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Allocution de Geneviève Fioraso lors de la cérémonie des voeux du CNES

Cérémonie des voeux du CNES© Franck Dunouau

Geneviève Fioraso s'est exprimée à l'occasion de la cérémonie des voeux du CNES. La ministre a notamment tenu à rendre hommage à son Président Yannick D'Escatha, qui quittera la présidence de l'institution en mars 2013.

Communiqué - 9.01.2013
Geneviève Fioraso

Je veux tout d'abord vous souhaiter, à vous, à vos familles et à tous ceux qui vous sont chers, une belle et heureuse année 2013 Je suis très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui, à l'occasion de cette cérémonie des vœux 2013.

C'est l'occasion pour moi de dresser un bilan, et de réfléchir avec vous aux enjeux à venir.

Le CNES a parfaitement commencé son deuxième demi-siècle, puisque 2012 a consacré de nouveaux succès impressionnants : 10 lancements réussis, dont le premier Véga, le conseil ministériel de l'ESA à Naples, qui a, entre autres, confirmé le programme Ariane 6.

Le parcours de Yannick d'Escatha

Mais je veux aussi profiter de ces vœux pour dresser un bilan plus large, celui d'une décennie fantastique, qui correspond à l'engagement d'un grand commis de l'Etat. Un président du CNES qui va laisser sa marque dans cette grande maison.

Cher Yannick d'Escatha, je très heureuse que cette occasion me permette de faire l'éloge de votre action, puisque votre présidence correspond à une séquence particulièrement brillante du spatial français, un cycle qui demeurera associé à votre personnalité et à vos réalisations.

Dans l'histoire du spatial, la période des dix années que nous venons de vivre, restera celle de grandes réussites, que symbolise la série de 53 lancements sans échec, série ininterrompue depuis dix ans ! Ces réussites sont collectives, elles doivent beaucoup à l'expertise et au dynamisme du CNES, d'Arianespace ainsi que des industriels qui conçoivent et fabriquent.

La réussite collective, le service du bien public, ne sont pas de vains mots, s'agissant de votre trajectoire impressionnante.

Cher Yannick d'Escatha, vous incarnez parfaitement la figure du "grand commis" de l'Etat, selon cette belle formule qui associe le sens de la mission à l'intérêt général de la nation.

Et quelle plus grande aventure que celle de l'espace ?

A vous entendre parler, à l'instant, j'ai d'ailleurs eu le sentiment que le spatial vous avait apporté les plus belles joies de votre carrière. Une carrière toute entière vouée au service public : à l'enseignement et la recherche, d'abord, puis à l'administration de nos plus beaux établissements techniques et industriels.

A Technicatome, au C.E.A., à E.D.F., vous avez connu le succès partout où vous êtes passé, toujours soucieux d'adapter ces très beaux outils, et leur riche héritage, aux exigences du présent et à l'anticipation de l'avenir. C'est vrai sur le plan du management comme sur le plan scientifique, technologique et industriel, autant d'exigences qui ne sont pas séparables, et contribuent, ensemble, à la réussite globale.

Au C.E.A., que vous avez réorganisé pour moderniser son système de management et améliorer sa stratégie, vous avez, toujours veillé à l'équilibre indispensable entre recherche fondamentale et recherche technologique. Parmi bien des réussites, je retiendrai que vous avez été le "bâtisseur" de la recherche technologique actuelle du C.E.A. avec la Direction des Technologies Avancées (D.T.A.) devenue depuis la Direction de la Recherche Technologique avec le succès que l'on sait. Vous êtes à l'origine de cet outil précieux, utile à l'emploi et dont il nous faut préserver l'intégrité, la réactivité et l'originalité. Vous avez, dans toutes vos missions, été particulièrement attentif à l'emploi, en faisant la promotion d'une culture résolument tournée vers le transfert et la valorisation, des notions qui me sont chères.

A E.D.F., vous avez piloté la politique industrielle de l'Entreprise et en êtes devenu en janvier 2002, le Directeur Général Délégué.

Mais c'est surtout votre action à la tête du CNES que je veux évoquer avec vous tous, aujourd'hui. Ce nouveau défi professionnel était de taille : l'échec du premier vol de qualification d'A5-ECA avait plongé l'Agence dans le doute. Dix ans plus tard, le bilan est impressionnant.

Comme avec le C.E.A., vous avez sur réorganiser le CNES, repenser son système de management, refonder ses priorités et sa programmation, renouveler ses relations avec l'Etat, assainir, enfin, sa situation financière. Mais, avant tout, vous avez maintenu et développé ses compétences de pointes, uniques en Europe.

Votre bilan, celui de tous les personnels du CNES, est impressionnant : l'Etat a retrouvé un CNES efficace, un outil bien géré, au service des besoins du pays.

J'ai évoqué les 53 succès successifs d'Ariane 5 : c'est sans doute la réussite la plus visible, la plus symbolique de notre secteur spatial. Mais elle ne doit pas masquer les autres réussites : la mise en place du lancement de Soyouz en Guyane et ses 4 vols parfaitement accomplis, le 1er vol de qualification réussi pour Véga à Kourou, le lancement de plus de 30 satellites, avec toutes les applications essentielles dans la vie courante et dans le domaine militaire : géolocalisation, observation de la terre, télécommunication internet, surveillance de l'espace.

Cher Yannick d'Escatha, pendant dix ans, vous avez été l'ambassadeur du spatial français. Vous avez contribué à son bilan exceptionnel. Ce qui vous a porté, c'est votre passion et votre force de travail exceptionnelle. Vous laissez une agence florissante, au seuil d'une nouvelle histoire, que vous avez su anticiper.

Ce bilan exceptionnel s'inscrit dans une histoire déjà ancienne, dont je veux retracer rapidement les grandes lignes, pour mieux dessiner avec vous la suite de l'aventure spatiale. Car un tel héritage nous oblige, et commande de plus belles réussites.

Missions historiques du CNES et son inscription dans l'Europe de l'Espace

Le programme spatial français est né au début des années 60, sous l'impulsion du général de Gaulle. Dès 1961, la France s'est ainsi dotée d'une agence spatiale, le CNES, et a décidé de développer un lanceur, la fusée Diamant. Le succès de ce programme a permis à la France de devenir en 1965 le troisième pays, après l'Union soviétique et les Etats-Unis, à envoyer un satellite dans l'espace.

Le soutien de l'Etat à un effort industriel et technologique important en faveur de l'espace ne s'est jamais démenti depuis. La France a ainsi développé un programme spatial national ambitieux.

Pour autant, il est vite apparu que le domaine spatial était particulièrement adapté à une coopération européenne. A l'initiative de la France, l'Europe s'est dotée, par étapes successives, de capacités spatiales à la mesure du potentiel offert par l'Espace. Un de mes illustres prédécesseurs, le plus illustre de l'avis général, Hubert Curien, y a beaucoup contribué. Son action en tant que Président du CNES puis Ministre de la Recherche et de l'Espace a été déterminante dans la construction de l'Europe spatiale.

En fédérant ses efforts dans l'Agence spatiale européenne (ESA), créée en 1975, l'Europe a acquis, avec Ariane, l'autonomie de l'accès à l'espace. L'Europe a mis en place un véritable programme scientifique permettant de faire progresser la science mais également de maîtriser les technologies spatiales et d'en explorer les applications possibles.

C'est grâce à ses efforts constants et la vision de personnalités comme Hubert Curien, Claudie Haigneré ensuite, Jean-Jacques Dordain à la tête de l'ESA et l'expertise de tous les industriels que la France occupe, dans le domaine spatial, la première place en Europe.

Le succès de la France repose sur la convergence des efforts des différents acteurs, et notamment sur son agence spatiale, le CNES, unique en son genre en Europe.

Il est évident, mais il est des évidences qu'il est parfois bon de rappeler, que la France ne souhaite pas la dilution du rôle du CNES. L'Europe, l'ESA, le CNES, chacun de ces échelons ont leur pertinence.

Le 19 décembre dernier, j'ai eu le plaisir d'assister, en duplex avec Kourou comme aujourd'hui,  au dernier lancement d'Ariane 5 de l'année avec l'ensemble des partenaires qui y ont contribué. Ce fut un splendide lancement qui résume parfaitement, je crois, le succès de cette filière des lanceurs européens dont le CNES a été à l'origine et continue d'être un acteur essentiel. C'est le succès d'une aventure européenne engagée, le 24 décembre 1979, avec le premier vol de la fusée Ariane 1.

Perspectives d'avenir

Ces réussites nous obligent.

Cher Yannick d'Escatha, chers amis, nous venons de vivre des moments très importants pour l'avenir de l'Europe spatiale.

En effet, malgré le contexte économique difficile, des décisions importantes ont pu être prises lors du dernier Conseil ministériel de l'ESA qui s'est déroulé à Naples, les 20 et 21 novembre derniers. Elles permettent de tracer la voie pour un avenir européen enthousiasmant.

Conformément à son mandat, la France a privilégié les secteurs d'excellence de sa recherche et de son industrie, en ligne avec sa politique spatiale. Nous avons obtenu, et vous l'avez largement exposé cher Yannick, des résultats qui confortent une politique spatiale européenne ambitieuse :

  • décision sur ARIANE 6 : Ariane 6 a été actée et une première tranche de travaux 2013-2014 a été décidée, avec une forte synergie entre Ariane 6 et Ariane 5 ME adaptées. Le système européen de lancement est ainsi renforcé à moyen et long terme ;
  • préservation du niveau d'excellence de l'Europe dans les satellites de météo et d'observation de la Terre ;
  • renforcement de la compétitivité de l'industrie européenne des satellites de télécoms ; 
  • poursuite d'un programme scientifique de grande qualité ;
  • poursuite de l'exploitation de l'ISS, tout en en maîtrisant les dépenses.

Ces résultats ont pu être obtenus grâce à un intense travail de la part de tous les acteurs européens impliqués : gouvernement, CNES, ESA, industriels, ce qui démontre une fois encore que l'Europe du spatial est un exemple concret d'une Europe qui avance.

Je tiens à souligner tout particulièrement la qualité exceptionnelle du travail accompli par l'ESA, le CNES, Arianespace et les industriels, dans la préparation et la conduite de ce conseil qui n'était pas gagné d'avance, comme vous l'avez souligné.

J'ai modestement tiré du Conseil de Naples quelques leçons pour l'industrie et l'ambition française  de cette filière spatiale en Europe.

Si nous avons pu faire prévaloir notre vision auprès de nos partenaires européens, et ce, n'a pas été facile, croyez-moi, c'est que nous avons respecté quelques conditions qu'il me paraît indispensable de conforter à l'avenir :

  • l'expertise d'une filière complète de la recherche fondamentale à la valorisation et au transfert vers l'industrie, grands groupes, E.T.I. et P.M.I./P.M.E. ;
  • la solidarité d'une équipe France qui a joué "groupée" et dont les membres ont su renoncer à faire valoir leurs intérêts spécifiques pour s'accorder sur un projet commun et cohérent. C'est cette intelligence collective qui a prévalu à Naples ;
  • l'anticipation de l'avenir, en jouant toujours un coup d'avance car nous sommes dans un monde où les mutations sont rapides, avec un marché très évolutif ;
  • La préoccupation de préserver et développer l'emploi et l'expertise industrielle, avec la recherche de solutions évitant les ruptures de charges et la fragilisation des emplois ;
  • la construction d'un projet fédérateur pour la France et pour l'Europe.

Je remercie, à cette occasion, Jean-Jacques Dordain, directeur général de l'ESA, du rôle efficace qu'il joue depuis de nombreuses années, en parfaite complicité et complémentarité avec vous, Yannick, au service d'un projet scientifique et industriel européen. Son aide, sa compréhension sont tout à fait capitales.

Le spatial est un exemple dont de grands secteurs industriels peuvent utilement s'inspirer. Il contribue, grâce à la diffusion de technologies de pointe dans de nombreux secteurs industriels, au redressement du pays par l'innovation et la compétitivité qualité.

La montée en puissance de l'Union Européenne dans le domaine spatial est un atout. Nous la souhaitons, et nous l'accompagnons, en veillant à une clarification de la gouvernance entre les différents acteurs. Les discussions sont engagées tant du côté de l'ESA, lors de son conseil de Naples que de l'UE lors du Conseil compétitivité du 12 décembre. Elles devront se poursuivre en 2013.

La composante nationale de l'activité spatiale civile française s'exprime dans le cadre du programme "multilatéral" du CNES et dans celui du Plan d'Investissement d'Avenir. La subvention annuelle du programme "multilatéral" a pu être maintenue à un niveau très substantiel, malgré le contexte économique contraint, signe de l'intérêt fort que porte le gouvernement à cette filière.

Vous le voyez, cher Yannick d'Escatha, chers amis, le secteur spatial européen a encore de très belles aventures à vivre. Et de grands défis à relever. Il appartiendra à votre successeur, de relever le flambeau, afin que les années à venir permettent de poursuivre la belle aventure à laquelle vous avez largement contribué.

Je vous remercie, tous, de votre implication, de votre compétence, de votre passion, au service de ces enjeux enthousiasmants, j'ai presque envie de parler de la cause de l'espace.

Je remercie et je salue une fois encore Yannick d'Escatha pour son engagement personnel, enthousiaste, passionné et d'une exigence scientifique exceptionnelle, au service de l'espace. Je formule des vœux ardents pour que, tous ensemble, nous relevions, dès cette année, dans l'état d'esprit souhaité, les défis qui nous attendent.

Je sais pouvoir compter sur vous !

Je vous souhaite à tous une très belle année 2013 !

 

Publication : 9.01.2013

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