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Accueillir 30% de boursiers dans les grandes écoles

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Etudiants

À l'occasion de la signature du contrat d'établissement de l’I.E.P. de Paris, Valérie Pécresse a fixé comme objectif de porter à 30 % le nombre d'étudiants boursiers accueillis dans les grandes écoles. Elle a rappelé que les classes préparatoires avaient d'ores et déjà atteint cet objectif (à la rentrée 2009, on comptait 30 % de boursiers en C.P.G.E., contre  20% en 2007).

Discours - 10.11.2009
Valérie Pécresse

Monsieur le Directeur, cher Richard Descoings,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers professeurs, chers élèves, chers étudiants,

Vous venez, Monsieur le Directeur, de prendre un engagement très fort : celui de porter à 30 % le nombre de boursiers accueillis par Sciences-Po. Je dois vous prévenir tout de suite, cher Richard, cette promesse n'est pas tombée dans l'oreille d'une sourde ! Ce que vous venez de dire, je l'ai parfaitement entendu : désormais, cette promesse vous oblige.
Et je voudrais vous dire aujourd'hui, alors que nous sommes réunis pour signer votre contrat d'établissement, que je vais me faire le relais de votre engagement. En m'appuyant sur vous et sur cette décision qui fait à nouveau de Sciences Po une pionnière en matière d'égalité des chances, je souhaite que nous puissions porter à 30 % le nombre de boursiers dans l'ensemble de nos grandes écoles.
Parce que j'ai la même conviction que vous : la France se priverait d'un nombre incalculable de ses jeunes talents en ne s'engageant pas dans le combat pour l'égalité des chances. Ce serait une faute : une faute envers l'avenir de notre pays ; une faute envers nos idéaux républicains, qui affirment haut et fort une vérité fondamentale : dans notre pays, c'est le mérite qui compte et chacun est partout à sa place, pourvu qu'il ait mérité de l'occuper.
Vous m'en offrez donc l'occasion et je la saisis sans hésiter : je m'adresse aujourd'hui à travers vous à toutes nos grandes écoles. Je leur demande de tout mettre en œuvre, en fonction de leurs spécificités et de leur plan de développement, pour atteindre cet objectif le plus vite possible. Pour atteindre cet objectif ambitieux, je compte donc sur la mobilisation de toutes les grandes écoles.

 

Chers élèves, chers étudiants, les portes de Sciences Po et d'autres grandes écoles sont longtemps restées fermées à des jeunes qui avaient pourtant tous les atouts pour y entrer. Aucun des étudiants présents aujourd'hui et recrutés grâce aux conventions ZEP ne me démentira, j'en suis sûre : la péniche, l'amphi Boutmy, lieux mythiques de Sciences Po, vous appartiennent désormais, comme ils appartiennent à tous les étudiants de l'I.E.P. Et quand vous vous y retrouvez pour un cours magistral, il n'y a aucune différence entre vous : vous êtes tous des étudiants de Sciences-Po et je mets au défi qui que ce soit, en conférence ou en cours magistral, de parvenir à distinguer les uns des autres.
Cela n'a l'air de rien, mais c'est un pas de géant qui a ainsi été accompli. A tous ceux qui doutaient de vous, vous avez démontré, sans l'ombre d'un doute, qu'ils avaient tort. Vous avez prouvé qu'on ne faisait pas entrer à Sciences Po des élèves qui n'y avaient pas leur place, mais qu'on faisait exactement l'inverse : on réparait une injustice en ouvrant les portes de la rue Saint-Guillaume à des étudiants qui méritaient d'y entrer, qui avaient tout pour y entrer. 
Cet après-midi, je voulais d'abord vous dire cela : bravo ! Bravo d'avoir cru en vous, bravo d'avoir tenté l'aventure, bravo d'avoir travaillé et d'avoir réussi comme les autres ! Comme tous les pionniers, vous avez ouvert la voie. Et maintenant qu'elle est ouverte, elle sera un peu plus facile pour ceux qui vous suivront.
Car pour vous comme pour ceux qui vous suivront, vous avez gagné le droit à l'indifférence: les premiers mois, j'en suis certaine, vous vous êtes sentis observés, scrutés, évalués par ceux qui se demandaient : votre pari, celui que Richard Descoings vous avait proposé de faire avec lui, allait-il être tenu ? Eh bien, oui, il est tenu. Et de très belle manière.
Bien sûr, cela restera exigeant : Sciences Po, c'est Sciences Po. Réussir sa scolarité dans un tel établissement demande des efforts, du travail, de la persévérance. Mais les générations qui vous suivent auront simplement à faire les mêmes efforts que les autres. C'est ça, le droit à l'indifférence, c'est ne se voir demander ni plus ni moins qu'aux autres ! C'est ne pas avoir à être meilleur que les autres parce que certains se demandent si vous, vous êtes au niveau – alors que pour tous les autres, personne ne se pose jamais la question. Et c'est la plus belle des récompenses. Pour cela aussi, bravo !

 

Malgré tout, j'ai encore un effort un peu particulier à vous demander et je suis sûre que nombre d'entre vous le font déjà : c'est de retourner dans votre lycée, pour y dire à tous ceux qui hésitent à se lancer dans l'aventure que Sciences Po, que les grandes écoles, c'est possible !
Que voulez-vous, vous êtes des pionniers ! Pour tous vos camarades plus jeunes que vous, vous restez des symboles. Ce statut, je vous demande de l'assumer : vous avez eu le courage et l'audace de croire assez en vous pour oser vous présenter à la procédure d'entrée. Ce courage et cette audace, transmettez-les !
Car même si vous êtes de plus en plus nombreux à les manifester, cela ne reste pas toujours simple de franchir le pas. Sciences Po est un établissement au renom exceptionnel. Et il n'est pas toujours facile de se dire : Sciences Po, tel ou tel type de grande école, c'est aussi pour moi.
Dans la salle aujourd'hui, il y a aussi des lycéens qui se sont engagés dans la procédure d'admission et qui sont venus avec leurs enseignants qui les accompagnent dans ce parcours.  Certains d'entre eux, je le sais, pourraient le confirmer : au début, ils hésitaient sans doute à se lancer dans ce parcours. Ils craignaient que la tâche soit trop grande pour eux.
Et s'ils ont franchi le pas, c'est grâce à vous tous : grâce à vous, étudiants de Sciences-Po, passés ou non par les conventions ZEP, et qui êtes allés les rassurer et les convaincre que c'était possible ; grâce à vous, leurs professeurs, qui avez joué votre rôle jusqu'au bout en les encourageant et en les accompagnant à chaque étape de la procédure ; et grâce à vous, représentants des entreprises qui depuis le début avez appuyé cette très belle aventure.
L'information, le tutorat et l'accompagnement, ce sont donc les clefs pour que vous tous, chers étudiants, vous ne restiez pas des exceptions, certes remarquables, mais des exceptions. Car il faut lever l'autocensure. Et le meilleur moyen pour y arriver, c'est encore d'administrer la preuve par l'exemple : à tous ceux qui n'osent pas se croire capables, ou pire encore, dignes, de se lancer dans des études supérieures de ce type, vous démontrez qu'il n'y a aucune raison d'avoir peur. C'est possible, puisque vous l'avez fait !
L'excellence n'est pas le privilège de quelques lycéens d'exception recrutés et formés dans un tout petit nombre d'établissements exceptionnels. L'excellence est partout, parce que partout, il y a des jeunes qui ont toutes les qualités pour faire Sciences-Po, pour entrer en classe préparatoire ou pour faire de très belles études à l'université.

 

Puisque je m'adresse à des étudiants ou futurs étudiants de Sciences-Po, l'un des temples de l'histoire politique du XIXe et du XXe siècle, je peux me permettre d'en appeler au souvenir d'un grand ancien : celui d'un jeune boursier, repéré dans les années 1880 par un inspecteur général qui visitait une classe de collège.
Ce jeune garçon traduisait parfaitement Cicéron – autres temps, autres mœurs ! L'inspecteur général en question le prit sous son aile : il l'aida à poursuivre ses études, qui le menèrent rue d'Ulm, puis à l'agrégation de lettres. Ce jeune homme a fini par devenir président du Conseil et président de l'Assemblée nationale. Il s'appelait Edouard Herriot. Il est devenu l'un des symboles de la méritocratie républicaine. Et personne n'a jamais dit de lui qu'il avait bénéficié d'un traitement de faveur.
Les conventions ZEP comme les cordées de la réussite ou les internats d'excellence font vivre cet esprit républicain. En fait, ils font même plus que le faire vivre : ils s'efforcent de faire de l'exception la règle. C'est ça, la logique profonde de la démocratisation des enseignements secondaire et supérieur.
Et mon but, mais c'est aussi le tien, cher Richard, c'est d'arriver à une situation où un étudiant boursier, qui réussit des études d'excellence est un exemple parmi des milliers d'autres, d'un système républicain qui fonctionne. Bref, ce que nous voulons, c'est que ce que vous avez réussi, chers étudiants, devienne une chose terriblement banale. Parce que ce jour-là, ce n'est plus votre origine qui étonnera ou qu'on admirera : c'est juste vous et votre talent.

 

Et peu à peu, nous sommes en train d'y arriver. Cher Richard, Sciences Po, grâce à toi, a beaucoup fait pour changer les mentalités. Il fallait un établissement pionnier pour lancer ce mouvement : c'est Sciences Po, qui peut en être fier !
Avec le Président de la République, nous avons tenu à appuyer de toutes nos forces ce mouvement : nous nous étions ainsi fixés comme objectif d'accueillir en 2010 plus de 30 % de boursiers dans les classes préparatoires. Dans les lycées, les équipes se sont mobilisées : elles ont convaincu les élèves de tenter leur chance, les classes préparatoires leur ont ouvert leurs portes. Résultat : avec une année d'avance, l'objectif est atteint : à la rentrée 2009, nous en sommes à 30 % de boursiers en classes préparatoires. En 2007, ils n'étaient que 20 %. Là encore, quelle évolution !
La rapidité même du changement le montre : le pragmatisme paye. Car ta méthode, cher Richard, comme la mienne sont marquées du sceau du pragmatisme. Nous savions l'un et l'autre que les excellents élèves étaient partout : nous avons simplement décidé de leur donner leur chance à tous. Et cela fonctionne !
Et le pragmatisme, cela consiste aussi à se donner les moyens d'atteindre les objectifs que l'on se fixe. C'est pourquoi j'ai tenu à renforcer le système de bourses : parce qu'il ne suffit pas de lever les obstacles psychologiques, il faut aussi s'attaquer aux obstacles matériels.
La réforme du système des bourses a permis de les ouvrir à plus de 50 000 étudiants supplémentaires venus des classes moyennes mais aussi de tous les horizons, ignorant souvent qu'ils pouvaient prétendre à une bourse. Elle a aussi permis de revaloriser considérablement leur montant, en créant un échelon spécifique : les 100 000 étudiants les plus défavorisés.
Le pragmatisme, enfin, c'est d'informer tous les futurs étudiants sur les aides auxquelles ils ont droit. C'est aussi pour cela que nous avons mis en place Admission post-bac : pour anticiper et encourager leurs démarches. Car cette plate-forme proposait automatiquement aux lycéens postulant en classe préparatoire une simulation de bourses au regard des critères du CROUS. Jusque-là, il fallait le demander. Désormais, ce n'est plus le cas et cela a permis de lever bien des réticences : 90% des candidats ont effectué cette simulation en ligne.

 

Nous allons à présent vers une nouvelle étape de cette révolution silencieuse : cher Richard, tu as pris l'engagement d'ouvrir les portes de Sciences Po à 30 % de boursiers. C'est un objectif exigeant que tu te fixes ainsi. Mais cet objectif, je sais Sciences Po en mesure de l'atteindre : la communauté des enseignants, des étudiants et des personnels de la rue Saint-Guillaume l'a montré, elle excelle aussi lorsqu'il s'agit de relever les défis. Parce qu'ils nous concernent tous : les surmonter, c'est faire avancer l'idée républicaine de reconnaissance du mérite et de promotion sociale par l'Ecole. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : Sciences Po accueillait 6% de boursiers en 2000, 12% en 2004 et déjà 21% cette année. 30% en 2012 ! Le pli est pris, je sais que vous y parviendrez ! Bravo.
A cet engagement, cher Richard, répond le mien, celui que je demande à toutes les autres grandes écoles : nous avons 30 % de boursiers en classes préparatoires ; demain, il y en aura aussi 30 % dans les grandes écoles. Et ces engagements, chers étudiants, nous ne les prenons pas par hasard devant vous : votre réussite n'est pas seulement un encouragement. Elle nous crée aussi des obligations : nous avons le devoir de ne pas vous laisser être des exemples remarquables, mais isolés.
Car c'est ça, le mérite républicain : ce n'est ni un privilège ni le résultat d'un traitement privilégié, mais une possibilité ouverte à chacun, pourvu qu'on lui donne sa chance et qu'il s'en donne les moyens. Vous en êtes la preuve !
Alors, à vous tous, je ne souhaite qu'une chose : aller encore plus loin et poursuivre encore longtemps ce très beau parcours ! Et de n'être jamais seuls à le faire !
Je vous remercie.

1ère publication : 10.11.2009 - Mise à jour : 25.11.0009

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