront alors dix campus universitaires qui seront rénovés et dynamisés avec un investissement de 5 milliards d'euros, conformément au souhait du Président de la République.

J'ai demandé aux lauréats, de prévoir que tous les bâtiments qui seront construits ou rénovés soient totalement équipés en très haut débit, et en technologie sans fil. Le numérique devra aussi être totalement intégré à leur projets scientifiques et pédagogiques.

Le numérique a vocation à faciliter la vie de l'ensemble des personnels et des étudiants. C'est aussi un outil de démocratisation. Je pense ici au vote électronique qui doit améliorer le taux de participation aux élections, et au-delà qui doit favoriser l'implication de tous dans la vie de l'établissement. Je pense aussi à l'évaluation des filières de formation, telle qu'elle se pratique déjà dans certaines universités.

Telle est ma vision de l'université de demain, une université ouverte sur le monde, et dont la renommée se fait par la qualité de ses formations et la qualité de sa recherche.


* * *

Mais l'université doit aussi former aux métiers de demain, et le secteur du numérique est si dynamique qu'il est difficile de prévoir, trois ou cinq ans à l'avance, quand l'étudiant passionné d'informatique commence ses études, ce que seront les besoins du secteur. C'est pourquoi il me semble nécessaire que les jeunes qui s'engagent dans cette filière aient un bagage solide sur les fondamentaux des sciences et technologies de l'information et de la communication.

Ce bagage est une assurance pour eux pour s'adapter tout au long de leur carrière aux innovations et aux nouvelles technologies qui se développent si rapidement dans le secteur. C'est donc une assurance pour l'emploi à long terme !

Mais aujourd'hui, on le sait, notre industrie numérique connaît des pénuries de personnels qualifiés dans certains secteurs clés, par exemple pour la conception des services sur Internet et sur les téléphones mobiles, ou bien dans notre filière d'excellence des jeux vidéo. C'est pourquoi je me suis rapprochée des industriels du secteur pour mieux adapter nos filières de formation à leurs besoins.

Je souhaite ainsi créer des modules spécifiques de quelques mois en fin de cycle de formation, que ce soit en fin de licence ou en fin de master, pour que les jeunes soient particulièrement bien préparés pour travailler dans les entreprises du secteur dès leur diplôme obtenu.

Mais nous devons aussi développer des formations complémentaires pour tous les diplômés, quelle que soit leur discipline, histoire de l'art, biologie ou droit. Les familiariser avec les TIC, alors mêmes qu'ils sont riches d'une première spécialisation, leur ouvre de nouvelles perspectives dans un secteur en plein expansion. Ce type de dispositif de « double cursus » a déjà fait ses preuves, créant un véritable accélérateur d'insertion professionnelle pour les jeunes.

Enfin, pour les employés du secteur, nous renforcerons les capacités des universités dans le secteur de la formation professionnelle continue. En effet, c'est avec une actualisation régulière des connaissances des nouvelles technologies numériques que les acteurs du numérique conserveront leur marché et amélioreront leur compétitivité.

Pour cela, les universités devront se rapprocher du monde économique pour anticiper, avec lui, ses besoins. Avec la loi de l'été dernier, les entreprises sont déjà représentées dans les conseils d'administration des établissements d'enseignement supérieur, et je tiens à citer notamment France Télécom avec l'Université Joseph Fourier à Grenoble et l'Université de La Rochelle, ou STMicroelectronics avec l'université Paul Cézanne d'Aix-Marseille.

Nous allons aussi renforcer ce rapprochement avec la mise en place d'un portail des métiers de l'internet, où chacun pourra participer à la définition des nouveaux métiers du numérique, ainsi qu'aux formations qui y préparent.

* * *

Pour renforcer la compétitivité du secteur, nous avons aussi fait des sciences et technologies de l'information et de la communication une des cinq priorités nationales de recherche (TIC, nanotechnologies, santé, environnement, énergie).

Notre recherche informatique est déjà d'un très haut niveau. Nous venons d'en avoir une très belle preuve avec le prix Türing décerné il y a quelques semaines à Joseph SIFAKIS, de l'université Joseph Fourier de Grenoble, premier Français à recevoir cette distinction exceptionnelle.

Mais dès 2008, j'ai renforcé notre effort de recherche dans le secteur, avec un potentiel supplémentaire de 140 chercheurs à l'INRIA ; nous avons aussi choisi une grande personnalité du secteur, Jacques STERN, pour présider l'Agence nationale de la recherche !

Dans ce domaine, l'opposition classique entre recherche fondamentale et applications privées est particulièrement vide de sens. Ainsi, nos deux figures de proue dans le domaine, Jacques STERN et Joseph SIFAKIS, sont des exemples vivants de la richesse partenariale, l'un dans la cryptologie, l'autre dans les logiciels embarqués.

C'est pourquoi je crois indispensable désormais de définir une véritable stratégie nationale de recherche dans le domaine du numérique. Cette stratégie nécessite de construire davantage de coopération entre les acteurs de la recherche publique, et de les rapprocher du monde économique. Déjà, dans les laboratoires publics sur le terrain, tous les chercheurs travaillent de manière très étroite et très complémentaire quel que soit leur organisme d'appartenance. La compétition est internationale ; elle ne doit pas se cristalliser entre les organismes de recherche nationaux.

C'est pour cela que j'ai demandé aux responsables du CNRS et de l'INRIA de me proposer, ensemble, une coordination de leurs travaux de recherche et de prospective scientifique. C'est avec une nouvelle organisation de la recherche plus concertée, avec une vision nationale partagée entre tous les organismes de recherche et les universités, et avec une simplification de l'administration des laboratoires que notre recherche sera plus performante et plus lisible à l'internationale.

La valorisation des résultats de la recherche devra aussi être renforcée, à l'image des travaux particulièrement fructueux de l'incubateur INRIA-Transfert qui a accompagné plus de 80 créations d'entreprises depuis 20 ans, dont 9 en 2007, et dont certaines sont déjà connues de part le monde pour leur excellence comme Ilog ou Esterel technologies. Et il nous faut aller plus loin encore et permettre aux innovations de naître là où elles se font : dans les universités !

C'est pourquoi nous avons créé, avec Christine Lagarde et Hervé Novelli, le statut de « jeune entreprise universitaire » qui permettra à nos enseignants, à nos chercheurs et à nos jeunes diplômés de bénéficier d'un crédit d'impôt très large lorsqu'ils créent leurs entreprises.


* * *

Mesdames et messieurs, c'est donc sur la recherche que nous devons compter aujourd'hui pour développer les entreprises et baser la croissance qui fera les emplois de demain. Vous allez maintenant aborder l'avenir d'Internet, ses évolutions et ses enjeux. Vos réflexions trouveront écho lors de la conférence qua mon ministère organise avec le ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi et qui se tiendra sous présidence française de l'Union européenne les 6 et 7 octobre prochains à Nice sur l'Internet du futur. Soyez en sûr, la recherche publique française accompagnera cet élan.

 

1ère publication : 29.05.2008 - Mise à jour : 10.05.0011

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