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La recherche sur le cerveau stimulée grâce aux investissements d'avenir

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Colloque priorité cerveau - Collège de France

En conclusion du colloque "Priorité Cerveau" tenu au Collège de France, Valérie Pécresse a rappelé que la recherche était la clef du futur, parce qu’elle est source de progrès scientifiques, économiques et sociaux. C’est ce triple enjeu qui est au cœur des investissements d’avenir.

Discours - 16.09.2010
Valérie Pécresse

En conclusion du colloque "Priorité Cerveau", Valérie Pécresse a rappelé que la recherche était la clef du futur, parce qu’elle est source de progrès scientifiques, économiques et sociaux. C’est ce triple enjeu qui est au cœur des investissements d’avenir.

On se fait parfois de la science une idée fausse. On l’imagine lointaine, ésotérique, vouée à se faire dans des laboratoires inaccessibles où se conduisent des recherches si fines et si pointues qu’elles en paraîtraient presque menaçantes. Et régulièrement, les scientifiques doivent faire face aux réactions de rejet que suscite cette inquiétante étrangeté.

Oui, on se fait parfois de la science une idée fausse. Alors, je voudrais commencer par vous remercier. Par remercier Vincent Lindon pour l’appel vibrant qu’il vient de lancer, au nom de tous ceux qui savent ce que la recherche peut apporter aux hommes et aux femmes frappés par la maladie et à leurs proches.

Et par remercier aussi le Professeur Olivier Lyon-Caen et le Professeur Etienne Hirsch, pour avoir conclu ce colloque en évoquant la seule perspective qui compte : celle de l’avenir meilleur que nous pouvons construire ensemble, grâce à la recherche.

La science est l’affaire de tous : vous venez de le démontrer tout au long de cette journée, en passant en revue un à un les enjeux de la recherche sur le cerveau. Les enjeux scientifiques, tout d’abord, car il nous reste encore beaucoup à faire pour percer les secrets de l’organe où tout se commande et tout se joue. Mais aussi les enjeux sociaux, car le cerveau n’est pas qu’un objet de recherche, un mystère à élucider. Derrière l’effort scientifique pour le comprendre, il y a la volonté d’agir et de soigner qui, tout autant que le besoin de comprendre, pousse nos chercheurs à aller toujours loin.

Vous le savez, Mesdames et Messieurs, le Président de la République a fait de la lutte contre Alzheimer et les maladies apparentées une priorité nationale. Ce choix ne s’appuie pas seulement sur le constat d’une nécessité scientifique. C’est aussi un choix politique, celui de mettre au cœur de notre effort de recherche les malades et leurs familles, eux qui demain, avec l’allongement de la durée de la vie, vont être de plus en plus nombreux.

Bien sûr, la recherche sur la maladie d’Alzheimer ne représente qu’une partie de l’immense travail que nos scientifiques engagent pour défricher cette nouvelle frontière de la science qu’est le cerveau. Vous l’avez rappelé aujourd’hui, bien d’autres pathologies existent, parfois plus brutales – je pense aux accidents vasculaires ou à certaines formes de sclérose – parfois plus douloureuses encore – et je pense notamment à l’autisme, qui nous oblige tout à la fois à répondre au double défi de la compréhension et de l’accompagnement tout au long d’une vie.

Loin d’éclipser ces autres pathologies, la maladie d’Alzheimer en est le symbole : elle met en lumière tout le chemin qu’il nous reste à parcourir pour comprendre le fonctionnement du cerveau et son dysfonctionnement. Car pour les patients, faire face à la maladie d’Alzheimer, c’est devoir accepter en quelque sorte de se perdre peu à peu soi-même. Et pour les familles, c’est faire l’épreuve d’une forme de disparition non de la personne, mais d’une personnalité que l’on chérissait et qui lentement semble s’évanouir.

La maladie d’Alzheimer est un symbole, qui éclaire d’un jour cru la violence des pathologies cérébrales. On dit de la santé qu’elle est la vie dans le silence des organes, soulignant ainsi que la maladie nous rappelle brutalement à notre dépendance vis-à-vis d’un corps qui se fait normalement oublier. Mais lorsque c’est le cerveau qui est atteint, ce qui est en jeu dépasse la seule douleur : c’est la conscience, c’est la motricité, c’est l’indépendance physique et morale, bref c’est l’autonomie de la personne qui se trouve ébranlée.

C’est dire l’enjeu des recherches que nombre d’entre vous conduisent. C’est dire aussi l’importance de l’information, de l’accompagnement et, tout simplement, de la chaleur humaine que vous apportez aux patients frappés par la maladie et à leurs familles.

Ce soir, c’est d’abord cette mobilisation de tous autour d’un enjeu d’intérêt national que je tenais à saluer : au nom du Président de la République, qui parraine ce colloque, je voulais vous remercier, remercier les chercheurs, remercier les médecins et les personnels soignants et remercier les associations qui font front commun contre ces maladies. 

* * *

Cette mobilisation, elle se retrouve aussi du côté de l’Etat. La recherche sur le cerveau est une priorité nationale et cette mobilisation dépasse le champ du plan Alzheimer et des plans nationaux comme celui des maladies rares : parce qu’elle est au carrefour des disciplines, au carrefour des enjeux de santé publique et des espérances sociales, la recherche sur le cerveau est au cœur de notre système de recherche tout entier.

Et c’est bien là tout le paradoxe. Le risque pour les objets de recherche situés aux frontières de tous les domaines scientifiques et de tous les champs d’action, c’est de n’être identifié nulle part à force d’être partout. Pourtant, les programmes de recherche existent, les moyens également. Ainsi l’Agence nationale de la recherche consacre environ 25 millions d’euros chaque année pour financer les travaux les plus fondamentaux en matière de neurosciences.

Le plus grand des défis, aujourd’hui, c’est de coordonner ces efforts pour qu’ils produisent tout leur fruit.

C’est l’objet de la réorganisation de notre système de recherche que nous avons lancée, notamment en matière de santé, avec la création en avril 2009 de l’Alliance des sciences de la vie et la santé. Cette alliance s’est traduite très concrètement par la naissance de l’institut thématique multi-organismes neurosciences, sciences cognitives, neurologie, psychiatrie, un nom un peu long, certes, mais qui a l’immense qualité de faire toucher du doigt l’ampleur du front commun qui se constitue à travers lui.

Conduire ce processus à son terme est un défi de taille et je tiens à saluer les Professeurs Alexis Brice et Bernard Bioulac qui ont accepté de le relever avec talent et engagement. Il leur revient la lourde charge d’assurer la coordination des travaux de toutes nos équipes de recherches et de veiller à l’affirmation des neurosciences.

Lourde charge, disais-je, car les neurosciences, au-delà de leurs enjeux médicaux, sont en constante interaction avec les sciences de l’ingénieur et les sciences humaines et sociales. Vous l’avez rappelé, cela ne tient pas seulement à leur objet, mais aussi à leur méthode : face aux fonctions les plus complexes et les plus insaisissables du corps humain, la compréhension exige parfois des détours par d’autres champs et d’autres modèles que ceux auxquels la science médicale a usuellement recours. Avec en retour, une extrême fécondité pour les disciplines voisines qui sont ainsi sollicitées.

Ce défi de la structuration de ce champ de recherche se double d’un autre : maintenir un lien direct avec les patients, pour garantir non seulement que la recherche et la clinique se nourriront et s’appuieront l’une l’autre, mais aussi que les percées scientifiques se traduiront aussi rapidement que possible par des applications cliniques. Cela suppose la mobilisation de l’ensemble de la communauté hospitalo-universitaire pour favoriser la recherche translationnelle sous toutes ses formes.

Il est donc naturel, Mesdames et Messieurs, que les neurosciences aient été largement évoquées au cours des dernières rencontres internationales de recherches biomédicales organisées par le Président de la République. Ce premier « R&D dating », pour mettre en contact chercheurs et industriels leur a été consacré, avec le succès qu’on lui connait et de nombreux partenariats qui se sont noués.

C’est que ce front commun ne saurait être complet sans les acteurs privés, qui ont eux aussi un rôle majeur à jouer pour permettre aux avancées de la recherche la plus fondamentale de se traduire en bénéfices concrets pour leurs malades et leurs familles. Je pense bien sûr au rôle décisif tenu par l’industrie pharmaceutique, mais aussi au développement des nouvelles technologies en matière d’imagerie, cruciales lorsqu’il s’agit de mieux comprendre le fonctionnement du système cérébral et qui suppose un étroit partenariat entre recherche fondamentale et acteurs industriel.

Jusqu’il y a peu encore, les partenariats entre le monde de la recherche publique et celui de la recherche privée étaient trop rares. Nous ne parvenions pas à jouer ensemble ces deux atouts exceptionnels que sont notre système de recherche et de soins d’un côté, et notre industrie de la santé de l’autre. Ce temps est désormais révolu. Les mentalités ont changé et chacun des ces deux mondes a compris que le mur qui les séparait n’avait plus grand sens.

Des habitudes de travail en commun se sont prises. Et grâce au crédit impôt recherche, qui a donné une impulsion décisive à la recherche partenariale, mais aussi grâce au dialogue qui s’est noué entre les différents acteurs de la recherche biomédicale sous l’impulsion du Président de la République, ce mur est définitivement tombé.

Permettez-moi enfin, Mesdames et Messieurs, d’évoquer un dernier pilier de ce front commun, mais non le moindre : je pense bien sûr aux associations, qui en matière de santé jouent un rôle crucial non seulement pour accompagner les malades et leurs familles, mais aussi pour faire connaître et reconnaître des pathologies, rares ou mal connues du grand public et permettre aux dons de converger vers les recherches les plus innovantes.

Ces associations ont compris, les premières, la nécessité de s’unir pour coordonner leurs efforts. La fédération pour la recherche sur le cerveau en est l’exemple même : Monsieur le Président [Bernard Esambert], il n’est pas étonnant que vous ayez été de ces pionniers qui nous ont en quelque sorte donné l’exemple. Votre longue expérience de la marche de l’Etat vous a appris que l’action n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle est coordonnée. Permettez-moi de vous en remercier et de saluer tous ceux qui oeuvrent à vos côtés et qui ont appris au grand public ce qu’étaient la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer ou les scléroses.

Au fond, vous êtes le ciment de cette alliance de toutes les forces et de tous les talents qui se constitue. Car les associations tiennent ensemble tous les bouts de la chaîne : elles sont au côté des malades, des chercheurs et des entrepreneurs, et leur travail incessant redonne tout son sens à l’action qui est la nôtre.

* * *

Nous avons toutes les cartes en main pour atteindre ce bel objectif et un nouvel atout est venu s’y ajouter il y a peu : je veux parler, bien sûr, du grand plan d’investissements d’avenir de 22 milliards d’euros pour l’enseignement supérieur et la recherche, que le Gouvernement a lancé pour accélérer la reprise et poser les fondations de la France de demain.
 
Messieurs les Professeurs, vous venez de conclure cette journée de travail en formulant 10 propositions pour un avenir meilleur. Et ce qui me frappe, c’est que la clef pour les mettre en œuvre se trouve dans les investissements d’avenir.

Je pense à la stimulation de la recherche interdisciplinaire sur le cerveau ou au renforcement de la recherche en psychiatrie, qui ont toute leur place dans les appels à projet « laboratoires d’excellence », doté d’un milliard d’euros : c’est l’occasion ou jamais pour ces équipes pluridisciplinaires de se structurer et de s’affirmer plus encore autour de projets de recherche sur le cerveau.

Mais je pense aussi aux instituts hospitalo-universitaires, ces pôles d’excellence qui rassembleront demain sur un même site des équipes scientifiques et médicales de pointe travaillant autour d’une même thématique. Ces futurs IHU, qui seront dotés de 850 millions d’euros, feront une place particulière à la recherche translationnelle et à la valorisation : j’imagine difficilement qu’un projet solide consacré aux maladies du système nerveux ne retienne pas l’attention du jury appelé à se prononcer sur les candidatures.

Je pense enfin à tous les équipements dont vous avez souligné la nécessité pour faire avancer la recherche, à ces centres de gestion, de stockage et d’analyse des données ou d’imagerie et à ces plateformes dont vous avez besoin : eh bien, ils sont au cœur des appels à projet « Santé et biotechnologies », dotés de 1,55 milliard d’euros.

J’irai plus loin encore : l’esprit qui est le vôtre aujourd’hui est exactement celui qui préside au programme d’investissements d’avenir. Notre conviction, c’est que la recherche est la clef de notre futur, parce qu’elle est source de progrès scientifiques, économiques et sociaux. C’est ce triple enjeu qui est au cœur des investissements d’avenir comme il est au cœur du front commun que vous avez constitué aujourd’hui.

 C’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, à l’issue de cette journée qui a mis au jour tous les défis que nous devons relever pour faire progresser la recherche sur le cerveau, j’ai toute confiance.

J’ai toute confiance, parce que votre mobilisation, notre mobilisation est totale. Et parce les projets que vous formulez aujourd’hui, vous les scientifiques, les entrepreneurs et les associations, ont toutes les chances de devenir réalité demain avec les investissements d’avenir. C’est une occasion exceptionnelle de faire avancer la cause qui nous réunit : je sais que vous la saisirez.

1ère publication : 16.09.2010 - Mise à jour : 17.09.0010

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