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Annonce des lauréats des projets de Cohortes

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Investissements d'avenir 465x310

La compétition fut particulièrement intense : pas moins de 44 candidatures ont été déposées et soumises à l'évaluation des membres du Jury dont je veux souligner ici le remarquable travail d'expertise et d'évaluation qui aura permis, avec l'appui précieux de l'ANR, de conclure dans des temps record et avec succès le processus de sélection

Discours - 1ère publication : 25.01.2011 - Mise à jour : 16.08.0011
Valérie Pécresse

Lorsque les chercheurs américains de Portland décidèrent, au début des années 1990, de constituer une cohorte de 24.000 femmes pour étudier le cancer du col de l'utérus, nul doute qu'ils espéraient par là effectuer quelque progrès décisif dans la connaissance de cette maladie.

Mais auraient-ils pu oser imaginer une seule seconde qu'ils parviendraient quelques années plus tard à percer, tout entier ou presque, son secret ? Assurément non, et cela pour une raison très simple : aucun chercheur au monde, aucun médecin, quelles que soient par ailleurs son intelligence et son imagination n'aurait pu deviner, avec les moyens scientifiques de l'époque, le rôle décisif que joue le papillomavirus humain dans l'apparition de ce fléau. Aujourd'hui, grâce à ces chercheurs américains, le cancer de l'utérus, non seulement se dépiste, mais se guérit dans des proportions incomparablement plus élevées qu'il n'y a, ne serait-ce encore, dix ou vingt ans.

Eh bien, mesdames et messieurs, je crois que ça sert à ça un Investissement d'avenir : ça sert à faire franchir à la science, à la médecine, d'un seul coup et parfois brusquement, des étapes décisives. Et l'excellente nouvelle pour nous tous, c'est que désormais, grâce aux 22 milliards d'euros de ce grand programme d'investissements publics que le gouvernement a décidé de consacrer à la recherche à l'enseignement supérieur, grâce à vos initiatives, grâce à vos projets, c'est en France, dans nos laboratoires, dans nos centres de recherche et dans nos hôpitaux que surgiront ce genre d'avancées scientifiques spectaculaires.

Et c'est la raison pour laquelle je tenais aujourd'hui non seulement à féliciter les lauréats que vous êtes, mais tout simplement aussi à vous remercier. Car de l'avis général, et en particulier de celui du Jury, la mobilisation pour cet appel à projets de Cohortes a été tout simplement exceptionnelle.

Et la compétition fut particulièrement intense : pas moins de 44 candidatures ont été déposées et soumises à l'évaluation des membres du Jury dont je veux souligner ici le remarquable travail d'expertise et d'évaluation qui aura permis, avec l'appui précieux de l'ANR, de conclure dans des temps record et avec succès le processus de sélection.

Nous avons du reste pris la décision, avec René Ricol, de suivre scrupuleusement les recommandations du jury, en retenant non pas 5 ou 6, mais 10 candidatures, que ce soit pour financer de nouveaux projets, ou pour élargir le champ d'étude de cohortes d'ores et déjà existantes.

Alors bien entendu, devant la qualité et le nombre des projets qui nous ont été soumis, il a fallu faire des choix, et des choix difficiles, même si avec 10 cohortes sélectionnées, nous sommes, je le répète, dans la fourchette haute de ce qui avait été prévu au moment des appels à projets.

Ces choix, nous les assumons pleinement, mais je veux le dire aussi : il est maintenant de notre devoir de donner une suite, autant que faire se peut, aux projets de qualité qui n'ont pas été retenus. Car il n'est pas question, d'aucune manière que ce soit de décourager les ambitions qui sont nées ici ou là ces derniers mois. Je pense en particulier aux projets de renforcement de cohortes existantes qui continueront à trouver dans ce ministère un soutien et un appui précieux dans les mois qui viennent, que ce soit au travers des financements courants dont ils bénéficient déjà, ou dans le cadre d'une articulation avec les autres programmes du plan d'investissements d'avenir.

Pour l'heure, ce sont ainsi 200 millions d'euros de dotations qui produisent des intérêts qui seront consacrés à vos projets, et cela dans la durée, c'est-à-dire avec la certitude de disposer de financements sur le long terme.

J'insiste sur ce point, car il me parait essentiel : la recherche médicale et biomédicale française ne manque ni de talents ni de moyens – notre pays est le théâtre chaque année d'avancées scientifiques majeures dans ce domaine – ce qui manque à nos chercheurs, ou plutôt ce qui manquait jusqu'aujourd'hui, c'est l'assurance de pouvoir mener à bien des projets d'envergure internationale sur le long terme, à l'image de ce qui existe dans le domaine spatial par exemple avec les projets que nous conduisons avec nos partenaires européens, ou dans le domaine nucléaire avec ITER.

C'est la raison pour laquelle nous avons fait le choix, vous le savez, de faire des sciences du vivant et de la santé, un domaine privilégié de ces investissements d'avenir :

-avec les 1,55 milliards d'euros prévus pour le programme Santé et Biotechnologies dont nous annoncerons bientôt les autres lauréats : en février pour les appels à projets d'infrastructures, de démonstrateurs et de bio-ressources ; et en avril pour les Nano-biotechnologies et la bioinformatique. 

-avec les 850 millions d'euros prévus pour les Instituts hospitalo-universitaires que nous dévoilerons dans le courant du mois de mars.

Et au-delà de ces appels à projets qui la concernent directement, la recherche biomédicale est naturellement au cœur des autres appels à projets des investissements d'avenir : au titre des équipements d'excellence bien entendu mais aussi au titre des laboratoires d'excellence, ou encore des IRT, dont nous connaitrons les lauréats respectivement en mars et en avril.

Vous le voyez, mesdames et messieurs, avec les 22 milliards d'euros de ce plan d'investissements publics, l'une de nos ambitions prioritaires, c'est d'installer la France à la pointe de la recherche médicale et biomédicale internationale, tout simplement. 

 

Je veux vous dire d'emblée combien j'ai été marquée, en les découvrant, par la qualité, et surtout la portée exceptionnelle de vos projets qui, par leur dimension-même répondent, tous, à l'ambition que j'évoquais à l'instant.

Ils y répondent d'abord parce qu'ils portent sur les enjeux les plus cruciaux de la médecine de notre temps.

Je pense naturellement à la lutte contre le cancer avec les projets, CANTO, COBLANCE ou HOPE-EPI.

Je pense également aux maladies mentales avec la cohorte PSY-COH qui permettra d'améliorer tout à la fois le diagnostic, la prise en charge et le traitement des patients atteints de schizophrénie, de troubles bipolaires ou du syndrome d'Asperger [ prononciation à la française].

Je pense aux maladies rares aussi et à ce très beau projet qu'est le projet RADICO qui par sa taille et son ambition pourrait rapidement servir de modèle pour la recherche internationale dans ce domaine. 

Bien entendu, certaines de vos cohortes s'inscriront dans le prolongement naturel de l'effort national que le Président de la République et le gouvernement ont engagé pour lutter contre certaines maladies, au travers du Plan cancer notamment ou du Plan maladies rares dont j'aurai le plaisir dans quelques semaines d'annoncer aux côtés de Xavier Bertrand la deuxième étape.

De la même manière, je me réjouis de constater que certains de vos projets répondent directement à certains objectifs du Plan National Nutrition Santé et du Programme National Alimentation qui ont été lancés récemment par le gouvernement pour améliorer nos connaissances sur le rôle de l'environnement et de l'alimentation sur la santé.

Exceptionnels, vos projets le sont aussi par leur dimension collaborative. Ils répondent par là-même à l'un des objectifs cardinaux de ces investissements d'avenir : celui de poursuivre l'effort que nous menons depuis bientôt quatre ans pour décloisonner nos forces de recherches et les réunir autour de thématiques communes et d'ambitions scientifiques partagées.

Je pense ici aux cohortes OFSEP et CRYOSTEM, pour n'en citer que deux, et qui, chacune dans leur domaine, la sclérose en plaques et la maladie du greffon, permettront l'émergence d'un véritable réseau d'excellence regroupant au niveau national l'ensemble de nos forces de recherche et de soins pour faire front commun contre ces maladies.

J'ajoute que la plupart de vos projets ont une dimension résolument européenne, voire internationale, soit qu'ils prévoient des collaborations avec des laboratoires étrangers, soit qu'ils s'inscrivent dès à présent dans des programmes internationaux de recherche, comme le projet CKD-REIN dans le domaine de l'insuffisance rénale.

Je veux dire enfin, et ce point est tout à fait capital à mes yeux, que ces cohortes dont vous serez responsables revêtent à mes yeux quelque chose comme une mission d'intérêt scientifique général. Car au fond, personne ne peut dire dès aujourd'hui la portée et l'intérêt exact des informations que vous collecterez demain.

Je veux dire par là que vos projets permettront à terme la constitution d'immenses bases de données susceptibles d'intéresser les disciplines les plus diverses, très éloignées parfois, du moins en apparence, de la médecine ou de la recherche médicale.

Et c'est la raison pour laquelle je me réjouis tout particulièrement que vos candidatures aient respecté très largement le critère de l'interdisciplinarité qui était au cœur de cet appel à projet et, en particulier, qu'elles se soient ouvertes, pour la grande majorité d'entre elles, aux sciences humaines et sociales, comme les cohortes E4N et  I-SHARE qui en ont fait même une composante importante de leur projet scientifique.

Permettez-moi de conclure en vous disant que j'ai été, je dois bien l'avouer, particulièrement surprise, mais, ô combien agréablement, de constater que sur les 10 responsables de projets qui ont été sélectionnés, la moitié, exactement, sont des femmes.   Dans un pays qui peine parfois à donner à ces dernières toute la place qu'elles méritent, cela, je crois, devait être souligné.

Vous le voyez, mesdames et messieurs, à tous les points de vue et sous quelque perspective que l'on se place, vos projets sont bel et bien des projets d'avenir.

Alors encore une fois je voulais très simplement, mais très chaleureusement vous dire merci et  félicitations à chacun et à chacune d'entre vous.

 

1ère publication : 25.01.2011 - Mise à jour : 16.08.0011
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