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Réforme de la première année d'études médicales

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Valérie Pécresse, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a soutenu la proposition de loi Domergue sur la réforme de la première année d’études médicales dans le cadre de la discussion de cette proposition à l’Assemblée nationale. Elle a souligné la nécessité de lutter contre l’échec en première année, et a salué la réforme introduite par cette loi pour prévenir l’échec des étudiants, qui s’inspire du rapport du Professeur Jean-François Bach sur la réforme de la première année des études médicales.

Discours - 1ère publication : 16.12.2008 - Mise à jour : 17.12.0008
Valérie Pécresse

Les principales nouveautés sont les suivantes :
- création d’une première année L1 commune aux études de santé pour les 4 filières : médicale, odontologique, pharmaceutique et de sage-femme;
- la réorientation des étudiants possible à l’issue du premier semestre ou de la première année et précise les modalités de leur réinscription ultérieure éventuelle dans cette année d’études ;  
- l’instauration de passerelles d’accès en deuxième année sur dossier pour les candidats (littéraires, juristes, issus de Grandes écoles etc.) titulaires d’un Master 2 ou d’un doctorat;
- un «droit au remords» pour les étudiants qui auront fait deux ans dans une des quatre filières santé, et qui souhaiteront changer de filières, avec là aussi, l’instauration de passerelles.

DIiscussion de la proposition de Loi Domergue

Assemblée nationale

Monsieur le Président,
Monsieur le Président de la commission des affaires culturelles, familiales et sociales,
Monsieur le rapporteur,
Mesdames et Messieurs les députés,

C’est avec un grand plaisir que je viens devant vous aujourd’hui, quelques semaines après avoir présenté, dans cet hémicycle, le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Un budget en exceptionnelle augmentation compte tenu du contexte économique, un budget courageux mais surtout un budget ambitieux : bâti pour notre système de recherche, pour nos enseignants et avant tout pour nos étudiants.

Ce sont eux les forces vives de la Nation, ce sont eux qui, grâce à leurs compétences, feront demain la richesse de notre pays, ce sont eux qui permettront de contrecarrer les effets de la crise.

Améliorer les conditions de vie des étudiants est une priorité que nous partageons et c’est bien pour cela que nous sommes à nouveau réunis aujourd’hui.

Monsieur le Député Jacques Domergue, permettez-moi de vous remercier de l’initiative que vous portez, du travail que vous avez effectué avec vos collègues députés mais aussi sénateurs pour élaborer en commun cette proposition de loi visant à poser le socle juridique d’une réforme très attendue: celle de la première année des études de santé.

Je l’ai dit, je le répète, c’est le bien-être des étudiants qui est le fil rouge de votre réflexion, de notre action.

Comme vous l’avez souligné dans votre rapport, Monsieur le Rapporteur: ce que vivent aujourd’hui nos jeunes est un véritable enfer. Un enfer partagé par les professeurs qui enseignent dans des amphithéâtres surchargés. Un enfer, pour les parents qui voient leurs enfants s’investir pour, le plus souvent, se retrouver sans résultats et sans perspectives.

Cette situation n’est plus acceptable. A l’évidence, il est de notre devoir d’améliorer les conditions d’études, d’atténuer la pression psychologique, d’augmenter le taux de réussite en première année d’études médicales. Et c’est tout l’objet de cette proposition de loi, voilà ce à quoi nous devons, me semble t-il, employer notre énergie.

Car songez en effet, Mesdames et Messieurs les députés, qu’alors que nous agissons pour rendre nos universités autonomes et modernes, alors que nous nous battons pour réduire l’échec en première année grâce au Plan Réussir en Licence, nous laissons, chaque année,  57 000 étudiants s’engouffrer en première année des études de médecine (PCEM 1) et de pharmacie, et pour la très grande majorité d’entre eux, échouer.

Avec 20% de réussite en PCEM1 et 27,6% en pharmacie, ces concours sont extrêmement sélectifs : c’est le gage de l’excellence, mais c’est aussi synonyme pour 4 élèves sur 5 de vocation brisée, de sacrifices et d’efforts consentis pour rien ; avec au mieux, une nouvelle année de travail et un nouveau concours à la clef.

Songez en effet qu’aujourd’hui, un bon étudiant peut, à l’aube de sa vie et de son orientation professionnelle, perdre deux ans en première année d’études de médecine, puis perdre deux années de plus en première année de pharmacie – ou l’inverse - , c’est à dire perdre en tout 4 ans d’études supérieures pour aboutir à un échec, sans aucune équivalence et sans voies de réorientation.

Alors, bien sûr, il ne s’agit pas de remettre en cause la sélection qui est la même dans toutes les filières particulièrement exigeantes.

Le numerus clausus est le gage de l’égalité républicaine, c’est aussi le gage de la qualité de notre système de santé, du recrutement des meilleurs et des plus capables. L’excellence médicale française trouve sa source dans cette sélection à armes égales et cette sélection est juste, parce qu’elle distingue les meilleurs étudiants, sans exclure personne par principe.

Si la pression qui naît de la perspective du concours est une chose, le climat d’angoisse et de tension qui règne dans les facultés de médecine et de pharmacie en est une autre. Nous ne pouvons rien contre la première, nous avons, par contre, les moyens d’atténuer considérablement la seconde. Et à mon sens, il est grand temps de le faire.

Certains objecteront sans doute que cette tension permanente est saine, qu’elle fait partie des règles du jeu qui ont formé avec succès des générations de médecins, de dentistes, de sages-femmes et de pharmaciens. Mais justement, si cette première année d’angoisse et de stress est rapidement oubliée par les étudiants qui réussissent, il n’en va pas de même pour l’immense majorité des recalés du concours, qui en garde le plus souvent un souvenir amer, quand ils n’ont pas durablement perdu confiance en eux.

C’est ce contre quoi nous voulons tous lutter, c’est ce que nous voulons faire avec cette réforme : que cette première année ne soit plus seulement conçue pour nos futurs médecins, dentistes, sages-femmes et  pharmaciens, mais aussi pour tous ceux qui ne pourront le devenir ;
A ceux-là aussi, nous devons des perspectives, pour que l’échec en première année ne soit plus synonyme d’impasse.

Il faut réduire cet effet de couperet. C’est ce que la proposition de loi du député Jacques Domergue vous invite à concrétiser.

Il n’existe d’ailleurs pas d’autres exemples d’une class='img-responsive' alternative aussi radicale : les étudiants des classes préparatoires scientifiques et économiques qui échouent à Polytechnique ou à HEC peuvent entrer dans d’autres écoles ! Et dans tous les cas, ceux qui au terme de deux ans de classes préparatoires échouent aux concours, se voient reconnaître les crédits équivalents à quatre semestres de licence.

Des garanties du même ordre doivent être offertes aux étudiants de PCEM1 et de première année de pharmacie.

C’est pourquoi, j’ai lancé il y a un an déjà, toute une série de travaux sur ce sujet.

Le Professeur Jean-François BACH, Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, s’est vu chargé d’une mission de réflexion et de proposition pour moderniser la première année d’études médicales, en octobre 2007.

Entouré d’une commission composée des représentants des doyens, des présidents des commissions pédagogiques nationales des études des 4 disciplines concernées, de professeurs de lettres et de sciences, il m’a remis au bout de 4 mois d’auditions et de réflexion 10 recommandations. Elles ont bien sûr fait l’objet de concertation avec tous les partenaires sociaux et nous avons abouti ensemble à la rédaction des grands principes de la réforme de la première année des études de santé.
Alors que les doyens et les présidents d’universités ont déjà été informés de ces travaux et encouragés à mettre en place ce qui ne relevait pas de la loi, ils attendent avec impatience la décision du législateur qui leur permettra de la mettre en œuvre dans de bonnes conditions dès la rentrée 2009.

Mais, Mesdames et Messieurs les députés, revenons un instant sur les principes de la réforme.
Quels sont-ils ? 

Premièrement, réduire le taux d’échec en première année des études de santé

Alors qu’avec le plan Réussir en Licence nous agissons pour réduire de moitié le taux d’échec en première année de licence, il est encore de 80% en PCEM 1 et de 72,4% en première année de pharmacie. Ce gâchis humain n’est plus acceptable, de même que l’orientation par défaut qu’implique le concours unique en première année de médecine.

Vous le savez mieux que moi Monsieur Domergue, être médecin n’est pas le même métier que d’être sage-femme ou dentiste. Ces trois professions recouvrent des réalités bien différentes, à tel point qu’il semble difficile de demander aux étudiants d’avoir des vocations interchangeables !

Actuellement, le classement en fin de PCEM 1 qui assure aux étudiants arrivés en premier la possibilité de choisir leur filière, et qui contraint les autres à prendre ce qui reste, est nuisible à deux égards : il brise des vocations et il hiérarchise des futurs professionnels de santé qui seront amenés à travailler ensemble et en coordination.

Avec une première année santé associant les pharmaciens, sont réalisées les conditions favorables au partage d’une culture commune entre tous nos professionnels de santé.

Cela est particulièrement cohérent au moment où ma collègue Roselyne Bachelot propose, grâce à sa loi Hôpital-Patients-Santé-Territoire, la création des Agences Régionales de la Santé qui auront justement, au niveau local, vocation à mettre en lien tous les professionnels de santé. L’ouverture d’esprit et les connaissances qu’en retirera chacun des praticiens sera, j’en suis certaine, une garantie supplémentaire d’un meilleur suivi des patients.

Vous l’aurez compris, nous partageons une même préoccupation : former des professionnels de santé compétents mais aussi épanouis. C’est résolument cela que nous voulons faire du L1 Santé avec la création de 4 concours distincts qui permettront aux étudiants de choisir de se présenter à un ou plusieurs concours selon leur désir.

Cela permettra aussi aux étudiants d’user du « droit au remords » que propose de mettre en place cette proposition de loi. En effet, il se peut qu’à la suite de la réussite à plusieurs concours certains élèves s’engagent dans une voie qu’ils regrettent par la suite. Il leur sera désormais possible de revenir sur leur choix et de rejoindre une des autres filières pour laquelle ils auraient réussi le concours.

Par elle-même, cette première année commune permettra d’augmenter le taux de succès aux concours et de guider les étudiants vers leur réussite.

Comment me direz-vous si l’on n’augmente pas le numerus clausus ?

Et bien, en offrant à tous un parcours adapté à leur choix et à leurs résultats.

La conséquence est une diminution importante des redoublants. Le redoublement ne sera plus la règle mais il sera réservé à ceux qui pourront vraiment en tirer profit. Ceux dont les résultats ne seront pas suffisants pourront bénéficier d’une réorientation vers les filières de leur choix, et ce, dès le premier semestre. Les guider vers la réussite est avant tout mieux les orienter, c’est la garantie qu’offre le Plan Réussir en Licence avec un meilleur suivi des étudiants et un tutorat renforcé. Ils pourront revenir s’ils le souhaitent après avoir validé deux ou trois années de licence.

Cette première année de Licence « Santé » ne sera plus uniquement conçue dans la perspective des concours mais aussi pour la formation, au sens large, des étudiants. Ainsi, j’ai souhaité que soient retravaillées et l’organisation et la maquette pédagogique de cette première année.

Une commission composée des experts représentant les quatre disciplines s’est réunie pendant 4 mois pour construire une sorte de feuille de route pour l’organisation du L1 Santé que je viens d’adresser à tous les présidents d’université et à tous les directeurs d’UFR médicales. Cette année sera ouverte sur les sciences humaines et les langues, elle sera aussi renforcée sur les connaissances scientifiques fondamentales afin de favoriser les échanges entre les différentes filières proposées à l’université.
En offrant de nouvelles perspectives aux étudiants en situation d’échec, nous voulons dédramatiser les enjeux de la première année.

Notre troisième objectif s’inscrit dans la même philosophie : que chaque étudiant puisse trouver sa voie. C’est tout l’objet des nouvelles passerelles que nous propose de concrétiser Jacques Domergue : donner leur chance aux vocations tardives, leur donner les moyens de réaliser leur rêve. Leurs dossiers seront examinés par une commission et ils passeront des entretiens de motivation afin que les doyens et les professeurs puissent s’assurer qu’un étudiant venu notamment de filière littéraire puisse suivre un des cursus de santé.

En multipliant les passerelles d’entrée, en nombre restreint bien sûr, nous souhaitons diversifier les profils de nos futurs professionnels de santé. Ainsi, demain, un étudiant ayant un master de droit, de lettres ou de sciences sociales mais aussi, pourquoi pas, un diplômé de Sciences Po ou d’une grande école de commerce, pourra tenter sa chance. Il est important que ces exceptions soient prévues dans notre code de l’éducation car sous quel prétexte leur refuserions-nous le droit de concourir ?

Enfin, je souhaite conclure mon intervention en saluant la petite révolution que nous propose Jacques Domergue : l’association des pharmaciens à cette année commune. Elle est pour moi plus que cohérente, elle est essentielle, elle est un symbole. Je me réjouis très sincèrement de voir travailler ensemble tous les acteurs de la chaîne de santé de notre pays.  Cette année de formation commune qui sera justement équilibrée entre enseignements fondamentaux et enseignements spécialisés, permettra aux étudiants en première année de pharmacie d’acquérir une culture partagée avec les 3 autres professions desquelles ils étaient jusqu’à présent séparés. Cela leur permettra aussi et avant tout d’améliorer leurs chances de réussite.

Alors, Mesdames et Messieurs les députés, vous aurez compris à quel point cette réforme me tient à cœur et à quel point je suis heureuse de soutenir cette initiative parlementaire qui permettra de poser les bases juridiques nécessaires à sa mise en œuvre.

Je vous remercie.

 

 

1ère publication : 16.12.2008 - Mise à jour : 17.12.0008
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