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Recherche sur l'obésité: l'effort budgétaire multiplié par 6 grâce aux Investissements d'Avenir

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Ultracentrifugation sur gradient de chlorure de césium© CNRS Photothèque / Frédérique PLAS

A l’occasion du débat au Sénat sur la recherche et l’obésité, Valérie Pécresse a indiqué que les projets lauréats des investissements d'avenir permettront de multiplier par 6 l'effort national de recherche sur l'obésité. La ministre a rappelé que près de 22M€ ont été consacrés à la recherche sur l'obésité entre 2005 et 2010.

Discours - 1ère publication : 25.05.2011 - Mise à jour : 18.08.0011
Valérie Pécresse

Avant toute chose, permettez-moi de vous dire que je me réjouis tout particulièrement que l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques ait inscrit à l'ordre du jour de la haute assemblée un débat sur l'état de la recherche en matière d'obésité.

Grâce aux travaux approfondis conduits par le rapporteur Brigitte Bout, nous disposons désormais d'une analyse qui, j'en suis certaine, fera référence sur le sujet. La très grande qualité des conclusions que vous avez présentées, Madame la Sénateur, offrent un excellent point d'appui à nos discussions aujourd'hui comme elles ne manqueront pas d'alimenter la réflexion collective tout au long des mois qui viennent.

Vous l'avez-vous-même souligné : l'obésité est un fléau social qui progresse lentement mais de façon inéluctable. Ce sont vos mots, et je veux dire à votre assemblée que naturellement je partage le constat que vous venez de dresser.

Les chiffres sont suffisamment alarmants pour qu'on les rappelle : l'obésité chez les adultes français augmente de 5,9 % par an, elle touche désormais plus de 15 % de nos compatriotes et 16 % des enfants sont en surpoids ou obèses, soit 4 fois plus qu'il y a cinquante ans. Les conséquences sont particulièrement lourdes et préoccupantes, tant sur le plan sanitaire avec la recrudescence des diabètes, des maladies cardio-vasculaires ou de certains cancers, que sur le plan social et psychologique avec les discriminations et les stigmatisations que l'obésité entraine.

J'ajoute que nos concitoyens ne sont pas égaux devant cette maladie qui frappe beaucoup plus largement et beaucoup plus durement les catégories les plus défavorisées de la population.

Vous l'avez donc très justement dit : l'obésité n'est pas un mal spécifiquement français, mais contrairement à ce qui a pu longtemps être dit ou écrit, c'est un mal qui touche effectivement la France, au même titre et dans les mêmes proportions que les autres pays européens.


Une maladie mal comprise

Et pourtant : d'apparence bien connu et installé dans les consciences collectives, le développement de cette pathologie reste très mal compris : mal compris quant à ses causes bien sûr, mais par conséquent aussi mal compris quant à la manière de la traiter ou de la prévenir.

Ce paradoxe tient à une raison simple : jusqu'aujourd'hui nous n'avons pas fait de l'obésité un objet d'études et de recherche à part entière, en tous cas pas au même niveau d'exigence et de rigueur scientifique que nous l'avons fait pour d'autres maladies.

L'obésité en effet est une pathologie que nous peinons encore non seulement à traiter, mais à reconnaître comme telle, car nous nous faisons trop souvent une représentation sommaire, voire simpliste.

Aux yeux de beaucoup, cette maladie mal comprise apparaît comme le fruit d'un simple déséquilibre : d'un côté, l'abondance alimentaire et avec elle, la tentation du trop et du mal manger et, de l'autre, la sédentarité qui accompagne la vie urbaine et la tertiarisation de l'économie. Avec, à la clef, l'idée qu'il suffirait d'une discipline individuelle pour permettre de rééquilibrer la balance apports nutritionnels-dépenses calorique.

Et c'est bien cette vision d'une obésité qui serait tout à la fois un mal social et le signe d'une faiblesse de la volonté propre à l'individu qui triomphe lorsque nous qualifions "d'américanisation" le quasi-doublement de la proportion d'obèses dans la population française en un peu plus de dix ans.

De cette vision simpliste, nous devons aujourd'hui nous libérer pour nous donner les moyens de comprendre l'obésité et de prévenir efficacement ses formes pathologiques. Car il n'y a pas une, mais des obésités, que nous devons apprendre à distinguer soigneusement, de la même manière qu'il n'y a pas une cause unique, mais des causes multiples de l'apparition de cette pathologie.

Car l'obésité est pour une part une maladie sociale certes, mais c'est aussi une pathologie comportementale, qui met en jeu des prédispositions génétiques et des mécanismes physiologiques. Et toutes les formes d'obésité ne mettent pas en jeu ces différents facteurs de la même manière.

C'est pourquoi l'approche nutritionnelle, aussi essentielle soit-elle, ne peut être l'alpha et l'oméga de l'analyse scientifique de l'obésité. Comme toutes les approches d'un phénomène complexe, elle a vocation à se combiner avec toutes les autres pour nous offrir une vision complète et approfondie du surpoids et de l'obésité.

 

Les suites du Plan obésité

C'est précisément dans cet esprit que le Président de la République a lancé un vaste chantier autour de l'obésité : pour rassembler l'ensemble de nos forces de recherche concernées par cette pathologie et nous donner toutes les chances de mieux la comprendre pour demain mieux la traiter et mieux la prévenir.

Vous m'avez à plusieurs reprises interrogée sur l'état d'avancement du Plan Obésité annoncé, il y a un an maintenant, par le Président de la République et dont la présidence a été confiée au Professeur Arnaud Basdevant. Eh bien je veux vous dire d'abord que les différents ministères concernés ont défini une stratégie commune et collaborent efficacement depuis plusieurs mois déjà. Dans le cadre du Programme national alimentation piloté par le ministère de l'Agriculture et du Plan national nutrition santé 3 orchestré, lui, par le Ministère de la Santé, certains axes du Plan Obésité bénéficient d'ores et déjà de l'action du Gouvernement : je pense en particulier aux mesures mises en oeuvre pour améliorer la qualité de l'offre alimentaire et l'accès à une bonne alimentation. Et d'ailleurs, madame la sénatrice, à titre d'exemple mon ministère organise des campagnes de communication dans les universités et des ateliers "cuisiner pour pas cher" avec le CROUS   pour sensibiliser les étudiants.

Mais au titre de la seule recherche, le premier temps fort de ce Plan Obésité fut l'organisation, le 24 et le 25 mars dernier, d'un colloque exceptionnel qui a réuni autour du Professeur Arnaud Basdevant dont je tenais à saluer l'excellent travail, des chercheurs et des experts venus de l'ensemble des champs du savoir : de la recherche biomédicale à la génétique et aux neurosciences en passant par les sciences humaines et sociales. C'était la première fois en France qu'une concertation scientifique aussi large était tenue sur une telle pathologie.

De ces heures de réflexion communes est née une vision profondément renouvelée de l'obésité aboutissant à 30 propositions d'actions prioritaires qui consacrent ensemble l'importance décisive de la transdisciplinarité.

Car pour comprendre l'évolution des maladies chroniques comme l'obésité, nous devons être capables de prendre en compte l'ensemble des déterminants sociaux et individuels des décisions et des comportements qui ont cours tout au long du développement de la pathologie.

Et cela d'autant plus que les facteurs génétiques, physiologiques, environnementaux et comportementaux non seulement s'additionnent mais ne cessent d'interagir entre eux et de former des systèmes qui, pour être mis en lumière, supposent de forger de nouveaux concepts, de nouvelles méthodes et des instruments communs d'analyse.

C'est pourquoi je me réjouis tout particulièrement qu'à l'issue de ce colloque des collaborations fécondes aient vu le jour. Je pense en particulier aux groupes de travail qui ont été mis en place entre les différents instituts de nos 2 alliances de recherche thématique dans le domaine de la santé et des sciences humaines et sociales : l'alliance Aviesan  et l'alliance ATHENA.

Ensemble nos chercheurs ont d'ores et déjà tracé les contours de programmes scientifiques conjoints, au carrefour de la biologie, de l'imagerie médicale et des sciences humaines et sociales. D'autres projets de recherche verront bientôt le jour, notamment en économie, en sociologie et en psychologie sociale : l'analyse des effets des campagnes d'information de santé publique sur les comportements de consommation en sera l'une des priorités d'études, en lien étroit avec les enjeux de prévention et les différentes propositions que vous avez soulevées tout à l'heure au cours de vos interventions, Madame la Sénateur Brigitte Bout, Mesdames et Messieurs les sénateurs. Vous m'avez interrogée sur la publicité et la charte du CSA, je voulais vous dire que la question sera traitée dans le Plan national nutrition santé qui proposera de réfléchir à l'évolution de cette charte.

Vous m'avez aussi interrogée Madame la sénateur, sur l'Alliance Aviesan  et la fondation Obésité, et bien le deuxième temps fort de ce Plan présidentiel sera la création avant la fin de l'année d'une fondation scientifique consacrée entièrement à l'obésité. Portée par l'alliance Aviesan , elle permettra de coordonner l'ensemble de nos programmes de recherche, comme ceux que j'évoquais à l'instant, et de mettre en œuvre les axes et les priorités stratégiques définies dans le cadre du Plan. En matière de recherche sur l'obésité, la transdisciplinarité doit devenir la règle et c'est pourquoi je compte beaucoup sur les futurs partenaires de la fondation pour élargir autant que faire se peut le champ de leurs collaborations.

 

Etat des lieux des programmes de recherche sur l'obésité et investissements d'avenir

Au-delà du Plan Présidentiel qui permettra de fédérer nos forces de recherche grâce aux nouveaux partenariats qui se créent, je souhaitais procéder devant vous à un rapide état des lieux de nos programmes de recherche consacrés à l'obésité et des moyens qui leur sont réservés.

Dans le cadre des financements courants prévus par l'Agence nationale de la recherche, de nombreux appels d'offre concernent naturellement l'obésité, que ce soit d'ailleurs au titre du programme Biologie Santé ou du programme Ecosystèmes et Développement durable. Parmi les plus ambitieux, je pense notamment aux appels PNRA (programme national de recherche en alimentation et nutrition) et ALIA (alimentation et industries alimentaires).

J'ajoute que d'autres projets scientifiques et parmi les plus remarquables ont été retenus dans le cadre de la programmation blanche de l'ANR qui, vous le savez, finance des projets ad hoc, imaginés et conçus par nos chercheurs eux-mêmes.

Au total, ce sont ainsi près de 22 millions d'euros entre 2005 et 2010 qui sont allés à la recherche sur l'obésité, ce qui place notre pays parmi les premiers contributeurs européens dans ce domaine.

Avec le plan d'investissements d'avenir qui consacrent, vous le savez, 22 milliards d'euros à l'enseignement, à la recherche et à l'innovation, des perspectives bien plus vastes encore s'ouvrent désormais à nous.

Car sur ces 22 milliards, une large part ira à la recherche médicale, et la première vague d'appels à projets vient de le démontrer : les ambitions de nos chercheurs en matière de lutte contre l'obésité figurent parmi les plus remarquables.

J'en veux pour meilleure preuve le projet d'Institut hospitalo-universitaire qui vient de voir le jour : l'I.H.U. ICAN qui donnera naissance à un véritable pôle international de recherche et de soins dans les maladies cardiométaboliques comme le diabète, les insuffisances cardiaques et l'obésité donc.

Unissant les expertises scientifiques et médicales des équipes de l'Université Pierre et Marie Curie et de l'hôpital Pitié-Salpêtrière, cet I.H.U. permettra l'émergence d'un véritable continuum de recherches et de soin : du laboratoire jusqu'au chevet des patients.

Tel qui fut présenté par les chercheurs eux-mêmes lors de leur candidature aux investissements d'avenir, l'objectif de l'I.H.U.  est de faire basculer la recherche sur l'obésité et les maladies cardiovasculaires dans l'ère de la médecine prédictive et de prendre en charge les patients à l'échelle de leur vie toute entière : depuis l'identification des susceptibilités individuelles jusqu'au traitement des récidives et des complications en passant par la prévention et le diagnostic précoce.

Sur le plan clinique, cela se traduira par des traitements personnalisés, adaptés aux déterminants génétiques, mais aussi psychologiques et sociaux des malades. C'est dire les espoirs immenses que nous fondons aujourd'hui sur ce projet exceptionnel qui sera demain le fleuron de la recherche française en matière d'obésité.

Deux autres projets de tout premier plan ont été retenus dans le cadre des investissements d'avenir.

Le projet LIGAN d'abord, au titre des équipements d'excellence, qui misera sur le séquençage à très haut débit pour mieux comprendre le rôle que jouent certains gènes dans le développement des maladies chroniques comme la maladie d'Alzheimer ou l'obésité. Avec là encore en perspective une médecine personnalisée et des traitements adaptés aux caractéristiques génétiques relevés sur les malades obèses.

Le projet EGID ensuite, au titre des laboratoires d'excellence, qui permettra d'étudier à très grande échelle l'ensemble des mécanismes qui concourent à l'apparition des désordres métaboliques observées chez un individu donné.

Avec l'IHU ICAN et les projets EGID et LIGAND, ce sont, à eux trois, plus de 71 millions d'euros qui ont été consacrés à la recherche sur l'obésité, mais bien d'autres ambitions ont vu le jour dans le cadre des investissements d'avenir. De près ou de loin, un nombre important d'entre elles devrait accroitre nos chances encore de lutter avec succès contre cette pathologie.

Je pense notamment aux cohortes en population générale, qui vont nous permettre d'intégrer, de façon directe ou indirecte, l'effets des modes, de vie, des habitudes alimentaires ou des transformations de l'environnement sur les individus. Le projet "I-SHARE", par exemple, porté par l'université de Bordeaux, l'Inserm et l'Université de Versailles-Saint-Quentin, nous permettra demain de combler notre manque de connaissances précises sur les jeunes adultes en utilisant tous les outils modernes de communication pour les suivre.

Je pense aussi au projet de labex BRAIN qui développera des technologies de pointe dans le domaine de l'imagerie médicale appliquée au cerveau pour mieux comprendre les relations complexes entre les dysfonctionnements cérébraux et l'apparition de certaines pathologies comme l'obésité.

Au total, l'exercice des investissements d'avenir va permettre de multiplier par six l'effort national de recherche sur l'obésité. Et nous n'en sommes aujourd'hui qu'à la mi-temps de ce vaste programme d'investissement public : au titre de la deuxième vague d'appels à projets, d'autres ambitions, d'autres initiatives pourraient voir le jour.


Un effort de recherche exceptionnel qui répond au défi de la prévention

Vous l'aurez compris, mesdames et messieurs les Sénateurs : derrière cet effort exceptionnel pour accroître nos forces de recherche, c'est une véritable révolution des méthodes d'analyse, de prévention et de soin de l'obésité qui se profile.

Je pense bien au sûr au rapprochement de la recherche fondamentale et de la clinique, qui doit permettre de construire un véritable front commun contre la maladie, qui est au cœur de tous les projets que je viens d'évoquer à l'instant.

Mais je pense aussi à la révolution copernicienne qui s'esquisse en matière de santé publique. Nos politiques sont aujourd'hui tournées vers le soin. Demain, elles devront répondre au défi de la prévention et combattre, à la racine, les maladies chroniques comme l'obésité.

Vous avez eu du reste l'occasion de le souligner, l'obésité est intimement liée à l'organisation de notre vie sociale, à notre environnement, aux mentalités collectives et à leurs effets sur l'individu.

Chacun le sait, les campagnes de sensibilisation ont des effets, mais ils restent encore limités. Nous devons réfléchir, avec nos économistes, avec nos sociologues, avec nos philosophes et nos cognitivistes, sur de nouvelles manières de prévenir les comportements à risque.

C'est donc tout un champ de recherche et d'études qui s'ouvre devant nous. Il n'est pas vierge : nous savons qu'il est possible de prendre en compte la santé dans l'aménagement des territoires et des espaces urbains, pour favoriser la marche et rendre possible, au-delà du sport, la pratique de l'activité physique. D'autres propositions pourraient être avancées comme celles que vous avez présentées dans les conclusions de votre rapport, Madame la Sénateur.

Une chose est sûre : en matière de soin comme de prévention, nous ne lutterons jamais mieux contre l'obésité qu'en nous appuyant sur la recherche, qui nous offre les moyens de choisir, d'agir et d'aller plus loin.

C'est pourquoi, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, je me réjouis que ce débat ait lieu aujourd'hui : parce qu'il est l'occasion de redire notre confiance collective aux chercheurs, des chercheurs dont les travaux sont au cœur des préoccupations de cet Office parlementaire.

Et c'est pourquoi je souhaite, comme vous l'avez fait vous-mêmes, que la parole des scientifiques soit à l'avenir placée au cœur de nos débats. Ils sont les mieux à même de nous aider à poser les bonnes questions. Et ces à questions que nous, responsables politiques, nous aurons à apporter des réponses. Nos travaux, vous le voyez, ne font donc que commencer !

1ère publication : 25.05.2011 - Mise à jour : 18.08.0011
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