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Présentation de la stratégie spatiale française

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Satellites européen Galileo

Le rapport Stratégie spatiale française a été présenté le jeudi 22 mars 2012 par le ministre, qui s'est exprimé à cette occasion. Ce document rappelle les grands principes qui guident notre politique spatiale.

Discours - 1ère publication : 23.03.2012 - Mise à jour : 23.03.0012
Laurent Wauquiez

L'événement qui nous rassemble aujourd'hui fait mentir Alphonse Allais qui disait : "Les plus belles stratégies s'écrivent au passé". Je dirais plutôt, s'agissant de la stratégie spatiale française, qu'elle s'inspire du passé et s'écrit au présent. La stratégie spatiale française que nous présentons aujourd'hui puise en effet sa source et ses racines dans cinquante ans de politique spatiale, mais elle est résolument tournée vers l'avenir. Elle permet de préparer les décisions importantes que nous aurons à prendre dans les mois qui viennent, notamment au conseil ministériel de l'Agence spatiale européenne en novembre.

Il y a exactement un an, le Conseil des ministres décidait la rédaction d'un document de stratégie spatiale. Ce travail a pris du temps. Il n'était pas facile de résumer en une vingtaine de pages les principes et les objectifs de la politique spatiale française. Ce défi a pourtant été relevé haut la main, si j'en crois l'exposé de Yannick D'Escatha, qui a mis en valeur les principaux aspects de cette bible du spatial. Je veux remercier très sincèrement le groupe de travail à l'origine de ce document. Le groupe de travail a réuni autour de la même table les différentes administrations concernées par l'espace (écologie, transport, défense, industrie et recherche), mais également des parlementaires, des utilisateurs, des industriels, des scientifiques et des journalistes : c'est un symbole fort du caractère transversal de cette stratégie.

Je ne vais pas revenir sur l'ensemble des points que vous avez mentionnés. Tous sont importants et c'est bien la cohérence de l'ensemble qui dessine la stratégie spatiale française.

Permettez-moi de mettre l'accent sur trois points : la légitime fierté que la politique spatiale française doit nous inspirer, la dimension économique et industrielle de l'espace et le rôle de la France au sein de l'Europe spatiale.

La fierté liée à la politique spatiale française

En France, nous sommes animés par une conception de la politique spatiale dont nous pouvons collectivement être fiers.

La France est aujourd'hui la première puissance spatiale européenne et l'Europe figure parmi les trois grandes puissances spatiales mondiales. Ce n'est pas le fruit du hasard. Nous devons beaucoup aux décisions visionnaires du Général de Gaulle et à l'engagement des pères fondateurs : avec le CNES, ils nous ont permis de disposer d'une agence spatiale à l'excellence reconnue, grâce à Ariane, ils nous ont offert un accès indépendant à l'espace, socle indispensable de toute politique spatiale.
Mais la France n'a jamais considéré qu'être dans le pool de tête international était une fin en soi. Les autres grandes puissances spatiales, Etats-Unis et URSS hier, Chine aujourd'hui, ont toujours utilisé la politique spatiale pour affirmer leur avance technologique et leurs ambitions géopolitiques. Au contraire, et c'est un choix assumé, les stratégies spatiales française et européenne ont avant tout une vocation citoyenne, de service public : dès le départ, et davantage encore aujourd'hui, elles visent un espace utile aux citoyens comme à la puissance publique. Cette approche fondée sur l'humain est un marqueur fort ancré dans l'histoire commune de l'Europe. Elle explique notamment que nous ayons fait démarrer dès les années 60 les premiers travaux qui aboutiront au lancement du satellite de télécommunications Symphonie, et que nous ayons développé dès les années 70 une filière d'excellence dans l'observation optique, avec SPOT.

Nous pensons en effet que l'objectif numéro 1 de la politique spatiale est de se mettre au service des Français et des Européens. L'espace est entré dans la vie quotidienne d'un grand nombre de Français: 6 millions d'entre nous possèdent une parabole de télévision, 22 millions un récepteur de navigation par satellite. C'est grâce à la R&D financée par le CNES que nous pouvons recevoir aujourd'hui partout en France l'internet en haut débit avec le satellite Ka-Sat construit par Astrium, et que des millions d'Africains pourront bientôt faire de même avec la constellation O3B, dont je voyais chez TAS un des satellites. Pour aller plus loin et passer au très haut débit par satellite, l'Etat a décidé d'investir 40 millions d'euros, et jusqu'à 100 millions d'euros en cas de succès, sur de nouveaux programmes de R&D dans le cadre des investissements d'avenir.

L'espace est devenu indispensable à nos concitoyens. Mais il l'est encore davantage à la puissance publique. Grâce aux satellites de reconnaissance Helios, nous possédons une autonomie de décision garante de notre souveraineté. Grâce aux moyens spatiaux, les systèmes d'alerte et de sauvetage en sécurité civile permettent par exemple de localiser les personnes en détresse. Le système international COSPAS-SARSAT a sauvé plus de 30 000 vies en 20 ans. J'observais aussi tout à l'heure le travail d'intégration d'un satellite MeteoSat : on oublie trop souvent quelle révolution l'espace a apporté dans les prévisions météo (qui, quoi qu'on en dise parfois, sont de plus en plus fiables !), avec, par exemple, des progrès majeurs pour l'agriculture, le tourisme, les transports et la gestion de l'énergie.

Les Français doivent pouvoir s'approprier cette politique spatiale. C'est tout l'enjeu de la stratégie spatiale. J'ai voulu que ce document soit une synthèse de référence pour les experts, mais écrite dans un style clair et accessible aux néophytes. La publication de la stratégie s'accompagne du lancement d'une rubrique internet grand public sur le site du ministère : grâce au travail du CNES et d'Alain Cirou, directeur de la rédaction du magazine Ciel & Espace, elle donne des réponses à tout ce que nous avons toujours voulu savoir sur l'espace sans jamais oser le demander, comme "à quoi sert Galiléo alors que le G.P.S. existe déjà ?".

La dimension économique et industrielle de l'espace 

Mais l'espace est plus qu'un outil utile aux politiques publiques. Investir dans l'espace se justifie aussi et surtout par des considérations économiques. L'espace est l'investissement d'avenir par excellence.

Les retombées économiques du spatial sont massives. L'investissement dans l'espace est rentable à long terme grâce à un très fort effet de levier : les bénéfices de Galileo pour l'économie européenne sont estimés à 90 milliards d'euros sur les 20 prochaines années. Mais il ne faut pas opposer espace économique et espace scientifique : nous devons garder de grands programmes scientifiques, notamment d'exploration, pour que l'espace continue à faire progresser la science.

C'est pourquoi le budget spatial de la France a été préservé et même renforcé au cours du quinquennat : le budget annuel pour 2012 est en hausse de 16% par rapport au budget 2007. La France continue à investir dans l'avenir, même en période de rigueur. Le Président de la République et le Premier Ministre l'ont rappelé en novembre dernier à l'occasion du cinquantième anniversaire du CNES : cet investissement est compatible avec les restrictions budgétaires et il est même notre meilleure assurance-vie face à la crise. Dans le cadre des investissements d'avenir, 600 millions d'euros ont été dédiés à l'espace avec, en plus du très haut débit par satellite que j'ai évoqué, trois projets orientés sur les satellites et la préparation du lanceur du futur.

L'investissement dans le spatial permet de structurer une filière industrielle d'excellence. L'industrie spatiale est une grande et belle réussite européenne. Sa compétitivité lui a permis d'acquérir une position forte sur les marchés commerciaux. J'ai été très impressionné par ma visite de la salle d'intégration des satellites cet après-midi. Astrium et TAS représentent à eux deux 40% du marché commercial des satellites tandis qu'Arianespace est le leader des lancements commerciaux avec plus de 50% des satellites commerciaux en service.

Nous devons nous donner les moyens de développer les compétences de notre industrie spatiale. Mais cette stratégie ne fonctionnera que si nous cessons les guerres picrocholines entre les différents acteurs industriels. Il y a place en France et en Europe pour deux grands groupes industriels spatiaux. Mais ils doivent savoir s'allier, dans le respect des règles européennes, quand dupliquer les compétences s'avère trop coûteux. Le programme "satellites du futur" lancé dans le cadre des investissements d'avenir est exemplaire : Astrium et TAS travaillant ensemble sur la R&D qui permettra de créer la nouvelle génération de plateformes de satellites de communication.

Si l'industrie joue le jeu de l'équipe de France du spatial, l'Etat est prêt à remplir sa part du contrat. J'ai le plaisir d'annoncer aujourd'hui la création d'un comité de concertation de la politique spatiale qui permettra de faciliter les échanges d'informations entre la puissance publique et l'industrie spatiale.

Pour pleinement exploiter le potentiel économique de l'espace, nous devons favoriser le développement en France d'applications et services à haute valeur ajoutée. Je veux que les Google Earth de demain soient français. L'exemple de la P.M.E. ACRI, dont je salue le Président Philippe Bardey, est symbolique de la réussite de l'écosystème d'innovation de Sophia Antipolis : grâce à une coopération avec le laboratoire d'océanographie de Villefranche-sur-Mer et le CNES, ACRI s'est spécialisée dans l'analyse de la couleur de l'océan et est par exemple capable de prévoir la présence de méduses – appréciable pour les touristes qui vont bientôt se presser ici. ACRI tire un pourcentage croissant de ses revenus de la commercialisation des services (déjà 5%).

La France doit jouer un rôle moteur au sein de l'Europe spatiale

La France doit être une force d'entraînement au sein de l'Europe spatiale. Notre leadership nous donne une responsabilité. C'est pour cela que nous avons décidé de préparer l'avenir d'Ariane 5 en lançant dans le cadre des investissements d'avenir des études pour un montant de près de 200M€. Ces études permettront à l'Europe d'être immédiatement opérationnelle quand elle prendra en novembre prochain la décision de lancer le développement d'un nouveau lanceur, quel qu'il soit. A ce sujet, ma position est claire : nous devons prendre la décision de façon dépassionnée sur la base de deux critères objectifs: l'adéquation avec les besoins des clients institutionnels et commerciaux et la réduction des coûts.

Les volets français et européen de notre politique spatiale sont profondément complémentaires. Il ne s'agit pas de jouer la France contre l'Europe. Nous ne pouvons pas nous payer en Europe le luxe de dupliquer inutilement nos compétences. Tous nos efforts combinés ne seront pas de trop pour rivaliser avec les géants qui nous font face (le budget spatial américain est 6 fois supérieur aux budgets européens).

Grâce à la France, l'Europe spatiale est entrée dans une nouvelle ère. Notre pays s'est engagé depuis de nombreuses années en faveur de la montée en puissance de l'Union européenne dans le monde spatial. Seule l'U.E. peut donner à la politique spatiale cette légitimité politique qui lui a fait défaut jusqu'ici.
L'U.E. a vocation à s'intéresser à l'ensemble des sujets spatiaux. Galileo et GMES sont bien entendu les premiers exemples concrets de la compétence spatiale de l'U.E.. Mais il faut aller plus loin. Pourquoi l'U.E. ne soutiendrait-elle pas Ariane pour garantir à tous les Européens un accès indépendant à l'espace ?

Dans cet objectif, l'U.E. doit utiliser au mieux les compétences techniques qui existent à l'ESA et chez les Etats-membres. Il serait absurde que la Commission reconstitue une ESA bis.

Surtout, ce système ne pourra fonctionner que si la Commission comprend les spécificités du secteur spatial. Il ne s'agit pas d'idéologie, d'être par principe pour ou contre la concurrence. Il faut définir les règles de façon pragmatique, en fonction des caractéristiques de chaque marché. La commande d'un système spatial ne peut pas obéir aux mêmes règles que celle de fournitures de bureau. Il faut assumer pour l'espace une vraie politique industrielle fondée sur la préférence européenne. Tous nos partenaires le font : pourquoi pas nous ? Cela vaut évidemment au premier chef pour les lanceurs. Je me réjouis que la Commission se soit ralliée à notre proposition de faire lancer Galileo par Ariane.
Dans ce contexte, vous connaissez la position de la France et de nombreux autres Etats sur les propositions de la Commission concernant l'avenir de GMES. GMES doit être financé par le budget de l'UE. Ne pas le faire serait envoyer au monde le désastreux signal que l'UE ne veut pas ou ne peut plus assumer une politique spatiale ambitieuse et tournée vers l'avenir.

Révolution numérique, défi climatique, avance technologique, emploi industriel. C'est peu dire que la politique spatiale possède des réponses clés à des questions majeures pour l'avenir de nos sociétés et de nos économies. Mais à condition que nous en prenions conscience et que nous nous en donnions les moyens. Je sais que je prêche aujourd'hui des convaincus. Mais il importe que vous jouiez le rôle de passeurs, que ce message soit diffusé le plus largement possible à tous les Français.

Saint-Exupéry disait : "L'avenir, tu n'as pas à le prévoir mais à le permettre." Si nous voulons vivre l'avenir que la politique spatiale nous promet, nous devons continuer à investir dans l'avenir en unissant nos forces pour concentrer notre effort et faire les bons choix. C'est ce principe qui a guidé l'action du gouvernement au cours des années qui viennent de s'écouler. C'est ce message que la France portera au niveau européen au cours des mois qui viennent.
 

1ère publication : 23.03.2012 - Mise à jour : 23.03.0012
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