La Ministre et le secrétaire d'État

Discours de Geneviève Fioraso lors de la cérémonie des voeux

Cérémonie des voeux aux acteurs de l'ESR© MESR/X.R.Pictures

Geneviève Fioraso s'est exprimée à l'occasion de la cérémonie de voeux aux acteurs de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, lundi 21 janvier 2013 au Musée du Quai-Branly.
 

Discours - 21.01.2013
Geneviève Fioraso

C'est pour moi un grand plaisir de vous retrouver dans ce lieu magnifique et ô combien symbolique pour présenter à chacun d'entre vous mes vœux personnels et chaleureux pour une très belle année 2013, pleine de petits et grands bonheurs pour vous et vos proches et remplie, je vous le souhaite, de projets créatifs et enthousiasmants.

Mes premiers remerciements s'adressent au Président de la société des amis de ce musée, Louis Schweitzer, à son Président, Stéphane Martin et à tous leurs collaborateurs qui nous accueillent ce soir dans ce lieu exceptionnel. Jean Nouvel et Gilles Clément, architecte et paysagiste de ce projet, l'ont conçu comme une passerelle végétale, un pont suspendu entre la nature, notre civilisation de pays dit "développé" et une civilisation, un patrimoine, des cultures venues de loin, trop souvent méconnues, voire méprisées et pourtant si riches.

Claude Levi Strauss appelait ces civilisations d'Océanie, des Amériques, d'Afrique, d'Asie les "fleurs fragiles de la différence". Au fond, c'est un message d'universalité que nous renvoie ce musée-nature, avec une magnifique sculpture du Mali à l'entrée de la grande nef, la célèbre statue Djenneké, qui illustre à elle seule le bien-fondé du soutien actuel de notre pays à ce pays ami pour l'aider à faire reculer l'obscurantisme qui le menace. L'universalité se construit aussi sur cette solidarité.

L'universalité, qui est le contraire de la standardisation,  naît des échanges entre les peuples, entre les cultures. C'est bien ce qui caractérise d'abord l'enseignement supérieur et la recherche.

Nous sommes dans un monde en pleine mutation, qui interroge nos organisations, nos politiques, nos valeurs même. Si je préfère parler de mutation plutôt que de crise, c'est d'abord parce que c'est plus stimulant pour démarrer une nouvelle année, mais surtout parce que je suis convaincue que nos sociétés, dans les pays développés, font face aujourd'hui à des changements à la fois rapides et profonds liés à des équilibres nouveaux dans le monde. Nous sommes confrontés à des enjeux sociaux, environnementaux, culturels, scientifiques, technologiques, industriels tout à fait inédits.

Les politiques que nous menons ne consistent pas à nous adapter à ces changements pour les accompagner passivement, avec un temps de retard, elles visent au contraire à les anticiper pour en être des contributeurs et des acteurs.

Le message que je voudrais partager avec vous ce soir n'est donc pas celui de la fatalité ou de la résignation, qui acterait un déclin annoncé dans un climat de morosité générale. Encore moins celui du pessimisme, qui conduit le plus souvent au renoncement. Sous l'impulsion du Président de la République et du Premier ministre, le gouvernement auquel j'appartiens veut faire face aux défis du redressement de notre pays avec détermination et volontarisme. Nous avons le souci d'inscrire votre action dans la justice, dans un climat de dialogue et de confiance retrouvées. Ce redressement a son rythme, pas celui de la précipitation ou des effets d'annonce stériles suivis de lendemains désenchantés : chacun a pu vérifier l'inefficacité d'un tel procédé. Notre rythme, c'est celui du quinquennat, qui autorise une évolution profonde, sur le fond et porteuse d'un avenir durable. Dans cette évolution, dans la recherche de solutions aux défis du présent et de l'avenir, l'enseignement supérieur et la recherche occupent une place tout à fait privilégiée. Mon message aujourd'hui est donc un message de confiance dans l'avenir et de volonté d'agir ensemble dans la durée.

Ce qui se joue dans le renforcement de nos capacités de formation, de recherche, d'innovation, c'est bien l'élévation du niveau de qualification pour le plus grand nombre, les échanges de connaissance et d'idées à tous niveaux, de la recherche fondamentale, partenariale jusqu'au transfert vers l'industrie et la société pour créer des emplois, susciter et diffuser des modèles de progrès pour tous.

C'est cette projection indispensable dans l'avenir, qui nourrit la priorité à la jeunesse que le Président de la République François Hollande a voulu impulser à toute notre action politique. C'est aussi dans cet état d'esprit que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault construit avec constance, volonté et en dialogue ce qu'il appelle le nouveau modèle français. Ce n'est pas un mouvement isolé. Au Japon, le programme fédérateur pour permettre au pays de surmonter le traumatisme de Fukushima s'appelle "re-birth", la renaissance et il est fondé sur la connaissance, la recherche et l'innovation.

Plus que jamais, il faut décloisonner, développer la créativité, miser sur la coopération entre nos sites, nos acteurs, plutôt que sur la seule compétition, qui trouve vite ses limites dans un pays de notre taille et isole des territoires.

Cela n'empêche ni les défis, ni les émulations qui stimulent l'exigence de qualité, de performance et la découverte.

Ce qui vous réunit tous ici, enseignants, chercheurs, étudiants, acteurs de l'enseignement, acteurs culturels, sociaux, économiques, c'est le rôle essentiel que vous avez à jouer, c'est cette mission commune, au service de l'intérêt général de notre pays. Mon ambition, celle de mon ministère, c'est d'inscrire l'action de l'enseignement supérieur et de la recherche au cœur de ce grand projet de redressement national.

J'ai conscience des difficultés, croyez-moi. La réalité, pas seulement budgétaire, que j'ai découverte depuis ma prise de fonction est assez éloignée du triomphalisme de façade qui avait prévalu dans un passé récent. Le clivage entre des sites et des acteurs mis en compétition frontale, la précarisation des statuts d'une partie du personnel liée à une réduction de crédits pérennes au bénéfice d'une certaine frénésie d'appels d'offres, la complexité croissante de structures de recherche que certains ont pu comparer à des strates géologiques..., l'illisibilité de notre offre de formation pour les jeunes comme pour leurs familles, les employeurs et la communauté internationale et, conséquence partielle de tous ces dysfonctionnements, sûrement la plus grave, un ascenseur social en panne, et même en régression, qui révèle notre incapacité à assurer des parcours d'orientation et de formation réussis aux jeunes issus des familles les plus modestes.

Ce constat est sévère mais nous devons l'accepter et l'affronter. Loin de nous décourager, il doit stimuler notre énergie et notre volonté commune d'améliorer une situation qui engage l'avenir de notre société et, singulièrement, des jeunes générations.

Une nouvelle méthode : le dialogue

Des changements s'imposaient donc. Quelques mots d'abord sur la méthode proposée. Là aussi, un peu comme pour ce musée qui se nourrit du passé pour imaginer le futur, il fallait trouver un équilibre entre la préservation de notre histoire universitaire et de recherche riche et originale, dans sa diversité, et la mise en œuvre des évolutions nécessaires. J'ai voulu aussi, en évitant une remise en cause systématique, respecter un milieu déjà fortement déstabilisé par la défiance dont il a fait l'objet. Chacun se souvient en particulier du discours présidentiel du mois de janvier 2009, infâmant pour les chercheurs.

C'est ce qui explique aussi les difficultés financières que connaissent aujourd'hui trop d'universités, quelques années après des transferts de responsabilité mal mesurés et conduits à marche forcée.

J'ai donc choisi une méthode pragmatique, respectueuse du travail effectué par les équipes au cours de ces dernières années, mais aussi une méthode politique et prospective.

Cette méthode s'appuie sur le dialogue, j'en reparlerai, sur la préparation d'une loi que nous sommes en train de finaliser en concertation et sur un travail coopératif où l'Etat assumera toutes ses responsabilités de stratégie, de régulation, d'accompagnement, d'impulsion et de contrôle tout en laissant place aux initiatives venues des territoires. Le meilleur en somme de l'organisation jacobine et girondine que l'on aime pourtant tellement opposer dans notre pays alors que leur complémentarité est le meilleur levier de notre redressement. Tout ne sera pas dans la loi. Le changement s'incarnera aussi par un travail partenarial associant l'Etat, les établissements, les organismes, ouvert à l'Europe et à l'international.

Ce dialogue s'est engagé dès le mois de juin, avec la mise en place d'un comité de pilotage indépendant des Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche, présidé par Françoise Barré-Sinoussi, qui a suscité la participation dans les territoires de plus de 20 000 acteurs, la tenue de plus de 110 auditions, la prise en compte de plus de 1 200 contributions écrites, la tenue de dizaines de séminaires thématiques. Après des assises nationales ouvertes par le Premier ministre fin novembre, un rapport final a été remis par le comité de pilotage et son rapporteur Vincent Berger au Président de la République, avec plus de 130 recommandations issues de ce travail collectif.

Je veux remercier tous les acteurs qui ont contribué à la réussite de cette grande consultation, en particulier les correspondants territoriaux et le comité de pilotage pour leur engagement et leur travail intensif et efficace. Grâce à cette mobilisation importante, qui a d'ailleurs surpris quelques sceptiques, nous disposons d'une légitimité démocratique pour engager notre travail commun, à commencer par la loi, qui sera présentée en conseil des ministres au début du mois de mars et dont je vais indiquer les grandes orientations.

Des mesures déjà engagées

Mais, auparavant, je veux d'abord faire le bilan de ce qui a été déjà décidé ou engagé depuis le mois de mai 2012. Car des mesures d'urgence s'imposaient. La première, c'était l'abolition de la circulaire Guéant, qui, en réduisant les droits des étudiants et chercheurs étrangers, avait donné à notre pays une image de repli sur soi contraire à notre culture d'universalité.

Cela a été fait dès le 31 mai 2012, un an jour pour jour après sa promulgation : cette suppression a été accueillie très favorablement par tous les milieux en France et dans le monde, à commencer par le milieu économique.

Pour débloquer des plans campus dont pas une pierre n'est encore posée 5 ans après leur annonce,  j'ai mis en place dès le mois de juillet une mission opérationnelle présidée par le Conseiller d'Etat Roland Peylet, pour remettre en mouvement, avec un agenda précis, les treize projets en panne, en leur offrant notamment des modalités plus diversifiées que la seule procédure juridique de Partenariats Public Privé (P.P.P.). A Bordeaux, est d'ailleurs née une formule inédite et alternative, le P.P.P.u, un Partenariat Public Public, associant l'Université de Bordeaux, la Région et la Caisse des dépôts et consignations, un partenariat rendu possible grâce à un décret pris à mon initiative en Conseil d'Etat le 15 octobre dernier. J'ai voulu libérer les initiatives territoriales, avec l'accompagnement d'un Etat stratège et actif. Cette année 2013, je vous le confirme, sera donc l'année des permis de construire pour des projets et équipements universitaires et de recherche nouveaux ou rénovés, la construction de logements tant attendus par les étudiants. Les collectivités territoriales, au premier rang desquelles les Régions et les métropoles, ont été à nouveau associées à ces projets, qu'elles co-financent d'ailleurs largement, aux côtés de l'Etat et je les en remercie.

Autre décision importante pour notre recherche scientifique comme partenariale avec l'industrie, grands groupes comme P.M.I.-P.M.E. : la naissance les 20 et 21 novembre dernier, à la conférence ministérielle de l'Agence Spatiale Européenne de Naples, d'un nouveau lanceur, Ariane 6, obtenue de haute lutte par la France que je représentais, après avoir rassemblé dès le mois de juin la communauté des acteurs nationaux pour adopter une position commune, loin d'être acquise au départ et c'est un euphémisme. Je veux ici saluer les chercheurs et les industriels du domaine pour avoir su dépasser leurs intérêts particuliers au profit de l'intérêt général. Comme souvent, notre capacité à négocier unis sur la base d'un socle commun solide a été décisive pour un secteur dont les investissements considérables. 1.1 milliards d'euros par an pour la recherche publique civile française dans les années à venir, suscitent des avancées qui profitent ensuite à des domaines très diversifiés : de l'observation de la terre, jusqu'aux nouveaux matériaux pour toute l'industrie.
J'ai voulu aussi engager sans tarder ce qui me tient peut-être le plus à cœur et qui constitue un enjeu prioritaire pour notre gouvernement: un parcours de réussite pour tous les étudiants, quel que soit leur baccalauréat, en intervenant à la fois sur leur orientation et sur leurs conditions de vie.

C'est dans cet esprit que j'ai demandé aux recteurs, aux I.U.T. et aux universités concernés d'admettre en priorité sur les places vacantes les titulaires de baccalauréats professionnels dans les sections S.T.S. et les titulaires des baccalauréats technologiques dans les I.U.T.. Je sais que cette demande suscite encore des inquiétudes que je voudrais apaiser. Compte tenu des flux d'étudiants concernés, cela permettrait aux I.U.T. d'accueillir près de 50 % de bacs technos et 50 % de bacs généraux en moyenne.

Il n'y a donc pas d'inquiétude à avoir sur des baisses de niveau pré-supposées, d'autant que le Ministère accompagnera les étudiants éventuellement en difficulté. Les 1000 emplois par an dont j'ai obtenu la création sont précisément consacrés à améliorer la réussite des étudiants en premier cycle. La situation actuelle n'était pas acceptable. Non seulement l'orientation des titulaires de bacs pros vers le premier cycle à l'université était souvent un choix par défaut, faute d'être acceptés en S.T.S.,  mais leur taux d'échec était de 6 à 7 fois supérieur à celui des titulaires de bacs généralistes. Il convenait donc, à la fois par justice sociale et par conformité aux missions initiales, de réguler en amont les orientations, tout en favorisant les passerelles pour celles et ceux désirant ensuite poursuivre des études plus longues à l'université ou dans des écoles.

C'est dans ce même esprit de réussite pour le plus grand nombre que j'ai souhaité, dans la réflexion commune engagée avec Vincent Peillon, inscrire les nouvelles E.S.P.E., les écoles supérieures du professorat et de l'éducation, au cœur de l'université, pour qu'elles puissent bénéficier de l'apport d'un enseignement disciplinaire et d'une recherche de grande qualité, tout en développant  ce que la réforme de 2010 avait supprimé, l'acquisition progressive des compétences et du savoir- faire indispensables à la transmission des connaissances et à la professionnalisation.

C'est avec ce même souci de diversifier l'origine sociale des futurs enseignants, encore réduite par le passage à la mastérisation, que nous avons mis en place, avec Vincent Peillon, un dispositif de spécifique pour les étudiants boursiers dès la seconde année de licence, avec un statut d'emploi d'avenir professeur rémunéré pour 6 000 étudiants dès cette année et 18 000 en fonctionnement plein. Et la campagne de recrutement que nous avons lancée ensemble, là aussi une première, est prometteuse  et témoigne d'une confiance restaurée dans ce métier formidable qu'est l'enseignement.

Tout ce que nous avons engagé, tout ce que nous allons mettre en place ensemble, se fera, c'est du moins ce que je souhaite, sur la base du dialogue et de la confiance. Les Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche ont permis de renouer le fil du dialogue mais elles ne sont que le début d'un processus que je veux inscrire dans la durée.

La nouvelle loi sur l'enseignement supérieur et la recherche

La prochaine étape, je l'ai dit, c'est, pour la première fois dans l'histoire de notre pays, une loi sur l'enseignement supérieur et la recherche, dont les thématiques me paraissent totalement indissociables. C'est une loi d'orientation, largement fondée sur les préconisations des assises et sur le rapport que Jean-Yves le Déaut, parlementaire en mission, a rendu au Premier Ministre Jean-Marc Ayrault le 14 janvier dernier, après avoir suivi tout le processus des Assises, en lien avec le ministère.

Ce rapport, très justement intitulé "refonder l'université, dynamiser la recherche" et sous-titré "Mieux coopérer pour réussir" est d'une qualité reconnue par tous et d'une grande amplitude. Il prépare la traduction législative des recommandations issues des assises et de nombreuses auditions. Mais il n'est pas la loi et, encore une fois, toutes les mesures et orientations ne dépendent pas seulement de la loi. La loi dessinera le cadre général permettant de refonder notre enseignement supérieur, de dynamiser notre recherche, d'assurer un parcours de réussite à un plus grand nombre de jeunes, quel que soit leur cursus, car l'exigence de qualité et d'excellence doit être la même pour toutes les filières.

Cette loi fixe trois objectifs majeurs :

  • élever le niveau de qualification de notre jeunesse et favoriser son orientation et son insertion professionnelle pour atteindre 50% d'une génération diplômée de l'enseignement supérieur, alors que ce chiffre stagne autour de 45% depuis plusieurs années ;
  • donner une nouvelle ambition à notre recherche afin de faire face aux grands défis économiques et sociétaux, tout en préservant la sérénité indispensable à la recherche fondamentale et en favorisant la recherche technologique et le transfert, nos deux points faibles par rapport aux pays comparables ;
  • renforcer la coopération entre tous les acteurs, simplifier la complexité institutionnelle, administrative, redonner une lisibilité à notre offre de formation, concilier retour à la démocratie et à la collégialité dans l'université avec efficacité et exigence de l'excellence pour tous.

L'élévation du niveau de qualification

Sur le premier point, la réussite étudiante, les universités et les écoles n'ont cessé, au cours des cinquante dernières années, d'accueillir, d'émanciper, de former et d'insérer dans la vie professionnelle une partie toujours plus importante de la jeunesse.

Nous pouvons être fiers des formidables réussites de notre service public d'enseignement supérieur, qui a su s'ouvrir largement à de nouveaux publics étudiants. L'université publique est un outil puissant et performant. Elle concilie recherche de haut niveau et accueil du plus grand nombre. Ses droits d'inscription sont historiquement abordables dans notre pays ? Utilisons-les comme un atout pour notre attractivité nationale et internationale au lieu de nous en excuser ! La qualité de l'enseignement dispensé s'accompagne d'une recherche de haut niveau  et nous pouvons en être fiers. Vous l'avez compris, je suis tout à fait décomplexée, et je vous invite à l'être aussi, vis à vis de classements internationaux construits sur des critères réducteurs au profit d'un système anglo-saxon très différent de notre modèle.

C'est pourquoi je me réjouis de l'adoption par l'Europe, sur laquelle je me suis mobilisée avec la majorité de mes homologues, d'un modèle de classement plus qualitatif et plus complet, le système U-multirank, déjà mis en place en Allemagne, qui rendra bien plus justement compte de la valeur des universités européennes.

Par ailleurs, la qualité de notre recherche fondamentale, en mathématiques, en biologie, en chimie, en physique, en sciences humaines et sociales est tout à fait remarquable et les récents prix Nobel, médailles Fields, médailles d'or du C.N.R.S. en témoignent.

Je remercie à cet égard le professeur Serge Haroche de l'immense fierté nationale suscitée par l'obtention en octobre dernier de son prix Nobel de physique pour les travaux en optique quantique qu'il mène avec son équipe depuis tant d'années et à un tel niveau de qualité, tout comme je remercie les scientifiques de haut niveau, de toutes les disciplines, qui ont apporté leur contribution et leur soutien aux Assises.

Nous pouvons donc être fiers de la qualité de notre enseignement supérieur et de notre recherche. Mais nous devons aussi être lucides et améliorer les dysfonctionnements dont nous avons dressé un diagnostic convergent au cours de ces derniers mois.

Le premier concerne l'échec en premier cycle à l'université, les difficultés sociales des étudiants et le déficit de jeunes diplômés par rapport aux pays comparables, la faible proportion de jeunes issus de milieux sociaux défavorisés, de plus en plus faible au fur et à mesure de l'avancement dans les études, plus faible encore en moyenne dans les écoles, l'illisibilité d'une offre de formation, avec 3 400 intitulés de licence et 7 900 intitulés de masters, ce qui pénalise à la fois l'orientation et l'insertion professionnelle car ni les familles "sans décodeurs" ni les employeurs ne s'y retrouvent dans un tel maquis d'intitulés. Et pourtant le diplôme demeure pour les jeunes la meilleure protection contre le chômage.

Voilà pourquoi la réforme que nous mettons en œuvre a comme priorité la réussite des étudiants, en ciblant l'orientation et le premier cycle. La  loi prévoit d'introduire davantage de pluridisciplinarité dans le cursus de la licence, afin de faciliter la spécialisation progressive et les réorientations. Elle engage résolument la simplification de l'offre de formations, en divisant au moins par 10 le nombre d'intitulés de diplômes tout en augmentant le nombre des diplômés. Elle veut non pas supprimer, comme je l'entends parfois, mais rapprocher les Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles des Universités (C.P.G.E.) afin que la recherche irrigue en amont l'enseignement de nos futures élites et que les étudiants puissent bénéficier d'équivalences et de passerelles. Les conventions que nous voulons établir entre les C.P.G.E. et les universités existent d'ailleurs déjà, en particulier pour les prépas littéraires.

Notre souhait est de les généraliser à toutes les filières et de permettre, dans des conventions élargies entre C.P.E.G. et universités se choisissant mutuellement, d'en définir les modalités, en toute responsabilité, y compris pour les conditions d'inscription à l'université. A ce propos, car pour relativiser des propos parfois excessifs, je rappelle que les frais d'inscription en licence se montent à 180 euros par an et que tous les boursiers en sont exonérés. La loi confirmera par ailleurs les orientations prioritaires que j'ai déjà évoquées pour les bacs pros en STS et les bacs technos en I.U.T. .

Les innovations pédagogiques, grandes oubliées du plan licence dont les 730 millions d'euros ont abouti à un recul de plus de 5 % de la réussite en premier cycle, contribueront à la réussite du plus grand nombre. Je citerai deux mesures phares. La première, c'est la mise en place d'un plan numérique ambitieux sur tout le territoire, France Universités Numérique, qui permettra la mise en ligne d'une partie des cours magistraux, un encadrement plus personnalisé des étudiants ensuite et favorisera la mise en réseau des enseignements  et les partenariats nationaux et internationaux. La seconde mesure concerne l'amélioration de l'insertion professionnelle des diplômés, par le développement de l'alternance que je veux doubler d'ici 2020 ainsi que par des stages mieux encadrés et l'incitation à l'entreprenariat, car l'université de tous les savoirs doit aussi être celle de tous les métiers.

Cette volonté d'améliorer la réussite en licence s'accompagne des moyens indispensables pour améliorer l'encadrement et promouvoir l'innovation pédagogique avec la création dès 2013 de 1 000 postes d'enseignants chercheurs et de personnels techniques et administratifs, une dotation renouvelée chaque année pendant le quinquennat, avec une affectation prioritaire pour répondre aux besoins du premier cycle.

Permettez-moi de dire un mot sur l'un des chantiers que je vais ouvrir parallèlement à ce travail législatif et qui contribue à la réussite en premier cycle : c'est celui des conditions de vie étudiante. Un programme ambitieux pour le logement étudiant, à hauteur de 40 000 logements programmés dans le quinquennat, ainsi que la création de centres de santé sur les campus ont déjà été engagés.  La réforme des aides sociales à venir sera l'un des rendez-vous majeurs de cette année. Je souhaite améliorer le pouvoir d'achat des étudiants : c'est la raison pour laquelle le budget 2013 de mon ministère, qui a bénéficié en 2013 d'une augmentation globale de 2,2 %, ce qui en fait un budget hautement prioritaire dans un contexte très contraint, a augmenté de 7% pour la partie vie étudiante. L'ensemble du dispositif des aides étudiantes va être étudié, pour optimiser son efficacité sociale et accompagner l'autonomie en fonction des ressources réelles des étudiants.

Comme cela concerne plusieurs ministères, une mission va établir des scénarios qui serviront de base à la négociation avec les organisations étudiantes. Je me suis engagée aussi à développer la mobilité étudiante en Europe et dans le monde en ouvrant davantage les programmes Erasmus aux étudiants des filières professionnelles et technologiques.

A mon initiative, avec mes principaux collègues européens, nous allons adresser un courrier commun à cet effet à la Commission européenne en faveur du programme européen "Erasmus pour tous" que nous refusons par ailleurs de rebaptiser, comme le voudrait la Présidente de la commission éducation "Yes Europe".  D'ailleurs, même mon collègue britannique, David Willets, a dit "no" à "Yes Europe".

Quant aux étudiants étrangers, le message du gouvernement est clair : bienvenue en France ! L'abrogation de la circulaire Guéant doit s'accompagner de meilleures conditions d'accueil. Nous y répondrons en 2013, avec le ministre des Affaires étrangères et le ministre de l'Intérieur, afin que notre pays, fidèle à la tradition d'accueil et fier de son rayonnement international considère ces étudiants et ces jeunes chercheurs comme une richesse. Rappelons que 41 % des thèses de doctorat sont soutenues annuellement par des doctorants étrangers et que tous ces étudiants seront les meilleurs ambassadeurs de notre pays dans les pays où les mènera leur carrière professionnelle.

Donner une nouvelle ambition à la recherche

Le deuxième objectif de la loi est de permettre à notre recherche, dans toute sa diversité, de mieux répondre aux grands enjeux sociétaux des décennies à venir. Un agenda stratégique de la recherche, inscrit dans la loi, précisera les priorités à venir, qui seront harmonisées avec celle du programme européen Horizon 2020.

Elles concerneront des sujets comme la transition et l'efficacité énergétiques, la santé publique, la mobilité et la ville durables, la sécurité alimentaire ainsi que les technologies associées et les thèmes transversaux comme le numérique et les sciences humaines et sociales. Cet agenda, dont les thématiques sociétales seront compréhensibles par tous les citoyens, sera coordonné par le Ministère, sous la responsabilité d'un conseil stratégique de la recherche placé auprès du Premier ministre. Ce conseil, pleinement opérationnel, organisera la réflexion sur la programmation scientifique en s'appuyant sur les compétences des opérateurs de la recherche publique regroupés dans les alliances thématiques. Une mission transversale a été confiée au C.N.R.S., présent dans toutes les alliances et l'Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques sera pleinement associé, en amont, à cette stratégie.

Préserver la recherche des charges administratives et de la perpétuelle course aux crédits est une nécessité réclamée par tous. J'ai déjà engagé et je poursuivrai le rééquilibrage des financements de la recherche au bénéfice du financement récurrent des laboratoires, en particulier pour assurer à la recherche fondamentale la sérénité nécessaire à son travail.

Par ailleurs, la durée des contrats de recherche a été allongée à l'Agence Nationale de la Recherche (A.N.R.) et l'harmonisation de la programmation de l'A.N.R. avec les programmes européens permettra de mutualiser les demandes de financement tout en amplifiant les moyens.

Nous avons reculé dans notre participation aux projets européens dans le dernier P.C.R.D.T.: ce n'est pas normal, car notre taux de réussite est plus élevé que la moyenne. Mais la frénésie des appels d'offres au cours de ces dernières années a trop détourné nos chercheurs des programmes européens. Nous contribuons au P.C.R.D.T. à hauteur de près de 18 %, juste derrière l'Allemagne, premier contributeur, mais nous n'avons que 11,4% de retours. Alors que la Suisse retire 3 euros pour 1 euro investi. Il faut absolument inverser la tendance pour le futur programme Horizon 2020, les KET, l'E.I.T., les E.R.C.. Pas seulement pour des raisons financières mais aussi pour peser dans l'Europe de la connaissance et de la recherche qu'il nous faut consolider pour continuer à exister, avec une taille critique suffisante, au niveau mondial.

La réussite de cet agenda de la recherche dépend largement de la simplification globale des structures et des modalités de décision et de financement des structures mais aussi des modalités de l'évaluation.

En ce qui concerne l'évaluation, une nouvelle autorité administrative indépendante mettra en œuvre les principes incontestables qui doivent guider les évaluations des organismes et des laboratoires. Pour les universités, l'évaluation des établissements doit être cohérente avec celle des formations et des laboratoires, en réduisant la bureaucratie et les redondances. 

La loi et les décrets d'application préciseront les modalités de cette évaluation dont l'expertise scientifique et les principes de déontologie doivent être reconnus et partagés au niveau international et acceptés par tous les acteurs.

Toutes les parties prenantes sont également unanimes pour traiter sur le fond la précarité des jeunes chercheurs et des personnels techniques. Plusieurs mesures, qui ne sont pas de nature législative, sont déjà engagées : un plan de résorption de la précarité à hauteur de 2 100 emplois pendant 4 ans, la diminution des financements sur appels à projets au profit des dotations récurrentes, l'allongement de la durée de ces projets et un dispositif réglementaire limitant le recrutement en C.D.D.. L'Agence Nationale de la Recherche, recentrée sur ses missions de mise en œuvre des programmes de recherche, a acté les modifications qui la concernent en novembre.

Deux problèmes restent à résoudre et nous sommes déterminés à le faire dans le mandat : le niveau des salaires des jeunes chercheurs aujourd'hui trop faible par rapport aux standards internationaux et la reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives ainsi que dans la haute fonction publique qui permettra, une fois que les négociations en cours auront abouti et malgré les verrous que vous pouvez imaginer, aux docteurs de devenir des cadres dirigeants dans tous les secteurs, public comme privé.

Enfin, la mission de transfert est explicitement mentionnée pour la première fois dans la loi. Avec la recherche technologique, c'est notre point faible par rapport à nos voisins. Nous développerons la recherche technologique dans l'agenda stratégique et le Premier Ministre a lancé en octobre dernier une première initiative de diffusion technologique dans le tissu économique, C.E.A.-Tech, coordonnée par la direction technologique du C.E.A., en identifiant trois sites prioritaires, Nantes, Toulouse et Bordeaux, auxquels s'ajouterait la Lorraine, c'est à l'étude, avec un axe Nancy-Metz. Quant aux autres dispositifs de transfert, leur efficacité sera amplifiée et précisée dans la loi. La gestion de la propriété intellectuelle dans les partenariats public-public des laboratoires mixtes, souvent un véritable casse-tête, sera simplifiée et anticipée. Elle sera également facilitée pour les entreprises, en particulier les P.M.E., qui s'engagent à produire sur le territoire de l'Union européenne, pour tout transfert réalisé grâce à des subventions publiques.

Je voudrais d'ailleurs adresser à Claude Allègre, frappé brutalement par la maladie au Chili, mes souhaits de rétablissement et mes remerciements pour avoir été pionnier en matière d'engagement de ce ministère pour l'innovation.

Favoriser la coopération, rendre lisible l'offre de formation  

Le troisième objectif vise à rétablir la collégialité et l'efficacité dans la gouvernance des universités et à favoriser la coopération au sein de regroupements  territoriaux ouverts à leurs écosystèmes.

Le corollaire de l'autonomie, c'est la participation de tous ses acteurs à la vie de l'établissement.
De l'avis général, la gouvernance des universités doit retrouver démocratie et collégialité. La loi propose d'augmenter la représentation des étudiants et des personnels techniques et administratifs et restaure les conditions d'un débat démocratique plus équilibré en diminuant notamment la prime majoritaire dans le dispositif électoral. Pour favoriser l'ouverture du projet de l'établissement sur son environnement, la loi prévoit la présence de personnalités extérieures nommées préalablement à l'élection de la ou du président et qui auront les mêmes droits que les autres administrateurs. La loi rééquilibrera les pouvoirs entre le pilotage stratégique de l'établissement d'un côté et les décisions pédagogiques et scientifiques de l'autre.

Elle propose aussi de mettre en œuvre dans les conseils une parité aujourd'hui bien malmenée.

Il n'est pas acceptable que la part des femmes présidentes d'université soit passée de 18 à 8 % lors du dernier renouvellement, alors que l'université devrait, davantage que d'autres, devancer les avancées sociétales, par ailleurs fortement préconisées dans les recherches menées par ses enseignants chercheurs...

Toutes nos consultations ainsi que les deux rapports, celui des Assises et celui de Jean-Yves le Déaut montrent par ailleurs une forte attente d'un renforcement durable, dans chaque territoire, de la coopération entre tous les types d'établissements d'enseignement supérieur, les organismes de recherche associant les acteurs socio-économiques et les collectivités territoriales, en particulier les régions et les métropoles. De nouveaux outils législatifs sont nécessaires pour que cette coopération franchisse un cap décisif et irréversible. Il s'agit de favoriser les synergies dans tous les territoires, sans exception. La dualité de notre système d'enseignement supérieur est un frein si les universités, les organismes et les écoles se tournent le dos. S'ils élaborent une stratégie partagée, leur complémentarité devient une richesse.

Pour rendre plus fort, plus lisible notre enseignement supérieur tout en augmentant la capacité d'initiative de chacune de ses composantes, il est urgent de mutualiser les forces.

Les regroupements assureront la coordination nécessaire des politiques des établissements d'enseignements supérieurs. Les contrats de sites prévus dans la loi inciteront à la mise en commun des fonctions supports, des services d'appui à la recherche, à la formation, à l‘insertion, au transfert et aux relations internationales. Ils seront complétés par des contrats d'objectifs avec les collectivités territoriales concernées. La loi permettra que ces rapprochements se mettent en place, sous un statut simplifié de communautés d'universités, qui se substituera aux PRES, supprimera des strates aujourd'hui trop nombreuses, tout en s'adaptant au plus près à la réalité de chaque territoire. Fusion, fédération, rattachement par convention à un établissement en préservant la personnalité morale de chaque établissement rattaché : chaque site académique choisira la formule la mieux adaptée à ce regroupement indispensable. Une trentaine de sites devraient à l'avenir être signataires pour leur territoire d'un contrat de site avec le Ministère qui jouera pleinement et avec une efficacité renforcée son rôle régulateur, garant de l'émergence d'universités complètes, cohérentes et adaptées à chaque territoire.

Le travail en réseau et en partenariat dans chaque site et entre les sites sera privilégié à une concurrence nationale absurde au moment toutes nos forces doivent se mutualiser pour construire une Europe de l'enseignement supérieur et de la recherche, ouverte sur le monde et capable de s'imposer dans un contexte international très concurrentiel et aux équilibres très mobiles.

Voilà, Mesdames et Messieurs, les principes qui guident notre action pour ce quinquennat. L'élan que nous souhaitons donner à l'enseignement supérieur et à la recherche s'appuiera sur des objectifs nationaux et internationaux ambitieux. La politique universitaire et scientifique de ce pays ne saurait se limiter à la simple addition des politiques d'établissements, aussi dynamiques soient-elles.

Elle suppose une clarification des missions de service public, une simplification de notre paysage global et une ouverture à tous les niveaux. Le rôle de l'Etat n'est pas seulement d'assurer l'égalité entre les acteurs, mais également de créer les conditions de la performance collective pour se projeter avec eux dans l'avenir. Je vous confirme le retour d'un Etat régulateur et stratège dans l'enseignement supérieur et la recherche au service de l'intérêt général.

La loi dont le projet est encore en concertation, ne réglera pas l'ensemble des problèmes en quelques mois. Mais les moyens nouveaux dégagés pendant tout le quinquennat, le partenariat que je vous propose nous permettront de réformer en profondeur et dans la durée.

La loi fixera un cap, donnera des outils nouveaux et donnera l'impulsion et le souffle nécessaires aux équipes pédagogiques, scientifiques, techniques et administratives de nos établissements.

Les vœux que je forme pour cette année, vous l'avez compris, sont ceux d'un projet à partager. A toutes et à tous, je veux dire ma fierté et ma confiance.

Je mesure pleinement l'engagement qui est le vôtre, son désintéressement, la sincérité qui vous anime. Je mesure aussi à sa juste valeur la qualité du travail effectué. Je n'ignore pas non plus vos difficultés. Je le vérifie à chaque visite de terrain, que ce soit dans un laboratoire avec les chercheurs, un amphithéâtre avec les étudiants et leurs équipes pédagogiques, dans les campus d'Ile de France ou en région, à la Sorbonne pour honorer une médaille d'or du C.N.R.S. en S.H.S., au Collège de France pour les Assises, au lancement de l'E.N.S. à Rennes et partout ailleurs.

A chaque fois, je ressens le même plaisir, mais aussi le poids des responsabilités qui sont les miennes pour réussir ce changement que les Français attendent. C'est au service de la Nation, des jeunes, de leurs familles, des besoins des territoires et du monde socio-économique, de la société dans son ensemble que nous devons travailler.

Ce que je vous souhaite, ce que je nous souhaite à tous pour 2013, c'est de réussir ensemble cette grande mutation.

De la réussir dans le respect de tous et de chacun, dans la concertation et une ambition partagée, dans l'intérêt de la France et au service du progrès pour tous. Vous pouvez compter sur mon engagement personnel et sur l'appui de tout le Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

A chacune et chacun d'entre vous, je souhaite très sincèrement la réalisation de vos projets personnels, beaucoup de sérénité dans l'exercice de vos missions et de vos responsabilités et une confiance renouvelée dans l'avenir de nos métiers et de nos établissements. Tous mes vœux vous accompagnent pour une très belle année 2013.

1ère publication : 21.01.2013 - Mise à jour : 31.05.2013

Voeux de Geneviève Fioraso

Cérémonie des voeux au musée du quai Branly

Voir la vidéo en grand format

Voeux 2013

Vidéo diffusée lors de la cérémonie des voeux

Voir la vidéo en grand format

Contact presse

Delphine CHENEVIER

01 55 55 84 24

Les recherches les plus fréquentes :

© 2013 Ministère de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche - Tous droits réservés