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Remise du rapport du Conseil d'analyse stratégique sur la politique spatiale européenne

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ISS vue depuis Discovery© NASA

Laurent Wauquiez s'est exprimé à l'occasion de la remise du rapport du Conseil d'analyse stratégique sur la politique spatiale européenne.

Discours - 1ère publication : 12.10.2011 - Mise à jour : 12.10.0011
Laurent Wauquiez

M. le Sénateur, cher Alain Gournac,
M. le Président, cher Yannick d'Escatha,
M. le directeur général, cher Vincent Chriqui,
Mesdames et Messieurs, cher amis,


C'est au général de Gaulle que l'on doit l'impulsion politique à l'origine de l'aventure spatiale française et européenne. La France a été le troisième pays au monde, après l'U.R.S.S et les Etats-Unis, à lancer un satellite dans l'espace. Ce satellite, lancé le 26 novembre 1965, n'avait pas d'Astérix que le nom : il représentait un acte d'indépendance nationale digne des irréductibles Gaulois. Mais la politique spatiale n'a jamais été une aventure franco-française. L'Europe spatiale est née en même temps que la politique spatiale nationale : les deux organisations jumelles ELDO et l'ESRO, ancêtres de l'agence spatiale européenne (ESA), datent de 1962.
L'Europe spatiale a réussi à défier le duopole spatial des superpuissances. Mais le contexte de la Guerre froide, moteur pour la construction européenne comme pour la politique spatiale, est derrière nous. Le 21e siècle voit la montée de nouvelles puissances spatiales : la Chine et l'Inde alors que les Etats-Unis se donnent les moyens de maintenir leur domination de l'espace.
Cette réalité nous oblige à repenser la construction de l'Europe de l'espace et c'est pourquoi les propositions du Conseil d'analyse stratégique arrivent à point nommé. Je voudrais remercier M. Vincent Chriqui d'avoir initié ce travail et les membres du groupe de travail, et particulièrement son président M. Emmanuel Sartorius, pour leur excellent rapport.
Je voudrais partager avec vous trois convictions : l'espace a autant besoin de l'Europe que l'Europe de l'espace, l'Europe spatiale doit se construire sur une politique industrielle forte et la France doit y jouer un rôle moteur.

 
L'espace est une chance pour l'Europe tout autant que l'Europe est une chance pour l'espace

L'Europe a besoin de politiques concrètes comme la politique spatiale

Elle ne doit pas être une construction abstraite, éthérée, elle doit s'incarner dans de grands projets tels que Galileo et GMES. L'espace, c'est une illustration de l'Europe par la preuve dont nous avons besoin. Quand on voit décoller une fusée Ariane et qu'on se rend compte qu'elle est le résultat de milliers d'heures de travail d'ouvriers et d'ingénieurs de douze pays européens et parlant presque autant de langues, on touche du doigt ce qu'est le projet européen !

La construction européenne n'a jamais avancé que par succession de crises. Jean Monnet se disait "persuadé que l'Europe se ferait dans les crises et qu'elle serait la somme des solutions apportées à ces crises". La politique spatiale européenne a évidemment connu des soubresauts, mais elle a toujours su rebondir. En 1972, après l'échec d'Europa, l'Europe spatiale était clairement menacée. Le président Pompidou l'a relancée avec détermination : la création de l'ESA et l'acte de naissance d'Ariane furent parmi ses dernières décisions.

L'espace a besoin de l'Europe

L'ESA est un formidable succès mais l'Europe spatiale a aujourd'hui besoin d'une nouvelle impulsion que seule l'Union européenne peut lui donner

La politique spatiale européenne du 21e siècle ne peut plus être l'apanage de quelques gouvernements, elle doit être portée par l'ensemble des citoyens européens. Seule l'U.E. peut donner à la politique spatiale cette légitimité politique qui lui fait aujourd'hui défaut. Le Traité de Lisbonne qui confie à l'Union européenne une compétence nouvelle en matière spatiale est une étape décisive. Nous devons maintenant mettre en musique cette nouvelle compétence.

Il faut renforcer la gouvernance européenne des activités spatiales en clarifiant le rôle de chaque acteur.

Ces relations ont été conceptualisées par le Président du CNES Yannick d'Escatha comme un triangle spatial formé par l'U.E., l'ESA et les Etats membres.
Je sais que certains voudraient restreindre le rôle de l'UE à quelques applications bien délimitées et laisser les choses sérieuses (les lanceurs, l'exploration) à l'ESA. Ce n'est pas ma vision. Que cela plaise ou non, l'U.E. a maintenant une compétence sur l'ensemble des sujets spatiaux. Galileo et GMES en sont bien entendu les deux premiers exemples concrets mais n'en définissent pas les bornes. Pourquoi l'UE n'interviendrait-elle pas pour soutenir Ariane afin de garantir à l'ensemble des citoyens européens l'indépendance d'accès à l'espace ?
Cela ne veut pas dire que l'UE a vocation à tout faire dans la politique spatiale. Je suis très attaché au principe de subsidiarité qui fonde la légitimité et l'efficacité de la construction européenne. Pour l'espace, cela veut dire que l'U.E. doit avoir un rôle de stratège, définir les grandes orientations et les besoins. Une fois cette stratégie définie, l'U.E. doit utiliser au mieux les compétences déjà existantes au sein de l'ESA et des Etats-Membres. Il serait absurde que la Commission reconstitue en son sein une ESA bis. Elle doit au contraire se reposer sur l'ESA en lui demandant de gérer des programmes pour son compte.

 

La politique spatiale européenne n'est pas seulement au service du citoyen, c'est aussi une grande politique industrielle

On sous-estime trop souvent la portée économique de la politique spatiale, qu'on réduit à l'exploration ou à des avancées scientifiques. En réalité, les retombées économiques du spatial sont massives. Un euro public investi dans l'espace rapporte jusqu'à une vingtaine d'euros en création de valeur dans l'économie.
L'audiovisuel, les transports ou l'agriculture sont quelques exemples de secteurs économiques dépendants de nos systèmes spatiaux. Chacun dans sa vie quotidienne fait appel à nos satellites sans en prendre conscience pour connaître la météo, utiliser un G.P.S. ou un smartphone. L'Europe spatiale est aussi un moyen de développer le télé-travail, la télé-éducation et la télé-médecine dans les zones non raccordées à la fibre optique.

L'espace est source de services et de bien-être pour le citoyen européen. Mais l'Europe ne peut se résumer à un marché de consommateurs, elle doit aussi demeurer une terre de production et d'industrie. La France se bat depuis longtemps pour une politique industrielle sectorielle forte au niveau européen.
L'industrie aérospatiale est une belle réussite européenne. Elle représente 30 000 emplois en Europe. Sa compétitivité lui a permis d'acquérir une position forte sur les marchés commerciaux. Astrium et Thales Alenia Space représentent à eux deux 40% du marché commercial des satellites tandis qu'Arianespace est le leader des lancements commerciaux avec plus de 50% des satellites commerciaux en service.

Nous devons nous donner les moyens de préserver et développer les compétences de notre industrie spatiale.
Il faut que nous assumions pour l'espace une vraie préférence européenne, qui n'est pas du protectionnisme, mais du simple bon sens dont les Américains et les Chinois ne se privent pas. Combien de satellites institutionnels américains sont-ils lancés par des lanceurs non américains ? La réponse est simple : zéro. Alors cessons d'être naïfs et d'ouvrir nos marchés de façon unilatérale. Cette problématique de la réciprocité dans les échanges est un sujet qui me tient à cœur et sur lequel je me suis beaucoup battu aux Affaires européennes. Nos efforts commencent à porter du fruit : les Etats européens se sont ralliés à la préférence européenne au Conseil espace de novembre 2010.

 
Le rôle moteur de la France au sein de l'Europe spatiale

La France est depuis les débuts de l'aventure spatiale européenne la première puissance spatiale du continent. L'industrie spatiale française représente 50% du chiffre d'affaires européen et 40% des emplois. Dès l'origine, le général de Gaulle et le Président Pompidou ont fixé le double cap d'une stratégie spatiale nationale et d'une ambition spatiale européenne.

L'ambition européenne de la politique spatiale française est intacte. La France est le premier contributeur de l'ESA avec plus de 750 millions d'euros de contribution annuelle. Notre pays s'est engagé depuis de nombreuses années en faveur de la montée en puissance de l'Union européenne dans le monde spatial. Dès février 2008, dans son discours en Guyane, le Président de la République s'est ancré résolument dans cet héritage pro-européen. C'est grâce à son engagement sans faille que nous avons pu faire aboutir le Traité de Lisbonne.
Notre leadership nous donne une responsabilité : nous devons être une force d'entraînement pour l'Europe spatiale. C'est pour cela que nous avons décidé de préparer l'avenir d'Ariane 5 en lançant dans le cadre des investissements d'avenir des études pour un montant de 250 millions d'euros. Ces études permettront à l'Europe d'être immédiatement opérationnelle quand elle prendra la décision de lancer le développement d'un nouveau lanceur.

Contrairement à la plupart des autres pays européens, la politique spatiale française ne se résume pas à une contribution à l'ESA ou à l'U.E. La France double la mise et consacre l'équivalent de son budget ESA à des projets nationaux, très souvent conduits en collaboration avec d'autres puissances spatiales. Dans quelques semaines, nous lancerons le premier satellite Pleiades, conçu par le CNES : ce nouveau satellite d'observation optique permettra d'améliorer la performance de l'actuel SPOT5 d'un facteur 5 pour atteindre une résolution de l'ordre de 50 cm !

J'ai la conviction que les deux volets de la politique spatiale française sont profondément complémentaires. Il ne s'agit pas de jouer la France contre l'Europe, mais d'utiliser au mieux les compétences des différents acteurs pour nous permettre de garder notre rang parmi les puissances spatiales. Tous nos efforts combinés ne seront pas de trop pour rivaliser avec les géants qui nous font face. N'oublions jamais que le budget spatial américain est 6 fois supérieur à l'ensemble des budgets européens ! Nous ne pouvons pas nous payer en Europe le luxe de la division ou de la duplication inutile de compétences.

1ère publication : 12.10.2011 - Mise à jour : 12.10.0011
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