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Remise de la médaille de l'innovation du C.N.R.S.

Le mercredi 20 juin 2012, Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a remis le prix de l'innovation du C.N.R.S. à trois lauréats. La deuxième édition de cette distinction, créée par le C.N.R.S., a honoré Patrick Couvreur, José Alain Sahel et Alain Benoît.Ces éminents chercheurs ont manifesté, tout au long de leur carrière, un intérêt permanent pour les applications concrètes et les bénéfices sociétaux de leurs résultats de recherche.

Discours - 21.06.2012
Geneviève Fioraso

Trois chercheurs remarquables

Je suis très heureuse d'être parmi vous, au C.N.R.S., pour la deuxième fois depuis ma nomination comme ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Si je suis présente aujourd'hui, c'est pour féliciter trois chercheurs remarquables pour leur contribution à des innovations significatives: Patrick Couvreur, José-Alain Sahel et Alain Benoît.

Dans nos sociétés de la connaissance, la recherche est devenue le principal moteur de la croissance, c'est-à-dire de la création d'emplois. Elle joue aussi un rôle essentiel pour résoudre les grands défis auxquels nous sommes confrontés. Il ne faut pas réduire la recherche à ce rôle mais il faut être conscient de ces enjeux. Cet impact socio-économique de la recherche passe par l'innovation.

Le passage de la recherche, souvent incarnée par une invention, une connaissance, une technologie, à l'innovation n'est pas linéaire. Mais l'expérience nous montre que l'innovation de rupture, celle qui est naturellement associée à la recherche publique, est étroitement liée à l'excellence de la recherche, qu'il s'agisse de la recherche fondamentale, de la recherche orientée ou de la recherche partenariale. C'est dans cet esprit que le C.N.R.S., présidé par Alain Fuchs, présent à mes côtés, honore nos chercheurs parmi les plus brillants à travers la Médaille de l'Innovation.

Je tiens à vous dire à quel point je suis personnellement attachée à amplifier le lien entre l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation.

C'est par le biais de ces regards croisés que nous parviendrons à répondre aux grands défis auxquels nous sommes confrontés : défis économiques -la croissance-, défis sociétaux- l'accès aux soins, aux ressources essentielles, au savoir, à l'emploi pour les 9 milliards d'humains qui composeront la planète en 2050. Le rôle de la recherche est aussi d'anticiper cette situation et de contribuer à trouver des solutions.

Les trois lauréats que nous distinguons aujourd'hui, Alain Fuchs, le jury qui a présidé au choix et moi-même, ont pour point commun d'avoir des parcours pluriels, enrichis d'expériences interdisciplinaires. Tous les trois sont les acteurs d'une recherche qui mène à l'innovation et leurs parcours sont exemplaires.

Patrick Couvreur, biopharmacien

Cher Patrick Couvreur,

Votre parcours exceptionnel nous rappelle à quel point l'innovation de rupture naît d'abord d'une passion insatiable pour la recherche, d'une intuition remarquable et souvent d'une rencontre.
C'est en effet votre rencontre à l'Université catholique de Louvain avec l'équipe de Christian de Duve, Prix Nobel de Médecine en 1974, qui a ancré vos recherches dans le domaine de la galénique : faire entrer les molécules dans les cellules, tel était le problème théorique à résoudre. Créer des nanomédicaments, des "microformes", pour répondre aux besoins de l'industrie pharmaceutique. C'est cette idée, formidablement innovante, qui a été le fil conducteur de vos recherches.

Votre parcours est un plaidoyer en faveur de la circulation des idées et des chercheurs à travers les frontières, dans un monde de la recherche évidemment internationalisé. Francis Puisieux a su percevoir votre esprit créatif et vous attirer dans le laboratoire de pharmacie galénique de l'Université Paris-Sud, à Châtenay-Malabry, dont vous avez assumé la direction de 1998 à 2010. Vos travaux de très grande qualité ont ainsi trouvé leur aboutissement avec la découverte de l'action positive des nanoparticules dans le traitement des tumeurs. Grâce à vous, la recherche médicale a progressé dans le traitement des cancers et des maladies infectieuses.

Au-delà de vos contributions scientifiques majeures, vous vous êtes positionné à la croisée de la recherche fondamentale et de l'industrie pharmaceutique.

L'innovation que vous avez suscitée par vos travaux s'est incarnée par la fondation de la société Bio-alliance, créatrice de plus de soixante emplois. Une recherche de haut niveau, un transfert par la création d'entreprise, le développement économique d'une société : votre parcours nous confirme combien l'innovation est une longue aventure.

Vous nous rappelez également le rôle fondamental de la formation dans ce que l'on appelle parfois "le triangle de la connaissance", aux côtés de la recherche et de l'innovation. En créant l'école doctorale "Innovation thérapeutique", vous soutenez l'idée qu'il faut "former à l'innovation".

Cette conviction, je la partage pleinement. Sensibiliser à l'innovation et à sa complexité est un véritable défi pour un pays comme la France, dont la tradition scientifique et technologique a souvent eu tendance à confondre recherche appliquée et innovation.

Vous avez dit vous-même : "ma principale fierté n'est pas d'avoir fait ces découvertes, c'est surtout d'avoir formé des dizaines d'étudiants à la recherche". Ma fierté aujourd'hui est de récompenser à la fois votre action de formateur et vos formidables découvertes.

José-Alain Sahel, clinicien-chercheur dans le domaine de la vision

Cher Professeur José-Alain Sahel,

Cet esprit de médecin-chercheur innovant, Professeur José-Alain Sahel, est celui qui vous anime au plus haut point depuis le début de votre carrière.
Confronté à l'absence de traitement pour certains de vos patients, vous avez décidé d'entreprendre des recherches sur des maladies de la rétine alors incurables. Par vos travaux et les avancées significatives qu'ils ont permis, vous avez réalisé des contributions scientifiques majeures: avec Thierry Léveillard et Saddek Mohand-Said, vous avez identifié une protéine qui permet de préserver la vision centrale. Vos découvertes peuvent être attribuées en partie à votre ténacité et à votre audace. Vous avez ainsi exploré une nouvelle discipline : l'optogénique. Inventeur tout autant que médecin, vous êtes co-auteur de 22 brevets.

A la question "D'où proviennent les grandes avancées ?", celles qui sont liées à des ruptures, vous nous apportez une réponse éclairante.

Visionnaire dans votre approche scientifique, vous êtes également un passeur extraordinaire : en faisant collaborer le monde des chercheurs et celui des cliniciens confrontés aux malades, en franchissant les lignes disciplinaires, vous nous prouvez que la recherche doit être fondée, en particulier dans vos domaines, sur l'interdisciplinarité et le travail collectif.

L'Institut de la vision, que vous avez fondé et que vous dirigez, en est un témoignage éloquent : grâce à une coopération interdisciplinaire exemplaire et un partenariat équilibré avec le monde industriel, vous avez fait de l'Institut de la vision l'un des centres de référence mondiaux sur les maladies rétiniennes.

L'Université Pierre et Marie Curie, l'INSERM, le C.N.R.S. et le Centre hospitalier national d'ophtalmologie des Quinze-Vingt en sont les institutions fondatrices et 15 équipes de recherche y sont aujourd'hui regroupées.

Tous les acteurs y travaillent dans un objectif commun : faire avancer la recherche ophtalmologique, notamment pour traiter les pathologies occulaires liées à l'allongement de la vie, plaçant ainsi l'innovation au cœur des préoccupations sociétales.

Votre détermination inébranlable et votre ouverture d'esprit ont ainsi été couronnées de succès puisque votre équipe est la première à avoir implanté il y a quatre ans des rétines artificielles en France.

Cette culture du partenariat vous caractérise, Professeur Sahel. "Quand on a une idée innovante", je reprends ici vos mots, "l'idéal est de trouver un partenaire pour la développer. Quand il n'y en a pas, il faut le créer" : vous avez, en une phrase, résumé ce qu'est le transfert pour l'innovation, porté par une entreprise innovante -souvent une P.M.E. ou une E.T.I. - ou par une création d'entreprise. Créateur d'entreprise, vous l'êtes aussi, à travers la start-up Fovea, qui a lancé trois essais cliniques en trois ans. Associé à la création d'Ophtimalia et de StreetLab, vous vous apprêtez à co-fonder deux nouvelles entreprises pour la thérapie génique et la vision artificielle. Vous nous rappelez ainsi qu'il importe de rassembler les acteurs et les instruments qui favorisent le développement de la recherche et de l'innovation, et la création d'emplois à forte valeur ajoutée d'innovation.

C'est grâce à des initiatives comme la vôtre que notre pays, et plus largement l'Europe que nous appelons de nos vœux, retrouvera toute sa place.

Alain Benoît, physicien des très basses températures

Cher Alain Benoît,

La recherche sait relever tous les défis quand on la laisse s'exprimer et se développer. Alain Benoît, votre brillant parcours en est l'exemple.

Vous êtes Directeur de recherche à l'Institut Néel de Grenoble -le lieu et la personnalité de ce grand Prix Nobel qu'a été Louis Néel ne sont pas anecdotiques mais le temps me manque pour commenter-. Votre passion pour la physique des solides vous a conduit à allier la profondeur scientifique à l'excellence technologique et le C.N.R.S. a honoré vos travaux en vous décernant sa médaille d'argent dès 1994. Vous avez ainsi démontré que les frontières que l'on dit trop souvent étanches entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée, pouvait utilement s'effacer au profit d'un projet convergent.

Aujourd'hui, au-delà de vos contributions scientifiques exceptionnelles, c'est votre rôle majeur dans le champ de l'innovation que je veux saluer. Grâce à vous, d'importantes percées expérimentales ont été réalisées et leurs applications se retrouvent dans de nombreux instruments, qui sont utilisés au-delà de nos frontières, que ce soit en Espagne, sur le radiotélescope de Pico Veleta ou encore à bord du satellite Planck.

Votre savoir-faire exceptionnel en matière d'instrumentation vous a valu la reconnaissance de la communauté scientifique.

Tout comme le Professeur Sahel, vous êtes membre de l'Académie des sciences et vos collègues astrophysiciens n'ont pas hésité à vous apporter leur soutien de longue date, l'utilisation dans l'espace du cryostat que vous avez mis au point avec votre équipe ayant en effet permis une amélioration notable de la sensibilité de leurs expériences.

Mais votre esprit de chercheur innovant a mené au-delà de la production de grands froids : en participant activement à la conception des caméras et de leur électronique, avec pour objectif final la réalisation d'une caméra de quatre mille pixels, vous soulignez que l'innovation nait souvent des ponts jetés entre les disciplines et des liens tissés entre les chercheurs.


Chers lauréats, vos travaux sont exemplaires de la richesse de la recherche française. Ils témoignent combien le chemin de la recherche à l'innovation n'est ni linéaire ni prédictible. Ils témoignent aussi de l'importance de soutenir la recherche de rupture, de long terme, sans laquelle il n'y a pas d'innovation de rupture. C'est ainsi que la recherche pourra contribuer pleinement à la relance de la croissance en France et en Europe, dans un monde de plus en plus compétitif, avec des pays émergents qui font le pari de l'intelligence, de l'éducation, de la recherche et de l'innovation.

Vous êtes trois chercheurs d'exception et, à travers vous, c'est une vision moderne de la recherche et de ses interactions qui est distinguée. Votre audace et vos prises de risques contribuent aux progrès économique, social et sociétal.

C'est évidemment aussi une vision de l'innovation de rupture, étroitement liée à la recherche publique de haut niveau, qui est mise, ce soir, à l'honneur.

Merci au C.N.R.S. d'avoir su créer cette médaille de l'Innovation et de donner ainsi de tels exemples à notre communauté scientifique.

1ère publication : 21.06.2012 - Mise à jour : 13.06.2013

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Marie-Hélène Beauvais

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