L'espace européen de la recherche (E.E.R.)

Les technologies clés génériques (KET) ouvrent de nouveaux horizons en permettant la production de produits et de systèmes innovants

Allocution de Geneviève Fioraso en ouverture des rencontres Technologies clés génériques
G. Fioraso - ouverture des rencontres sur les technologies clés génériques© ME.S.R/XR Pictures

Geneviève Fioraso a ouvert la journée d'information dédiée aux technologies clés génériques, organisée par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le 8 novembre 2012.

Discours - 8.11.2012
Geneviève Fioraso

Je me réjouis que vous soyez venus si nombreux, ici, au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche : les organismes de recherche et les universités, les grands groupes industriels, les E.T.I.et les P.M.E., mais aussi les pôles de compétitivité et les acteurs territoriaux.

Comme élue locale, je me suis beaucoup battue pour que l'élévation du niveau de formation, la recherche technologique et l'innovation deviennent des leviers du développement économique et social. Je connais le potentiel incroyable des KET, comme filière technologique, mais aussi comme fertiliseur du tissu des P.M.E./P.M.I.

Comme ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, je suis profondément convaincue que l'investissement massif dans la recherche publique et privée représente un atout décisif pour la croissance et pour l'emploi.

Il n'y a pas de meilleur levier que la recherche pour améliorer la compétitivité hors-coût, celle qui fait la différence, et c'est l'emploi, au bout du compte, qui en profitera.

Le premier devoir de l'Etat, c'est de donner l'exemple. Dans un budget globalement contraint, l'enseignement supérieur et la recherche ont été protégés. C'est un signal fort, pour tous ceux qui croient dans le formidable potentiel de croissance et de développement de la recherche, qu'elle soit fondamentale ou technologique, publique ou privée.

Il n'est pas question, pour moi, d'opposer la recherche fondamentale et la recherche technologique.

C'est parce que nous avons d'excellents chercheurs en recherche fondamentale, que nous pouvons espérer développer notre recherche technologique. L'un ne va pas sans l'autre. La recherche fondamentale est, aussi, source d'innovation. Le prix Nobel de Physique, décerné cette année à Serge Haroche, témoigne de  l'excellence de notre formation, de l'excellence de notre recherche et donnera des performances nouvelles au développement informatique. Pourtant ses travaux concernent la physique et l'optique quantique, des sujets particulièrement théoriques et fondamentaux. Le prix Nobel de Physique attribué à Albert Fert a donné lieu à des applications pour améliorer la performance des disques durs d'ordinateurs.

Cette excellence a besoin d'être sanctuarisée, protégée. Mais elle doit aussi être valorisée, quand cela est possible, parfois des années après, et dans des domaines d'application qui n'avaient pas pu être prédits. La recherche fondamentale permet de disposer d'un formidable capital technologique. Nous négligeons trop, en France, de le mettre à la disposition des entreprises.

Nous devons protéger ce patrimoine, qui est le fruit de l'investissement public, en maîtrisant les brevets et en favorisant sa diffusion au plus près du tissu industriel local.

En 10 ans, la part de R&D dans le P.I.B., en France, n'a pas augmenté. Elle stagne un peu en-dessous de 2,3%. Ce n'est pas suffisant. Seule l'innovation permet la montée en gamme de nos produits et services, en partie dans l'industrie, ce qui nous améliorera notre compétitivité qualité, et nous permettra de faire progresser nos exportations.

Avec mes collègues, Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin, nous travaillons, ensemble, étroitement, à cette politique prioritaire et structurante. Le travail conjoint de nos deux ministères, dans la préparation de cette journée, en témoigne.

La clé de voûte de notre politique, vous l'avez compris, c'est la technologie, qui a toujours été le parent pauvre de l'innovation en France.

Dans tous les domaines industriels, les KET vont jouer un rôle clef. Les nouvelles technologies, en effet, s'emboîtent entre elles, et nous obligent à être présents sur tous les fronts de l'innovation.

Le développement des véhicules électriques, par exemple, pivot de la mobilité durable, nécessite des batteries de nouvelles générations, qui intègrent des nanomatériaux, pour augmenter leurs performances de stockage.

La poursuite de la loi de Moore, en microélectronique, "more than Moore", pousse aujourd'hui l'industrie des semi-conducteurs à des technologies de miniaturisation extrêmes, basées, là aussi, sur les nanotechnologies.
La compétitivité de notre industrie, enfin, passe par des techniques nouvelles de "Manufacturing", qui sont partie intégrante du programme européen KET et Multi-KET.

L'enjeu est d'arriver à traverser cette fameuse "vallée de la mort", que décrit très bien le Groupe de haut niveau sur les KET présidé par Jean Therme, le directeur de la recherche technologique au C.E.A.. Cette vallée de la mort sépare le champ fertile de la recherche fondamentale du marché.

Le programme KET et Multi-Ket, sur lequel je vais revenir, a conçu un "pont" pour mieux diffuser les résultats de la recherche fondamentale. Ce pont repose sur 3 piliers :

  • celui de la recherche technologique ;
  • celui du développement ;
  • enfin, celui de l'industrie manufacturière à valeur ajoutée.

Nous devons, sans attendre, tous ensemble, bâtir ce pont !

Nous avons la chance, en effet, que la Commission européenne ait saisi l'ampleur et l'urgence de cet enjeu, et se soit mobilisée sur cette question, même si cela a été fait tardivement, alors que dans notre pays, par exemple, nous déplorons la perte de 750 000 emplois industriels au cours de ces dix dernières années. 

Elle a identifié, en septembre 2009, six technologies dites "clés" (Key enabling technologies), car elles ouvrent de nouveaux horizons, en permettant la production de produits et de systèmes innovants. Ces six technologies sont : la micro-nanoélectronique, les matériaux avancés, les nanotechnologies, les biotechnologies, le photonique et les systèmes avancés de production.

En juillet 2010, la Commission a mis en place un Groupe de 27 membres de haut niveau (High-Level Expert Group on Key Enabling Technologies), pour affiner ces questions.  La France a largement participé à ces travaux : Jean Therme a assuré la présidence du groupe, où étaient également représentés Arkema, Saft, Soitec, ST Microelectronics et le ministère du redressement productif.

Dans son rapport, le groupe a proposé onze recommandations. Elles dépassent le cadre de la seule recherche, fût-elle technologique : elles constituent un plaidoyer pour la mise en place d'une véritable politique industrielle à l'échelle de l'Union dans le domaine des KET.

Cette politique propose le financement de phases aval en R&D par l'Union européenne. C'est une façon de reconnaître l'importance d'une recherche plus technologique et du développement de produits. En particulier, l'utilisation de l'échelle T.R.L.  dans les règles d'évaluation spécifiques pour les projets européens de R&D est préconisée.

Aller vers l'aval, c'est-à-dire vers les débouchés du marché, c'est aller jusqu'à la mise en place de "lignes pilotes". C'est favoriser le développement de prototypes et la réalisation d'outils et de facilités de production.

Pour les auteurs du rapport, nous ne devons pas hésiter à favoriser l'émergence de ces nouvelles filières, en les finançant, ensemble : l'Union européenne, les Etats et les régions.

Nous disposons de moyens pour cela : la combinaison des subventions d'Horizon 2020 et des Fonds structurels. Le groupe préconise d'adapter le régime des aides d'Etat, et de soutenir une première exploitation de la recherche cofinancée par l'U.E. sur le sol européen.

La Commission a largement repris à son compte ces recommandations.

En juin dernier, dans sa communication sur le sujet, elle a plaidé pour une politique globale, coordonnant les différentes facettes des Kets : la R&I (Recherche & Innovation), la formation, les fonds structurels, la coopération internationale et les politiques en matière d'aide d'Etat et de concurrence.

A la base de cette politique et de cette stratégie industrielle, il y a la recherche et l'innovation. C'est pourquoi la Commission a choisi de soumettre au Conseil et au Parlement européen une proposition qui va dans ce sens : mobiliser six milliards d'euros dans le futur programme cadre de recherche et d'innovation 2014-2020, Horizon 2020.

Les financements sont un carburant essentiel à la recherche. Mais cela ne suffit pas : il faut évidemment que le moteur fonctionne. A cet égard, nous avons progressé, dans les dernières semaines, en simplifiant le système. Vous savez que les ministres européens de la recherche, réunis à Luxembourg, le 10 octobre dernier, en "conseil de compétitivité", ont décidé d'adopter une simplification radicale pour Horizon 2020. Nous avons choisi le principe d'une estimation forfaitaire, simple et unifiée, pour l'établissement des financements des projets et le M.E.S.R. a joué un grand rôle, en lien constant avec mon homologue allemande, Annette Schavan, pour obtenir cette simplification qui rendra plus attractifs les programmes pour les laboratoires publics et les P.M.E..

Le conseil Compétitivité a ainsi choisi un modèle de financement qui permet une mise en œuvre plus rapide, plus transparente, qui libère du temps de recherche et réduit les risques d'erreurs et de contentieux.

Dans le cadre de cet accord, les équipes académiques verront leurs coûts directs remboursés à 100%, y compris pour des activités proches du marché.

Il faut maintenant nous organiser pour aller chercher résolument ces crédits européens.

Je vous rappelle que, si la France contribue à près de 17 % du 7e P.C.R.D.T., son taux de retour n'est que de 11,6 %. Il faut inverser cette tendance. Et pourtant notre taux de succès est supérieur à la moyenne. Mais, submergés par la frénésie d'appels d'offres pendant le précédent quinquennat, les chercheurs français ont moins répondu aux programmes européens, se privant ainsi non seulement de fonds, mais surtout de l'influence et la mise en réseau indispensable de notre recherche à un niveau européen.

S'organiser, cela signifie profiter de l'opportunité de croissance de ces technologies clefs, pour rapprocher, en France, comme en Europe, la recherche fondamentale de la recherche industrielle, et faire émerger de nouvelles filières industrielles.

La France a de solides atouts à faire valoir pour réaliser le continuum entre la recherche fondamentale sur les Kets, et leur développement expérimental.
Cela exige, naturellement, la mobilisation simultanée et, mieux encore, coordonnée, des acteurs du tissu industriel et de la recherche publique. Nous disposons, avec les pôles de compétitivité, les instituts Carnot, les Instituts de recherche technologique (I.R.T.) et les Instituts d'excellence dans le domaine des énergies décarbonées (I.E.E.D.), d'un environnement favorable pour proposer de nouveaux projets de KET.

Je sais que la fertilisation croisée donne déjà de bons résultats dans les domaines de la photonique et de la microélectronique. Mais tous les autres secteurs ciblés par cette politique européenne représentent un fort potentiel.

La politique européenne va dans le bon sens. Nous allons dans la même direction. A nous, désormais, de tout mettre en œuvre pour avancer.

Cette journée doit y contribuer, en jouant son rôle d'information et de sensibilisation :

  • nous partagerons aujourd'hui les premiers retours d'expériences du 7e P.C.R.D.T., et ses différents programmes concernant les KET : les nanotechnologies, les matériaux avancés, les activités liés aux procédés de fabrication, les activités Photonique et Microélectronique ; 
  • nous devons profiter de cette rencontre, aujourd'hui, pour mettre au clair les volets du programme de travail "KET et multiKET", et son approche "aval" des KET ; 
  • c'est aussi l'occasion, bien sûr, de dresser un tableau complet des sources de financement au niveau européen, national, régional, en abordant en détail l'ingénierie financière.

J'attends également de cette journée qu'elle nous permette d'anticiper les échéances à venir, en discutant des types de projets qui pourraient être soutenus (objectifs R&D, position sur l'échelle Technology Readiness Level (T.R.L.), taille des projets et des consortia, types d'acteurs, ingénierie financière à privilégier, propriété intellectuelle , procédures de sélection) ; 

Enfin, et surtout, n'ayez pas peur de poser vos questions, de soumettre vos objets préoccupations, de faire connaître les obstacles que vous pouvez rencontrer !

Nous devons aborder tous ces sujets avec une grande liberté, sans tabou, et une absence totale de complexe. C'est maintenant que nous devons le faire. C'est ce travail qui nous permettra d'être les plus efficaces pour aborder les questions qui sont encore en discussion avec la Commission.

Cette journée doit trouver des prolongements. Une réflexion collective doit s'épanouir, et permettre aux acteurs de se préparer pour relever le défi de la réindustrialisassions du pays, par l'innovation et la technologie.

Pour conclure, je veux vous redire que ma politique sera fondée sur la recherche d'un juste équilibre : d'un côté, nous devons laisser toute la liberté académique et le temps nécessaire à la recherche fondamentale, pour laisser s'épanouir sa créativité. C'est là que naissent les ruptures technologiques de demain. Le futur ordinateur quantique utilisera très probablement les travaux purement théoriques de Serge Haroche, que j'évoquais tout à l'heure !

Mais nous ne devons pas être naïfs : les pays qui seront les plus déterminés à investir massivement dans la technologie, et qui seront les plus réactifs, tireront le plus grand bénéfice économique et social de la connaissance produite.

Avec le programme KET et Multi KET l'Europe relève le défi de cette compétition du savoir et du savoir-faire !

Alors, poussons avec ardeur et enthousiasme les feux de la recherche technologique ! Je sais pouvoir compter sur vous, et je vous en remercie !

1ère publication : 8.11.2012 - Mise à jour : 9.11.2012

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