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Geneviève Fioraso reçoit la médaille d'honneur de l'Académie des Technologies

Cérémonie à l'Académie des Technologies le 18 février 2013

Geneviève Fioraso s'est exprimée lors de la remise de la médaille d'honneur qui lui a été décernée par l'Académie des Technologies mardi 18 février.

Discours - 20.02.2013
Geneviève Fioraso

Je veux d'abord remercier de tout cœur l'Académie des Technologies du plaisir qu'elle me fait en me remettant sa Médaille d'honneur.

Je suis heureuse de recevoir cet honneur le jour où votre Académie s'ouvre à onze nouveaux membres, pour atteindre le nombre de 277 académiciennes et académiciens.

Par la diversité voulue de vos membres, venus pour une grande part du monde de l'entreprise, par votre approche de la technique et de la technologie, élargie aux dimensions sociale, environnementale et économique, sans oublier la culture scientifique et technique, vous offrez une expertise collective diversifiée et par conséquent, très riche.

Le recours croissant à vos avis et recommandations s'explique par ce large corps de compétences, et par votre capacité à proposer une expertise transversale, dont notre pays, trop cloisonné, a bien besoin.

Je suis particulièrement sensible à l'honneur que vous me faites aujourd'hui : comme vous, je suis convaincue que l'enseignement supérieur et la recherche sont au cœur du redressement de notre pays. Ce redressement passe par l'élévation du niveau de compétences général et par la montée en gamme et en qualité de nos produits et services dans tous les secteurs, à commencer par l'industrie. Le développement et la diffusion des technologies sont évidemment en première ligne pour remplir ces objectifs.

Vingt ans d'expérience grenobloise

Pendant vingt ans, sur le terrain, je me suis battue pour que la formation, la recherche technologique et l'innovation soient au cœur du développement économique et social.

A Grenoble, la synergie historique entre formation, recherche publique, entreprises, et collectivités territoriales, bénéficie à tous.

Mon expérience de presque dix ans à la présidence de la Société Minatec entreprises, m'a permis de vérifier que l'innovation technologique était bien le moteur indispensable de notre compétitivité industrielle.

J'ai fait l'expérience du formidable potentiel des KETs pour faire monter en gamme les P.M.E./P.M.I., les E.T.I. encore trop peu nombreuses dans notre pays, et les grands groupes.

J'ai pris la mesure du caractère générique, diffusant et transverse de ces technologies, qui répondent à de grands enjeux sociétaux, tels que la transition énergétique, la communication, la santé ou la mobilité durable.

Le développement des véhicules électriques, par exemple, pivot de la mobilité durable, nécessite des batteries de nouvelle génération, qui intègrent des nanomatériaux, pour augmenter leurs performances de stockage.

La poursuite de la Loi de Moore, en microélectronique, pousse aujourd'hui l'industrie des semi-conducteurs à des technologies de miniaturisation extrêmes, basées, là aussi, sur les nanotechnologies.

Mon expérience du terrain m'a convaincu que la réindustrialisation de notre pays passait par la compétitivité-qualité, la seule durable. Et c'est la maîtrise des technologies les plus innovantes, qui est la clef de cette compétitivité.

La technologie : un défi à relever

Or, il faut bien reconnaître aujourd'hui, que notre recherche technologique est insuffisamment développée par rapport à d'autres pays comparables au nôtre, à commencer par notre voisin allemand.

Nous consacrons moins de 10% des dépenses publiques de R&D à la recherche technologique, qui constitue pourtant une passerelle très efficace entre l'invention scientifique et l'innovation dans l'industrie ou, plus généralement, dans le tissu économique.

La recherche technologique maintient et crée des emplois et suscite la construction de filières d'avenir. La technologie, c'est ma conviction, ne doit plus être le parent pauvre de la recherche en France.

Depuis 10 ans, la part de R&D dans notre P.I.B., en France, stagne à 2,24%, loin des 3% de Lisbonne, des 2,9% allemands et des 3,8% de la Corée du Sud. Cette contreperformance tient à la nature même de notre structure industrielle, trop fragile à l'échelon des P.M.E. et des E.T.I., et à notre gamme de produits et services, trop faible en valeur ajoutée d'innovation.

Bien entendu, l'innovation technologique ne peut pas se produire si elle n'est pas adossée à une recherche puissante et performante, et à une formation de qualité.

Aujourd'hui, l'excellence de notre formation et de nos chercheurs est reconnue. Cette année encore, c'est le Professeur Serge Haroche qui a été distingué, avec un Prix Nobel de physique, pour ses travaux en optique quantique.

Je n'ai pas l'intention de raviver le débat dépassé et tout à fait artificiel, qui oppose la recherche fondamentale à la recherche technologique. Les deux sont intimement liées. La recherche fondamentale est une source d'innovation, de même que la recherche technologique, par les problèmes qu'elle rencontre, stimule la recherche fondamentale.

Mais notre recherche publique, avec son formidable capital technologique, doit être mieux valorisée. Nous devons faire fructifier ce patrimoine, en maîtrisant les brevets, en favorisant le transfert, au plus près du tissu industriel local, et en soutenant les Instituts Carnot, fers de lance de la recherche partenariale française.

La première exigence, pour améliorer nos performances en matière de recherche technologique, c'est d'œuvrer pour une meilleure reconnaissance de la technologie dans notre société. Je connais et j'apprécie particulièrement les efforts de votre Académie dans ce domaine.

L'Etat a bien entendu un rôle primordial à jouer pour y parvenir.

Une nouvelle politique en faveur de la recherche technologique

La loi que je porte, suite aux Assises de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, puis au rapport parlementaire de Jean-Yves Le Déaut, permettra de renforcer notre action en faveur de la recherche technologique et du transfert.

Les Assises ont été un préalable nécessaire, pour retrouver la sérénité et renouer le dialogue. La qualité des contributions a été remarquable. Celle de votre Académie, en particulier, apporte un éclairage très utile sur le rôle de la technologie et l'organisation de notre recherche. Je pense par exemple à votre position en faveur d'une stratégie nationale, régionale et européenne, pour structurer notre recherche technologique et exister au niveau international. Je pense aussi à vos réflexions sur le rôle que les P.M.E. et des E.T.I. doivent jouer, en lien avec le monde académique et les grands groupes. Vos propositions sur le transfert, sur la formation à la technologie dans l'enseignement supérieur, enfin, trouveront des échos très précis dans le texte de loi qui est aujourd'hui en consultation. D'autres mesures, sans être législatives, auront également leur efficacité.

Dans un budget globalement contraint, l'enseignement supérieur et la recherche publique ont été protégés : 1000 postes supplémentaires par an, et une hausse de 2,2% par an. Notre recherche fondamentale en bénéficiera : elle a besoin d'être sanctuarisée. Le Président de la République l'a rappelé récemment, à l'occasion de l'hommage au Professeur Serge Haroche.

Mais l'effort se portera aussi sur la recherche technologique.

J'ai déjà engagé plusieurs actions en sa faveur : développement de l'alternance à l'université (je voudrais la multiplier par deux d'ici 2020), revalorisation des filières technologiques, avec la multiplication de passerelles, mise en place par la Direction technologique du C.E.A. de plates-formes de transfert technologique vers les P.M.I. et E.T.I., soutien amplifié aux projets portés par les Instituts Carnot et programme de 15 actions très concrètes pour le transfert.

Notre politique en faveur de la recherche technologique, c'est aussi le lancement d'actions nouvelles de l'Agence nationale de la Recherche pour soutenir 100 laboratoires communs avec des P.M.E., la contribution des universités, des écoles et des organismes publics de recherche aux projets structurants des investissements d'avenir et aux pôles de compétitivité en les rapprochant encore du marché, sans oublier notre présence dans les projets de recherche technologique à l'Europe, qu'il nous faut renforcer. Notre taux de retour dans les projets du dernier Plan cadre de recherche et de développement technologique (P.C.R.D.T.) européen est tombé à 11,4%, alors que nous sommes, avec plus de 16%, les seconds contributeurs aux recettes, juste derrière l'Allemagne. Nous ne pouvons pas nous y résigner, alors que notre taux de réussite est supérieur à la moyenne, devant l'Allemagne ! Il nous faut donc répondre davantage aux appels d'offre européens.

Notre politique de soutien à la recherche technologique, vous le voyez, sera étroitement liée aux besoins de R&D des entreprises et des industriels.

Bien entendu, je crois comme vous que cette politique doit être pilotée par un Etat stratège. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi d'élaborer un Agenda Stratégique de la Recherche. La recherche publique se mobilisera autour de la dizaine de défis sociétaux et économiques qui sont au cœur du redressement productif de notre pays.

J'ai d'ailleurs noté avec intérêt que les 4 grandes thématiques transverses que votre Académie traite actuellement, en faveur de la ré-industrialisation, de la transition énergétique, de l'évolution des grandes villes et de la place de la technologie dans la formation, rejoignent les défis de notre Agenda Stratégique de la Recherche. Je veillerai également à ce que cette stratégie s'harmonise avec les programmes européens, notamment avec les défis sociétaux de Horizon 2020.

 
Vous l'aurez compris, je suis la ministre de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée, la ministre des humanités et du transfert technologique : j'entends mener sereinement une politique ambitieuse, de long terme, au service de notre formation et de notre recherche, pour que nos talents, tous nos talents, se mettent au service de notre pays tout entier.

Décloisonner, c'est le maître mot de la politique que nous souhaitons mener au M.E.S.R. : décloisonner les disciplines, les établissements, les parcours. Nous devons cesser d'opposer, dans notre pays, les figures du chercheur et de l'ingénieur, du scientifique et de l'entrepreneur, ou du local, du national et de l'international.

Nous devons travailler, tous ensemble, au progrès de notre société, une société fondée sur la connaissance, dans laquelle les progrès technologiques sont source de progrès pour tous !

Je suis très heureuse de pouvoir compter sur l'apport stimulant de vos réflexions pour atteindre ce but. Je remercie Bruno Revellin-Falcoz, votre ancien président, d'avoir donné une nouvelle impulsion à votre belle et utile institution, je remercie tous les présidents qui l'ont précédé, et je forme des vœux très chaleureux pour que Gérard Roucairol, son successeur, poursuive le travail engagé !

Merci pour le travail accompli par votre Académie. Merci de votre confiance. Sachez qu'elle est partagée et que le soutien du M.E.S.R. vous est acquis. L'Académie des technologies est un partenaire naturel, évident, et je saurai m'appuyer sur vos compétences pour éclairer nos décisions. Merci encore du travail que vous effectuez au service de l'intérêt général et de l'avenir du pays, de tout cœur, merci !

 

Publication : 20.02.2013

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