Enseignement supérieur

Discours de Geneviève Fioraso au Conseil Economique, Social et Environnemental

Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

Geneviève Fioraso est intervenue en séance plénière au Conseil Economique, Social et Environnemental, à l'occasion de la remise de son projet d'avis sur la démocratisation de l'enseignement supérieur.

Discours - 25.09.2012
Geneviève Fioraso

Je tiens à vous remercier de m'avoir conviée à votre séance plénière pour la présentation du projet d'avis "Réussir la démocratisation de l'enseignement supérieur : l'enjeu du premier cycle".

Cet avis coïncide avec une rentrée universitaire qui m'a permis de dresser des orientations politiques qui croisent et rejoignent sur plusieurs points, votre analyse et vos préconisations.

Je ne peux que m'en réjouir. La démocratisation de l'enseignement supérieur exige de s'atteler à une réforme du cycle licence. Je ne parle pas d'annonces ou de mesures partielles, mais bien d'une réforme en profondeur, exigeante et urgente aussi car il s'agit d'un enjeu majeur : la réussite de nos jeunes au sein des filières du premier cycle de l'enseignement supérieur.

Mais permettez-moi tout d'abord d'esquisser rapidement quelques traits de cette rentrée universitaire :

  • 2,38 millions d'étudiants cette année. C'est beaucoup car il faut les accueillir, les former et les accompagner vers la réussite et l'insertion professionnelle. Mais c'est aussi trop peu si notre pays veut atteindre l'objectif communautaire de 50% d'une classe d'âge diplômés du supérieur.
  • C'est une rentrée qui s'effectue dans un système d'enseignement supérieur très riche mais aussi très complexe : 60% dans les universités (dont 5% dans les I.U.T.), les sections de techniciens supérieur (S.T.S., 11,0%) et les classes préparatoires aux grandes écoles (C.P.G.E., 3,4%) dans les lycées et enfin, et les autres écoles et établissements supérieurs (22,0%) dont une part importante relève d'autres ministères.
  • C'est une rentrée, encore une fois, marquée par l'importance du cycle licence puisque parmi tous ces étudiants, 500 000 s'engagent en 1ère année dans une des formations post bac (licence universitaire, S.T.S., C.P.G.E., I.U.T. ...) que nous rassemblons sous le vocable "Cycle Licence" ou encore 1er cycle.

Enfin, je soulignerais simplement 3 évolutions qui caractérisent cette rentrée : 

  • La poursuite de la hausse des effectifs étudiants, avec 34 000 étudiants de plus (+1,5 %) par rapport à la rentrée 2011. Ce qui est un bon signe !
  • L'augmentation et la diversification du nombre de bacheliers issus de la session 2012. Avec 606 000 bacheliers, ce sont 40 000 bacheliers supplémentaires dont les trois quarts sont des bacheliers professionnels. Cela exige à leur égard, une attention particulière ;
  • Une plus forte attractivité de la licence universitaire dont les effectifs croissent pour la quatrième année consécutive. A cette rentrée, ce sont près de 244 000 étudiants qui entrent en 1ère année de licence (+3.2%). En parallèle, nous assistons à une augmentation des flux vers les STS. Or, ces 3 évolutions dressent en quelque sorte le cadre qui a présidé à votre rapport et à ses conclusions. Je voudrais en retenir plus particulièrement 3 d'entre elles.

Un accès renforcé à l'enseignement supérieur

Comme vous, je considère qu'il faut que dans notre pays plus de jeunes accèdent à l'enseignement supérieur et y réussissent. Dans vos conclusions, vous soulignez "la déception et l'inquiétude de nombreux étudiants".

Je suis convaincue de la grande qualité des formations dispensées à l'université. Je constate aussi que l'université dans son 1er cycle ne suscite pas la confiance que nécessite cette qualité des formations. Il y a donc un 1er paradoxe que nous devons résoudre pour rendre, à nouveau, le 1er cycle universitaire désirable.
Je partage, de ce point de vue, une grande partie du constat que vous dressez :

  • oui, le paysage du cycle post bac est trop complexe et l'offre de formation peu lisible ;
  • oui trop de jeunes sont comme tétanisés et surtout mal informés devant ces filières supérieures très cloisonnées et ces diplômes si nombreux. Que choisir ? A quels métiers et projets d'étude mènent-ils ?
  • oui le taux d'échec en licence universitaire est trop élevé et malgré les financements du P.R.L., ce taux a augmenté de 5 points ces dernières années.

Clairement, notre système d'enseignement supérieur est dans une situation paradoxale : 

  • le taux d'échec global (% des entrants qui n'ont jamais de diplômes) est plus faible que dans la moyenne de l'O.C.D.E. (20% contre 30%) ;
  • en même temps, les redoublements, les réorientations, les abandons sont beaucoup trop importants. Ils constituent bien les principaux obstacles à une démocratisation réussie de l'enseignement supérieur parce qu'ils représentent pour nos jeunes un cout individuel et collectif inacceptable.

Une meilleure articulation des diverses voies de l'enseignement supérieur 

En second lieu, vous soulignez "la nécessité d'une meilleure articulation des diverses voies de l'enseignement supérieur, en redonnant toute leur attractivité aux universités, et en ouvrant plus largement les I.U.T. et les sections de techniciens supérieurs aux bacheliers technologiques et professionnels".

Je partage bien évidemment ce constat et je vous remercie pour la clarté de l'analyse. Regardons un instant le devenir des étudiants au regard du bac qu'ils ont préparé et obtenu.

Les données sont sans appel :la quasi-totalité des bacheliers généraux poursuivent leurs études dans l'enseignement supérieur contre trois quart des bacheliers technologiques et un quart des bacheliers professionnels. Or ce sont aujourd'hui les bacheliers professionnels qui augmentent le plus. Doivent-ils être condamnés à ne pas obtenir un diplôme supérieur ?

Ensuite, la probabilité de sortir sans diplôme de l'enseignement supérieur est profondément inégale entre les bacheliers :

  • 9% pour les titulaires d'un baccalauréat général ;
  • 29% pour les titulaires d'un baccalauréat technologique ;
  • 56% pour les titulaires d'un baccalauréat professionnel.

C'est un écart "terrible ", inacceptable là encore. Un bachelier professionnel qui veut entreprendre des études supérieures aurait donc 6 fois plus de risque d'échouer qu'un bachelier général. On ne peut pas laisser se satisfaire de cette situation.

La réussite dans les études supérieures est aussi un enjeu de démocratisation et de justice sociale. Or, l'origine sociale des étudiants français évolue très peu. Les étudiants des catégories sociales les plus favorisées continuent à être surreprésentés dans l'enseignement supérieur par rapport aux jeunes de catégories sociales plus modestes. Et ce d'autant plus que l'on avance dans le niveau de formation (4% de jeunes issus de catégories sociales modestes en doctorat/23% .

Comment y remédier ?

Vous soulignez l'importance de l'orientation. En effet, aujourd'hui, l'affectation des étudiants dans les filières supérieures n'obéit plus à la vocation de chacune d'entre elles et introduit des incohérences avec l'enseignement secondaire.

Ainsi, l'injustice sociale des résultats trouve une partie de ses origines dans un système d'orientation et d'affectation qui tend à prolonger les handicaps déjà accumulés par les élèves de catégories sociales défavorisées à la sortie de l'enseignement secondaire, et même dès l'enseignement primaire. Cela justifie totalement l'effort sans précédent en faveur de la refondation de l'école et la création de 6 000 nouveaux postes dans le quinquennat

Je vous l'accorde sans hésitation : nous assistons à une orientation vers les filières du cycle licence en partie "déréglée ". Vous en rappelez les caractéristiques et nous les partageons.

Et nous ne pouvons laisser les choses en l'état !

Mise en oeuvre d'un plan de réussite en premier cycle

Enfin, en troisième lieu, vous appelez de vos vœux à la "mise en œuvre d'un véritable plan de réussite en premier cycle portant sur l'accueil des étudiants, les conditions d'enseignement et la transition entre lycée et université".

Comment ne pas vous rejoindre, Mesdames et Messieurs les conseillers ?

Vous l'aurez compris, votre avis rejoint en grande part notre propre diagnostic dans ces premiers mois de gouvernement :

  • la réussite dans les études supérieures reste très fortement liée aux origines sociales ;
  • notre dispositif d'orientation ne fonctionne pas de manière efficace, au détriment des filières professionnelles et technologiques ;
  • les parcours d'études supérieures sont trop souvent chaotiques.

Mon ambition est claire.

L'élévation du niveau de connaissances, la réussite des étudiants, quel que soit leur bac, quel que soit leur parcours, s'inscrivent dans l'agenda défini par le Président de la République : la priorité à la jeunesse et au redressement du pays dans la justice.

Nous voulons amener à terme 50 % d'une classe d'âge à un diplôme supérieur alors que ce taux plafonne aujourd'hui à 43 % chez les 25-34 ans. Pour y parvenir, améliorer la réussite des étudiants dans l'enseignement supérieur et notamment dans le cycle licence constitue la première priorité. C'est un enjeu éducatif et économique, c'est aussi un enjeu de justice sociale.

Dès lors, à cette rentrée, mon objectif tient en un mot : la réussite.

Cette réussite, c'est d'abord celle du plus grand nombre d'une classe d'âge, pour rétablir l'ascenseur social et permettre d'accéder à la connaissance et à l'emploi.

C'est pourquoi j'ai pris dès cette rentrée des mesures concrètes, fondées sur cinq orientations :

  • une réussite par la justice sociale, en démocratisant l'accès à l'enseignement supérieur, accès qui n'a cessé de se dégrader depuis 10 ans ;
  • une réussite par l'amélioration de la vie étudiante, à commencer par le logement et la santé ;
  • une réussite par l'innovation pédagogique et la formation des enseignants à tous niveaux, avec des parcours personnalisés et accompagnés, une offre de formation simplifiée et lisible par tous ;
  • une réussite par la confiance retrouvée et le dialogue renoué avec les étudiants, les enseignants, les chercheurs et tous les personnels et partenaires de l'enseignement supérieur, grâce aux Assises ;
  • une réussite fondée sur la coopération et l'ouverture aux écosystèmes du territoire, à l'Europe, à l'international.

Parmi ces actions concrètes pour la réussite du plus grand nombre dans le cycle licence, j'en citerai quelques-unes, qui feront écho à certaines de vos recommandations :

Pour améliorer l'orientation des étudiants :

  • une action volontaire menée en faveur des bacs professionnels et technologiques dans les filières supérieures courtes (STS et IUT) ; 
  • la révision de la procédure Admission Post-Bac en attendant la mise en place du Service public territorial de l'orientation ; 
  • une réflexion de fond sur la simplification de l'offre en licence et en master ;
  • une nouvelle approche de l'articulation secondaire - supérieure autour du continuum -3 +3.

Pour améliorer les conditions sociales d'études :

  • une revalorisation des bourses et la sécurisation de leur paiement ;
  • une action en faveur du logement étudiant : encadrement des loyers, préparation d'un dispositif national de cautionnement solidaire, création de 40 000 nouveaux logements étudiants ;
  • la mise en place de 30 centres de santé universitaires en tiers-payant.

Pour améliorer la formation et la pédagogie :

  • la création de 1 000 emplois nouveaux dans les universités dès l'année 2013 en faveur de la réussite en premier cycle et de la rénovation pédagogique. Avec des objectifs clairs : Ecole Supérieure du Professorat et de l'Education (ESPE),  l'accueil et l'accompagnement personnalisés (interdisciplinarité, développement de l'alternance et des T.D., apprentissage langues étrangères, amplitude d'ouverture des bibliothèques et centres de documentation...), la rénovation pédagogique du 1er cycle : nouvelles approches, travaux en groupe, contrôle continu ....
  • le lancement dès l'automne 2012 d'une mission pour une e-Université/e-formation : Université 2.0, qui intégrera les initiatives de terrain dans un grand plan national.

Mesdames et Messieurs les conseillers, Monsieur le rapporteur, Monsieur le Président,

Parce que je crois à la qualité de notre enseignement supérieur, dans sa diversité, à la qualité de ses étudiants, de l'ensemble de ses personnels, de sa recherche, je veux partager cet objectif réussite étudiante avec tous les partenaires engagés dans le redressement de notre pays.

C'est la raison pour laquelle, conformément à l'engagement du Président de la République, le Premier Ministre m'a confié l'organisation des Assises de l'Enseignement supérieur et de la recherche, lieu d'échanges et de dialogue, ouvert sur la société.

Sans tarder, dès le 11 juillet, j'ai lancé ces Assises en installant le comité de pilotage, indépendant, présidé par le Professeur Françoise BARRE-SINOUSSI, Prix Nobel de Médecine 2008, avec pour rapporteur général, Vincent Berger. Après une phase de consultation nationale, largement engagée, et une phase territoriale qui se met en place, les Assises Nationales se tiendront les 26 et 27 novembre prochains. L'ensemble des contributions feront l'objet d'un rapport qui me sera remis fin 2012.

La réussite étudiante, notamment dans l'ensemble du cycle licence est l'un des 3 thèmes de ces assises. Et votre avis est une contribution importante dans cette indispensable réflexion collective.

Celle-ci aboutira au début de l'année 2013 sur un projet de loi sur l'enseignement supérieur et la recherche.

La réforme du cycle Licence en sera nécessairement un point fort car, comme vous, je considère que c'est Notre Priorité. Une priorité qui doit être partagée et appropriée par tous les membres de la société.

Une priorité exigeante afin d'engager le changement pour la réussite et la démocratisation, pour le redressement du pays dans la justice sociale.

 

Publication : 25.09.2012

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