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Biologie et santé

Remise du Grand Prix Inserm 2012 à Philippe Sansonetti

Remise du Grand Prix Inserm 2012© Inserm/Etienne Begouen

Geneviève Fioraso s'est exprimée à l'occasion de la remise du Grand Prix Inserm 2012, attribué au Professeur Philippe Sansonetti, directeur de l'Unité  "Colonisation et invasion microbienne des muqueuses" à l'Institut Pasteur de Paris, en reconnaissance de ses travaux de recherche sur l'infection microbienne. 

Discours - 4.12.2012
Geneviève Fioraso

Je suis très heureuse d'être parmi vous ce soir pour remettre le Grand Prix Inserm 2012 à Philippe Sansonetti.

Je le suis à plusieurs titres. D'abord, parce que je crois à la vertu des prix scientifiques, qui permettent de promouvoir des trajectoires personnelles, et d'incarner, pour le public, le monde de la recherche dans des vocations individuelles.

Ensuite, parce que je suis très attachée à la recherche bio-médicale que le Grand Prix Inserm honore : elle répond en effet à de grands défis sociétaux et démontre la vertu du décloisonnement. Décloisonnement entre recherche fondamentale et recherche clinique, mais aussi entre les disciplines.

Enfin, je suis particulièrement heureuse de remettre ce Grand Prix 2012 à Philippe Sansonetti, parce que son parcours, et les grandes avancées qu'il a permises, illustrent à merveille ces ambitions.

Cher Philippe Sansonetti, nous venons de voir un joli film, qui vous présente, vous et vos travaux. Il m'inspire plusieurs réflexions.

En bon scientifique, vous vous défaites de l'illusion biographique, vous échappez à la construction rétrospective d'une vocation toute tracée. Vous faites droit à la contingence, en remontant dans le temps : la rencontre avec Jacques Monod, la banalité de vos modèles livresques.

Mais vous seriez vraiment trop modeste en vous situant sur le seul plan des contingences.

Quand Jacques Monod vous a donné quarante huit heures pour saisir la chance qu'il vous offrait, vous lui avez répondu dans les cinq minutes.

Vous avez lu, comme beaucoup d'enfants de votre génération, des portraits de grands scientifiques. Mais tous ne sont pas devenus, comme vous, un connaisseur de très haut niveau de la microbiologie cellulaire et du monde microbien qui cohabite avec l'homme.

En effet, cher Philippe Sansonetti, vous avez voué votre vie à l'étude de quelques-unes de ces bactéries qui sont dix fois plus nombreuses dans notre corps que nos propres cellules.

Votre double formation de médecin hospitalier, spécialiste des maladies infectieuses, et de chercheur, vous a conduit à cibler particulièrement shigella, une bactérie pathogène à croissance intracellulaire. L'enjeu n'est pas mince, puisque shigella est responsable de la dysenterie bacillaire, qui provoque la mort de près de 500 000 enfants, chaque année, dans le monde.

Vous avez mené tout au long de votre carrière des travaux combinant la biologie moléculaire, la génétique bactérienne et la biologie cellulaire puis tissulaire et immunologique. L'interdisciplinarité, vous la pratiquez. Je connais et j'apprécie aussi votre plaidoyer en sa faveur. Vous avez pu les exprimer, il y a un peu plus de quatre ans, dans le rapport sciences et technologies de l'Académie des Sciences sur la maîtrise des maladies infectieuses.

Cher Philippe Sansonetti, vous avez toujours été soucieux de prolonger vos travaux de recherche fondamentale en applications utiles pour la santé publique. Vous avez considérablement œuvré pour rapprocher l'horizon d'un vaccin contre la dysenterie. Vous êtes plus généralement impliqué dans les politiques de santé publique en matière de maladies infectieuses et de vaccinothérapie, dans de nombreuses organisations, et notamment à l'O.M.S..

En cela, vous êtes bien l'héritier de cette longue lignée de chercheurs et de médecins qui font l'honneur de l'Institut Pasteur, depuis son fondateur jusqu'à Françoise Barré-Sinoussi, récompensée du prix Nobel de médecine pour ses travaux sur le VIH en 2008, et présidente des Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche. En suivant ces grands modèles, vous avez converti, sans relâche, les connaissances fondamentales en outils de lutte contre les maladies infectieuses et parasitaires. Telle est la vocation de l'Institut Pasteur, dont le Président de la République inaugurait, il y a trois semaines, le nouveau bâtiment dédié aux maladies émergentes, soit 1600 m2 dévolus à 400 chercheurs, et qui porte le beau nom de François Jacob.

Je suis heureuse aussi de saluer votre enthousiasme intact pour la science, un enthousiasme encore juvénile. Vous n'êtes pas rassasié par vos découvertes et des nombreux prix qui les ont déjà récompensées. Vous continuez à avancer : vous avez récemment obtenu le label de laboratoire d'excellence, l'I.B.E.I.D. (Biologie intégrative des maladies infectieuses émergentes) avec Pascale Cossart.

Ce projet est un programme intégré important, qui permettra d'anticiper les futures maladies infectieuses et de les prendre en charge. Je m'en réjouis car, malheureusement, les maladies infectieuses continuent de tuer 14 millions de personnes chaque année dans le monde. Selon l'O.M.S., une nouvelle maladie fait son apparition chaque année.

Vous veillez également à la transmission de votre savoir en assumant la charge, depuis 2008, de la Chaire de Microbiologie et maladies infectieuses du Collège de France. Vous le faites avec enthousiasme et avec ferveur. Cette mission de transmission est pour moi parfaitement complémentaire de l'activité de recherche.

Tout cela est exemplaire de l'excellence de notre recherche, et je veux profiter de ce prix qui vous est remis, pour renouveler plus largement ma confiance à l'ensemble de notre communauté scientifique. La société sait le prix de vos efforts. Nous devons vous rendre hommage et vous donner les moyens de vos actions.

A l'Institut Pasteur, à l'occasion de l'inauguration du bâtiment François Jacob, le Président de la République m'a demandé de "prendre toutes les dispositions pratiques, tous les moyens juridiques, dans le cadre d'un nouveau projet de loi sur la recherche, pour permettre une meilleure organisation de la recherche et notamment de la recherche biomédicale".

Je m'engage, devant vous, à avancer dans ce sens. Les Assises nationales qui se sont tenues ici même, la semaine dernière, ont montré que la communauté scientifique était résolument et collectivement disposée à s'engager dans la simplification nécessaire de notre système de recherche. Simplification des procédures, simplification des structures, pour que la vie de chaque chercheur soit plus facile, et que notre effort général soit mieux coordonné. Cette simplification doit s'accompagner d'une lisibilité améliorée de notre recherche, de toute notre recherche.

C'est pourquoi je souhaite rendre sa sérénité, et son rythme, de moyen et long terme, à la recherche fondamentale, dans toutes les disciplines. C'est pourquoi aussi je souhaite favoriser le décloisonnement pour que recherche fondamentale, recherche partenariale, recherche technologique et transfert vers l'industrie et donc vers l'emploi, se fécondent et s'enrichissent mutuellement. Vous êtes l'exemple parfait de ce dialogue et de cette interaction entre recherche fondamentale, recherche clinique et recherche translationnelle. C'est ainsi que nous saurons, ensemble, relever les défis qui justifient, cher Philippe Sansonetti, que l'on voue sa vie à la science, et je vous remercie.

 

 

 

 

 

 

Publication : 4.12.2012

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Delphine CHENEVIER

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