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Les grands enjeux et prochaines étapes de la réforme de l'autonomie des universités

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Autonomie des universités

A l'occasion de la clôture du cycle de séances publiques de l'Académie des sciences morales et politiques, Valérie Pécresse a rappelé les grands enjeux et les prochaines étapes de la réforme de l'autonomie des universités. Elle a souligné les grandes avancées permises par cette réforme et par l'Opération Campus pour l'attractivité et la compétitivité des établissements, et a rappelé l'engagement du Gouvernement pour revaloriser les carrières des universitaires.

Discours - 1ère publication : 29.06.2009 - Mise à jour : 1.05.0011
Valérie Pécresse

Monsieur le Secrétaire Perpétuel,
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Académiciens,

Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui pour clore le cycle des séances publiques que l'Académie des Sciences morales et politiques a souhaité cette année consacrer à l'Université, la science et la recherche dans la France d'aujourd'hui.

Je vous remercie, cher Jean-Pierre Casanova, de me donner l'occasion de contribuer ainsi au débat public, en soumettant à l'avis de vos pairs, qui sont d'éminents spécialistes de la question, ma vision de l'Université dans la France de 2009.

Nous avons besoin de penser l'Université pour construire ensemble, une vision partagée de son avenir.  Et l'action politique ne peut s'exonérer d'une réflexion de fond sur un sujet aussi complexe et aux enjeux si stratégiques pour notre pays.

Des Universités oui ! bien sûr ! Mais pourquoi ? Pour qui ? Pour quel projet de développement économique, social, culturel ?

Toutes ces questions qui ont animé vos débats, chaque lundi, sont aussi mes questions, celles auxquelles, depuis maintenant plus de deux ans, je ne cesse de proposer des réponses.

L'action politique doit assumer la réforme quand elle est nécessaire.

Les universités françaises attendaient la réforme.

Le Président de la République et le Premier ministre m'ont demandé de la mener, en conduisant les universités sur le chemin de leur autonomie.

Bâtir un projet d'établissement, faire des choix stratégiques de recherche et de formation, mener une véritable politique de recrutement, gérer un budget global, assumer une nouvelle liberté et en prendre toutes les responsabilités afférentes: voilà ce que le gouvernement propose enfin aux universités.

Et voilà le défi qu'elles sont, toutes, en train de relever.

Depuis le 1er janvier dernier, 20 de nos universités sont autonomes. Et le désir d'autonomie ne se dément pas. Plus de la moitié des universités devraient l'être au 1er janvier prochain. Je dois dire que c'est pour moi une immense satisfaction.

L'autonomie c'est le pari de la confiance : confiance de l'Etat dans la capacité des universitaires à s'ouvrir au monde socio-économique, à qualifier leurs étudiants et à préparer leur insertion professionnelle.

La loi du 10 août 2007 donne du poids à l'Université française. Elle en fait un acteur économique et social central. Elle lui offre la possibilité de participer pleinement à notre projet de développement, à notre projet de société.

 



Alors, j'ai bien entendu certaine voix s'élever contre cette liberté nouvelle, perçue parfois comme une menace faite à l'indépendance des universitaires et aux libertés académiques.

J'ai même entendu les Présidents d'université se voir désignés par leurs pairs comme des autocrates en puissance.

Mon dialogue constant avec la communauté universitaire, dans sa diversité et parfois dans ses contradictions m'a, je dois le dire, ouvert les yeux sur la nécessité de refonder une véritable collégialité universitaire animée des valeurs de l'Université : la liberté, l'évaluation, la transparence, la transmission.

La réforme de l'université, ce n'est pas seulement le renforcement du pilotage des établissements, c'est aussi la reconstruction d'un corps, à la fois respectueux de la liberté scientifique individuelle, et tendu vers un objectif partagé.

L'autonomie est une pratique de la liberté et de la responsabilité qui partage, se délègue et s'organise.

Je dois à la vérité de dire, que j'ai été frappée, pendant ces six derniers mois, de la force des méfiances qui anime une communauté universitaire dont l'anxiété est paradoxalement proportionnelle à la qualité de ses membres.

Les universitaires doivent retrouver dans notre pays la légitimité sociale et la place symbolique que 25 ans d'abandon de l'Université par des gouvernements de droite comme de gauche ont sapées dans l'indifférence générale.

Tout autant que les questions de gouvernance, il était absolument indispensable de rendre le métier d'enseignant-chercheur plus attractif et de permettre à l'excellence des universitaires de s'exprimer plus librement au sein de nos universités.

Car la construction d'un projet d'établissement se fonde d'abord sur la communauté universitaire, sur ces femmes et ces hommes dont l'identité est dans la science, dans cette connaissance qu'ils maîtrisent, qui est leur légitimité et le sens même de leur engagement professionnel.

Pour accroître l'attractivité du métier d'enseignant-chercheur, la revalorisation des carrières est un préalable. Nous l'engageons dès aujourd'hui. Nous avons d'ores et déjà :

  • doublé les taux de promotion des maîtres de conférences et des professeurs,
  • augmenté les salaires d'entrée des jeunes maîtres de conférences de 12 à 25%,
  • créé une prime de responsabilité pédagogique cumulable avec la prime d'excellence scientifique.
  • augmenté de 50% les places à l'Institut Universitaire de France et créé 130 chaires d'excellence pour de jeunes talents universitaires recrutés conjointement par des universités et des organismes de recherche.


Tout cela à la demande de l'Académie des Sciences qui a exprimé toute l'importance qu'elle accordait à la fois l'augmentation des rémunérations et à la différenciation des carrières.

Mais au-delà de la question très légitime des salaires et des carrières, la redéfinition d'un statut qui prenne en compte la complexité du métier d'universitaire, était plus décisive encore.

Et c'est d'ailleurs la réforme de ce statut de 1984, que chacun s'accordait pourtant à reconnaître comme obsolète, qui a suscité les débats les plus vifs au sein de la communauté universitaire.

Nous avons échangé et travaillé... beaucoup.

Le nouveau statut réaffirme l'indépendance et l'identité académique des universitaires.

Il garantit, en toutes circonstances, une évaluation nationale indépendante et équitable.

Il assure la collégialité et la transparence des décisions.

Aujourd'hui, les universitaires disposent d'un texte qui renforce les garanties de leur statut tout en préservant la mise en œuvre par les présidents d'université d'une véritable gestion des ressources humaines, première condition d'une autonomie réelle des établissements.

Alors oui, ce statut ne va sans doute pas aussi loin dans la démarche d'autonomie des établissements, mais c'est une première étape indispensable. Cette étape est aujourd'hui franchie

 



La nouvelle université sera forte de tous les équilibres qu'elle aura construit en son sein pour fonder avec ses partenaires extérieurs des relations, elles-aussi, plus équilibrées et donc plus fortes.

Les universités se placent désormais au cœur de notre système de formation et de recherche. Au sein de grands Pôles de recherche et d'enseignement supérieur, elles sont en mesure de fertiliser leur potentiel et de recherche et de formation par des contacts renforcés avec les écoles et les organismes de recherche de leur territoire.

L'autonomie, c'est la liberté et la responsabilité pour chaque établissement. Les pôles de recherche et d'enseignement supérieur offrent à chacun d'entre eux la possibilité de nouer des alliances et des solidarités qui les renforcent encore.

Toutes les universités ont vocation à s'adosser à un PRES et à s'inscrire dans un réseau scientifique et pédagogique

Je sais le rôle déterminant que jouent les universités pluridisciplinaires des villes moyennes. Elles offrent une formation de proximité indispensable pour l'atteinte de l'objectif national de 50% d'une classe d'âge diplômée de l'enseignement supérieur.

Elles sont tout à fait en mesure de développer des niches d'excellence dans les domaines de spécialisation scientifique qu'elles auront su constituer.

Mais il était urgent de rassembler notre paysage de recherche, ses 83 universités et ses 225 écoles, pour lui donner, enfin, une lisibilité et une visibilité mondiale.

Et c'est dans cet esprit que le Président de la République a souhaité que notre pays se dote de campus universitaires dignes de ce nom.

Une dizaine de campus sont en train de voir le jour dans notre pays.

Autour de projets scientifiques fédérateurs et innovants, sur ces campus, universités, écoles et organismes de recherche, bâtissent l'Université française de demain, celle que l'on trouve partout dans le monde, celle qui offre aux scientifiques, aux professeurs et à leurs étudiants des conditions d'étude, de recherche et de vie, à la hauteur de leurs attentes.

Une université qui fédère autour d'elle toutes les forces de formation et de recherche qui l'environnent.

 




Dans un monde multiculturel, concurrentiel, globalisé, la capacité à produire, transmettre et valoriser la connaissance est la clef de la réussite de notre pays.

Les frontières de la connaissance ne cessent de reculer devant la vitalité d'une recherche scientifique qui doit relever tous les défis  du monde contemporain: lutter contre le réchauffement climatique, enrayer les épidémies mondiales, préserver la paix en explorant l'âme des peuples, assumer le vieillissement de la planète, répondre à la crise économique, trouver de nouvelles sources d'énergie....

C'est pourquoi il était si important d'inviter la communauté scientifique française à se doter d'une stratégie nationale de recherche et d'innovation qui fixe les grandes lignes thématiques et opérationnelles prioritaires de notre politique de recherche.

En portant une véritable stratégie de recherche, nos organismes pourront s'engager dans des coopérations plus fécondes et mieux coordonner leurs actions. C'est ainsi que j'ai soutenu le consortium de recherche dans l'agronomie et la santé animale entre l'INRA, le CIRAD et des établissements d'enseignement supérieur, et l'Alliance pour les sciences de la vie et la santé. Je souhaite que le CNRS s'engage résolument dans des coordinations similaires dans le secteur de l'énergie ou des technologies de l'information, qui devront fonctionner sur le modèle de l'Alliance pour les sciences de la vie.

Mais nos organismes de recherche doivent également travailler mieux et davantage avec nos universités.

Le CNRS en particulier, désormais partenaire d'universités autonomes, doit se garder de tout repliement sur lui-même. Il doit, au contraire, assumer pleinement son rôle de stratège dans la définition de grands programmes de recherche nationaux.

Tutelle scientifique, opérateur de recherche, réorganisé en Instituts disciplinaires forts, il accentuera son action en tant qu'agence de moyens en apportant personnels et financements aux unités mixtes universitaire.
Son action est décisive notamment pour lancer des programmes de long terme, nécessitant des investissements lourds et risqués.

Dans un partenariat d'égal à égal avec des universités renforcées, le CNRS participera ainsi à la conduite d'une stratégie de recherche qui irrigue résolument notre force d'enseignement

  • nos chercheurs sont désormais encouragés à enseigner davantage
  • nos universitaires pourront bénéficier de temps de recherche supplémentaires.
  • L'agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur procèdera à une évaluation unique, externe et transparente de nos Unités Mixtes de Recherche, pierres angulaires de notre système de formation et de recherche.


Enfin en France, le monde de la recherche et celui de l'Université se rejoignent pour bâtir la société de la connaissance dont notre pays a besoin.

Alors bien sûr, il y a loin de la réforme à la renaissance, mais je suis convaincue, qu'au delà même des choix stratégiques faits par le gouvernement, l'Université française est train de prendre son destin en main, forte d'un nouveau projet et d'une nouvelle capacité à le mener à bien au sein d'un paysage scientifique renforcé.
La refondation des universités françaises a commencé. Elle doit se nourrir d'un débat ouvert et constant. Je serais très heureuse de vous entendre sur ces questions.


Je vous remercie de votre attention.

1ère publication : 29.06.2009 - Mise à jour : 1.05.0011
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