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Annonce des résultats de la première vague des Initiatives d'excellence

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Investissements d'avenir 465x310

A l'occasion d'un déplacement à Bordeaux, Laurent Wauquiez a annoncé les premiers lauréats de l'appel à projets Initaitives d'excellence.

Discours - 1ère publication : 4.07.2011 - Mise à jour : 5.12.0011
Laurent Wauquiez

Monsieur le Ministre d’Etat, Monsieur le Maire, cher Alain Juppé,
Monsieur le Commissaire général aux investissements, cher René Ricol,
Monsieur le Président du Conseil régional, cher Alain Rousset,
Monsieur le Préfet, cher Patrick Stefanini,
Monsieur le Recteur, cher Jean-Louis Nembrini,
Messieurs les présidents d’université,
Madame la Directrice de l’Agence nationale de la Recherche, chère Jacqueline Lecourtier,
Mesdames et Messieurs les journalistes,

Je suis très heureux que mon premier déplacement en tant que Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche soit l’occasion d’annoncer une excellente nouvelle : la concrétisation d’une grande aventure, le lancement des tout premiers campus d’excellence à vocation mondiale.
C’est pour moi un moment très important. Mon parcours et mon engagement personnels m’ont donné une conviction très forte : par son histoire, par sa capacité à créer et à s’adapter aux évolutions, par la qualité de ses enseignants-chercheurs internationaux, la France est un fer de lance de l’innovation mondiale. Son excellence est appelée à grandir et à être reconnue à sa juste place dans les années à venir.

Je voudrais commencer par saluer Alain Juppé, que je ne pensais pas retrouver si vite, mais aussi René Ricol : sans son implication aux côtés de Valérie Pécresse, à laquelle je voudrais rendre hommage, ce beau projet n’aurait pu voir le jour. Je tiens à remercier le recteur, les présidents d’université, la directrice de l’A.N.R. et tous ceux qui ont participé activement à la réussite du processus de sélection.

C’est un joli symbole que la proclamation des premiers résultats des Initiatives d’excellence, un jour historique pour l’enseignement supérieur et la recherche français, ait lieu précisément un 4 juillet, fête de l’Independence Day aux Etats-Unis. C’est un jour de révolution, un jour qui déplace les lignes et construit une nouvelle identité, un jour qui lance un élan fédérateur, grâce à un rassemblement inédit des forces et des acteurs. Ce n’est pas un hasard si ce coup d’envoi a lieu à Bordeaux, la ville de Montesquieu, cet homme des Lumières attaché à l’excellence et au rayonnement des savoirs, soucieux de la force des corps intermédiaires, qui étaient pour lui garants de la liberté des individus. Dans les Lettres persanes (Montesquieu, 1721), Rica tentait d’expliquer à son ami resté au pays une spécificité française particulièrement exotique pour les persans : "L’Université de Paris est la fille aînée des rois de France ; et très aînée, car elle a plus de 900 ans ; aussi rêve-t-elle quelquefois". Près de 300 ans plus tard, nous avons voulu réactiver ce rêve. Aujourd’hui, nous sommes passés d’une idée ambitieuse, de sa conception théorique sur le papier à la mise en pratique concrète.

Miser sur les investissements d’avenir, c’était tout sauf une évidence.

Il aurait en effet été facile de céder à la tentation du repli, d’une France tour d’ivoire.
D’abord parce qu’avec la crise financière et économique que nous avons traversée, nous aurions pu choisir de préserver vaille que vaille l’existant et de reporter les investissements au lendemain. Nous avons également subi le choc du classement de Shanghai, où la première institution française citée était reléguée au 39e rang mondial (l’Université Pierre et Marie Curie). Nous aurions pu ressasser cette blessure d’amour-propre, refuser d’entrer dans la compétition mondiale en ignorant des standards internationaux marqués par la prééminence des publications en anglais.

Mais nous avons refusé la facilité. Plutôt que de battre en retraite, nous avons livré bataille et fait mentir les déclinistes.
Au plus fort de la crise, en décembre 2009, le Président de la République a voulu continuer à investir, à anticiper, en misant sur notre meilleur atout : l’excellence de notre recherche et de notre formation. Il a tenu, avec Valérie Pécresse, à marquer sa confiance en notre communauté scientifique par un geste fort : lancer un vaste programme d’investissements d’avenir avec 22 milliards d’euros (sur 35 milliards) uniquement destinés à l’enseignement supérieur et la recherche. Car nous en sommes convaincus : la meilleure arme anti-crise, le meilleur antidote à tous les déclinismes, c’est la créativité et l’audace de nos chercheurs, qui font avancer notre société et notre économie sur tous les fronts. Les investissements d’avenir sont le vaisseau amiral de l’innovation, la source de la croissance d’aujourd’hui et de demain.

Le programme dont nous posons aujourd’hui les premiers jalons concrets s’inscrit dans une dynamique engagée depuis 4 ans, celle de la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche, avec l’autonomie des universités. L’objectif, c’était de faire tomber les murs qui séparaient nos universités, nos écoles et nos organismes de recherche, de multiplier les partenariats avec le monde économique. Vous avez commencé à le faire avec Valérie Pécresse, et nous allons continuer à le faire ensemble. D’ici la fin du quinquennat, 9 milliards d’euros supplémentaires auront été injectés dans l’enseignement supérieur et la recherche, ainsi que 5 milliards dans l’Opération Campus, qui va faire émerger un peu partout dans notre pays 12 campus dignes du XXIe siècle.

Je suis heureux d’annoncer aujourd’hui avec René Ricol les résultats de l’action initiative d’excellence, dotée de 7,7 milliards d’euros.

Je veux d’abord insister sur la méthode.

Nous ne nous sommes pas contentés de rénover l’existant. Nous avons voulu être des bâtisseurs, dessiner une nouvelle carte des territoires, en mettant en valeur leurs atouts et leurs talents.
L’objectif du gouvernement est de tirer l’ensemble des établissements vers le haut. L’excellence est partout sur le territoire, et pas seulement dans les grandes métropoles universitaires. En tant qu’élu d’un petit département, je sais le rôle de l’enseignement supérieur et de la recherche en termes d’aménagement du territoire. Mais il ne faut pas se tromper de combat. Les investissements d’avenir doivent permettre d’aider quelques-uns de nos pôles universitaires à affronter le XXIe siècle et les grandes universités mondiales. Trois projets sont aujourd’hui lauréats de la première vague : Bordeaux, Strasbourg et Paris Sciences et Lettres. Ils ont été sélectionnés par un jury international de premier rang, au terme d’un processus rigoureux et transparent. Je veux rendre hommage à ce jury et à l’Agence nationale pour la recherche (ANR) qui a apporté tout son savoir-faire au processus de sélection.

Nous laisserons dans quelques instants la parole aux lauréats. Mais je veux vous dire d’emblée combien j’ai été marqué, en les découvrant, par leur qualité et leur portée exceptionnelles. Chacun d’entre eux est guidé par une démarche novatrice, qui accélère une tendance de fond à l’œuvre depuis plusieurs années : une interdisciplinarité exigeante, la circulation des savoirs, le croisement  fécond entre les champs de recherche pour les chercheurs et les étudiants.

  • Chaque projet a sa spécificité. Le jury a reconnu le travail remarquable mené par les universités bordelaises. Très en phase avec le monde de l’entreprise, le projet d’université unique a séduit dans toutes ses dimensions : une signature unique des publications, un médialab pour un campus numérique innovant et ouvert, une refonde complète et harmonisée du cycle de licence, une cellule d’ingénierie de formation pour préparer des formations mixtes de docteurs ingénieurs, qui sont les métiers de demain. Cela va notamment permettre de développer de nouveaux matériaux pour des avions plus légers. Les étudiants pourront aller d’un établissement à l’autre et suivre des formations pluridisciplinaires allant des sciences humaines aux sciences exactes. C’est une avancée majeure dans le décloisonnement entre deux mondes qui s’ignoraient trop souvent. 
  • À Paris Sciences et Lettres, au-delà de l’excellence scientifique unanimement reconnue, vous avez conçu un projet potentiellement révolutionnaire. Les institutions de PSL ont certes une forte identité, mais elles ont réussi à proposer un projet collectif innovant, à la croisée entre les grandes écoles et l’université, avec notamment l’ENS Ulm, Paris Dauphine ou encore le Collège de France, réunis sous une bannière unique. Qui eût cru il y a quelques mois que vous envisageriez un jour des recrutements communs, une signature commune ? Qui eût cru que Dauphine se vendrait comme une école de management d’un ensemble plus vaste ? Que vous concevriez un accès unique aux ressources numériques par un portail WEB commun, que vous présenteriez à un jury international une carte étudiante commune ? Vous avez voulu renforcer les liens avec la sphère socio-économique, en créant notamment de nouvelles chaires d’entreprise et plusieurs incubateurs (dans le domaine de la santé ; dans le domaine industriel). 
  • L’Université de Strasbourg s’est dotée d’une gouvernance simple et efficace. Elle a su convaincre le jury grâce à ses domaines d’excellence en recherche, en chimie, en sciences de la vie et en formation grâce à son collège doctoral européen. Sa coopération avec les universités allemandes (Karlsruhe Institute of technology et Freiburg Universität, labellisés par l’initiative d’excellence allemande) et suisses font de ces établissements un véritable pôle d’excellence transfrontalier à l’échelle européenne. En tant qu’ancien ministre des Affaires européennes, je ne peux qu’y être très sensible. Vous avez totalement intégré vos organismes de recherche au projet, ce qui va notamment vous permettre de développer de nouvelles molécules qui facilitent l’ingestion des médicaments. Vous lancez des initiatives originales : une politique de ‘ red carpet ’ (rémunérations), des packages pour attirer les chercheurs (et surtout leurs conjoints !) et des ‘ Cursus d’excellence ’, avec des doubles diplômes et des diplômes internationaux pour accueillir les étudiants à fort potentiel.

En offrant des cursus pluridisciplinaires, des passerelles entre la formation et la recherche ou en améliorant les liens avec les entreprises, ces universités se donnent les moyens d’aider au mieux les étudiants à s’insérer professionnellement, mais aussi à améliorer leurs conditions de vie, notamment en offrant des bourses aux meilleurs. En tant que député, j’ai rédigé un rapport sur la  question. Je compte bien poursuivre le travail engagé par Valérie Pécresse, un travail qui est suivi de près par le Président et le Premier ministre.

Le montant des dotations sera connu d’ici quelques semaines. Mais René Ricol et moi-même avons souhaité que les étudiants et les enseignants-chercheurs voient rapidement la différence sur le terrain. Vous recevrez donc très vite un acompte sur ces dotations.
Cette première vague sera suivie d’autres sélections où chacun aura sa place et sa chance. Le jury a envoyé des signaux clairs aux autres candidats pour la prochaine vague, qui aura lieu à l’automne. Au-delà de la qualité scientifique de chaque pôle, il a rappelé la nécessité de mettre en place des structures efficaces de décision. Compte-tenu des moyens en jeu, il n’est pas concevable que des mésententes locales bloquent le développement de ces universités.

Je voudrais terminer par deux idées.

  • Nous sommes à un tournant historique, à une date qui marquera l’histoire de l’enseignement supérieur et de la recherche en France, après la fondation de l’université de Paris au XIIIe siècle, après la loi Wallon de 1875, par laquelle la IIIe République apporta la liberté de l’enseignement supérieur, (après mai 68, où les universités sont administrées par des conseils élus).
    Ce jour n’est pas un point d’aboutissement, mais bien un point de départ. Cette première salve de projets lance, si j’ose dire, une "nouvelle vague", qui permettra de faire rayonner notre tradition d’excellence française à sa juste place un peu partout dans le monde. 
  • Nous nous sommes donné les moyens financiers et humains de rivaliser avec les plus grandes universités du monde comme Harvard, Princeton ou Cambridge, de créer des M.I.T. à la française, des ensembles "visibles de Shanghai", que les étudiants et les chercheurs du monde entier rêveront de rejoindre. La dispersion et le morcellement nous condamnaient à l’anonymat et à l’obscurité. Au contraire, fédérer nos compétences et multiplier les synergies est le meilleur levier pour apporter lisibilité, visibilité et attractivité à nos actions. Le ministre des Affaires étrangères ne me contredira pas : c’est cela, aussi, le soft power à la française. La mondialisation n’est pas une menace. Si nous savons en tirer parti en unissant nos forces, elle est au contraire un accélérateur d’excellence pour nos chercheurs et pour nos étudiants. Sachons saisir cette chance.

Mesdames et Messieurs, je terminerai simplement en vous disant merci, merci à vous et à tous ceux qui ont travaillé si dur sur ces immenses projets. Ils nous ont offert un aperçu saisissant de l’avenir qui attend la France du XXIe siècle.

1ère publication : 4.07.2011 - Mise à jour : 5.12.0011
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