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Déjeuner thématique de la Conférence des Ambassadeurs: la "diplomatie scientifique"

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Conseil de l'Europe

Laurent Wauquiez, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, s'est exprimé sur le thème de "la diplomatie scientifique" lors du déjeuner thématique de la Conférence des Ambassadeurs

Discours - 1ère publication : 1.09.2011 - Mise à jour : 13.09.0011
Laurent Wauquiez

Mesdames et messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Directeur Général,
Mesdames et messieurs,

Je tiens à vous remercier, Monsieur le Directeur Général, d’avoir pris l’initiative d’organiser ce déjeuner. C’est avec un grand plaisir que je retrouve ce Ministère. Je suis heureux de cette occasion qui m’est fournie de revoir certains visages connus et de renouer avec des préoccupations familières, la diplomatie, le rayonnement de notre pays, notre influence, en votre compagnie.
Je suis heureux également d’avoir l’occasion d’évoquer avec vous aujourd’hui ce thème de la diplomatie scientifique, car la recherche et  l’innovation sont en effet au cœur des défis que nous avons l’obligation de relever et j’y reviendrai.
C’est pourquoi, et je vous en présenterai les grandes lignes, le gouvernement a profondément rénové le paysage français de la recherche et de l’enseignement supérieur, dans le but d’en améliorer la performance mais aussi d’en favoriser l’insertion dans les échanges mondiaux.

Enjeux globaux et défi scientifique

Urgence de la science

Les défis qui nous pressent aujourd’hui sont globaux et nécessitent une réponse coordonnée faisant plus que jamais appel à nos compétences scientifiques.
Qu’il s’agisse des maladies émergentes, du changement climatique, du défi énergétique, de la raréfaction de l’eau, ou encore de la prévision des récoltes, la circulation et la maîtrise du savoir seront déterminants pour notre capacité à relever ces défis, et pour le dynamisme de notre économie.
La science n’est pas un luxe, c’est une urgence. Or la science, aujourd’hui est pleinement intégrée à la mondialisation des échanges.

Le monde du savoir change

Comme le reste, le paysage mondial du savoir change très vite.
La mobilité des chercheurs et étudiants a connu une augmentation spectaculaire : de 800 000 en 1980, ils sont aujourd’hui 3 millions et demi à poursuivre des études hors de leur pays d’origine et ils seront  4 à 6 millions selon l’O.C.D.E. en 2025.
La France elle-même compte aujourd’hui 278 000 étudiants étrangers qui représentent 11 % des inscrits dans les établissements français. Nous sommes le 3ème pays d’accueil pour les étudiants en mobilité. Et c’est fondamental, car cela participe à notre rayonnement scientifique et politique.
Mais cette position n’est pas acquise.
Nos universités ont intégré la compétition mondiale. La fébrilité des milieux universitaires et économiques en plein mois d’août, autour du classement de Shanghai, en témoigne.
Nous devons veiller à conserver notre attractivité auprès d’étudiants de plus en plus exigeants, issus de plus en plus souvent de pays émergents, à fort potentiel économique, et qui évaluent précisément les avantages comparatifs des pays d’accueil.
Ainsi, le Brésil prévoit d’envoyer 75000 boursiers à l’étranger d’ici 2015.
Or, même si près de 40 % de ces étudiants en mobilité sont issus du continent africain, nous ne sommes plus dans une logique de coopération à l’ancienne. C’est par l’excellence de notre offre que nous remporteront cette bataille. 
Il en va de même pour notre positionnement en matière de recherche. Les puissances scientifiques de second rang d’hier sont aujourd’hui en passe de devenir des géants du savoir. En Chine, l’objectif affiché est d’investir en R&D 2,5% du PIB chinois en à l’horizon 2020.
Nos performances sont encore insuffisantes dans les grands classements internationaux.
Je pense bien sûr au classement de Shanghai, qui nous a placés cette année en 8ème position.
Pourtant nous voyons une amorce de prise en compte des changements profonds qui s’opèrent depuis 2007 dans le paysage français de l’enseignement supérieur et de la recherche. Et je compte sur vous pour le faire savoir.

Recomposition du paysage français de la recherche et de l’enseignement supérieur

Les réformes

Le Gouvernement a conduit une politique de modernisation sans précédant du secteur de la recherche et de l’enseignement supérieur, dans le sens défini par le Président de la République.
Ces réformes s’articulent autour de deux axes : un cadre stratégique et l’autonomie des universités.

  • Le cadrage établi en 2006 avec le Pacte sur la recherche permet à la recherche française d'affronter la compétition. Il confirmé notre engagement à porter à 3% la part du P.I.B. consacrée aux dépenses de recherche. Il a instauré un pilotage stratégique de la recherche et créé les conditions du rapprochement entre acteurs publics et privés de la recherche. Enfin, il ancre pleinement le système français dans l'Espace Européen de la Recherche.
  • La Loi LRU (Loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités) de 2007 a consacré l’autonomie des Universités. Plus de 90% d’entre elles sont aujourd’hui autonomes. Cette évolution était nécessaire, et elle change tout. Aujourd’hui, les universités sont libres de définir leurs stratégies internationales, en fonction de leurs besoins, de leurs capacités, mais aussi en fonction de leur ancrage territorial. C’est une évolution qui vous concerne car elle modifie l’approche que vous devez développer avec les établissements d’enseignements supérieurs.
    Ces réformes ont par ailleurs favorisé le regroupement en une vingtaine de Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) des acteurs universitaires, économiques et de recherche.

Cela afin de renforcer les synergies mais aussi la visibilité et la lisibilité de notre paysage scientifique et universitaire.
Ces réformes se sont accompagnées d’un plan d’investissements de 5 Md d'euros en faveur de l’immobilier universitaire, l’Opération Campus, pour doter le pays d’infrastructures universitaires de niveau mondial.

Renforcer le pilotage stratégique :

Nos efforts ont porté vers une meilleure efficacité de la programmation de la recherche. Quelques mesures clés :

  • La définition d’une stratégie nationale de recherche et d'innovation (S.N.R.I.),
  • La création de deux agences de financement et d’évaluation : L’A.N.R. et l’AERES qui garantissent la neutralité de leurs évaluations par le recours à des experts étrangers, et en s’alignant sur les standards internationaux.

Parallèlement, nous avons favorisé le regroupement des acteurs de la recherche publique au sein d’Alliances thématiques, à même de déboucher sur des partenariats avec le secteur économique.

Accompagnement financier, les Investissements d’avenir :

35 milliards d'euros dont 22 milliards qui relèvent, pour leur mise en œuvre, de mon Ministère.  Sur ces 22 milliards, trois axes forts :

  • Favoriser l’intégration entre pôles d’enseignement supérieur et de recherche,
  • Développer la compétitivité et l’attractivité de la recherche française
  • Renforcer les programmes stratégiques nationaux (nucléaire, industrie spatiale, transports, TIC, santé, biotechnologies)

Et bien sûr, le souci de valoriser les résultats de la recherche publique et développer les partenariats entre recherche publique et entreprises.

Repenser les conditions d’accueil des étudiants étrangers

Enfin, autre volet de la réforme, nous avons repensé les conditions d’accueil des étudiants étrangers et France. 

Campus France

Nous préparons, avec le Ministère des Affaires étrangères et Européennes, la création de l’EPIC Campus France qui sera effective au 1er janvier 2012.
Ce nouvel EPIC regroupera l’ensemble des activités de gestion des boursiers étrangers. Campus France a vocation a devenir pour vous un interlocuteur incontournable pour relayer la politique d’accueil des étudiants étrangers en France, boursiers et non boursiers.
Et nous devrons, ensemble, veiller à la qualité du dialogue entre l’opérateur Campus France, le réseau diplomatique et de coopération, et les conférences représentatives des établissements. C’est indispensable pour garantir la qualité de l’accueil des étudiants étrangers en France. Or, c’est sur ce point aussi que nous sommes attendus par nos partenaires. 

Mobilités étudiantes

Nous avons redéfini nos objectifs en matière d’accueil des étudiants internationaux. Cela se traduit par deux axes :

  • Recruter les étudiants aux niveaux master et doctorat pour 75 % d’entre eux ;
  • Développer la mobilité encadrée, qui ne représente aujourd’hui que 20 % des séjours des étudiants étrangers en France, et doit constituer 50 % en 2015.

Votre rôle de ce point de vue est essentiel, en liaison avec les opérateurs et les établissements.

Feuille de route

Projection du rayonnement universitaire et scientifique de la France à l’étranger

Au plan bilatéral

La France doit multiplier ses partenariats. Nous avons favorisé le développement de consortium d’établissements, qui préfigurent des partenariats publics-privés. Je pense par exemple à l’Université scientifique et technique de Hanoï. Nous avons favorisé la création de filières  à l’étranger d’établissements français (Ecoles centrales à Pékin, Paris IV-la Sorbonne à Abou Dhabi). Ces initiatives sont appelées à se multiplier.
Les organismes de recherche créent des laboratoires hors les murs en collaboration avec leurs partenaires.
Ces actions doivent se poursuivre et s’intensifier. C’est à vous de les encourager, mais aussi de guider et accompagner les établissements qui n’ont pas toujours les outils pour développer une stratégie adaptée aux spécificités des partenaires, en toute sécurité.

Au plan multilatéral

Nous devons continuer à jouer un rôle moteur dans les grandes initiatives internationales.
Cela passe par notre influence au sein des instances où sont définies les priorités de recherche sur les sujets globaux. Je sais l’énergie développée à cet égard par le Ministère des Affaires étrangères et en particulier cette Direction Générale de la Mondialisation. Je veux aussi saluer le l’engagement de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s’exprime en ce moment même devant un certain nombre de vos collègues.
Mais notre influence passe aussi par notre   ou participation aux très grandes infrastructures de recherche comme ITER ou le CERN. Notre participation à ces opérations doit être maintenue.
Il faudra cependant là aussi tenir compte de l’effort de rigueur qui est demandé à l’ensemble du pays.

En Europe 

C’est bien sûr au sein d’un Espace Européen de la Recherche intégré, cohérent et ambitieux, que les atouts de la recherche française pourront au mieux s’exprimer et rayonner à l’international.
La négociation qui s’ouvre actuellement sur le cadre financier pluriannuel est essentielle et je compte y apporter toute mon attention.
Les coopérations entre Etats membres s’inscrivent maintenant dans le cadre de la stratégie U.E. 2020 qui place la recherche et l’innovation parmi ses 4 grandes priorités.
Les partenariats bilatéraux se multiplient en vue de répondre aux appels d’offres européens. Les programmations conjointes se développent et donnent déjà de bons résultats, je pense en particulier au programme porté par la France depuis 2008 avec 22 autres partenaires, concernant les maladies neuro-dégénératives et en particulier la maladie d’Alzheimer. Dans ce contexte, le lien franco-allemand doit être renforcé.
Notre feuille de route est donc claire : promouvoir à l’étranger une recherche française modernisée, adaptée aux défis mondiaux et à l’écoute de ses partenaires européens et du Sud.
Pour cela, vous vous appuyez sur un réseau d’Attachés et de Conseillers scientifiques de grande qualité, dont je souhaite qu’ils puissent trouver toute leur place dans le nouveau dispositif d’action extérieure de l’Etat.

Je compte sur vous, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, pour porter ce message d’ouverture et d’excellence, dans vos pays de résidence.

 

1ère publication : 1.09.2011 - Mise à jour : 13.09.0011
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