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Les sciences humaines et sociales au service de la société pour relever les défis environnementaux

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Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a ouvert  la Conférence sur  l'Homme et la Société face aux défis des changements climatiques», organisée dans le cadre de la Présidence française de l'Union européenne. La ministre a insisté sur le rôle éminent que jouent les sciences humaines et sociales dans les choix et décisions de politique environnementale, car elles permettent d'appréhender globalement les enjeux de protection de l'environnement et du climat dans nos sociétés.

Discours - 1ère publication : 22.09.2008 - Mise à jour : 22.09.0008
Valérie Pécresse

Conférence : "L'Homme et la Société face aux défis des changements climatiques"

Paris, 22-23 Septembre 2008 - Maison de la Chimie Paris


Mesdames, Messieurs les Professeurs,
Mesdames, Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse de pouvoir aujourd'hui m'adresser à vous au nom de la France et au nom de la Présidence française de l'Union Européenne : 20 ans après le lancement du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, un an après le couronnement de ce même GIEC par le prix Nobel de la Paix, ces rencontres sur «L'Homme et la Société face aux défis des changements climatiques», revêtent une importance scientifique et politique capitale

Car au moment même où chacun de nous prend conscience du poids croissant de l'humanité sur la planète, d'une planète qui s'épuise sous l'emprise de l'homme, d'une planète anémiée, éreintée et, si rien n'est fait, bientôt à bout de souffle, les peuples et les gouvernements du monde ont choisi de se tourner vers les scientifiques.

Rarement en effet dans l'histoire de l'humanité, des enjeux immédiats de politiques environnementales nationales et mondiales n'ont été autant influencés par les progrès des connaissances scientifiques. Rarement encore le débat n'a autant rassemblé les disciplines mettant les sciences de l'homme et de la société au cœur des défis scientifiques les plus brulants des sciences dites « naturelles ». Rarement enfin les décisions politiques n'ont autant nécessité une action commune dépassant les frontières des Etats, donnant tout son sens à la construction européenne.

La politique européenne de lutte contre le réchauffement climatique est une obligation morale faite à tous les pays membres de l'Union :

Notre responsabilité historique dans l'émission de gaz à effet de serre suffirait à justifier une mobilisation générale, mais les conséquences désastreuses qu'il faudra partager avec l'ensemble de la planète nous l'impose.

La force de ce combat, nous irons la chercher dans les valeurs qui fondent l'Europe : celles de l'humanisme qui défend le progrès en préservant la santé et le bonheur des hommes.

Ces valeurs ont construit le modèle démocratique européen qui repose sur la confrontation des points de vue pour une meilleure connaissance possible des problèmes à résoudre. Ce sont ces valeurs qui aujourd'hui encore nous permettent de faire vivre le débat et de définir ensemble les politiques communes à mettre en œuvre pour le bien de tous.

 
Nos objectifs sont clairs : L'Europe s'est montrée ambitieuse en décidant de limiter la hausse de la température à 2 degrés Celsius au-dessus des niveaux pré-industriels. Cela suppose de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 20%, d'améliorer l'efficacité énergétique de 20% et d'augmenter la part des énergies renouvelables pour atteindre 20% de notre consommation d'énergie.

Ces objectifs illustrent toute l'importance du paquet énergie-climat tel que l'a souhaité Nicolas Sarkozy en l'inscrivant comme priorité de la Présidence française de l'Union Européenne. Une nouvelle politique énergétique nécessite que nous mettions au point de nouvelles technologies pour mieux observer, pour mieux protéger, pour mieux s'adapter. Mais il faudra aussi au besoin adapter nos comportements individuels
Les enjeux environnementaux appellent des transformations  radicales de nos stratégies sociales, politiques et économiques.

*****

Mieux comprendre pour mieux agir, c'est tout l'enjeu de l'agenda de Lisbonne qui a pour ambition de faire de l'Europe un leader mondial dans l'économie de la connaissance, conciliant source de croissance et bien être pour les peuples européens.

L'Europe peut déjà s'honorer d'être un leader en matière de recherche en sciences de l'environnement. En effet, de multiples initiatives ont été engagées au niveau national, comme en France avec certains programmes de l'Agence National de la Recherche, je pense en particulier aux programmes « biodiversité », « écosystèmes et santé » ou bien encore « vulnérabilité : milieux, climat et sociétés » qui représenteront en 2008 29M€, ou au niveau européen dans le cadre du 7ème Programme Cadre. La présence de chercheurs européens de premier plan dans des institutions comme le GIEC témoigne de la vigueur de la recherche européenne dans ce domaine et des atouts scientifiques dont dispose notre continent dans le débat mondial sur le changement climatique.

Les sciences sociales ont bien entendu un rôle éminent à jouer dès qu'on en vient aux choix et aux décisions politiques. En effet, seules les sciences humaines et sociales, dans la diversité des regards qu'elles portent sur nos sociétés, permettent d'appréhender globalement les enjeux de la protection de l'environnement et du climat pour nos sociétés. Elles éclairent ainsi les choix tant des décideurs que ceux des citoyens, sur les impacts potentiels du changement climatiques pour nos sociétés, en termes de risques économiques ou de modes de vie. Mais plus encore, elles aident à mieux cerner les valeurs et les considérations éthiques en face desquelles la  protection de la santé humaine et la préservation de la biodiversité nous placent aujourd'hui.

A cet égard l'effort important entrepris dans cette direction par les chercheurs en sciences sociales mérite d'être encouragé et soutenu. De cet effort émergeront de nouvelles solutions politiques aux problèmes d'environnement et des propositions d'organisation de la société mieux à même de relever les défis environnementaux des sociétés hautement technologiques du futur.

Certes, la communauté des sciences humaines et sociales reste encore partagée, tant sur la manière d'approcher les défis environnementaux à long terme, que sur celle de prendre en compte les enseignements des sciences de la nature.

Certains argueront en effet que l'incertitude quant à l'intensité des changements climatiques à venir nécessite d'attendre de disposer d'une meilleure information sur le climat futur avant de mettre en place des actions fortes et coûteuses. Comment alors, et dans quels domaines appliquer le principe de précaution sans pour autant risquer de bloquer les évolutions souhaitables sur le plan économique ou social ?

D'autres mettrons en avant que la mesure du bien-être par le PIB marchand n'est plus suffisante pour capturer l'effet des impacts environnementaux sur la société. Comment en effet, tenir compte de l'appréhension individuelle et collective des risques environnementaux qui opère pourtant déjà dans nos choix de politique environnementale ? L'apport de la philosophie et de l'éthique sont alors indispensables, elles nous interrogent sur notre rapport de solidarité avec nos lointains descendants, sur l'exercice de nos responsabilités collectives, ainsi que sur la place de nos peurs face aux inconnues du futur.

Ces peurs sont-elles toujours « rationnelles » ? Certains travaux en psychologie ont bien mis en évidence l'importance des biais cognitifs et émotionnels face à l'incertitude, ce qui renforce l'intérêt d'une démarche collective raisonnée. Dans le même temps, la société, en s'organisant autour de la gestion du risque climatique, change peu à peu de configuration. A n'en pas douter, la question du partage du risque prendra une importance croissante dans le débat mondial qui jusqu'ici a fait du partage des richesses sa préoccupation principale !

Cette question de fond passionnante en fait immédiatement naître une autre sur le mode d'action à envisager.

En effet, le changement climatique est pour certains un défi parmi d'autres, comme le sont la faim dans le monde, le SIDA, ou bien encore le paludisme Pour ceux là, la résolution des problématiques de climat doit reposer sur des politiques certes ambitieuses mais qui doivent être limitées quant à leurs impacts sociaux et économiques. Pour d'autres, il s'agit au contraire d'inventer un mode radicalement différent de développement de nos sociétés, passant par une redéfinition complète de leurs priorités.

Ces débats sont au cœur de vos travaux, Mesdames, Messieurs, comme ils sont au cœur de la réflexion publique en matière de politiques environnementales nationales et internationales.

Ces rencontres sont l'occasion de tenter de répondre aux défis intellectuels que soulèvent les changements climatiques autour des plus grands scientifiques des sciences humaines et sociales qui ont rendez-vous ici avec des représentants des administrations nationales et des grandes institutions internationales, des responsables de monde de l'entreprise et de la société, des témoins de la presse et des médias.

Les objectifs de cette conférence et l'agenda de travail que vous vous êtes assignés, Mesdames, Messieurs, répondent à ma préoccupation de faire de la science une clé de l'avenir de nos sociétés et de nos économies. Je ne peux que vous encourager dans cette voie.
Pour moi, cette conférence est un moment fondateur dans la construction d'un large réseau de chercheurs en sciences sociales et humaines, en Europe et dans le monde autour des enjeux des changements climatiques qui affectent notre planète que j'appelle de mes vœux.

Je souhaite que nous prévoyons ensemble les prochaines étapes du processus qui s'enclenche aujourd'hui et du vaste programme de recherche qui naîtra de vos travaux. La recherche a besoin de rendez-vous. Pourquoi ne pas unir vos efforts pour qu'à intervalles réguliers ce réseau de chercheurs établisse un état de l'art des recherches, des méthodologies, des modèles développés pour apporter des solutions aux enjeux environnementaux ? Pourquoi ne pas envisager une suite au rapport Stern qui pourrait ensuite être actualisé et complété régulièrement ? Si telle était votre intention, je tiens à vous assurer de mon soutien. Je porterai ce projet auprès de mes autres collègues ministres de la recherche.

Mesdames et Messieurs, les sciences humaines et sociales ne doivent plus cesser de nourrir notre réflexion collective et d'inspirer les décisions politiques en matière environnementale.

Car une fois de plus, c'est sur le socle inébranlable de la science que l'humanité doit construire son avenir : pour ne céder ni aux excès de confiance, ni aux emportements de la peur, nous avons besoin de pouvoir nous appuyer sur un savoir clair, certain et rigoureux. Les défis sont tels que nous n'avons pas le droit à l'erreur et j'attends avec impatience le fruit de vos réflexions.

1ère publication : 22.09.2008 - Mise à jour : 22.09.0008

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