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Le destin des pôles, une question d'intérêt public

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Recherche polaire

«La France est aux avant-postes et reste un leader dans les activités scientifiques en milieu polaire», a souligné Valérie Pécresse lors du colloque de clôture de l'Année polaire internationale, qui s'est tenu le 14 mai 2009. À cette occasion, la ministre a annoncé la création de l'observatoire international de l'Arctique qui rassemblera l'ensemble de la communauté scientifique et aura le rôle d'une vigie scientifique. Elle a également assuré que la recherche polaire était l'une des «priorités scientifiques de notre nation»

Discours - 14.05.2009
Valérie Pécresse

Intervention de Valérie PECRESSE à la conférence sur l'année polaire internationale organisée par le Sénat

Clôture de la première journée, jeudi 14 Mai 2009

Monsieur le Président de l'OPECST,
Messieurs les Présidents
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien je suis heureuse d'être parmi vous aujourd'hui, à l'occasion de ce colloque qui nous permettra de tirer ensemble les leçons de l'année polaire internationale qui s'achève là où elle a commencé : c'était en effet au Sénat qu'elle s'était ouverte ; c'est là aussi qu'elle a connu l'un de ses temps forts, puisqu'à la demande du sénateur Christian GAUDIN et des sénateurs de l'OPECST, un débat sur cette même manifestation avait eu lieu dans l'hémicycle de la Haute assemblée.

D'emblée, le Sénat a donc marqué son intérêt pour cet événement exceptionnel à plus d'un titre : par sa fréquence, bien sûr, quatrième année polaire, la dernière ayant eu lieu il y a plus de 50 ans; mais aussi et surtout par ses ambitions, puisqu'il s'agit bien, pour la communauté internationale, de tourner son regard vers les pôles et de prendre la mesure de l'engagement qu'ils exigent de nous.

Je ne peux donc que me réjouir de voir que ce colloque de clôture placé sous le double patronage du Sénat et du Collège de France. Dans cette alliance de la représentation parlementaire et de l'excellence scientifique, j'y vois le signe que nous avons ensemble atteint notre but, celui de faire du destin des pôles une question d'intérêt public. Permettez-moi par conséquent de remercier ces deux grandes institutions, qui en alliant leur engagement aux remarquables forces scientifiques dont dispose notre pays, ont permis de donner à l'année polaire internationale l'écho qu'elle méritait.

 * * *

La France s'est ainsi montrée fidèle à un très bel héritage, celui des Dumont d'Urville, qui découvrit l'Antarctique, des Charcot, qui l'explora, et des Paul-Émile Victor, qui non seulement sillonna les pôles, mais fit tout pour les faire connaître. De cet héritage, la France s'est fait une tradition, une tradition qui fit, fait, et fera, sûrement pendant longtemps encore, de l'exploration polaire une aventure tout à la fois humaine, scientifique et populaire.

C'est cette tradition qui explique que la France se trouve aujourd'hui encore aux avant-postes de la recherche en milieu polaire. En effet, sur les 228 projets labellisés après une sélection scientifique exigeante par le jury de cette 4ème année polaire, près d'une cinquantaine regroupaient des scientifiques français, et 34 ont bénéficié d'un financement français spécifique. Nous avons également conduit six projets majeurs, avec le concours de nos équipes de recherche, au premier rang desquelles figuraient celles du CNRS associées aux Universités ou d'Établissements comme le CEA, le CNES, l'Ifremer, Météo France, ou encore le Muséum National d'Histoire Naturelle.

En intégrant les coûts logistiques et technologiques, naturellement élevés lorsqu'on travaille dans ces régions, ce sont près 30 millions d'euros qui ont été consacrés à la mise en œuvre des programmes scientifiques de l'année polaire internationale. La France a donc tenu son rang et figure parmi les plus importants contributeurs de cette 4ème année polaire internationale et reste un leader dans les activités scientifiques en milieu polaire.

Ce beau succès qu'a été l'Année Polaire en France, nous le devons également aux plateformes polaires nationales dont notre pays dispose et dont l'Institut Polaire Français Paul-Émile Victor, l'IPEV, a la responsabilité. Car cette réussite est aussi celle d'un modèle original, que nous avons patiemment construit depuis plusieurs années, celui d'une agence de moyens et de projection de moyens en milieu polaire.

Chacune de nos équipes parties sur le terrain sait en effet qu'elle peut entièrement compter sur le soutien de l'IPEV, dont la compétence et l'expertise sont reconnues dans le monde entier, et dont je salue ici le directeur. Mais cette sécurité est aussi le fruit d'une recherche en milieu polaire coordonnée, entre l'Institut Polaire, l'Agence Nationale de la Recherche et les tutelles des laboratoires, chacun ayant en effet trouvé toute sa place et démontré toute son efficacité. C'est pourquoi, j'ai décidé qu'en 2009, le budget de l'Institut Polaire augmenterait de 9.5% après une augmentation de 5% en 2008 : voilà qui démontre, Mesdames et Messieurs, que l'État est au rendez-vous du défi de l'exploration et de la recherche polaires, qui fait partie des priorités scientifiques de notre nation.

Loin d'être un domaine isolé ou marginal, la recherche en milieu polaire concerne en effet l'ensemble des disciplines scientifiques. L'année polaire vient de le démontrer à qui pouvait encore en douter : des sciences humaines et sociales aux sciences biologiques et aux sciences de l'Univers, en particulier l'astronomie, toutes les sciences ont été représentées.

La recherche en milieu polaire se situe en effet au carrefour des principaux défis scientifiques et sociaux de notre temps. Je pense bien sur en premier à la glaciologie. C'est en effet dans les glaces des pôles que nos scientifiques ont pu mesurer avec la plus grande certitude la radicalité des changements climatiques actuels et révéler l'urgence qui est la notre d'agir. Mais je pense aussi à la perte de biodiversité qui se fait chaque jour de plus en plus alarmante sous l'effet du changement climatique et de l'expansion des activités humaines. Pour relever ce défi majeur, les entreprises et les citoyens ont plus que jamais besoin que les scientifiques venus de tous les pays et de toutes les spécialités unissent leurs forces et parlent au monde d'une seule voix. C'est pourquoi, avec le projet IPBES, la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystèmiques, que la France promeut inlassablement depuis bien des années, nous allons donner corps à cette communauté scientifique qui nouera le dialogue avec les responsables publics, les États et les individus, pour que nous puissions ensemble échafauder des scénarios responsables.

Voilà aussi pourquoi la France attachait tant de prix à l'année polaire internationale : il s'agissait là d'une opportunité unique pour développer le dialogue direct entre les scientifiques et le public. C'est d'ailleurs pour cela, que l'Agence Nationale de la recherche a fort logiquement abonder, jusqu'à 5 %, les projets labélisés « Année Polaire Internationale » afin de financer des actions de vulgarisation scientifique, confiées pour leur réalisation, là encore, à l'Institut Polaire Français Paul-Émile Victor.

 * * *

A mes yeux, il s'agissait là d'une obligation essentielle : l'année polaire est en effet traditionnellement un moment de réflexion collective et cette réflexion débouche toujours sur des actions coordonnées, qui donnent progressivement naissance à une véritable communauté internationale soudée par des enjeux qui loin d'être propres aux pôles, concernent l'humanité tout entière.

Ainsi la précédente année polaire avait conduit à l'installation de plus de 50 stations permanentes en Antarctique – dont la station française en Terre Adélie – ainsi que le début d'un effort de mesure continue de la concentration de CO2 dans l'atmosphère. Mieux encore, elle avait conduit à la signature du traité de Washington, qui fait de l'Antarctique un lieu neutre, consacré à la science et à la paix et ouvert à l'ensemble de la communauté internationale. Sans doute ce traité est-il toujours fragile, mais il a démontré de manière éclatante que les nations du monde pouvaient s'entendre pour explorer et préserver ensemble leur patrimoine naturel commun.

C'est pourquoi, fidèle à cet espoir remarquable, le Président de la République a confié à l'ancien Premier Ministre, Michel ROCARD, une mission tout aussi ambitieuse : celle de protéger l'Arctique en œuvrant, au sein de la communauté internationale, pour lui offrir un véritable statut.

Nous ne pouvons pas renoncer : sans doute le réchauffement de la calotte arctique est inéluctable, sans doute devons nous d'ores et déjà nous préparer à des changements biologiques profonds, qui affecteront la faune et la flore et, par voie de conséquence, les populations qui y résident. Nous savons grâce à vous, Monsieur le Professeur Jean MALAURIE, ce que nous perdrions si Les derniers rois de Thulé venaient à s'éteindre. Il nous donc interdit d'attendre et de constater les changements à venir sans réagir.

Même si nous ne pouvons plus freiner certains d'entre eux, il nous faut à tout le moins les accompagner de la manière la plus harmonieuse et la plus durable qui soit, en faisant de l'Arctique une zone d'intérêt commun pour l'ensemble de l'humanité. Tel est le mandat qui a été confié au nom de la France, à Michel ROCARD et je sais qu'il parviendra à relever ce défi avec l'aide de tous nos partenaires européens et internationaux.

La communauté scientifique est prête à vous y aider et je sais que la création de l'observatoire de l'arctique que proposait Christian GAUDIN serait un pas supplémentaire dans cette direction. C'est pourquoi j'ai confié à Catherine BRECHIGNAC, en sa double qualité de présidente du CNRS et de présidente de l'ICSU (le Conseil international pour la science), la mission de créer cet observatoire international qui rassemblerait l'ensemble de la communauté scientifique. Ce dernier pourrait en effet jouer le rôle qui fut celui du GIEC en matière du climat, celui d'une vigie scientifique dont la voix forte se ferait entendre de tous et préparerait le terrain aux accords politiques les plus ambitieux.

* * *

Voilà, Mesdames et Messieurs, quel sera le legs de cette 4e année polaire internationale et nous pourrons être fiers lorsque nous serons parvenus à conduire à son terme le processus qui est né tout au long des derniers mois. Mais je sais que nous y parviendrons, car la passion et l'engagement de tous les amoureux des pôles ne connaissent pas de limites.

Songez un instant, Mesdames et Messieurs, à ces hommes et à ces femmes qui, au sein de la station franco-italienne Concordia, vont vivre pendant neuf mois, coupés du monde, à mille milles de toute terre habitée, pour citer Saint-Exupéry. Seuls sur la calotte glacière, ils vivent dans un monde où le soleil s'est couché pour six longs mois, mais un monde rythmé d'expériences scientifiques, d'analyses, de réflexions et de découvertes, en météorologie, en glaciologie, ou encore en astronomie. Si ce succès n'a été possible que par une communion d'effort avec nos collègues italiens, il reste à mes yeux en partie inachevé. En effet, comment ne pas penser, à l'heure où nous œuvrons ensemble pour créer un véritable espace européen de la recherche, où les hommes et les idées circuleront librement, que ce partenariat franco-italien ne puisse pas être ouvert plus largement à nos partenaires européens volontaires. Je souhaite donc que le directeur de l'IPEV, en accord avec nos partenaires italiens, puisse rapidement me faire des propositions d'évolution des collaborations scientifiques sur la base Concordia.

Vous le voyez, Mesdames et Messieurs, le souffle épique et humaniste qui anima dès l'origine l'exploration polaire n'est pas perdu, loin s'en faut ; car c'est lui qui nous a inspiré tout au long de l'année polaire internationale que nous clôturons aujourd'hui et c'est lui qui nous pousse encore aujourd'hui à faire de la découverte et de la protection des pôles le ferment de la concorde et de la paix. Il s'agit d'un très bel idéal, que nous ne laisserons pas perdre.

Pour terminer, permettez-moi de rappeler, alors que s'achève cette 4ème Année polaire, qu'un autre événement tout aussi riche scientifiquement, et tout autant nourrit de nobles idéaux a débuté, celui de l'Année Mondiale de l'Astronomie. Je tiens d'ailleurs à féliciter tout particulièrement l'ensemble des équipes françaises et européennes qui ont travaillé pour le lancement réussi, aujourd'hui, des satellites Herschel et Planck sur une fusée Ariane 5. Cet évènement est un point cardinal de cette Année Mondiale de l'Astronomie. Il représente la réalisation d'un effort conjoint entre entreprises et laboratoires publics de recherche pour mettre l'espace au service de la recherche la plus fondamentale. Avec Herschel et son miroir de 3 mètres 50 de diamètre, c'est le processus de formation des étoiles qui devrait être dévoilé. Avec Planck et son télescope refroidi proche du zéro absolu, - c'est un record mondial - nous pourrons remonter aux origines de l'Univers en mesurant avec une précision inégalée la première lumière émise 380 000 ans après le Big Bang. Ces deux satellites, qui seront d'ici trois mois à leur poste, à un million de kilomètres de la Terre, représentent un espoir majeur pour la recherche et un rêve pour l'humanité, à l'image de toutes vos réalisations durant cette Année Polaire Internationale.

Je vous remercie.

1ère publication : 14.05.2009 - Mise à jour : 15.05.0009

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