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Création de la Fondation Maurice Allais

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Maurice Allais

Valérie Pécresse s'est félicitée de la création au sein de la fondation ParisTech d’une fondation Maurice Allais, qui permettra de perpétuer son œuvre et de mettre à disposition de toute la communauté scientifique ses écrits et sa bibliothèque. A cette occasion, elle a annoncé que le ministère dotera le prix qui sera créé en mémoire.

Discours - 1ère publication : 31.05.2011 - Mise à jour : 20.04.0012
Valérie Pécresse

"Le vrai point d'honneur n'est pas d'être toujours dans le vrai. Il est d'oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier." Ces mots, nous les devons à Pierre Gilles de Gennes, mais je sais que Maurice Allais n'aurait pas hésité un seul instant à les faire siens.

Car ces deux prix Nobel savaient parfaitement ce que la science exige d'audace et de caractère de la part de ses plus grands serviteurs. Ils savaient que le plus difficile n'est pas de rester dans le vrai, mais de mettre au jour des vérités nouvelles, de faire bouger les lignes du savoir et, pour y parvenir, d'avoir parfois à mener deux combats de front.

Maurice Allais ou la passion de la recherche

Le premier de ces combats les mettait aux prises avec eux-mêmes. Car pour sortir du champ balisé des vérités établies, encore faut-il accepter de s'engager dans un effort prodigieux pour reconstruire nos théories scientifiques sur des bases nouvelles. Et nous mesurons mal aujourd'hui la somme d'efforts et l'énergie sans borne qu'il fallut à Maurice Allais pour rédiger, une à une, les 900 pages de son maître-ouvrage publié en pleine guerre, A la recherche d'une discipline économique..

L'histoire de cette œuvre appartient désormais à la légende. Mais la sidération que nous inspire le génie de Maurice Allais, qui reconstruisit, seul, la totalité de la science économique sous une forme aussi aboutie qu'élégante, ne doit pas nous faire oublier ce qu'il lui fallut de courage pour se lancer dans une telle aventure.

Car il s'agissait bien d'une aventure. Et presque d'un hasard. Car en 1939 encore, Maurice Allais n'imaginait pas un instant s'engager dans cette voie : il songeait alors à écrire un traité de physique.

Mais il fut à nouveau rattrapé par le malheur des temps : une première fois, en 1933, lors d'un voyage aux Etats-Unis, il avait été frappé par l'immense misère qui y régnait alors. Et plus frappé encore par la totale incapacité dans laquelle se trouvaient alors les plus grands esprits d'expliquer la grande dépression et de lutter contre elle. 

Cette stupéfaction l'avait marquée. Elle ressurgit à son retour du front : dans une France plongée dans la nuit de l'occupation, Maurice Allais comprit alors que sa contribution au redressement futur du pays serait de lui offrir la théorie économique qui lui permettrait de se reconstruire.

Et c'est ainsi que l'ingénieur se fit économiste. En amateur, comme il l'affirma lui-même 45 ans plus tard à Stockholm, avant d'ajouter, avec l'ironie profonde qui le caractérisait, que l'histoire des sciences avait été écrite par nombre d'amateurs, qui, comme lui, avait du jeter les bases d'une discipline.

Lui seul pourrait nous dire ce qu'il lui en couta. Lui seul saurait trouver les mots justes pour parler de "ce long effort, souvent pénible", que représentait son œuvre. Qui dit génie ne dit pas facilité. Oui, Maurice Allais était un esprit supérieur. Et c'est bien ce qui le conduisit à toucher du doigt maintes et maintes fois les limites de l'intelligence humaine.

Les 900 pages de son chef-d'œuvre ne sont pas seulement le fruit du dialogue singulier qu'il avait noué, par delà les temps, avec Walras, Fischer ou Pareto. Elles sont aussi le résultat d'une longue quête, usante et épuisante, une quête qui dura 30 mois de travail incessant et fut faite d'échecs intermédiaires, de pages raturées, de théories inabouties, d'hésitations vaincues et d'erreurs surmontées.

Une quête qu'il poursuivit après la parution de son premier ouvrage, en ouvrant de nouveaux champs dans tous les domaines ou presque de la théorie économique. Chère Christine Allais, plus que tout autre ici ce matin, vous avez vu votre père travailler quasiment nuit et jour tout sa vie durant, pour établir ces vérités nouvelles qui nous semblent si simples et si lumineuses.

Vous savez tout ce que sa "passion dévorante de la recherche" a exigé de lui – et de tous ceux qui, comme votre mère et vous-même, l'ont entouré de leur affection indéfectible.

Maurice Allais, père de l'école économique française

Et vous savez que c'est dans cette confrontation avec les limites de sa propre intelligence, pourtant immense, qu'il puisait l'énergie nécessaire pour livrer ensuite une seconde bataille : celle qui l'opposait aux "idées établies" et à tous ceux qui les défendaient.

Ce second combat ne fut pas le moins pénible. Et ce n'est sans doute pas un hasard si Maurice Allais termina sa conférence Nobel en rappelant, avec beaucoup de simplicité et d'humour, que, je le cite, "quoi qu'ils en disent, les plus grands savants ne restent jamais complètement indifférents aux opinions des autres".

Polytechnicien et ingénieur des mines, Maurice Allais n'appartenait en effet pas aux courants économiques qui dominaient alors en France. Sa vision de la discipline, fondée sur le recours aux mathématiques et proche, dans ses méthodes, des sciences exactes, y était en effet largement minoritaire. Aussi le professeur Allais, cet amateur de génie, fut-il condamné, pendant une longue partie de sa carrière à une profonde solitude.

Grâce au C.N.R.S., il eut néanmoins l'entière liberté de poursuivre et d'approfondir son œuvre. Quant à l'Ecole des Mines, son école, celle qu'il intégra en sortant Major de Polytechnique, elle lui offrit plus encore: à ce professeur hors de pair, elle offrit des élèves dignes de lui, des élèves qui ne tardèrent pas à devenir des amis et des disciples.

Nombre d'entre eux sont présent ce matin et dans quelques minutes, ils diront mieux que moi combien Maurice Allais les a inspirés. Je me contenterai de leur exprimer ma reconnaissance : car ils ont fait bien plus que libérer leur maître de l'isolement dans lequel l'enfermait l'indifférence de ses pairs, ils ont aussi fait de lui le fondateur d'une nouvelle école économique française, un fondateur et un maître pour la reconnaissance duquel ils ont œuvré sans relâche.

Je pense bien sûr à Gérard Debreu, qui obtint, cinq ans avant Maurice Allais, le prix Nobel et lui rendit hommage à Stockholm. Mais je pense aussi à Jean-Michel Grandmont, à Roger Guesnerie ou à Jean Tirole et je tiens à les saluer, eux qui, de génération en génération, ont non seulement fait briller la science économique partout dans le monde, mais ont aussi désigné à leurs collègues Maurice Allais comme le père spirituel de l'école de pensée dans laquelle ils se reconnaissaient.

En France comme à l'étranger, ces ingénieurs devenus des chercheurs de premier plan ou des chefs de très grandes entreprises, tel Marcel Boiteux, Bertrand Collomb, Jacques Lesourne ou bien encore Thierry de Montbrial, se sont donné un même objectif, avec le concours, cher Yvon Gattaz, de l'Académie des sciences morales et politiques. Et cet objectif, c'était de faire connaître et reconnaître l'œuvre du maître, en n'hésitant pas à faire traduire en anglais ses plus grands écrits et à préparer ainsi le terrain à l'ultime consécration, venue en 1988 avec l'attribution du prix Nobel d'économie.

Sans doute cette récompense fut-elle tardive. Mais elle signa aussi le départ d'une redécouverte de l'œuvre de Maurice Allais, qui est loin d'être achevée. Cette "source inépuisable de découvertes originales" dont parlait Paul Samuelson n'a pas encore fini de nous inspirer.

Création de la Fondation Maurice Allais

Le Professeur Allais aurait aujourd'hui fêté son 100e anniversaire s'il ne nous avait quittés il y a quelques mois. Il. Vous ne pouviez lui rendre un plus bel hommage, chère Christine Allais, qu'en annonçant aujourd'hui, comme vous venez de le faire, la création au sein de la fondation ParisTech d'une fondation Maurice Allais, grâce à une donation qui permettra de perpétuer son œuvre et de mettre à disposition de toute la communauté scientifique ses écrits et sa bibliothèque.

Je tenais à vous remercier de ce très beau geste et à vous dire que vous pouvez compter encore et toujours sur mon soutien : le Ministère de l'enseignement supérieur et de la Recherche continuera à vous accompagner et sera heureux de doter le prix que vous allez créer en mémoire de votre père.

Et celui-ci, j'en suis sûre, aurait été profondément touché de voir ainsi les deux écoles chères à son cœur, l'Ecole Polytechnique et l'Ecole des Mines, réunies au sein de ParisTech pour saluer son parcours et ses travaux.

Et c'est pourquoi ces archives que vous allez bientôt confier à la fondation Maurice Allais ont naturellement leur place sur le plateau de Saclay, là où se rassembleront nos plus grandes écoles d'ingénieur et l'université d'Orsay : elles y témoigneront du lien qui unit les sciences que l'on dit exactes aux sciences sociales.

Bien entendu, il faudra attendre que les archivistes aient fini d'inventorier ce fonds exceptionnel. Et je veux remercier l'Ecole des chartes, qui a accepté de vous épauler dans cette tâche en vous offrant le concours de ses élèves. Là aussi, c'est un très symbole de la fierté qu'inspire l'œuvre de votre père à l'ensemble de la communauté scientifique nationale.

Mais c'est aussi un symbole plus personnel, puisque Maurice Allais, esprit universel s'il en fut, éprouva toute sa vie durant une véritable passion pour l'histoire et comptait justement, au sortir du lycée, préparer le concours d'entrée à l'Ecole nationale des chartes. Sans son professeur de mathématiques, sa carrière aurait alors pris un tout autre chemin.

Maurice Allais ou l'irruption de l'irrationalité raisonnable dans la science économique

Par un étonnant tour du destin, les grands tournants de la vie de cette intelligence éprise de rationalité semblent le fait du hasard. Et pourtant, rien n'était plus étranger à Maurice Allais que l'idée même que l'on puisse renoncer à expliquer le moindre phénomène, qu'il soit naturel ou humain.

Et c'est pourquoi il excella à rendre raison des comportements apparemment irrationnels. Le plus bel exemple en reste sans doute le paradoxe qui porte son nom et qui marque l'irruption de la psychologie dans l'économie : pour la première fois, l'aversion au risque est mise en évidence, puisque selon Allais, au voisinage de la certitude, la préférence pour la sécurité l'emporte sur l'espérance d'un gain plus élevé.

"Un tien vaut mieux que deux tu l'auras". Voilà en quelque sorte l'évidence que le professeur Allais opposa, avec un raffinement extrême, à des générations de théoriciens inspirés par Bernouilli. Et pour démentir la théorie de l'utilité espérée, celui qui se considérait encore et toujours comme un amateur passionné fit le choix de publier en 1953 un article resté célèbre dans la revue économique de référence Econometrica.

Et c'est en français – cas rarissime, même à l'époque - qu'il livre à la communauté scientifique internationale ses réflexions, sous le titre : "Le comportement de l'homme rationnel devant le risque: critique des postulats et axiomes de l'école américaine".

Plus que tout, Maurice Allais aimait convaincre. Et nombreux sont ceux qui, dans cette salle, gardent le souvenir de longues apartés avec le maître, qui ne pouvait se résoudre à terminer une conversation sans avoir emporté l'adhésion. Car cet immense théoricien était aussi un duelliste hors pair, qui prenait plaisir à croiser le fer sur tous les terrains : pour contester les théories de l'école américaine, il choisit ainsi une revue anglo-saxonne ; et pour emporter la conviction de ses pairs, il n'hésita pas à soumettre les principaux opposants à sa théorie à un questionnaire simple, celui-là même qu'il publia en 1953 et qui servit de test à ses affirmations.

Ce questionnaire, minutieusement testé sur ses élèves de l'Ecole des Mines, lui permit de s'offrir un plaisir particulièrement délectable : celui de voir ses théories vérifiées par ceux-là même qui les contestaient. Le triomphe fut complet : il est resté mémorable.

Maurice Allais, l'ingénieur, le rationaliste, l'homme qui aspirait à rapprocher l'économie des sciences exactes, fut donc de ces pionniers qui donnèrent ses lettres de noblesse à ce que l'on pourrait appeler "l'irrationalité raisonnable" de l'homo economicus.

Et ce théoricien de l'équilibre général fut aussi l'un des précurseurs des modèles à générations imbriquées, qui mirent en évidence les déséquilibres potentiels que faisait apparaître la prise en compte des intérêts divergents des individus en fonction de leur âge.

Là réside peut-être le véritable "paradoxe d'Allais" : dans sa capacité à réintroduire le rationnel dans l'irrationnel et le déséquilibre dans l'équilibre. A ses yeux, il n'y avait là nulle contradiction : car ce mathématicien épris de physique savait que la marche de la science implique nécessairement de développer et d'affiner la modélisation des phénomènes, au point de réintroduire une part d'indétermination dans les théories scientifiques. A une condition, toutefois : que des lois viennent circonscrire en raison la place de l'indéterminé.

Certains s'interrogent parfois sur le sens du parcours de Maurice Allais : pour les uns, le protectionnisme que ce libéral rigoureux et convaincu finira par défendre reste un mystère ; et d'autres regrettent son absence des débats qui ont entouré la remise en cause des modèles néoclassiques, qu'il avait contribué tout à la fois à bâtir et à ébranler de l'intérieur, en mettant en évidence les déséquilibres vertigineux qui pouvaient l'affecter.

Ces interrogations, je crois qu'il faut les prendre au sérieux, non pas pour desservir la cause d'Allais – car la cause est entendue et ce dernier restera comme l'un des phares qui ont fait l'économie au XXe siècle - mais bien pour saisir, jusque dans ses éventuelles contradictions, l'état de la science économique telle qu'il nous a léguée.

L'héritage scientifique de Maurice Mallais : l'économie, science de l'incertain

Ce protectionnisme qu'il défendra dans les dernières années de sa vie, c'est en effet une réponse, sa réponse, à la conscience grandissante des risques de déséquilibres structurels au sein de nos systèmes économiques. Lucide, Maurice Allais le fut jusqu'au bout, en faisant le choix de ne pas ignorer ces défaillances, mais de les considérer, au fond, comme transitoires. De là viennent en quelque sorte ses dernières réflexions, qui se construisent sur fond d'interrogations profondes sur les conditions de possibilité de l'équilibre économique.

Ce sont ces questions que nous a laissé en héritage cet homme d'exception. Et c'est pourquoi je suis très heureux, Monsieur le directeur, que vous ayez choisi, avec les Professeurs Pierre-Noël Giraud et Alfred Galichon, de placer cette journée sous le double signe de la mémoire et de la fidélité.

De la mémoire, en évoquant la vie, l'œuvre et la personnalité de ce fils de petits commerçants, orphelin de guerre alors qu'il n'avait pas encore 4 ans, et qui parvint, grâce au dévouement sans borne de sa mère et à l'école de la République, à aller jusqu'au bout de ses immenses possibilités intellectuelles, devenant ainsi le double symbole du génie français et de la méritocratie républicaine.

Mais cette journée, elle est aussi placée sous le signe de la fidélité aux interrogations qui hantaient cette exceptionnelle intelligence. Maurice Allais d'un siècle à l'autre : on ne saurait mieux dire, cher Benoît Legait, que nous sommes loin d'en avoir fini avec les questions posées par son œuvre.

Car Maurice Allais est de ceux qui ont donné son sens profond à l'économie, en faisant d'elle une science de l'incertain, une science qui doit se donner les moyens d'affronter et de comprendre les facteurs profonds de déséquilibres pour pouvoir espérer rétablir de nouveaux équilibres.

Et à voir ainsi réunis quelques-uns des plus grands économistes du monde, dont je tiens à saluer la présence, j'ai la conviction que nous n'avons pas encore épuisé ce programme de recherche qui traverse toute l'œuvre du professeur Allais.

J'en veux pour preuve la vitalité des théories de la décision, qu'aborderont cet après-midi les professeurs Mark Machina et Menahem Yaari, qui ont pris le parti d'aller jusqu'au bout de la modélisation du risque. Mais je pense aussi aux travaux du Professeur Emmanuel Fahri, qui a fait le choix d'affronter l'idée de déséquilibres globaux (global imbalances) en utilisant les modèles à génération imbriquée (overlapping generation models).

Je salue également la présence des Professeurs Jean Tirole et Roger Guesnerie, qui nous feront partager leur analyse, toujours aiguë, des phénomènes de bulles financières pour l'un et de la difficile coordination autour d'équilibres pour l'autre.

Leurs interventions tout comme votre présence, Mesdames et Messieurs, sont le signe de l'éternelle jeunesse des intuitions de Maurice Allais et des outils intellectuels qu'il a forgés. Et je veux remercier la communauté des économistes de s'être ainsi mobilisée pour lui rendre hommage.

La France, terre d'accueil de l'excellence économique

Cette éternelle jeunesse n'est pas qu'une formule. J'en veux pour preuve la présence ce matin de quelques-uns de nos plus brillants chercheurs, qui témoignent de la vitalité de l'école française d'économie. Certains, comme Pierre-André Chiappori ou Emmanuel Fahri, enseignent dans les plus grandes universités étrangères ; d'autres, et au premier chef Alfred Galichon, ont fait le choix, comme Jean Tirole, de faire briller la recherche française au sein de nos plus grands établissements.

Et cette jeune génération nous montre que les temps ont changé : les héritiers de Maurice Allais s'inscrivent sans complexe dans la vie scientifique internationale et ils sont nombreux à faire leur doctorat aux Etats-Unis, dans les plus prestigieux centres de recherche, et singulièrement au MIT.

Leur nombre même est le signe de l'extraordinaire qualité de la formation scientifique qu'ils reçoivent ici, en France. Et c'est pourquoi, Mesdames et Messieurs, je ne pouvais me résoudre à voir nos polytechniciens et nos normaliens, bien souvent passés par l'Ecole des Mines ou l'Ecole des Ponts, être courtisés à l'issue de leur PhD par les plus grands établissements du monde, sans que les universités françaises n'aient réellement les moyens de rivaliser.

Je suis heureuse que les parcours de nos jeunes esprits les plus brillants les conduisent naturellement à l'étranger. C'est une excellente chose, pour leur formation intellectuelle comme pour le rayonnement scientifique. Mais je tiens à ce qu'ils aient la possibilité de revenir en France s'ils le souhaitent.

Et c'est pourquoi, Mesdames et Messieurs, la France s'est engagée depuis 2007 dans une refondation sans précédent de son enseignement supérieur et de sa recherche. Pour donner à nos universités les moyens de lutter à armes égales avec les plus grands établissements du monde. Pour permettre à nos jeunes scientifiques d'avoir le choix, le choix de revenir en France sans avoir pour cela à renoncer à quoi que ce soit.

Ce n'est pas simplement une question matérielle. Bien sûr, un chercheur doit pouvoir être accueilli en France dans des conditions comparables à celles qu'il trouverait à l'étranger.

C'est pour cette raison que, sous l'impulsion du Président de la République, nous avons augmenté de 9 milliards d'euros en 5 ans le budget de notre enseignement supérieur et de notre recherche et investi 5 milliards d'euros pour créer 12 campus du XXIe siècle, où il fera aussi bon étudier, enseigner et chercher qu'à Columbia, à Oxford ou à Heidelberg.

Mais c'est aussi une question de reconnaissance et de prise en compte de leurs besoins scientifiques : un jeune économiste qui est considéré comme l'un des plus brillants de sa génération doit savoir qu'il bénéficiera, en France, de la même liberté dans la conduite de ses recherches que celle qu'il aurait, par exemple, à Harvard. Il doit savoir qu'il pourra encore et toujours être présent lors des grands rendez-vous scientifiques internationaux et passer plusieurs mois par an dans des universités étrangères.

Ces garanties, Monsieur le Professeur Alfred Galichon, ce sont celles que vous a apporté l'Ecole polytechnique quand vous avez choisi, en 2007, de revenir en France. A l'époque, les universités n'auraient pas pu vous les offrir. Il en va désormais tout autrement : avec l'autonomie, nos universités ont désormais les moyens de recruter les meilleurs enseignants-chercheurs en leur offrant ces garanties matérielles et morales. Elles peuvent lutter à armes égales avec les plus grands établissements du monde : j'en veux pour preuve l'arrivée du Prix Nobel Georges Smoot à Paris 7 ou de James Hammit, professeur à Harvard et spécialiste du risque, à l'Ecole d'économie de Toulouse.

Car nos universités autonomes ont désormais les moyens de mener une vraie politique dynamique de gestion des ressources humaines. Je pense bien sûr au recrutement sur des contrats beaucoup plus souples, mais aussi aux chaires mixtes universités-organismes, qui sont précisément destinées aux jeunes maîtres de conférences reconnus par leurs pairs comme les plus prometteurs. Ces chaires mixtes, elles sont un bel hommage au parcours de Maurice Allais, dont toute la carrière s'est faite à mi-chemin du CNRS et de l'Ecole des Mines.

Je pense enfin au programme de l'Agence nationale de la recherche "Retour post-doctorant", lancé en 2009 et qui offre aux jeunes chercheurs l'opportunité de revenir en France pour conduire leur propre projet de recherche et construire leur propre équipe, avec des aides financières qui peuvent atteindre 700 000 euros sur 3 ans.

Ces nouvelles perspectives pour nos jeunes chercheurs, elles viennent se conjuguer à un environnement scientifique exceptionnel pour rendre la France pleinement attractive. Chacun le sait – et Jean Tirole le premier, lui qui s'est tant investi pour faire de Toulouse l'un des hauts-lieux de l'économie internationale, c'est la qualité de cet environnement qui, toutes choses égales par ailleurs, joue un rôle décisif dans le choix des scientifiques.

Et là aussi, la France a tous les atouts en main. Car en 2009, au plus fort de la crise, le Président de la République a décidé d'investir 22 milliards d'euros dans l'enseignement supérieur et la recherche, avec, à la clef, des moyens inédits pour l'excellence scientifique française.

Avec le plan d'investissements d'avenir, la France a fait le pari de miser sur la recherche et sur l'innovation pour sortir plus forte de la crise. Nous avons donc demandé à nos chercheurs de nous présenter leurs projets les plus audacieux et les plus originaux. En un mot, de nous dire ce dont ils rêvaient, à charge, pour des jurys internationaux, de retenir les meilleurs projets.

Et une fois encore, les économistes se sont distingués : l'équipe de Pierre-Cyrille Hautcoeur, par exemple, a obtenu plus de 3 millions d'euros pour créer une base de données sur les marchés financiers français et européens, qui offrira enfin une class='img-responsive' alternative à celle du Center for Research on Security Prices de l'université de Chicago. Les chercheurs du monde entier pourront ainsi travailler sur des données européennes sur très longue période, qui leur permettront de tester leurs hypothèses et d'engager un vrai travail de comparaison.

Je pense aussi à nos 4 laboratoires d'excellence en économie, qui vont offrir un environnement scientifique sans pareil aux chercheurs du monde entier : qu'il s'agisse par exemple de l'Institut d'études avancées de Toulouse, qui viendra élargir un peu plus le spectre des domaines où excelle l'Ecole d'économie de Toulouse; ou bien encore du projet Ouvrir la science économique de l'Ecole d'économie de Paris, qui travaillera notamment en lien avec les neurosciences sur les questions de décision et de comportements, chères à Maurice Allais, eh bien, tous ces projets vont donner un nouveau coup de booster à la science économique française.

 

Et si je tenais à évoquer devant nous les premiers résultats du plan français d'investissement d'avenir, Mesdames et Messieurs, ce n'est pas seulement parce qu'il permettra à la France de tenir son rang et de redevenir l'une des nations les plus attractives du monde pour les chercheurs français et étrangers.

C'est aussi parce qu'il témoigne d'une conviction profonde, une conviction qui a porté Maurice Allais toute sa vie : la science permet non seulement de transformer le monde, mais aussi de l'améliorer. Cette confiance dans le progrès, elle porte nos sociétés occidentales et elle a nous a permis, dans les moments les plus difficiles de notre histoire, de faire face et de continuer, encore et toujours, à construire une société meilleure.

Maurice Allais a vu par deux fois les ravages de la guerre. Il a vu la fragilité d'un monde au bord du gouffre après avoir été épuisé par une crise économique sans précédent. Sa réponse, ce fut la recherche scientifique, encore et toujours, pour offrir aux hommes et aux femmes libres le moyen de rester maîtres de leur destin.

Aujourd'hui, Mesdames et Messieurs, la France est fière d'être fidèle à cette inspiration en investissant 22 milliards d'euros dans la recherche pour construire le futur. Face à une crise qui menaçait d'être aussi violente que celle de 1929, elle a fait le choix de miser sur le savoir pour rester maîtresse de son avenir.

Un avenir que vous allez contribuer à écrire, en dessinant, tout au long de cette journée, quelques-unes des pistes qui nous permettront, demain, de prendre en toute lucidité les bonnes décisions. Car les politiques ne sont plus seuls face aux crises : ils ont désormais à leurs côtés une science économique forte, prête à les éclairer pour qu'ils puissent, en toute responsabilité, guider nos nations vers la reprise et la croissance.

Et cela, c'est aussi à Maurice Allais que nous le devons : c'est sans doute le plus bel héritage qu'il nous ait légué.

1ère publication : 31.05.2011 - Mise à jour : 20.04.0012
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