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Discours de François Hollande au Collège de France

Visite du laboratoire Kastler-Brossel

François Hollande, Président de la République, en présence de Genevièvre Fioraso, a rendu hommage à Serge Haroche, prix Nobel de physique, ainsi qu'à la recherche et à l'enseignement supérieur français, le 4 février au Collège de France. A cette occasion, le Président de la République a présenté les objectifs de la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche: "Investir dans le savoir c'est préparer la France de demain. J'ai donc souhaité que soit élaborée une loi portant sur l'enseignement supérieur et la recherche".

Discours - 4.02.2013
François Hollande

 

Seul le prononcé fait foi

Madame la ministre,
Mesdames et Messieurs les administrateurs,
Mesdames et Messieurs les professeurs,
Mesdames, Messieurs,

Il n'est sans doute pas de plus grand honneur pour un pays que de voir l'un de ses ressortissants recevoir le prix Nobel.
Serge Haroche, vous nous avez donné cette fierté il y a quatre mois.
Cette distinction récompensait vos qualités de chercheur, vos découvertes, un laboratoire prestigieux : celui de Claude Cohen-Tannoudji, lui-même prix Nobel. Mais c'est aussi l'enseignant exceptionnel qui était consacré.
Vous avez en effet travaillé dans quatre grandes institutions : l'Ecole normale supérieure, le C.N.R.S., l'université Pierre et Marie Curie ; et enfin le Collège de France, où nous nous retrouvons aujourd'hui.

Le Collège de France a été créé en 1530, pour abriter un enseignement ouvert, libre, affranchi des dogmes. Près de cinq siècles après, il reste fidèle à cet esprit. Il détermine l'intitulé de ses chaires, sans se soumettre aux divisions entre disciplines scientifiques, ce qui lui permet d'être à l'avant-garde de la définition même de nouvelles disciplines. Ce lieu d'excellence s'adresse à tout le monde.
Car le Collège de France n'a pas à proprement parler d'étudiants. Tous ceux qui ont envie d'apprendre, y sont les bienvenus. C'est la science mise à la disposition de tous.

Le prix qui vous a été décerné nous rappelle que le prestige d'une Nation, son rayonnement, ses performances sont indissociables de notre enseignement supérieur et de notre recherche.

Investir dans le savoir, c'est préparer la France de demain.

C'est pourquoi j'ai décidé de sanctuariser le budget de l'enseignement supérieur et de la recherche en 2013. Dans un contexte où tous les ministères, toutes les administrations, sont appelés à des efforts, j'ai tenu à cette priorité. Nous allons augmenter de 1000 par an le nombre d'emplois dans l'enseignement supérieur. L'un des rares autres ministères qui ait bénéficié d'une telle exception est celui de l'Education Nationale.

La recherche sera par ailleurs l'un des premiers secteurs auxquels seront consacrés les investissements d'avenir. J'ai demandé que soit accélérée la mise en œuvre des programmes définis dans ce cadre. 

Cette priorité budgétaire doit s'accompagner de changements structurels. Nous avons le devoir d'évoluer.

J'ai donc souhaité que soit élaborée une loi portant sur l'enseignement supérieur et la recherche.

Ce projet poursuit deux objectifs.

D'abord, la réussite des étudiants. Avec une clef : éviter les spécialisations précoces. Nous devons aider nos étudiants à construire leur projet personnel, en leur laissant des choix ouverts d'orientation en premier cycle. Cela vaut pour les licences, mais aussi pour les formations qui conduisent aux métiers de la santé. De meilleurs résultats dans les trois premières années des études supérieures permettront d'augmenter le nombre d'étudiants en master.

Deuxième objectif : le décloisonnement. Entre les disciplines, entre les cursus. Mais aussi entre les établissements
Le paysage universitaire de la France est bien plus foisonnant que celui des pays comparables. Cela aboutit à des établissements parfois trop isolés, ou à des systèmes de collaborations croisées trop complexes. 
On ne peut pas continuer ainsi. On ne peut ajouter en permanence des strates aux strates, des structures aux structures. Il faut simplifier.

D'où l'idée de constituer des ensembles universitaires ayant une taille suffisante pour être des pôles intellectuels connus et respectés, et pour pouvoir mobiliser des financements à la hauteur de la compétition mondiale.

L'un des enjeux majeurs du projet de loi sera donc de faciliter la constitution d'ensembles rapprochant, sans les confondre, les grandes écoles  et les universités. Cette ambition existe dans toutes les régions. Elle est soutenue par les collectivités locales, dont je salue l'engagement en faveur de l'université. La loi offrira de nouveaux moyens juridiques, correspondant à la variété des situations pour bien organiser ces convergences. L'Etat passera avec ces regroupements universitaires des contrats pluriannuels, qui complèteront ceux qu'il a déjà noués avec chacun des établissements qui y  seront associés.

Ce décloisonnement doit aussi contribuer à lier davantage université et recherche. Les organismes de recherche participeront aux ensembles universitaires et à leurs instances délibératives.
Les passerelles ainsi établies bénéficieront aux personnels et aux étudiants, qui pourront passer d'une université à une autre, d'une discipline à une autre, d'un cursus à un autre.
D'où l'importance de former en plus grand nombre des ingénieurs qui se consacrent à la recherche et à l'innovation. Je souhaite que les projets de ce type qui sont en cours à Paris, à Saclay, à Grenoble et ailleurs soient encouragés.
Je salue à cet égard les écoles d'ingénieurs qui ont le projet d'augmenter le pourcentage de leurs étudiants s'engageant en thèse. J'invite les écoles de commerce à s'inscrire dans cette logique : la France manque de doctorats en marketing, en management de la production ou en gestion.
J'appelle surtout les entreprises elles-mêmes à reconnaître l'importance des travaux des chercheurs et des universitaires et la valeur des diplômes qui les consacrent.

Comment accepter en effet que le plus haut grade décerné en France par l'université, celui de docteur, soit si peu reconnu sur le marché du travail ? Les études doctorales sont encore perçues comme un moment de spécialisation dont les seuls débouchés seraient académiques. On oublie trop que c'est aussi une formation professionnelle.
C'est l'intérêt de nos entreprises d'embaucher des docteurs. Le crédit impôt recherche et les « conventions industrielles de formation à la recherche » les y incitent.

Mais l'Etat ne peut pas dire aux entreprises d'embaucher plus de docteurs sans s'interroger sur ses propres pratiques. Notre système de recrutement des cadres de la fonction publique est généralement conçu via des concours avec des épreuves peu adaptées aux chercheurs. Je souhaite qu'une réflexion s'ouvre sur l'accès des docteurs de l'université aux carrières de la fonction publique, à l'image de ce qui se pratique chez nos voisins européens.

L'esprit de cette réforme est de donner à nos universités toutes leurs chances dans l'émulation intellectuelle qui se situe maintenant à l'échelle mondiale.

Elle s'appuiera sur un acquis : celui de l'autonomie, qu'Edgar Faure avait fait adopter il y a plus de cinquante ans. 
L'autonomie, c'est le fait de rapprocher les décisions des acteurs de terrain. En articulant bien ce qui relève d'une stratégie nationale, pilotée par l'Etat, et ce qui est du ressort des volontés locales, définies par les établissements eux-mêmes.
L'autonomie, c'est la confiance. Celle que l'on accorde aux présidents ou aux directeurs des établissements ; à leurs partenaires dans le monde économique, social et culturel ; aux universitaires, aux personnels et aux étudiants. C'est aussi le respect de la diversité des situations et des projets.
Cette autonomie doit conjuguer efficacité et collégialité. Efficacité, car les établissements et leurs conseils doivent pouvoir prendre des décisions importantes. Collégialité, parce que l'enseignement supérieur et la recherche ne peuvent avancer sans la mobilisation des professeurs, de l'ensemble des personnels et des étudiants. Les modalités électorales internes des universités seront modifiées en ce sens. Et des personnalités du monde économique et social participeront, dans certaines conditions, aux décisions des universités.

La recherche c'est aussi l'ouverture.

Nous sommes désormais dans une mondialisation des universités et des laboratoires. L'Inde, le Brésil, développent à grands moyens leurs systèmes de recherche. La Chine ne comptait il y a dix ans que 5 millions d'étudiants. Elle en dénombre aujourd'hui 30 millions. En 2020 ils seront plus de 60 millions. Nous devons nous situer à la hauteur de cet enjeu.

D'abord en permettant aux étudiants français de se former à l'étranger - comme vous-même, Serge Haroche, qui avez fait un post-doc à Stanford et enseigné à Harvard et à Yale.

Puis en donnant l'occasion à des étudiants étrangers d'être accueillis en France. Nous avons abrogé en mai dernier la circulaire du gouvernement précédent qui limitait l'accès à un emploi des étudiants étrangers. Je souhaite que soient encore corrigés les facteurs, liés aux titres de séjour, aux démarches dans les consulats, à l'accueil des conjoints ou des familles, qui continuent de compliquer l'accueil en France de chercheurs ou d'étudiants prometteurs.

Dans cet esprit, il est normal de pouvoir assurer, pour les enseignements qui relèvent de conventions avec des universités étrangères ou de programmes européens, des cours dans d'autres langues que le français. Ce n'est pas en écartant les étudiants chinois, indiens ou américains, au motif qu'ils ne parlent pas assez bien notre langue, que nous allons défendre notre culture. C'est au contraire en leur permettant, quand ils arrivent en France, de suivre des enseignements dans les langues qu'ils pratiquent déjà que nous pouvons leur donner envie de rejoindre nos universités et nos grandes écoles. Et de s'imprégner de la culture française, pour la diffuser ensuite.
De la même façon nos étudiants doivent pouvoir suivre des enseignements en langue étrangère, afin qu'ils soient pleinement préparés à exercer des responsabilités de tous ordres.

Enfin, et c'est un point majeur pour l'attractivité de la recherche française, nous devons aider les jeunes chercheurs français à poursuivre leur carrière en France, en facilitant leur installation en leur ouvrant des perspectives pour le financement de leurs travaux comme pour leurs échanges internationaux.
Car la recherche sera un levier du redressement de la France.

Et en particulier la recherche fondamentale, qui n'est pas seulement l'une des fiertés de notre pays, mais qui est aussi l'une des clefs de son avenir. Elle exige de la patience : celle de chercher sans être sûr de ce que l'on trouvera, sans savoir à quelles « applications » son travail pourra servir. Elle suppose aussi de la constance : les véritables découvertes  récompensent des années, parfois des vies, d'efforts. C'est par de tels cheminements qu'un pays progresse.

Le progrès est une longue marche. De génération en génération, les chercheurs se transmettent leur savoir, leurs méthodes : la recherche est l'histoire sans fin d'un héritage et d'un dépassement. Rien n'est jamais achevé. Il faut savoir passer le témoin, et donc d'abord former les plus jeunes. Voilà pourquoi l'enseignement et la recherche ne sont pas dissociables.

L'un et l'autre, ensemble, permettent à l'humanité d'être, de décennie en décennie, d'année en année, plus éclairée, de combattre plus efficacement les maladies, de protéger davantage son environnement, d'analyser l'organisation des sociétés qui la composent, en somme de se comprendre et de se connaître mieux elle-même. C'est sur la science que peut objectivement se fonder l'espoir que demain sera meilleur qu'aujourd'hui.
Je crois à la transmission. Je crois à la recherche. J'ai confiance dans le progrès indissociable de la science.
Ce sont ces valeurs-là qui fondent l'hommage que nous rendons ici au Collège de France, à Serge Haroche.

 

 

1ère publication : 4.02.2013 - Mise à jour : 31.05.2013

Communiqué du 9 octobre 2012

Serge Haroche, prix Nobel de physique 2012 (Communiqué de presse de Genevièvre Fioraso)

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