Parité et lutte contre les discriminations

Signature de la charte pour l'Egalité entre les Femmes et les Hommes

Allocution de Geneviève Fioraso lors de la signature de la charte pour l'égalité© MESR/X.R.Pictures

Geneviève Fioraso s'est exprimée à l'occasion de la signature de la charte pour l'égalité Femmes/Hommes, élaborée et ratifiée par la C.P.U., la C.D.E.F.I. et la C.G.E., en présence de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, porte-parole du Gouvernement. La ministre est notamment revenue sur l'importance de l'engagement public en faveur de l'Egalité.

Discours - 29.01.2013
Geneviève Fioraso

Album photo : signature de la charte pour l'Egalité entre les Femmes et les Hommes

De l'intérêt des Chartes face aux inégalités hommes/femmes dans l'enseignement supérieur et la recherche

Je suis très heureuse de vous retrouver ce soir à l'Observatoire, lieu d'excellence scientifique française, un lieu magnifique, et lieu digne d'éloges en termes de parité. L'astrophysique est en effet l'une des rares disciplines scientifiques où l'on compte davantage de femmes dans le corps des professeurs que dans celui des maîtres de conférences.

Cette coïncidence entre l'excellence scientifique et l'équilibre des genres n'est évidemment pas fortuite. Elle montre bien que la parité n'est pas seulement une question de justice et de démocratie. Ce serait en soi une raison suffisante pour mettre en œuvre une politique en faveur de la parité dans l'enseignement supérieur et la recherche.

Mais la conviction qui nous réunit ce soir, et qui renforce notre détermination à faire progresser la parité avec la C.P.U., la C.D.E.F.I. et la C.G.E., c'est aussi qu'il s'agit d'excellence et d'efficacité collective. Le déséquilibre de genre, comme tous les déséquilibres, obère le redressement de notre pays. Nous savons que des équipes trop homogènes, en termes de générations, de milieux, de cultures et, particulièrement, de genres, sont moins efficaces, moins créatives que celles qui font droit à la diversité.

Il faut arrêter de croire que la parité est une contrainte, dont on s'acquitterait pour se donner bonne conscience. La parité, c'est un atout. C'est une nécessité dans une monde mobile qui nécessite créativité et diversité.

Pour la première fois, les Conférences d'établissements prennent conjointement des engagements publics pour agir en faveur de l'égalité Femmes-Hommes. C'est un symbole fort de l'engagement de notre communauté scientifique.

La signature d'une charte est en soi un premier résultat. C'est en effet l'aboutissement d'un travail de réflexion engagé collectivement, il y a plusieurs années. Il est intéressant d'observer, d'ailleurs, que ce travail de réflexion a abouti à des diagnostics et des mesures très proches, en dépit de la spécificité des établissements représentés par ces Conférences.

L'ensemble des établissements se retrouve pour mettre en place certaines mesures comme :

  • la nomination d'un-e référent-e pour l'égalité ;
  • la production systématique de statistiques sexuées ;
  • le choix d'actions favorisant la mixité des filières et l'égalité professionnelle.

L'engagement est donc commun à tous les établissements. Mais il n'est pas moins intéressant d'observer les déclinaisons particulières des engagements, pour la C.P.U. et la C.D.E.F.I. d'un côté, pour la C.G.E. de l'autre, en fonction des spécificités des établissements respectifs.

Cette différence des réponses apportées n'est pas un problème à mes yeux, une fois acquis le socle commun. Au contraire, c'est le signe qu'un travail de réflexion sérieux et sincère a été mené, en vue d'apporter des réponses concrètes aux problèmes que nous connaissons bien. Nous sommes dans l'opérationnel, dans l'efficacité. Il ne s'agit pas ici de vœux pieux, de pétitions de principes. Mais de mesures ancrées dans le réel. C'est la raison pour laquelle j'apporte tout mon appui à ces initiatives, et que je me réjouis de signer ces chartes, aujourd'hui, avec vous.

Cette démarche a d'ailleurs été engagée depuis longtemps par un président de l'une de ces conférences, et aujourd'hui en poste de responsabilité à mes côtés, et je veux remercier Lionel Collet, puisqu'il s'agit de lui, de cette initiative prémonitoire, malheureusement peu suivie par mes deux prédécesseurs. Je connais ta modestie, cher Lionel, mais il faut te rendre hommage.

Mesdames les présidentes, Messieurs les présidents, les solutions que vous proposez répondent à un diagnostic que nous partageons. Elles s'inscrivent dans une démarche de responsabilisation des acteurs que nous encourageons.

D'abord, l'enseignement supérieur est le lieu du retournement de la supériorité scolaire des filles. Au niveau des baccalauréats, y compris scientifiques, les filles ont de meilleurs résultats que les garçons. Nous avons suffisamment progressé dans la recherche d'explications, pour ne plus supporter de s'en tenir à l'impuissance d'un simple constat. Nous avons identifié bien des causes à ce retournement : l'orientation, les représentations de soi, la dé-cohabitation plus précoce du foyer, la plus grande exposition aux contraintes économiques.

Ces explications ne peuvent évidemment pas justifier la répartition sexuée des publics selon les cursus et les filières, qui préfigurent les inégalités que l'on retrouve sur le marché du travail. Y compris dans le monde académique.

En effet, comme dans le reste de la société, les carrières universitaires subissent de plein fouet les inégalités de genre. Un quart, à peine, des professeurs des Universités sont des femmes.

La société, heureusement, a évolué depuis vingt ou trente ans. La place des femmes dans l'enseignement supérieur et la recherche n'a cessé d'augmenter, lentement, mais régulièrement, à raison d'un demi-point par an. En 1981, elles n'étaient que 8% des Professeurs d'université. Elles sont, aujourd'hui, près de 23%.

Mais cela n'est pas suffisant et les plafonds de verre demeurent. Les femmes continuent à être minoritaires dans les fonctions les plus prestigieuses, que ce soit pour le personnel d'enseignement et de recherche ou pour le personnel administratif. Combien êtes vous, Mesdames, à présider un établissement aujourd'hui ?

Vous étiez 16 présidentes d'Universités en 2008 et vous n'êtes plus que 8 aujourd'hui ! Nous sommes passés d'un faible 19% à un désastreux 10% ... Il faudrait attendre 2075, Najat l'a dit, pour atteindre la parité dans les écoles d'ingénieur si l'on ne faisait rien pour corriger la tendance naturelle.

L'Université a d'ailleurs cela de tout à fait paradoxal qu'elle est à la fois le lieu d'une injustice et qu'elle offre en même temps une capacité de recherche et d'expertise exceptionnelle sur les causes de cette injustice.

Je livre à votre réflexion quelques éléments qui sont le fruit de cette capacité de recherche. Une étude récente a montré qu'à CV équivalent, la seule transformation d'un prénom masculin à un prénom féminin diminue les chances d'être embauchée ! Et cette discrimination est autant le fait des femmes que des hommes, chez les personnes en position de décider !

Une autre étude, nous apprend combien les stéréotypes pèsent sur la carrière des universitaires et des chercheuses : les femmes chargées de recherche sans enfants ne deviennent pas directrices de recherche à meilleure proportion que les femmes avec enfants. Ce ne sont pas les enfants, en l'occurrence, mais bien les stéréotypes, qui freinent les carrières !

Une signature qui s'intègre dans un plan plus vaste du M.E.S.R.

La loi promeut l'égalité entre les hommes et les femmes. Mais elle peine à tenir ses promesses. Si nous voulons l'égalité réelle, et nous le voulons, des engagements comme ceux que nous prenons ce soir sont nécessaires. Ils porteront leurs fruits, j'en suis absolument convaincue.

Mais la signature de ces Chartes en faveur de l'égalité Femmes-Hommes s'inscrit dans une politique plus large que je veux piloter depuis mon ministère.
Cette politique est nécessaire, pour redonner aux femmes confiance en elles-mêmes, dans leurs études, dans leurs carrières, et faire en sorte qu'elles ne partent pas battues d'avance. Voire qu'elles ne partent pas du tout ! Ces stéréotypes sont d'ailleurs intégrés par les femmes elles-mêmes, et je lisais encore ce week-end une interview d'une des rares femmes professeurs du Collège de France, la plus jeune et la plus récemment nommée, Edith Heard, spécialiste de l'épigénétique, dotée d'un CV impressionnant, dont l'excellence est reconnue de tous.

Dans cet entretien, elle confie avoir eu longtemps, je la cite, "ce manque de confiance qui caractérise souvent les filles – ce fameux syndrome de l'imposteur". Paradoxalement, nous sommes parfois nos pires ennemies.

Vous le savez, les pires des obstacles sont ceux que l'on dresse soi-même. Souvent les jeunes femmes n'osent pas, elles s'interdisent des projets d'études et de carrières, quand il s'agit d'orientations identifiées à des univers masculins, les filières scientifiques et technologiques en premier lieu.

Cette politique en faveur de l'égalité Femmes-Hommes dans le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche, pour la première fois, mon ministère va la mener en se dotant d'un plan d'actions global sur le sujet.

En novembre dernier, à l'occasion du Comité interministériel pour les droits des femmes et l'égalité entre les Femmes et les Hommes, j'ai présenté ce plan d'action.

Il comprend une quarantaine d'actions, articulées autour de 8 axes, qui concernent l'égalité des carrières, la mixité des formations, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et le développement des recherches sur le genre.

Pour que ce plan s'incarne, nous avons besoin d'un outil capable de réunir l'ensemble des acteurs de l'enseignement supérieur et de la recherche, des établissements aux directions de mon ministère. Cet outil existe, c'est le Comité pour l'égalité, dit COMEGAL. Ce comité, créé en 2006, s'était légèrement assoupi, ces dernières années.

J'ai décidé de réveiller la Belle-au-Bois dormant, si vous me pardonnez cette concession à un stéréotype un peu rétrograde... C'est au COMEGAL que j'ai demandé d'assurer la coordination des politiques d'égalité femmes-hommes dans l'enseignement supérieur et la recherche, car c'est un outil formidable, pourvu que l'on s'en serve ! Désormais, ce sera le cas : le COMEGAL se réunira au moins deux fois par an, pour impulser les dispositifs retenus, suivre leur mise en œuvre et leur cohérence. La prochaine réunion aura pour ordre du jour la mise en place concrète du plan d'actions.

Voici pour la plate-forme où se coordonneront les actions de notre plan. Mais son moteur principal, ce sera le dialogue contractuel.

Je relève trois niveaux pour mener l'action en faveur de l'égalité Femmes-Hommes dans l'enseignement supérieur et la recherche.

D'abord, l'engagement volontaire. La signature d'une charte démontre que cet engagement spontané existe. Sur ce plan, je n'ai qu'à saluer l'action des établissements et de leurs conférences. Cette charte devra s'adapter au particularisme de chaque situation avec la souplesse nécessaire dans l'exécution des principes. Mais il fallait instaurer des principes clairs pour s'assurer de leur mise en œuvre.

Il est évident que la diversité des filières, des disciplines, des climats, appelle des mesures adaptées. A cet égard, je tiens non seulement à ce que les filières masculines s'ouvrent aux jeunes filles, mais aussi, réciproquement, à ce que les filières très majoritairement féminines s'inscrivent dans une démarche de déconstruction des stéréotypes pour s'ouvrir aux jeunes garçons.

Deuxième niveau, donc : le contrat, le dialogue contractuel.

C'est en intégrant systématiquement l'égalité Femmes-Hommes dans le dialogue contractuel et l'accompagnement des établissements que nous vérifierons la progression collective à l'échelle nationale. Ce procédé obligera chaque établissement à se confronter à la question de l'égalité en son sein. Le dialogue contractuel sera ainsi un aiguillon, qui stimule, qui valide, qui corrige les actions de chaque établissement. Chacun devra se fixer des objectifs et définir des indicateurs de suivi, pour vérifier qu'ils sont tenus. En retour, mon ministère s'appuiera sur ce dialogue avec les établissements pour établir une vision globale. Cela nous permettra d'identifier plus finement les points de blocage et les bonnes pratiques, pour mieux coordonner notre action à l'échelle nationale. C'est un élément qui déterminera les dotations : les pressions financières, autant que les pressions morales, ont leur efficacité.

Je crois, chère Najat, que tu partages cette vision et cette méthode, qui nous permettra d'aboutir à cette effectivité des droits que tu évoquais à juste titre dans une récente tribune de Libération.

Bien entendu, nous devons profiter des formidables ressources du monde universitaire, en termes de production scientifique, pour généraliser une formation déconstruisant les stéréotypes qui entravent notre intelligence sur les questions du genre et de l'égalité entre les sexes. A l'occasion du renouvellement du cahier des charges de la formation initiale des personnels d'enseignement et d'orientation, notre ministère intégrera un module obligatoire de ce type. Voici typiquement une mesure qui relève du niveau contractuel.

C'est d'ailleurs l'une des mesures préconisées par le rapport que le groupe stratégique "Genre" vient de me rendre. Vincent Peillon a immédiatement donné son accord pour que cet enseignement soit dispensé. Je suis heureuse de trouver de nombreuses convergences entre ce rapport, rédigé par un groupe de personnalités éminentes, issues des réseaux et associations investis sur ce domaine de réflexion, et notre plan d'action.

Je retiens également, au titre de ces convergences, qui débouchent sur une mise en œuvre concrète, l'intégration de cette approche dans les appels à projets de l'Agence Nationale de la Recherche.

Enfin, troisième niveau, normatif : c'est le niveau de la loi.

La loi ne doit ni ne peut tout régler. Mais il ne faut pas craindre d'y recourir, pour institutionnaliser certaines bonnes pratiques, lorsqu'on a vainement attendu leur émergence spontanée et que l'on a même constaté leur détérioration.

Le projet de loi sur l'enseignement supérieur et la recherche que je prépare ne laissera aucune latitude, par exemple, sur un point qui me semble essentiel, pour progresser : la parité des listes dans les instances universitaires. Il y aura désormais une stricte alternance des deux sexes pour les candidats aux conseils centraux des universités. C'est une grande première et je remercie la C.P.U. et la C.D.E.F.I. d'avoir accepté ce changement radical et nécessaire.

Vous le voyez, notre ministère se donne les moyens de modifier l'ordre des choses en mettant en place un véritable plan d'actions, global et concret.
Au sein de mon cabinet, j'ai demandé à l'un de mes conseillers, Guillaume Houzel, de suivre cette question spécifiquement pour m'en rendre compte régulièrement. Dans l'administration, la Direction des ressources humaines a été mandatée pour suivre également cette question.

Nous nous appuierons naturellement sur la Mission pour la parité et la lutte contre les discriminations pour notre propre administration.
Mais je dois dire que je compte fermement sur la mobilisation de toute la communauté académique pour que notre ambition se traduise dans les faits.

Nous ne pouvons pas prétendre éclairer, élever le niveau de formation de notre jeunesse, progresser dans la connaissance et sa diffusion, sans être nous-mêmes exemplaires sur une question aussi déterminante que la parité homme-femmes. C'est un enjeu pressant, évident, de  justice et d'efficacité.
Mais c'est aussi une question qui traverse de nombreuses disciplines universitaires. C'est pourquoi je sais pouvoir compter sur toutes et tous pour que nous progressions ensemble, et que nous aidions toute la société française à évoluer dans le sens de l'égalité Femmes-Hommes.

Je suis heureuse, d'ailleurs, d'observer que cette forme d'autorégulation fonctionne de plus en plus souvent : j'en vois pour preuve l'annulation de soirées étudiantes sexistes, ou de bizutages humiliants, sous la pression vigilante du milieu universitaire et de mon ministère, qui est intervenu à deux reprises lors de cette rentrée étudiante, mais aussi, plus largement, de la société civile. En ce qui concerne les dérapages liés aux bizutages, je tiens à saluer Ségolène Royal, une femme ministre qui avait pris les mesures législatives nécessaires, mettant ainsi fin à des pratiques humiliantes et secrètes sur lesquelles on avait trop longtemps fermé les yeux.

Je souhaite, d'ailleurs, que l'Université ne soit pas seulement le lieu de diffusion d'un discours savant sur l'égalité Femmes-Hommes, à l'instar du module sur les questions de genre que nous allons généraliser. Je vais inciter très fortement les établissements à profiter de toutes les ressources associatives, militantes, de la société civile, pour qu'une sensibilisation citoyenne ait lieu, à chaque rentrée, au bénéfice de l'ensemble des étudiants et des enseignants.

La signature, aujourd'hui, de la charte pour l'égalité Femmes-Hommes, et votre présence, à toutes et à tous, témoignent de votre engagement.

Je sais pouvoir compter sur votre vigilance, votre détermination et votre capacité d'entraînement pour que l'enseignement supérieur et la recherche progressent, en termes de justice et d'efficacité, par la réalisation effective de l'égalité Femmes-Hommes.

Car lorsqu'on progresse en termes de parité et d'égalité des genres, on progresse d'une façon plus générale en matière de droits de l'homme et de respect mutuel.

Merci à toutes et à tous d'y contribuer !

1ère publication : 29.01.2013 - Mise à jour : 21.06.2013

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