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La nouvelle Licence, un diplôme pour l'emploi

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Université de provence

Après avoir présenté le bilan des deux premières années de mise en oeuvre du plan licence, la ministre a dévoilé les grands axes de l'étape 2 : faire de la licence un diplôme de référence pour l’emploi et pour la poursuite d’études, élaborer des référentiels de formation,  décloisonner les quatre filières post-baccalauréat.

Discours - 17.12.2010
Valérie Pécresse

Dès l’été 2007, à la demande des étudiants, j’ai lancé le chantier de la réussite en Licence. J’avais un objectif simple : conduire 50% d’une classe d’âge à un diplôme de l’enseignement supérieur.

Alors, bien sûr, la Licence n’est pas le seul diplôme de l’enseignement supérieur. Mais la Licence, c’est à la fois une référence internationale et la première étape du LMD.

Le paradoxe, c’était que ce diplôme de référence était devenu le maillon le plus fragile de l’enseignement supérieur, avec seulement 52 % des étudiants qui passent en 2ème année.

Ce qui n’équivaut pas, et je veux le dire clairement, à 48% d’échec : certains étudiants redoublent ou ne valident pas l’ensemble de leur semestre, d’autres se réorientent et décrochent un autre diplôme. La réussite a plusieurs visages, il est temps de le reconnaître et de le valoriser, mais j’y reviendrai.

Il n’empêche : nous étions confrontés – tout le monde en était conscient – à un épuisement du modèle de la licence universitaire. Il fallait inverser la tendance, remettre en mouvement cette université qui doutait, réveiller son énergie, sa créativité. Une université fière d’elle-même, c’est une université confiante dans la valeur de ses diplômes, à commencer par le premier d’entre eux.

Le renouveau de la Licence, c’est le renouveau de l’université tout entière.

C’est pourquoi, lorsque j’ai décidé de lancer un plan pour la réussite en Licence et d’y consacrer des moyens massifs, j’ai passé avec les universités un véritable pacte pour la qualité des formations en leur demandant de bâtir elles-mêmes, sur la base d’un cahier des charges national, une nouvelle Licence, et en leur donnant les moyens d’agir concrètement au service des étudiants.

Le combat contre l’échec, ce n’est pas dans le secret d’un bureau, c’est sur le terrain que nous le gagnerons. La communauté universitaire le sait bien. La preuve, c’est qu’elle s’est largement mobilisée. Il suffit de regarder le chemin parcouru depuis deux ans : de l’accueil en 1ère année à la préparation à l’insertion professionnelle en passant par la réduction des effectifs en TD, le contrôle continu, les dispositifs de soutien et d’accompagnement – enseignants référents, tutorat pédagogique –, la diversification des parcours et l’aide à la réorientation, c’est toute l’économie de la Licence qui s’est trouvée modifiée en l’espace de quelques mois.

L’État a mis sur la table 730 millions d’euros supplémentaires sur la période 2007-2012. C’est un effort exceptionnel, qui représente une hausse de 50 % des crédits consacrés à la Licence en 2007. Pour la seule année 2011, ce sont 41 millions supplémentaires qui sont prévus.

Et là encore, les établissements ont répondu à l’appel en amplifiant l’effort du gouvernement: après une courte période d’amorçage, liée à la mise en place des actions sur le terrain, les établissements ont joint leurs efforts à ceux de l’État : en 2009, celui-ci leur a notifié 103 millions d’euros supplémentaires pour la réussite en Licence et ils ont dégagé, sur leur budget propre, 119 millions de plus ; et en 2010, ils ont ajouté 53 millions aux 169 alloués par l’Etat au titre du plan Licence.

Celui-ci a donc eu un double effet d’entraînement et de levier : les universités se sont approprié ce chantier décisif, et c’est pourquoi j’ai souhaité qu’elles soient au cœur du point d’étape que nous faisons aujourd’hui. 

Pour présenter les actions-phare conduite dans nos universités, je laisse donc la parole à 3 présidents d’établissements très différents, mais qui ont en commun leur engagement en faveur de la réussite en Licence.

Les acquis du Plan réussir en Licence

Messieurs les Présidents, vous l’avez bien montré : le plan Réussir en Licence a déjà transformé en profondeur vos premiers cycles, des transformations que vous avez portées et dont le mérite vous revient, à vous-mêmes et à vos équipes.

Ces transformations, elles se voient. J’en prendrai un seul exemple, qui témoigne du chemin parcouru : jusqu’ici, entrer à l’université, cela voulait dire passer d’un univers très encadré, celui du lycée, à un univers où l’étudiant était trop souvent livré à lui-même.

Eh bien, désormais, les universités accueillent et accompagnent les étudiants. Elles le font à leur manière, différente de celle du lycée, mais elles le font résolument. C’en est fini des étudiants qui se retrouvaient un peu perdus le jour de la rentrée, et parfois tout au long des mois qui suivaient.

De même, le travail en petits groupes se généralise : bien sûr, il reste des cours magistraux et j’y suis extrêmement attachée, car les grands amphithéâtres animés par de grands professeurs font l’identité de l’université. Mais l’enseignement en petits effectifs s’est développé et les groupes, un peu partout, ont été dédoublés. 

Avec le développement du tutorat pédagogique et des enseignants-référents, cet encadrement renforcé participe du suivi personnalisé de l’étudiant. Les universités se sont donné les moyens de repérer très vite les étudiants les plus fragiles et de leur proposer aussitôt des solutions adaptées. Je tiens à souligner à cet égard la multiplication des «semestres rebond», qui leur permettent de consolider leurs acquis pour bénéficier d’une 2ème chance en Licence ou de faire évoluer leur projet de poursuite d’études.

C’est là que réside la véritable révolution culturelle : dans la fin de la sélection par l’échec, qui est la pire des solutions. Grâce aux moyens du plan Réussir en Licence, les universités sont en mesure d’assumer pleinement leur mission : accueillir tous les étudiants, d’où qu’ils viennent et quel que soit leur niveau, et leur permettre de réussir, en Licence ou dans d’autres formations – je pense en particulier aux Licences professionnelles et aux DUT, mais aussi aux BTS, vers lesquels se tournent aujourd’hui 9% des inscrits en 1ère année – ces fameux sortants de l’université trop souvent considérés comme étant en échec, alors qu’ils obtiennent un diplôme de l’enseignement supérieur et reviennent parfois à l’université.

La solution, ce n’est pas le «tout ou rien», l’alternative entre la réussite ou l’échec. La solution, c’est la diversification des parcours qu’il faut construire pour des étudiants dont on connaît les forces et les faiblesses, que l’on guide, que l’on conduit progressivement à l’autonomie.

Les étudiants ne sont plus seuls à l’université. Ils sont désormais accompagnés, et nous devons tout faire pour que chacun y trouve sa place. C’est pourquoi j’ai confié au sénateur Christian Demuynck, dont chacun connaît l’engagement au service de la jeunesse et de l’égalité des chances, une mission d’analyse et de réflexion sur le décrochage à l’université, dont l’enjeu est à la fois d’évaluer l’ampleur réelle du phénomène, de mieux coordonner les dispositifs de formation et d’insertion professionnelles des jeunes, diplômés ou non, et de nous aider à construire des indicateurs plus efficaces.

Le premier cycle change et l’université tout entière avec lui. Au-delà des trois témoignages qui vous ont été présentés ce matin, vous pourrez le constater sur le terrain ou à travers les 200 principales actions répertoriées par le ministère, qui ont déjà commencé à transformer profondément le visage de la Licence.  Ce travail d’analyse se poursuit avec le lancement, début décembre, par le Comité de suivi de la Licence et de la Licence professionnelle d’une enquête détaillée auprès des établissements, afin d’établir un panorama complet des actions en cours.


Dans une deuxième étape, construire la nouvelle Licence

Une chose est d’ores et déjà certaine, le plan Réussite en Licence, ce n’est pas seulement un nouvel élan, c’est la première étape d’une refondation, la refondation de la Licence, et à travers elle de l’université.

Mon ambition, c’est désormais de généraliser les dispositifs les plus aboutis et de proposer à tous les étudiants une Nouvelle Licence, en veillant à ce que l’initiative donnée aux universités et la dynamique qui l’accompagne tirent vers le haut l’ensemble de notre système d’enseignement supérieur. C’est toute la logique de l’autonomie : à l’Etat de donner l’impulsion et de définir le cadre de cohérence ; aux établissements d’innover pour répondre, en fonction de leur projet, aux besoins et aux attentes de tous les étudiants. Parce qu’il n’y a pas de liberté sans règles, ni d’autonomie sans contrôle ni évaluation, j’assume plaeinement ce rôle de régulation qui est celui de mon ministère pour dessiner les contours d’une licence qui soit enfin un diplôme de référence reconnu de tous.

C’est dans cet esprit que je soumettrai à la concertation, dès les prochaines semaines, une Licence fondée sur :

  • une nouvelle organisation, qui sera gravée dans le marbre de l’arrêté Licence que nous remettrons à plat ;
  • une professionnalisation de la formation, qui passe à la fois par une exigence académique accrue et l’entrée dans l’université d’une culture de la compétence ;
  • une personnalisation des parcours, qui se traduira notamment par le décloisonnement des filières du cycle L.


Une nouvelle architecture de la Licence, que dessinent d’ores et déjà les initiatives prises par les universités, sera généralisée grâce à la modification de l’arrêté du 23 avril 2002.

C’est ainsi que l’accueil et l’accompagnement renforcés des étudiants seront inscrits dans les textes, avec une conséquence majeure : une université ne pourra plus délivrer le diplôme national de Licence si elle n’a pas mis en place ces dispositifs dans la formation correspondante.

De même, je souhaite ouvrir le chantier de l’évaluation des étudiants, en systématisant le contrôle continu, qui permet de repérer plus rapidement les étudiants en difficulté et de leur offrir très vite un accompagnement renforcé. Nous pourrons ainsi en finir avec la logique de l’évaluation-couperet, qui, en fin de semestre, vient consacrer la réussite ou l’échec.

C’est essentiel. La nouvelle Licence sera en effet organisée autour d’un principe simple : elle sera résolument fluide et progressive, avec

  • une première année fondamentale, qui jouera le rôle de portail et permettra à chaque étudiant de se confronter à un éventail de disciplines, afin de lui laisser le temps de mûrir son orientation.

    Mon souci, c’est d’éviter qu’un étudiant se retrouve enfermé dans un choix qu’il a fait au cours de son année de Terminale, sur la base d’une idée plus ou moins juste de ce que sont les études dans telle ou telle discipline. Mais c’est aussi de renforcer la culture générale de nos étudiants, sans laquelle il n’y a pas de spécialisation réussie.
  • dès la première année, les nouveaux étudiants se verront offrir une plus grande diversité de parcours, avec des Licences bi-disciplinaires, avec des cycles préparatoires adossés à la Licence, mais aussi avec des parcours de soutien et des « semestres rebond » qui seront désormais proposés dans l’ensemble des universités et des champs disciplinaires.
  • si la première année est destinée à préparer la spécialisation, la deuxième année de la nouvelle Licence sera quant à elle placée sous le signe de la professionnalisation. Je souhaite en particulier qu’elle comprenne systématiquement un semestre de professionnalisation.

Ce semestre pourra être l’occasion d’effectuer un stage. Mais à mes yeux, la professionnalisation ne se limite pas à l’acquisition d’une première expérience ou d’un contact avec le monde professionnel. Elle s’articule avec les enseignements académiques et permet à l’étudiant de faire le lien entre les savoirs et les compétences acquises et les métiers qui leur correspondent. Créer un semestre de professionnalisation, c’est prévoir dans chaque parcours un temps long de maturation et d’affirmation du projet professionnel de l’étudiant. Cette étape - charnière  lui permettra de conjuguer spécialisation académique et affirmation d’un projet professionnel. Les deux vont de pair et sont au cœur de la Nouvelle Licence. 

  • la troisième année sera celle du renforcement disciplinaire, de la spécialisation et du choix de la poursuite d’études ou de l’insertion professionnelle.

C’est cette nouvelle architecture que je soumettrai à la concertation dès le mois prochain avec l’ensemble des partenaires sociaux : conférences disciplinaires, organisations étudiantes,  fédérations de l’enseignement supérieur et confédérations.

Alors je place résolument cette Nouvelle Licence sous le signe de l’emploi, auquel chacune d’entre elles doit conduire, si l’étudiant le souhaite.

Nous avons  en particulier un outil à installer dans l’offre de formation des universités. Cela existe dans beaucoup de Master, dans un certain nombre de mentions de licence, cela doit s’imposer comme un instrument de formation et d’évaluation, il s’agit du référentiel de formation.

Pourquoi des référentiels ? Parce qu’aujourd’hui, trop rares sont encore ceux qui connaissent les compétences et les connaissances que l’on peut attendre d’un diplômé de Licence.

Et cela concerne en tout premier lieu les étudiants eux-mêmes et leurs familles : j’ai rencontré, comme vous sans doute, des diplômés de Licence qui me disaient ne pas savoir quoi répondre à une question, pourtant très simple : «que savez-vous faire ?».

Si on leur avait posé la question : « qu’avez-vous appris ? », ces étudiants auraient sans doute su répondre. Mais la question « que savez-vous faire ? » les embarrassent. Pour une raison très simple : nos étudiants sont habitués à parler connaissances, mais non à parler compétences.

Cela donne une étudiante en histoire qui m’a dit un jour qu’à proprement parler, elle ne savait rien faire. C’est contre cette idée que je veux me battre et c’est pour cela que je tiens à ce que nous construisions ces référentiels.

Car cette étudiante en histoire, qui a obtenu sa Licence, elle a acquis bien des compétences : non seulement elle dispose d’un vrai bagage culturel qui lui donne une capacité à remettre les questions en perspective, mais elle parle aussi une langue étrangère, elle est très autonome, elle sait aussi travailler en équipe, elle a l’esprit de synthèse, elle est capable de poser un problème et de le résoudre.

Et ces compétences, elle les a acquises à travers ses études académiques. Et ce sont des vrais atouts pour une entreprise : poser clairement un problème, en distinguant l’essentiel de l’accessoire, et le trancher, c’est peut-être l’une des compétences professionnelles les plus essentielles qui soient. Et elle se cultive par le savoir académique : c’est vrai pour les sciences dures, c’est vrai pour les sciences humaines et sociales.

Professionnaliser la Licence, cela veut dire bien sûr inscrire, dans chaque référentiel de formation, les compétences additionnelles et pré-professionnelles dont un étudiant a besoin pour s’insérer. Mais cela veut dire aussi et surtout rendre visibles et lisibles par tous les compétences que l’étudiant a acquis durant ses trois années d’études.

Visibles et lisibles par l’étudiant lui-même, bien sûr – et cela l’aidera à formuler un projet professionnel. Nos étudiants de Licence sont parfois complexés lorsqu’il s’agit d’emploi : eh bien, je veux leur dire qu’ils ont tort et je tiens à le leur montrer grâce aux référentiels.

C’est pourquoi je souhaite que ces référentiels soient élaborés non seulement avec le monde universitaire, mais aussi en lien étroit avec le monde économique : car l’enjeu, c’est également de rendre visibles et lisibles par les entreprises ces compétences, pour que les employeurs eux-mêmes sachent tout ce qu’ils peuvent attendre d’un diplômé de Licence.

Et c’est ainsi que nous rendrons à la Licence son statut de diplôme de référence dans le paysage universitaire : parce qu’aujourd’hui, les employeurs ont une idée assez claire, trop claire même parfois, de ce qu’ils peuvent attendre d’un diplômé d’une grande école, d’un BTS ou d’un DUT. Grâce aux référentiels, il en ira de même pour les titulaires d’une Licence.

L’exigence académique, je le répète, est la clef de la professionnalisation : c’est elle qui garantit aux employeurs, publics ou privés, qu’ils pourront compter sur un esprit autonome et bien formé. Et c’est précisément cela qu’ils recherchent.

La rénovation de la Licence que je propose s’appuie sur un principe fort, qui est en même temps une condition absolue de sa réussite : l’engagement pédagogique de tous les personnels de l’Université, un engagement fondé sur la volonté de ne laisser aucun étudiant sur le bord du chemin, mais d’offrir au contraire à chacun d’entre eux une solution adaptée.

La vraie démocratisation de l’enseignement supérieur, nous le l’obtiendrons que par une véritable personnalisation de la formation. Cette diversification des parcours passe par le décloisonnement des différentes filières post-baccalauréat au sein d’un cycle d’études à la fois fluide et cohérent. Ce chantier, nous l’avons ouvert en engageant la rénovation des sections de techniciens supérieurs. Je veux le poursuivre, avec un objectif très simple : il ne doit plus y avoir aucun frein aux changements concertés d’orientation et aux poursuites d’études.

Concrètement, cela veut dire qu’à l’issue d’un ou de deux semestres de Licence, un étudiant doit pouvoir rejoindre une STS ou un IUT et qu’à l’inverse, une fois son BTS ou son DUT en poche, il doit pouvoir poursuivre en Licence professionnelle ou générale ou encore intégrer une école d’ingénieurs.

C’est pourquoi je souhaite que se multiplient les conventions entre lycées, STS et les universités et qu’aucune nouvelle classe préparatoire ne soit créée sans un partenariat fort avec une université.

Ma conviction profonde, c’est que chacune des filières de l’enseignement supérieur gagnera à cette rencontre des cultures et des modèles.

***

C’est donc une profonde transformation de la Licence qui s’engage. Ce nouveau visage, il se dessine depuis 3 ans grâce à la mise en œuvre du Plan Réussir en Licence. Mon souci, désormais, c’est de le fixer définitivement pour qu’en 2012, après 5 années de travail conduit au sein des universités et avec elles, nous ayons achevé la construction de cette nouvelle Licence.

Pour être au rendez-vous, j’engagerai la concertation dès les premiers jours du mois de janvier pour qu’avant l’été, avec la communauté universitaire, les représentants du monde professionnel et les partenaires sociaux, nous ayons défini ensemble les contours de cette nouvelle Licence.

Mon ambition, aujourd’hui, c’est d’armer les étudiants pour l’emploi ; les armer, tout simplement, pour la vie.

1ère publication : 17.12.2010 - Mise à jour : 10.05.0011

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