Accueil >  Recherche >  Domaines de la recherche >  Maths, physique, nanosciences, STIC

Maths, physique, nanosciences, STIC

Inauguration du supercalculateur CURIE

Inauguration du supercalculateur CURIE© X.R.Pictures

Geneviève Fioraso s'est exprimée lors de l'inauguration du supercalculateur CURIE  au Très Grand Centre de Calcul du C.E.A..

Discours - 12.07.2012
Geneviève Fioraso

Je suis particulièrement heureuse d'inaugurer avec vous le supercalculateur Curie, ici au Très Grand Centre de Calcul (T.G.C.C.) du C.E.A..

"Supercalculateur", "Très Grand Centre de Calcul" : tous ces superlatifs illustrent bien que nous sommes dans le monde de la "Haute Performance" technologique, scientifique et industrielle. Nous parlons en effet d'une puissance de calcul de 1 petaflop, c'est-à-dire d'un million de milliard d'opérations par seconde.

Cette inauguration est ainsi exemplaire à plusieurs titres.

Le supercalculateur : une importance stratégique

Elle témoigne d'abord de l'importance stratégique des supercalculateurs dans notre société et notre économie de la connaissance.

La puissance de calcul est un élément indispensable d'une politique de recherche ambitieuse. La modélisation et la simulation numérique sont devenues aujourd'hui des outils essentiels de la recherche, en complément de la théorie et de l'expérimentation. Les frontières de la science passent par des simulations de plus en plus complexes : couplage de modèles de nature diverse ou couplage des échelles pour mieux représenter les phénomènes physiques, prise en compte des incertitudes par des approches stochastiques et non plus déterministes, couplage des modèles numériques et des données mesurées pour contrôler la qualité des modèles... tout concourt à faire exploser les besoins en simulation.

Cette tendance est générale et touche tous les domaines scientifiques, même ceux qui, historiquement, n'étaient pas engagés dans un dialogue fructueux avec la modélisation. Aujourd'hui, le calcul haute performance est structurant dans de nombreux champs scientifiques : pour l'environnement bien sûr (avec les simulations climatiques ou géophysiques), pour les sciences de la vie (pour la conception de médicaments), pour l'astrophysique, je m'arrêterai là dans l'énumération. Les supercalculateurs se sont donc à présent imposés comme de très grands instruments indispensables à la recherche académique, à l'instar des télescopes ou des accélérateurs de particules.

Cette importance stratégique vaut aussi pour les enjeux industriels.

L'accès à la simulation haute performance et à la puissance de calcul est un des éléments de notre compétitivité. La simulation fait partie prenante des cycles de conception et de production dans de nombreuses filières industrielles, comme les transports terrestres ou encore l'aéronautique et le spatial (pour simuler les matériaux, pour simuler les systèmes), Dans des filières stratégiques comme l'énergie, le calcul haute performance est devenu un outil irremplaçable en permettant de simuler des phénomènes qui ne sont pas reproductibles à l'échelle d'un laboratoire: je pense par exemple à la prospection pétrolière (avec l'imagerie géophysique) ou encore, bien sûr, à la simulation des réactions nucléaires. Le secteur du multimédia, notamment avec la conception des films en 3D, est devenu une autre terre de prédilection de la simulation haute performance. Et je ne parlerai pas ici des besoins pour Internet alors que la société numérique qui fait notre quotidien repose aussi sur le calcul intensif.

Par la réduction des cycles de conception (que l'on parle d'un produit manufacturier ou d'un médicament), la simulation et le calcul haute performance sont donc des éléments constitutifs majeurs de notre compétitivité.

Cette compétitivité repose sur des écosystèmes regroupant acteurs industriels et monde de l'enseignement supérieur et de la recherche. Je suis fière du rôle que joue Bull, dont je salue ici le Président, Philippe Vannier, dans l'écosystème français et européen du calcul intensif. Bull est le concepteur de la machine Curie et nous rappelle l'importance de pouvoir disposer d'une industrie informatique de rang mondial. Cet écosystème repose non seulement sur des concepteurs de matériel mais aussi sur des développeurs de logiciels. Cette diversité fait sa force.

Soutenir ces écosystèmes est essentiel : c'est tout le sens de l'Initiative HPC-P.M.E. portée par GENCI conjointement avec Inria et OSEO pour promouvoir le calcul intensif auprès des P.M.E.. C'est tout le sens aussi de la Maison de la Simulation ainsi que de la technopôle Teratec construite ici autour du T.G.C.C. avec des industriels comme Bull, des P.M.E., un institut de formation et des laboratoires communs entre la recherche et l'industrie (je pense au laboratoire sur le calcul exascale commun entre le C.E.A., GENCI, l'Université Versailles St Quentin et Intel).

Cette importance stratégique relève aussi de la politique de souveraineté et de sécurité individuelle et collective des Etats.

La politique énergétique, la politique de prévention des risques naturels, la politique de Défense s'appuient sur les apports de la simulation et du calcul haute performance. A ce titre, le calcul haute performance est un vrai enjeu de souveraineté à l'échelle de la nation et de l'Europe.

Le retour de la France dans la course mondiale au calcul haute performance

Ce caractère stratégique du calcul intensif justifie les investissements massifs des Etats partout dans le monde depuis plusieurs années. Cette inauguration est ainsi également exemplaire du chemin parcouru par la France.

En 2007, la création d'une société civile, GENCI (Grand Equipement National de Calcul Intensif) a été un signe fort du retour de la France dans la course mondiale au calcul haute performance. Fort du soutien du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, GENCI a su relever le défi qui était posé : rattraper le retard de la France en la matière.

Je tiens à saluer ici l'action exemplaire, et passionnée, de sa P.D.G., Catherine Rivière, qui a su construire cet acteur structurant au service de la politique de recherche et d'innovation française : un acteur national, avec une politique cohérente vis-à-vis des régions et inscrit dans une dynamique européenne, je reviendrai sur ces points. Je tiens aussi à remercier les associés de GENCI, au premier rang desquels le C.E.A. et le C.N.R.S., la Conférence des Présidents d'Université et Inria ; à travers eux, je tiens à saluer l'engagement de l'ensemble de la communauté scientifique française dans cet effort.

En multipliant en 5 ans par 50 la puissance de calcul disponible en France, le défi a été relevé. Qui plus est, ceci s'est fait dans un effort de cohérence de l'ensemble des acteurs français. GENCI peut à présent être considéré comme le chef de file d'un réseau qui regroupe également les centres régionaux de calcul. A travers le projet Equip@meso qu'il coordonne, GENCI a su également construire une dynamique régionale et nationale pour le calcul intensif. Cette approche intelligente de la subsidiarité mérite d'être soutenue et rentre bien dans notre politique d'articulation entre l'échelle nationale et les régions.

Une dimension européenne

Mais cette inauguration est aussi exemplaire de la dimension européenne dans laquelle la France inscrit sa politique scientifique.

L'Europe s'est dotée avec PRACE (Partnership for Advanced Computing in Europe) d'une politique ambitieuse et des moyens de sa politique. Avec PRACE, ce sont 24 pays européens qui ont fait le choix de garantir l'accès à des supercalculateurs au meilleur niveau mondial, dans la durée. Avec près de 15 pétaflops disponibles fin 2012, PRACE permet à l'Europe de faire jeu égal avec les autres grandes puissances du calcul intensif que sont les Etats-Unis, la Chine et le Japon.

Catherine Rivière va assurer la présidence de PRACE pour les deux ans qui viennent. Ceci est la reconnaissance de l'engagement européen de la France.

J'en viens enfin au supercalculateur CURIE.

Quel beau symbole que d'avoir choisi ce nom, déjà distingué par le Président François Hollande lors de son entrée en fonction, pour désigner ce supercalculateur ! Ce supercalculateur, qui constitue un des apports de la France à PRACE, est un investissement important. Il a bénéficié de la dynamique scientifique et industrielle française et européenne, qu'il va nourrir en retour.

Je tiens à saluer ici la mobilisation et le haut niveau de compétences des équipes qui ont permis la réalisation de ce beau projet : équipes de GENCI et du C.E.A./DAM, équipes du constructeur Bull.

Nellie Kroes, la vice-présidente de la Commission Européenne chargée de la stratégie numérique, l'a très bien souligné en mars dernier lors de l'ouverture du Forum PRACE : "Grâce à CURIE, la capacité en calcul intensif de l'Europe, mise à disposition par PRACE, a désormais doublé. Cela va aider l'Europe à rester en tête dans la recherche de solutions adaptées aux défis sociétaux que constituent par exemple le vieillissement, les changements climatiques et l'efficacité énergétique".

Ces politiques sont des politiques de long terme qui dépassent les clivages et les alternances politiques. Je suis fière de pouvoir confirmer l'engagement de la France dans la construction de l'Europe du calcul haute performance, pierre de touche de la construction de l'Espace Européen de la Recherche et de l'Innovation, en cohérence avec le projet présidentiel de retour à la croissance dans lequel j'inscris mon action.

 

1ère publication : 12.07.2012 - Mise à jour : 18.07.2012

Contact presse

Delphine Chenevier

01 55 55 84 24

Les recherches les plus fréquentes :

© 2013 Ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche - Tous droits réservés