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Faire de l'Institut universitaire de France un espace fort de l'excellence scientifique

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A l’occasion de la cérémonie d’installation de la promotion de l’Institut universitaire de France (IUF), Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a annoncé que la mise en place d’un établissement public de coopération scientifique était envisagée afin d’accueillir l’Institut. Le statut de partenariat qui liera cette nouvelle institution au ministère, fixera notamment les règles déterminées pour assurer excellence scientifique, visibilité internationale et transparence des procédures de désignation des membres de l’IUF. La ministre a ajouté que l’Institut doit désormais s’imposer dans le paysage scientifique français comme un espace fort de l’excellence, refondé, autonome et cohérent avec l’ensemble des acteurs de notre système de recherche

Discours - 21.11.2008
Valérie Pécresse

Cérémonie d'installation de la promotion de l'Institut Universitaire de France

Collège de France


Monsieur l’Administrateur Général du Collège de France qui nous accueille, cher Pierre Corvol,
Madame l’administratrice, Marie-Paule Pileni,
Madame la secrétaire générale, Françoise Chambon,
Mesdames et Messieurs les membres de l’Institut universitaire de France,

Je suis très heureuse de saluer  aujourd’hui les enseignants-chercheurs appelés à rejoindre l’Institut Universitaire de France.

 Permettez-moi, avant tout, de vous adresser mes plus chaleureuses félicitations. Vos travaux témoignent de l’excellence  de la recherche française. 

Car, l’Institut universitaire de France c’est  d’abord cela : un établissement sans murs qui rassemble quelques-uns des jeunes scientifiques les plus prometteurs de leur génération, qui siègent aux côtés d’enseignants-chercheurs  plus expérimentés parmi les meilleurs spécialistes de leur discipline.

L’appartenance à l’IUF vous offre à tous, lauréats juniors et Séniors, à la fois la liberté de vous consacrer pleinement à vos recherches et les moyens de les mener à bien et de les diffuser.

Je souhaite que les années qui s’ouvrent devant vous, vous apportent  un temps un temps mis tout entier au profit de la connaissance et de sa  diffusion.

Etre enseignant-chercheur, c’est  faire ce  double choix, parfois si difficile à assumer : celui de la rigueur de la recherche bien sûr, mais aussi celui du partage du savoir avec ses pairs et avec ses étudiants.


Un point sur la réforme et l’autonomie des universités

L’Université tout entière doit tendre vers l’objectif de permettre à ses enseignants-chercheurs l’exercice de cette double mission tout au long de leur carrière.

Et c’est pourquoi nous avons choisi de refonder l’Université française, pour qu’elle continue d’attirer les talents, et qu’elle les garde en leur offrant la reconnaissance qui leur est due.

L’Université assure la formation des deux-tiers des étudiants français. Elle porte en cela une responsabilité sociale, économique et culturelle majeure.

Eh bien j’en suis convaincue, cette mission de service public  ne pourra être  correctement remplie par nos universités qu’à la condition qu’elles restent les lieux incontestés du Savoir le plus riche, le plus novateur, le plus réactif possible, ce savoir dont vous êtes vous, Mesdames et Messieurs les Enseignants-chercheurs les créateurs et les messagers.

« Le Savoir forme »: La formule  de Humboldt, fondateur du modèle universitaire européen est connue. Il me semble qu’elle désigne plus que jamais l’Université que je souhaite pour mon pays.

Une Université libre de mener une véritable politique de recherche, de nouer des partenariats avec le monde socio-économique, forte d’une autonomie nouvelle qui lui permette de refonder ses liens avec l’ensemble des organismes : Une université mise enfin au cœur de l’ensemble de notre système d’enseignement supérieur et de recherche.

La loi du 10 août 2007 permet à tous nos établissements de relever le défi de l’excellence.

Dès le mois de janvier prochain, elles seront 20 à assumer la responsabilité et la liberté que le gouvernement a choisi de leur donner. C’est pour moi une grande satisfaction et je crois que c’est pour le pays une très bonne nouvelle.


Le chantier carrière

 Changer le visage de notre Université est un préalable indispensable à la rénovation de l’ensemble de notre système d’enseignement supérieur : une condition nécessaire mais en aucun cas suffisante !

Nous devons dans le même temps, prendre en considération, je dirais enfin, les acteurs du système, les véritables porteurs du projet scientifique et de formation : nos enseignants-chercheurs.

C’est tout l’objet du plan que le leur ai dédié  et que j’ai présenté il y a quelques semaines.

Dès le doctorat, l’objectif est clair : valoriser le métier d’enseignant-chercheur et mettre en valeur ses  multiples facettes et cela tout au long de la carrière. 

Nous devons pouvoir attirer les meilleurs de nos étudiants vers les métiers de la recherche.

Nous devons aussi savoir les garder et même si je sais bien que les considérations matérielles ne sont pas vos premières préoccupations, nous étions face à une dévalorisation des métiers de la recherche absolument indigne d’un grand pays qui prétend rivaliser avec les plus grands dans la bataille mondiale de la connaissance.

Nous ne pouvons plus compter sur votre seule passion pour la recherche au risque de vous voir partir de plus en plus nombreux, aller vivre cette passion ailleurs, et ne plus revenir.
 
Nous sommes engagés dans une guerre de la matière grise, si nous voulons y participer à armes égales avec nos principaux concurrents, nous devons  offrir de véritables perspectives de carrières à nos enseignants-chercheurs. Et leur offrir la reconnaissance sociale et financière qu’ils méritent.

Trois principes ont guidé mon action

- la valorisation des trois moments clé de la  carrière : le recrutement, la promotion aux corps  de Professeur ou de Directeur de Recherche et  puis, la fin de carrière,
- la valorisation de l’engagement professionnel et l’excellence ;
- l’évaluation collégiale, indépendante et transparente

C’est pourquoi, nous avons créé, pour nos jeunes chercheurs, un contrat doctoral qui affirme enfin les années de thèse pour ce qu’elles sont : une formation à la recherche par la recherche mais aussi une véritable expérience professionnelle qui permet à nos doctorants d’échapper à l’image d’éternel étudiant qui peinait à convaincre les entreprises.

Ce nouveau doctorat, proposé dans les universités comme dans les organismes de recherche, offre toutes les garanties d’un contrat de droit public et une rémunération minimale équivalente à l’actuelle allocation de recherche dont je rappelle qu’elle a été revalorisée de 16% l’année dernière.

Les années de doctorat, comme les activités contractuelles antérieures, sont désormais prises en compte lors du recrutement en tant que maître de conférences. 

C’est ainsi que les salaires d’embauche des maîtres de conférences seront revalorisés de 12 à 25 % tandis que les possibilités de promotions aux postes de professeurs seront augmentées. Le déroulement de carrière est rendu plus fluide, de manière à reconnaître l’investissement et la qualité des travaux de recherche, par des taux de promotion doublés, pour l’accès à la première classe et à la classe exceptionnelle des professeurs ou la hors classe des maîtres de conférences.

Enseigner et chercher : chacune de vos deux missions, doivent être reconnues à part entière. Elles doivent être évaluées au même titre. Si prime il y a pour la recherche, prime il doit y avoir pour l’implication pédagogique !

L’idée selon laquelle il y aurait la part noble du métier, celle de la recherche et la part  plus commune celle de l’enseignement, que l’on réserverait aux moins bons chercheurs, est absurde et dangereuse. 

Nos étudiants doivent avoir de bons enseignants qui soient de bons chercheurs.  Il ya une dignité égale à enseigner et à chercher et une égale exigence de qualité pour l’une comme pour l’autre de vos deux missions.

J’ai souhaité qu’on le reconnaisse  enfin à la fois pour renforcer la qualité de nos enseignements et pour valoriser ces temps de l’engagement pédagogique qui sont aussi stratégiques que les activités de recherche, car les étudiants ont besoin d’être au contact de la connaissance en marche.

Il y aura donc deux primes possibles pour les enseignants chercheurs : une prime de responsabilité pédagogique et une prime d’excellence scientifique qui succède à l’actuelle prime d’encadrement doctoral et de recherche. Ces deux primes seront  de niveau équivalent.

Je veillerai à ce que tous les membres de l’IUF bénéficient de la Prime d’excellence scientifique. Et que vous, Mesdames et Messieurs qui venez d’entrer à l’IUF et qui pour la plupart bénéficiez déjà de la PEDR, vous puissiez, dès l’année prochaine, obtenir cette Prime à hauteur de 10 000 Euros.

La prime d’excellence scientifique sera par ailleurs étendue aux meilleurs chercheurs avec l’engagement corollaire d’effectuer 64 h d’enseignement. En parallèle, les chercheurs non titulaires d’une prime d’excellence scientifique seront incités à développer une activité d’enseignement par une prime de mobilité pédagogique doublée.


Le décret de 84

Mais pour les enseignants-chercheurs les plus investis dans leur activité de recherche, le temps dédié à  celle-ci doit être encore accru. Je sais que c’est une de vos principales préoccupations.

La modulation des activités de recherche et de formation des enseignants chercheurs, inscrite dans la loi du 10 août 2007 et précisée dans le décret statutaire de 1984 en cours de modification, permettra  aux universités d’accorder aux maîtres de conférences ou aux professeurs qui souhaitent s’engager  davantage dans la recherche la possibilité d’y consacrer plus de temps.

Ce temps supplémentaire pourra être accordé en fonction de la qualité des projets présentés, de la stratégie de recherche de l’établissement et de l’évaluation réalisée par le CNU de l’activité de recherche individuelle.

Comme vous le voyez, les différences entre chercheurs et enseignants-chercheurs s’estompent. Le chercheur isolé, sans lien avec l’enseignement,, sans lien avec l’université, cela n’a plus de sens aujourd’hui. Et d’ailleurs, la plupart de vos collègues chercheurs le ressentent et avouent ce besoin d’échanger  et  transmettre : ils font  d’ores et déjà bien volontiers des cours sans que cela n’obère leur capacité à faire de la recherche.


L’IUF modèle : les chaires universités organismes

L’IUF a été pour moi le modèle de ce qu’il fallait faire pour valoriser le statut d’enseignant-chercheur et faire converger les missions de recherche et d’enseignement. 

 Le millier de lauréats de l’IUF ont montré, qu’en modulant leurs charges d’enseignement (64h d’enseignement annuel à la place de 192h) pendant des périodes de 5 à 10 ans, ils étaient capables de conduire une recherche dont la qualité est identique à celle des meilleurs chercheurs à temps plein.

64 h d’enseignement, 15 000 € de moyens annuels pour financer les activités de recherche tels sont les ingrédients du succès de l’IUF. Nous devons encore renforcer ce dispositif profondément vertueux.

C’est que j’ai souhaité faire dès 2008 en augmentant le nombre de lauréats. Et sachez que j’aurais souhaité aller encore plus loin en permettant jusqu’à 150 lauréats de bénéficier de l’IUF en 2010.

 C’est l’objectif que je me suis fixé pour 2009.

Nous poursuivrons cette extension de l’IUF qui se placera désormais en prolongation du nouveau dispositif de chaires universités-organismes que nous mettons en œuvre.

Ces chaires sont en fait des postes de maîtres de conférences ouverts au recrutement par les universités  et financés conjointement par les universités et les organismes de recherche  CNRS, INSERM, INRIA, IRD, INRA. Initialement nous n’avions envisagé que les EPST comme partenaires potentiels mais il semble que les EPIC et les fondations soient également intéressés.  Le CEA, l’IFREMER, le CNES, l’institut Pasteur, d’autres peut-être, sont prêts à s’impliquer dans ce dispositif destiné aux jeunes enseignants-chercheurs par les plus prometteurs.

Les lauréats seront recrutés conjointement par les universités et les organismes pour une durée de 5 ans renouvelable une fois. Ils seront à la fois dans un organisme et dans une université. Les grands principes de l’IUF sont repris. Les bénéficiaires auront une décharge de service (64h d’enseignement annuel), des crédits pour soutenir leurs projets de recherche (de 10 000 à 20 000 € par an) auxquels s’ajoutera la prime d’excellence scientifique.

A l’issue des 5 ans,  ces chaires pourront  éventuellement être renouvelées  une fois pour permettre à leurs titulaires de poursuivre leur projet de recherche.

Ces chaires sont l’une des mesures qui traduit la nouvelle alliance entre les organismes de recherche et les universités. Une alliance qui oublie les différences entre personnels, une alliance qui simplifie la recherche au quotidien, une alliance qui n’a qu’un seul but : faire cesser une compétition parfois stérile entre universités et organismes et se donner les moyens de faire rayonner la recherche de notre pays dans le grand concert de la compétition internationale.

L’IUF constituera au cours de la carrière des Enseignants-chercheurs une deuxième opportunité pour eux de valoriser l’excellence scientifique de leurs travaux.

Nous devons donc à la fois augmenter le nombre des chaires qui pourront être crées par les seules universités avec une décharge d’enseignement et  parallèlement amplifier le recrutement de l’IUF.

C’est ainsi que nous identifierons un vivier d’excellence qui permette à notre recherche de se structurer et de se développer.

Vous le voyez dans ce contexte, l’Institut Universitaire de France a un rôle stratégique à jouer. Il doit être parfaitement constitué pour être le lieu  du rayonnement international de la recherche universitaire française.

La rénovation et l’indépendance de l’IUF

Et pour cela, il est indispensable qu’il soit pleinement indépendant à l’égard de mon ministère dont il est aujourd’hui l’un des services.

Des propositions m’ont été faites notamment par Madame Marie Paule PILENI, votre administratrice générale qui vont dans ce sens. Je suis persuadée que l’IUF doit désormais s’imposer dans le paysage scientifique français comme un espace fort de l’excellence, refondé, autonome et cohérent avec l’ensemble des acteurs de notre système de recherche. 

D’ores et déjà, la révision du décret de 1984 sur le statut des enseignants chercheurs prévoit explicitement la possibilité pour les enseignants chercheurs d’être placés en délégation auprès de l’IUF. Cette disposition  montre, à elle seule, la place accordée à votre Institut et la mission qui lui est confiée.

Je proposerai lors du CTP qui examinera ce texte la semaine prochaine qu’une modification soit apportée par rapport à la mouture actuelle, afin que la délégation auprès de l’IUF puisse être renouvelée.

Cette disposition, au sein d’un texte réglementaire de cette importance, aussi bien sur le plan juridique que stratégique, montre, à elle seule, la place accordée à votre Institut et la mission qui lui est confiée.

Nous envisageons la mise en place d’un établissement public de coopération scientifique. Un statut de partenariat liera cette nouvelle institution au Ministère,  statut  qui fixera notamment les règles déterminées pour assurer excellence scientifique, visibilité internationale et transparence des procédures de désignation des membres de l’IUF.

Le jury sera composé pour plus de la moitié de personnalités scientifiques étrangères dans le respect bien sûr de la parité. Nous devons garantir à l’échelle mondiale la qualité de nos exigences scientifiques ; nous devons nous inspirer de la communauté des enseignants chercheurs du monde entier.  La parité est un impératif si nous voulons reconnaître le talent des femmes, encourager des vocations scientifiques. La composition de nos comités ne doit plus donner lieu à la critique récurrente de ne pas faire suffisamment place à la diversité de nos chercheurs.

Ce sont nos grandes institutions représentatives : le Collège de France, l’Académie des Sciences, Académie des Sciences Morales et Politiques, l’Académie nationale de Médecine, la CPU, la CP-CNU   qui  proposeront les noms des personnalités pressenties pour composer le jury.

La composition du jury sera ensuite rendue publique ainsi que le CV de ses membres.  Le Président ou la Présidente sera choisi, par la Ministre, parmi les membres du jury, en ayant le souci de respecter au fil des ans les principes qui guident la composition du jury plénier. Ce jury devrait intégrer en son sein deux jurys thématiques, l’un en Sciences et l’autre en SHS.

Il fera appel pour l’évaluation des dossiers de candidatures à des rapporteurs de haut niveau scientifique, au moins deux par candidat, pour disposer d’un avis disciplinaire éclairé. Si les CV déposés par les rapporteurs garantiront leur excellence scientifique, des déclarations d’intérêt garantiront leur indépendance  vis-à-vis des dossiers dont ils ont la charge.
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Je nommerai  les lauréats en reprenant la liste principale établie sur la base des rapports individuels établis et des relevés de conclusions des réunions tenues. Comme dans tout concours de recrutement, des listes complémentaires classées seront établies par les deux jurys thématiques. La liste des lauréats et de leur CV sera rendue publique.

Les nouveaux membres de l’Institut, outre la décharge de service et la  dotation dédiée à l’environnement scientifique de 15 000 euros, bénéficieront d’une prime de 10 000 euros ce qui représente  le double de l’actuelle PEDR.

Dans un souci de transparence, le compte rendu de leurs travaux, effectués au sein de l’IUF,  sera rendu public au terme de leur activité.

Vous l’avez compris, je suis décidée à ce que, collectivement, nous reconnaissions l’excellence de notre recherche, pour mieux la valoriser et pour mieux la faire vivre, ici en France. Demain, l’institut Universitaire de France sera, encore davantage je l’espère, partout dans le monde, le reflet de cette qualité scientifique que vous incarnez.

Je vous souhaite à tous des années de travail fructueuses et heureuses au sein de cette grande maison de l’Institut Universitaire de France.

1ère publication : 21.11.2008 - Mise à jour : 21.11.0008

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