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Mise en place d'un système national de recherche et d'innovation

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Lors de son intervention devant l'Association nationale de la recherche et de la technologie, Valérie Pécresse, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a proposé la mise en place d'un système national de recherche et d'innovation destiné à rapprocher la recherche publique des entreprises. Elle a rappelé la nécessité de définir une vision stratégique globale de notre système de recherche, qui soit le fruit d'une concertation entre tous les acteurs concernés.

Discours - 1ère publication : 17.12.2008 - Mise à jour : 18.12.0008
Valérie Pécresse

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les responsables d'établissements d'enseignement supérieur,
Mesdames et Messieurs les responsables des organismes de recherche,
Mesdames et Messieurs les responsables d'entreprises,
Mesdames et Messieurs,

C'est un grand plaisir de me retrouver parmi vous aujourd'hui pour ce déjeuner annuel de l'Association nationale pour la recherche et la technologie (A.N.R.T.),  à la fin d'une année 2008 qui aura été très importante pour notre dispositif de recherche et d'enseignement supérieur. J'y reviendrai plus longuement, mais ce n'est, vous le reconnaîtrez, pas tous les ans :
- qu'on accompagne les vingt premières universités vers leur autonomie ;
- qu'on finalise un chantier sur les carrières des personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche qui se traduit pour certains d'entre eux par des gains de rémunération compris entre 12 et 25 % ;
- qu'on rapproche, dans les faits, les organismes de recherche et les universités…

Avant cela, je voudrais toutefois remercier l'association nationale pour la recherche et la technologie et ses membres pour l'ensemble de leur travail et de leurs contributions. Depuis plus de 50 ans, l'ANRT assure en effet la promotion de la recherche et de la technologie, aide ses membres collectivement dans leurs activités de R&D, les représente auprès des pouvoirs publics, des organismes français et internationaux. Ce faisant, elle établit des ponts entre les organismes publics ou privés faisant de la recherche technologique ou s'y intéressant : ces liens, nous savons tous qu'ils sont cruciaux pour le développement d'un pays, et qu'ils restent encore insuffisants en France.

Bien plus, l'ANRT gère, avec le succès que l'on sait – vous l'avez rappelé, Monsieur le Président – le dispositif des CIFRE, qui permet de valoriser auprès des industriels un diplôme, le doctorat, qui ne l'est pas encore suffisamment aujourd'hui.

Enfin, vous vous attachez collectivement à produire, chaque année, différentes études sectorielles ou rapports de prospective sur l'évolution du dispositif français de recherche et d'innovation qui viennent utilement compléter la réflexion conduite par les services du ministère. J'en veux notamment pour exemple, à côté de l'opus devenu annuel de Futuris sur « la recherche et l'innovation en France », le rapport 2007-2008 sur « la recherche publique dans le domaine biomédical en France – Analyse qualitative et quantitative et éléments de diagnostic », qui suggérait de clarifier les responsabilités des différents acteurs dans ce domaine, en distinguant notamment les fonctions d'opérateur, de programmation et d'orientation. Comme vous le savez, de tels constats ont depuis été repris et le Gouvernement s'est engagé dans une réforme de notre appareil de recherche dans ce secteur.

Au-delà de cette question, votre discours, Monsieur le Président, était  ponctué de diverses recommandations : responsabiliser les interlocuteurs, évaluer les chercheurs sur l'ensemble de leurs missions, rendre plus lisibles les organisations, assurer la continuité de l'effort… Quel ministre de la recherche et de l'enseignement supérieur pourrait ne pas être d'accord avec de telles suggestions ? Vous reconnaîtrez néanmoins que, non seulement j'en partage les orientations, mais que les évolutions entreprises au cours des 20 derniers mois vont largement dans ce sens !

* * * * *

Permettez-moi de m'attarder sur quelques-unes de ces évolutions :

Vous parliez de responsabilité… Quel mot fort et lourd de sens ! C'est d'ailleurs pour cela que la loi sur l'autonomie des universités est en fait intitulée la loi sur « les libertés et responsabilités des universités ». D'ici deux semaines, ce sont en fait 20 universités qui bénéficieront d'un budget global et de la maîtrise de la gestion de leur masse salariale. Ce faisant, elles auront dans leurs mains toutes les cartes leur permettant de définir une stratégie qui leur soit propre, notamment sur le plan scientifique ou de nouer des partenariats… Ce faisant, nous plaçons les universités au cœur du dispositif de la recherche, sur le modèle des grands pays de recherche.

Pour autant, je suis d'accord avec vous, il est essentiel de s'assurer que les relais soient pris correctement, notamment en ce qui concerne les relations entre organismes de recherche, universités et agences. C'est dans ce cadre que nous réformons le fonctionnement du CNRS ou de l'INSERM. La clarification de notre organisation corrélée à la mise en place de l'autonomie des universités nécessite en effet de confier aux organismes une mission de prospective et de structuration dans des champs disciplinaires donnés, tout en veillant à la bonne coordination des différents acteurs impliqués lorsqu'il existe des recouvrements thématiques. C'est pourquoi le CNRS et l'INSERM se réorganisent en instituts, c'est pourquoi également l'INRA se rapproche d'établissements d'enseignement supérieur dans le domaine de l'agronomie et de l'alimentation.

En parallèle, il est important de responsabiliser les universités sur des problématiques de gestion de proximité, notamment des laboratoires de recherche. Ce mouvement s'inscrit également dans ma volonté de simplification et de dé-bureaucratisation de notre dispositif de recherche. J'en tiendrai tout particulièrement compte dans l'exercice du rôle de tutelle du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche vis-à-vis des établissements, à commencer par les contrats d'objectifs que je signerai dans les prochains mois avec l'INSERM et le CNRS. Pour autant, nous ne basculerons pas du jour au lendemain d'une gestion « tout organisme » à une gestion « tout université ». Un cahier des charges de la « délégation globale de gestion » a ainsi été rédigé ; il impose qu'un certain nombre de pré-requis soient vérifiés avant qu'une telle délégation soit mise en place.

La capacité donnée aux universités de définir leur propre stratégie scientifique, le rôle de structuration dévolu aux organismes de recherche ne doivent toutefois pas se traduire par la multiplication des stratégies individuelles et compliquer encore davantage notre capacité à construire une vision d'ensemble de sa politique de recherche et d'innovation.

Nous manquons aujourd'hui encore de cette vision stratégique globale, cette vision qui offre un cadre clair, de long terme, à tous les professionnels de la recherche. Certes, les gouvernements successifs ont su faire de tel ou tel sujet d'actualité une priorité de recherche, comme ce fut le cas pour le Sida ou encore l'environnement. Et les résultats sont là, avec notre prix Nobel de médecine 2008 par exemple. Mais ces priorités ont toujours été des focus successifs, sans réelle continuité et sans réelle coordination.

C'est pourquoi j'ai proposé au Président de la République qu'une réelle stratégie nationale de recherche et d'innovation soit définie. Cette stratégie doit être le fruit d'une réelle discussion et de nombreux débats, entre tous les acteurs intéressés par la recherche. Les chercheurs eux-mêmes, bien sûr, mais aussi les industriels, les milieux associatifs, et tous les citoyens. Car c'est notre avenir à tous qui dépend des résultats futurs de la recherche.

C'est donc des regards croisés des différents acteurs de notre société, dirigeants d'entreprises, chercheurs et représentants des citoyens que nous pourrons définir ensemble les grandes thématiques de recherche que nous devrons renforcer. Pour consolider l'excellence dans les domaines où nos communautés scientifiques sont déjà reconnues au niveau international, mais aussi pour nous assurer d'un appui sans faille de la recherche publique aux attentes de nos concitoyens, et aux besoins de nos entreprises.

Il ne peut enfin y avoir d'évolution du dispositif de recherche et d'innovation sans attention portée aux hommes, qui constituent la matière première de ces activités. Après les 6200 postes créés ces trois dernières années – effort sans précédent de l'Etat – ma priorité aujourd'hui n'est pas aux nouveaux recrutements, elle est à mieux payer, elle est à améliorer les carrières, de ceux, hommes et femmes, qui ont fait de la recherche leur quotidien.

C'est tout l'objet du plan que j'ai présenté il y a quelques semaines et dont les mesures couvrent l'ensemble du déroulement de carrière des chercheurs et des enseignants-chercheurs. Les salaires d'embauche des maîtres de conférences ou de chargé de recherche seront significativement revalorisés tandis que les possibilités de promotions aux postes de professeurs ou de directeurs de recherche seront augmentées.

Nous devons pouvoir attirer et garder les meilleurs de nos étudiants vers les métiers de la recherche, et même si je sais bien que les considérations matérielles ne sont souvent pas leurs premières préoccupations, nous avions laissé progresser une lente détérioration et dévalorisation des métiers de la recherche absolument indignes d'un grand pays qui prétend rivaliser avec les plus grands dans la bataille mondiale de la connaissance.

Dès 2009 encore, la prime d'encadrement doctoral et de recherche, actuellement réservée aux seuls enseignants-chercheurs, évoluera en une prime d'excellence scientifique destinée à valoriser toutes les activités de recherche. Avec cette prime d'excellence scientifique, j'ai souhaité avant tout abolir les frontières stériles.

Car l'idée selon laquelle il y aurait la part noble du métier, celle de la recherche et la part plus commune celle de l'enseignement, que l'on réserverait aux moins bons chercheurs, est absurde et dangereuse. Nos étudiants doivent avoir de bons enseignants qui soient de bons chercheurs.  Il y a une dignité égale à enseigner et à chercher et une égale exigence de qualité pour l'une comme pour l'autre de ces deux missions.

Ainsi les meilleurs chercheurs pourront en bénéficier au même titre que les meilleurs enseignants-chercheurs. En contrepartie, ces chercheurs s'engageront à effectuer un service d'enseignement d'au moins un tiers de service d'enseignement afin de faire bénéficier les étudiants de leurs compétences.

D'autre part, pour les lauréats des plus hautes distinctions scientifiques nationales ou internationales, j'ai proposé que le montant de la prime d'excellence scientifique soit déplafonné et puisse atteindre jusqu'à 25 000 €.

Enfin, dès la campagne de recrutement 2009, nous mettrons en œuvre un nouveau dispositif de chaires universités-organismes destiné aux jeunes enseignants-chercheurs les plus prometteurs.

Ces chaires sont en fait des postes universitaires ouverts au recrutement par les universités et financés conjointement par les universités et les organismes de recherche, dont le CNRS, l'INSERM, l'INRIA, l'IRD, ou l'INRA. Plusieurs EPIC, comme le CEA, l'IFREMER ou l'IFP se sont également déclarés disposés à s'inscrire dans cette perspective.

Les lauréats seront recrutés conjointement par les deux partenaires et bénéficieront d'une décharge de service et de crédits pour soutenir leurs projets de recherche auxquels s'ajoutera la prime d'excellence scientifique.

Ces chaires sont l'une des mesures qui traduit la nouvelle alliance entre les organismes de recherche et les universités. Une alliance qui oublie les différences entre personnels, une alliance qui simplifie la recherche au quotidien, une alliance qui n'a qu'un seul but : faire cesser une compétition parfois stérile entre universités et organismes et se donner les moyens de faire rayonner la recherche de notre pays dans le grand concert de la compétition internationale. C'est l'intérêt général et c'est de ma responsabilité de le faire prévaloir.

* * * * *

Comme vous pouvez le constater, la liste des évolutions engagées est des plus fournies. Il ne faudrait toutefois pas qu'elles conduisent à une forme ou une autre d'auto-satisfaction, car la route est encore longue jusqu'à leur mise en œuvre complète et à la production de tous leurs effets. Le diable est souvent dans les détails et il faut attacher au moins autant d'importance, si ce n'est plus, à la mise en œuvre d'une réforme qu'à sa conception.

Cela étant, il serait par trop dommage d'attendre que la mise en œuvre de ces réformes soit finalisée pour s'en rendre compte et en prendre acte. Il suffit d'observer la place grandissante qu'occupent les représentants des milieux socio-économiques dans les conseils d'administration des universités, la création de fondations partenariales ou universitaires ou la dynamique locale qu'a su créer l'opération campus sur nos grands sites universitaires pour se convaincre que notre dispositif a amorcé une profonde mutation.

Pou conclure, je souhaiterais donc, en réponse à vos suggestions, Monsieur le Président, vous adresser une demande : que l'ANRT et ses membres se fassent les messagers du changement qui s'opère, afin que tous les acteurs, publics et privés, de notre dispositif de recherche et d'innovation se l'approprient, y participent et viennent le consolider.

Je vous remercie.

1ère publication : 17.12.2008 - Mise à jour : 18.12.0008
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