Accueil >  [ARCHIVES] >  [ARCHIVES] Discours

[ARCHIVES] Discours

La ministre reçoit les associations en charge de la lutte contre l'homophobie

[archive]
Affiche campagne homophobie© M.E.S.R.

La ministre a reçu les associations en charge de la lutte contre l'homophobie à l'université afin de leur présenter la seconde phase de la campagne contre l'homophobie. Cette campagne, qui s'adresse à toute la communauté universitaire, en l'invitant à prendre conscience de la difficulté d'être un étudiant homosexuel, prend de l'ampleur avec notamment, la diffusion de nouvelles affiches et le lancement d'une campagne web.

Discours - 3.11.2009
Valérie Pécresse

Je souhaitais vous réunir tous aujourd'hui pour faire un point d'étape de la campagne de notre action en matière de lutte contre l'homophobie.
Je vais vous en dire quelques mots bien sûr, en guise d'introduction, mais je voudrais aussi saisir cette occasion pour laisser la parole à plusieurs responsables associatifs qui sont présents aujourd'hui et que j'ai invité à témoigner de leur engagement et de leurs actions quotidiennes, afin d'illustrer ou de rendre très concret ce qui nous a conduit à lancer cette campagne.

Pourquoi cette campagne ?

Mon engagement dans la lutte contre l'homophobie n'est pas récent et j'ai notamment beaucoup travaillé avec les associations quand j'étais députée. Je les ai à nouveau souvent reçues au cours des deux dernières années et nous sommes arrivés à un constat très clair : il y a encore, beaucoup plus souvent qu'on ne le croit, des actes homophobes dans les universités en France aujourd'hui.

Je le dis tout de suite : ce constat est pragmatique et s'appuie sur l'expérience des acteurs de terrain. Nous n'avons pas de chiffres ou d'enquêtes spécifiques sur cette question. Nos établissements comptabilisent les actes de violence bien sûr, mais les causes en sont multiples et nous ne disposons pas de statistiques précises sur l'homophobie. En revanche, la LMDE vous le dira certainement tout à l'heure, nous savons qu'une des premières causes de suicide ou de tentatives de suicide chez les jeunes, est la difficulté à assumer le rejet social de l'homosexualité.

Quand bien même nous en disposerions, cette information serait incomplète car l'homophobie ne se traduit pas toujours pas des comportements violents mais prend aussi la forme de harcèlements, physique ou moral. Et ces comportements mènent trop souvent à l'exclusion et au rejet, à l'isolement, à la dépression.

Pour un jeune adulte, les études sont un moment clé de l'accomplissement personnel et cette période exaltante d'apprentissage de la vie et de l'autonomie est complexe. Il faut savoir gérer le stress des examens, organiser son emploi du temps, bien souvent apprendre l'éloignement d'avec sa famille, faire la connaissance d'un environnement nouveau, se faire de nouveaux amis. C'est une période de doutes et de découvertes, et il est de ma responsabilité d'assurer à tous les étudiants que celle-ci se déroule dans les meilleures conditions possibles. Il en va de la réussite de leurs études et de leur insertion professionnelle bien sûr, mais aussi et plus largement de leur épanouissement personnel et de l'affirmation de leur identité.

Pour un jeune, ces années, entre 18 et 25 ans, sont donc cruciales. Pour un jeune homosexuel, elles peuvent être parfois plus difficiles à vivre que pour un jeune hétérosexuel.
C'est cette question-là que nous avons voulu aborder. C'est le sens de notre campagne de communication.

Lorsqu'il débute ses études supérieures, la plupart du temps, le jeune homosexuel ne se pose plus les mêmes questions qu'au lycée : il ne s'agit plus de douter de son orientation sexuelle, de se chercher, de se découvrir. L'entrée dans les études supérieures coïncide avec l'affirmation de soi. On sait qui on est. On doit pouvoir l'assumer, le vivre pleinement, sans être rejeté ou exclu par les autres.

Cette campagne ne porte donc pas sur un questionnement et ne s'adresse donc pas aux jeunes homosexuels spécifiquement. Elle ne propose pas de numéro d'écoute ou de soutien psychologique. Ces actions, indispensables, sont très bien organisées à la fois par les associations et les services sociaux des universités et des CROUS.

Cette campagne s'adresse à toute la communauté universitaire et souhaite simplement leur faire prendre conscience de la difficulté, parfois durement ressentie, d'être un étudiant homosexuel, d'être un jeune homosexuel ou une jeune lesbienne.

Tous les jeunes homosexuels, et c'est tant mieux, ne rencontrent pas de difficultés spécifiquement liées à leur orientation sexuelle. Mais c'est le cas de certains et c'est pour que chacun en prenne conscience que nous faisons cette campagne. Pour que les professeurs ou les étudiants qui l'entourent sachent qu'une fragilité peut exister et qu'il faut savoir la déceler et accompagner le jeune dans son parcours.

Comment a-t-elle été élaborée ?

Il y a deux ans maintenant, j'ai reçu l'Inter-LGBT, la grande fédération d'associations de lutte contre l'homophobie qui organise, notamment, la marche des fiertés chaque année, et Gay Lib, l'association des Homosexuels de l'UMP. Toutes deux faisaient le même constat : l'homophobie existe encore chez les jeunes. Toutes deux faisaient la même demande, que le ministère lance une campagne de communication sur cette question.

J'ai donné mon accord immédiatement, et c'est vrai que c'est la première fois dans ce ministère qu'on se saisit directement d'un tel sujet

Nous avons défini ensemble un cahier des charges sur la base duquel a été élaborée la campagne.

Je l'avais dit aux associations : je voulais une campagne qui s'adresse à toute la communauté universitaire et qui ne fasse pas des homosexuels des victimes, mais plutôt qui propose un message de tolérance et qui invite chacun à considérer l'autre et à mettre en perspective son propre comportement.

L'homophobie mène à l'exclusion et au rejet. C'est la phrase d'alerte que nous avons choisie
Et nous avons voulu illustrer, par un clin d'œil, celui d'une phrase compliquée et longue, les difficultés que rencontrent certains étudiants au quotidien.

Les visuels que nous avons retenus sont présentés dans les dossiers de presse et sur les écrans de télévision, ici.

Quelle forme pour notre campagne ?

Il faut dire la vérité : notre campagne était prête dès le printemps dernier. Mais le mouvement dans les universités nous a contraints à en repousser la diffusion : les étudiants étaient absents dans beaucoup d'universités et les préoccupations de la période auraient pu reléguer à la deuxième place notre message.

Au mois de juin dernier, nous avons diffusé 20 000 affiches dans les universités et 20 000 affiches dans les associations. Mais je voulais que cette campagne puisse réellement s'installer dans nos établissements et je m'étais donc engagée auprès des associations à la relancer en cette rentrée, et sous des formes inédites.

Nous le faisons de plusieurs manières : de nouvelles affiches envoyées aux établissements, une campagne sur internet (facebook, skyrock...) et des affiches dans les villes universitaires.

Cela représente un coût important mais je tenais à ce que tout notre travail aboutisse réellement et à ce que notre message soit relayé le plus largement possible.
Je suis convaincue que l'enjeu est important, les associations à qui je laisse maintenant la parole vous le diront mieux que moi. 
 

1ère publication : 3.11.2009 - Mise à jour : 14.05.0012
Retour haut de page

Les recherches les plus fréquentes :