Discours de Geneviève Fioraso lors de la remise du prix Le goût des sciences 2012

Geneviève Fioraso - Remise des prix Le goût des sciences 2012© XR Pictures/MESR

Geneviève Fioraso s'est exprimée à l'occasion de la cérémonie de remise du Prix Le goût des sciences 2012 qui s'est tenue jeudi 11 octobre 2012 au musée du Quai Branly.

Discours - 12.10.2012
Geneviève Fioraso

Le poète Lautréamont disait : "La poésie doit être faite par tous. Non par un". J'ai envie de vous dire exactement la même chose de la science, "la science doit être faite par tous", si l'on s'entend bien sur les termes : la science n'est pas la technologie, l'enseignement de la science ou les professions scientifiques. Autant de domaines qui seraient l'apanage des seuls spécialistes. La science, c'est avant tout un rapport au monde, qui nous unit ou devrait tous nous unir, dans la conviction que nous pouvons, que nous devons connaître les lois de la nature et des évènements, au service du progrès économique, social, sanitaire, environnemental.
C'est bien parce que la science est l'affaire de tous, que j'ai engagé les Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche, qui permettent une réflexion, un dialogue, des propositions, au niveau des territoires et de la nation, avant que soit proposée en 2013 une loi cadre sur ce sujet essentiel pour le redressement dans la justice.

L'importance de la recherche fondamentale

Le goût de la science, suppose la liberté, la liberté académique en l'occurrence, pour partir à l'aventure et explorer l'inconnu. La science nous donne aussi une leçon d'égalité et même de fraternité, parce que les vérités scientifiques, comme la loi de la gravitation par exemple, sont universelles. Elles ignorent les différences d'opinion. La science fait de nous de créatures capables, par la transmission des savoirs, par la recherche collective, fraternelle, universelle, de ces lois de la nature, de repousser leurs limites au bénéfice des femmes et des hommes. C'était déjà la conviction et le projet de Condorcet, lorsqu'il défendit l'institution d'une instruction publique à l'Assemblée nationale législative, au printemps 1792.

D'où l'importance capitale, à mes yeux, de la recherche fondamentale, qui a été terriblement dévalorisée par la parole publique, sous le précédent quinquennat, et malmenée par des réformes qui instituaient, sans concertation, une culture du résultat à court terme. Nous devons avoir confiance dans les chercheurs, leur laisser le temps, leur temps, celui de la science, sans attendre des applications immédiates, parce que l'on sait précisément que les développements technologiques majeurs procèdent tous des grandes découvertes scientifiques. De gains conceptuels, que des chercheurs ont réalisé en se confrontant à l'inconnu.

Les exemples sont légions d'innovations nées de recherches fondamentales : la radio et la TV à partir des travaux sur la nature de la lumière.  Le GPS n'existerait pas si Einstein n'avait pas réinventé notre compréhension du temps et de l'espace.

La science, un refuge pour tous

Et quand bien même la recherche fondamentale ne contribuerait en rien aux progrès technologiques, elle continuerait d'être essentielle, pour nous situer dans le monde, en fixant notre conception politique du monde, dans le sens le plus noble du mot politique : une conception fondée sur la rationalité, sur la curiosité et la volonté de progresser, une conception fondée aussi sur la mise en perspective de notre condition humaine, de son évolution, la mise en perspective aussi de la planète et de son avenir.

N'oublions pas que la démocratie est née dans le monde grec à la faveur d'une pensée rationnelle et critique, née de la circulation des idées, de la confrontation à d'autres civilisations et de la pratique de la délibération collective.

La démocratie et la science procèdent d'une démarche analogue d'ouverture à l'argument de l'autre, et à la volonté de rechercher la vérité.

Dans un monde ouvert, globalisé, où l'on craint parfois de perdre ses racines, la science offre une sorte d'hospitalité à tous, de refuge, celui des recherches et des découvertes partagées.
Mais cette conception du monde, fondée sur le goût de la science, qui nous semble évidente, à nous adultes, à nous Français, héritiers d'un riche passé pacifique, ne va pas de soi. Nous devons nous souvenir qu'elle procède d'une longue histoire, d'une longue lutte contre l'obscurantisme. C'est pourquoi nous avons tous une responsabilité : éduquer aux sciences, diffuser la culture scientifique et l'attitude scientifique. C'est toute la noblesse de la démarche, des nominés,  présents aujourd'hui, de s'être engagés dans la diffusion de connaissances, en plus du temps qu'ils consacrent à la production de ces connaissances. Cette générosité, cette ouverture à la science est indispensable.

Valoriser l'effort pédagogique à destination des plus jeunes

A cet égard, je suis très attachée à ce que le prix "le goût des Sciences", que nous remettons ce midi, propose une catégorie "la science expliquée aux jeunes", qui valorise cet effort pédagogique à destination des plus jeunes.
Et je suis aussi persuadée de l'importance de la troisième catégorie, qui en plus des livres, contribue à l'appétence des jeunes pour les sciences et l'esprit scientifique, avec sa rigueur mais aussi sa créativité, sa curiosité et sa remise en cause permanente.

Car nous observons depuis plusieurs années une crise inquiétante des vocations pour la science, en particulier chez les filles.
C'est pourquoi je soutiens les initiatives très actives de "la main à la pâte" "maths à modeler" ou " les petits débrouillards" ainsi que les initiatives des CCSTI et d'Universciences. Je crois beaucoup à la modélisation sur les techniques et cette semaine de la science y contribue.

Pourquoi pas des nuits blanches pour les labos ?

Nous devons également développer l'information scientifique, notamment à la télévision. C'est une question à intégrer dans la réflexion en cours à France Télévisions et je l'ai suggéré à Aurélie Filippetti qui adhère tout à fait à cette démarche.
A quelques exceptions près, tant par la qualité, que par la quantité, nous faisons moins bien, sur ce point, que nos voisins. Je pense en particulier à la qualité des documentaires réalisés en Grande Bretagne et du rôle de la Royal Society qui informe régulièrement les médias sur l'état de l'Art de la Recherche sur tel ou tel sujet, en toute transparence.

La science permet la plus belle des morales : une morale de l'audace, qui nous emmène à la conquête du monde, et une morale de l'humilité et de la ténacité, qui nous oblige à remettre en cause les dogmes, à progresser à petits pas, tous ensembles, soumis aux mêmes lois naturelles, unis pour nous en servir, afin de faire advenir un monde meilleur !

C'est l'esprit du "Goût des Sciences", ce prix initié et soutenu par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche depuis 2009. Je remercie le jury qui n'a pas eu la tâche facile : j'ai été très impressionnée par la qualité des propositions nominées, et je propose de découvrir ensemble le palmarès !

Publication : 12.10.2012

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Delphine CHENEVIER

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