Une bibliothèque innovante et numérique

Inauguration du pôle langue et civilisations de la BULAC - Inalco© MESR/X.R.Pictures

Geneviève Fioraso a inauguré le Pôle des Langues et Civilisations Orientales de la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations (BULAC) et de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Elle a salué la qualité du projet architectural et les services offerts aux usagers, notamment l’accès aux nouvelles technologies. La ministre souhaite installer le numérique au cœur même de l’enseignement supérieur et de la recherche, par le projet de loi et le programme France Universités Numériques qui sera lancé d'ici l'été 2013. Un enjeu pédagogique, économique et de compétitivité. Une priorité pour la réussite étudiante.

Discours - 28.02.2013
Geneviève Fioraso

Seul le prononcé fait foi

Je suis très heureuse que vous m’ayez invitée à inaugurer aujourd’hui ce magnifique ensemble immobilier.

Mais il se trouve que vous m’avez invitée ici et aujourd’hui, et c’est une circonstance heureuse. Le Gouvernement s’est réuni ce matin au "FacLab" de l’Université de Cergy Pontoise, pour un comité interministériel consacré au numérique, et présidé par le premier ministre.
Ce comité a débouché sur 15 grandes propositions, dont plusieurs touchent directement la recherche et l’enseignement supérieur. J’aurais donc l’occasion de les évoquer, car je sais que vos établissements ont pris de belles initiatives dans ce domaine, et que certaines d’entre elles s’incarnent déjà dans ce nouvel équipement.

L’inauguration du bâtiment : une réussite immobilière au service de la connaissance des autres civilisations  ]

Je voudrais commencer par rappeler d’où vient ce projet, car il incarne bien le travail gagnant/gagnant entre les collectivités territoriales et l’Etat, lorsqu’il s’agit d’investir dans l’enseignement supérieur et la recherche. Je souhaite, cher Jean-Paul, que ce partenariat croisé continue.
Avec le plan université 2000, lancé au début des années 1990, il s’agissait de répondre au défi de la croissance du nombre d’étudiants et d’offrir un accès équitable à l’enseignement supérieur à tous sur l’ensemble du territoire national.
Avec le plan Université du 3ème millénaire, baptisé U3M, lancé à la fin des années 1990, ce sont des nouvelles priorités qui sont apparues, notamment en Ile-de-France. Il s’agissait alors de proposer une vision de long terme, couplée aux contrats de plan Etat-Régions. Une vision fondée sur le développement des espaces de vie étudiante, sur un rééquilibrage en faveur du Nord et de l’Est de l’Île-de-France, et sur la création d’un véritable quartier universitaire sur la ZAC Paris Rive Gauche.
La construction du nouveau site de l’université Paris Diderot en a été la première opération emblématique. Avec l’ensemble constitué de l’INALCO et de la BULAC, ce nouveau quartier complète de façon remarquable son offre de formation et de recherche. C’est aussi un quartier "lieu de vie", ouvert à la mixité sociale, à l’ouverture culturelle, qui bénéficie d’une architecture diversité.

Après les plans Université 2000 et U3M, c’est l’Opération Campus, lancée en 2007, qui a incarné la vision prospective de l’Etat en matière d’immobilier universitaire.
Cette opération est demeurée virtuelle pendant cinq ans. J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur les raisons cette déception, notamment lorsque la mission dirigée par Roland Peylet m’a rendu son rapport à la fin du mois d’octobre dernier.
Je ne veux pas m’étendre ici davantage sur l’Opération Campus, mais simplement indiquer que le choix de procédures Partenariat public-privé (P.P.P.) et l’exclusion du tour de table des collectivités territoriales est à l’origine de ces difficultés. Avec les diférents partenaires et les établissements porteurs des différents projets, je présenterai, dans quelques jours, des mesures fortes pour enfin accélérer le démarrage des chantiers et la réalisation des opérations.

Je referme – provisoirement – cette parenthèse.

La Bibliothèque universitaire des langues et civilisations et l’Institut national des langues et civilisations orientales forment désormais un ensemble immobilier de 32 000 mètres carrés. Ce projet a permis de regrouper des enseignements, des bibliothèques et des équipes jusqu'alors dispersées.

Ce pôle des langues et civilisations est une porte ouverte sur des cultures et des civilisations auxquelles la France a toujours consacré des recherches passionnées, issues d’une longue tradition d’échanges qui furent d’abord missionnaires, puis scientifiques, politiques et culturels avec l’Orient, l’Extrême-Orient, l’Afrique, l’Amérique et l’Océanie.

A l’heure de la mondialisation, mon ministère entend plus que jamais défendre l’étude et la connaissance vivante de ces aires culturelles, qui sont devenues les géants d’aujourd’hui et de demain. Cela participe du caractère universel de notre recherche et de notre enseignement supérieur, que le projet de loi qui va venir en discussion entend réaffirmer et amplifier. C’est ce caractère universel qui a motivé la suppression de la circulaire Guéant qui freinait la circulation internationale des étudiants et faisait tâche sur notre tradition universaliste.

Et comme une autre priorité de ce projet de loi, c’est l’ouverture sur la société, sur le grand public, je me réjouis que chacun puisse aujourd’hui accéder à la grande richesse des ressources regroupées sur ce site. Je sais que vous y avez veillé, et je vous en félicite.

Je tiens particulièrement à féliciter et à remercier la Région Ile-de-France et la Ville de Paris pour leur engagement financier et opérationnel dans ce projet. La Région a financé les deux tiers de l’investissement sur un total de 83 millions d’euros, et en a assuré la maîtrise d’ouvrage via une société d’économie mixte, la Société d'études de maîtrise d'ouvrage et d'aménagement parisienne (SEMAPA), dont je suis heureuse de saluer les équipes. La Ville de Paris, quant à elle, a fourni le foncier, sans lequel le projet n’aurait pu se réaliser.

On critique parfois la complexité des contrats de projets Etat-Régions (C.P.E.R.) mais la réalisation de cette opération doit être mise à leur crédit puisqu’elle a été programmée dans le cadre des contrats 2000-2006 et 2007-2013, qui ont permis de le financer et de l’accompagner jusqu’à son terme.
Ces contrats sont de mon point de vue indispensable à la programmation territoriale et au financement des grands projets. Lorsque j’entends s’exprimer, parfois, Jean-Paul Huchon l’a dit, des réticences vis-à-vis du rôle croissant des collectivités territoriales en matière d’enseignement supérieur et de recherche, j’ai envie de rappeler à quel point ceux-ci ont bénéficié, depuis quinze ans, des investissements et du savoir-faire desdites collectivités ! 

La période est compliquée, sur le plan budgétaire, je ne vous l’apprends pas, je le vis comme vous chaque jour. Vous le savez, nous devons impérativement redresser les comptes publics, après deux quinquennats de laisser-aller et faire en sorte que nos premiers investissements soient productifs. Dans ce contexte difficile, le Gouvernement a préservé l’investissement dans l’enseignement supérieur et la recherche, qui ont été reconnus à juste titre comme des secteurs prioritaires pour préparer l’avenir du pays, tant sur le plan des investissements que de la création de poste. Le président l’a réaffirmé, en félicitant notre prix Nobel de physique, Serge Haroche, au collège de France : nous créerons bien 1000 postes chaque année, soit 5 000 sur l’ensemble du quinquennat.

Je veux dire aussi que nous sommes dans une conjoncture politique favorable pour faire avancer les dossiers immobiliers en Île-de-France et à Paris, car nous partageons une même vision. C’est pourquoi je suis confiante dans notre capacité collective à relancer et à mener à terme d’autres projets ambitieux. Je pense en particulier au projet Condorcet, qui bénéficiera pleinement de l’action conjointe de la Région Ile-de-France, de la Ville de Paris et de l’Etat en faveur du rayonnement des sciences humaines et sociales.

Une bibliothèque savante et innovante au service des chercheurs et du grand public

J’ai pu remarquer, lors de notre visite, que cet ensemble n’est pas seulement un geste architectural. Il est aussi et surtout remarquable par ses conditions d’accueil et par l’accès aux nouvelles technologies qu’il offrira à tous ses usagers.

Vous avez su, ici, avant bien d’autres, prendre le tournant du numérique pour inventer des pratiques documentaires et pédagogiques innovantes, qui illustrent bien les enjeux et les mesures développées ce matin par le Premier ministre et par mes collègues, au premier rang Fleur Pellerin.

Notamment, vous avez procédé, avec le soutien de l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur, à la numérisation des catalogues de l’ensemble de vos fonds en langues et civilisations. La BULAC représente à elle seule un million de documents référencés dans le catalogue national de l'enseignement supérieur et de la recherche, dont un grand nombre en langues de caractères non-latins.

Votre site Internet permet aussi d’accéder à des fonds anciens qui ont été numérisés, notamment des manuscrits japonais, turcs et arabes. Leur nombre va encore s’accroître grâce aux partenariats de neuf établissements de recherche au terme d’une coopération exemplaire. Permettez-moi de les citer car cette réussite est aussi la leur : l’Institut national des langues orientales, bien sûr, mais aussi le C.N.R.S., l’Ecole française d’Extrême-Orient, l’E.H.E.S.S., l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.) et les Universités Panthéon-Sorbonne, Sorbonne Nouvelle, Paris-Sorbonne et Paris Diderot.

Le pilotage scientifique de la BULAC, par le biais d’un conseil scientifique composé de chercheurs français et étrangers, spécialistes des grandes aires concernées, a été particulièrement efficace.

Au-delà de la réussite scientifique, vous vous êtes aussi saisis du numérique pour repenser les pratiques pédagogiques, notamment en matière d’enseignement des langues. Une soixantaine de langues orientales sont aujourd’hui représentées, et cette offre ne cesse d’augmenter. La mezzanine de la bibliothèque que nous avons visitée, offre en libre-service des plates-formes d’autoformation qui permettent à chacun d’étudier et de progresser à son rythme.
Ces actions exemplaires illustrent la politique numérique que nous allons déployer dans le cadre du programme France Universités Numériques.

Une politique numérique beaucoup plus ambitieuse

En effet, comme je l’ai indiqué ce matin devant le Premier ministre, il est temps de ne plus considérer l’usage du numérique sous la forme d’une « fonction support ». Notre projet doit être beaucoup plus ambitieux et beaucoup plus global : nous devons installer le numérique au cœur même de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Le numérique a déjà révolutionné l’accès à l’information, à la culture, au savoir. Mais nous n’en avons pas encore tiré toutes les conséquences, ni entrevu tout le potentiel, en matière d’enseignement supérieur.  Le numérique gomme la hiérarchie, le « fact checking » en ligne ramène à d’avantage de modestie et créé des relations nouvelles entre les enseignants et les étudiants.

Il ne s’agit pas seulement de mettre en ligne des contenus, mais surtout de transformer la pédagogie et de démultiplier les opportunités d’enseignement à travers un usage plus systématique du numérique.

C’est un enjeu pédagogique pour la réussite des étudiants, c’est aussi un enjeu économique pour l’attractivité internationale de la France, et un enjeu de compétitivité pour nos entreprises à travers la formation initiale et tout au long de la vie.

Au Royaume-Uni, l’université virtuelle est la première du pays quant au nombre d’étudiants depuis plus de quinze ans avec 150 000 étudiants. Elle est 5e au niveau qualitatif. La France, ne nous le cachons pas, est en retard dans ce domaine – et j’ose le mot, « sur ce marché ».

D’ici l’été 2013, France Universités Numériques sera lancé au service des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Ce programme, assis sur un fonds de financement dont nous sommes en train de finaliser les contours, comportera une quinzaine de sous-programmes pour amplifier à la fois la formation par le numérique et la formation au numérique.

 En effet, nous avons besoin de développer les compétences numériques, qui sont un enjeu majeur de compétitivité. La commissaire Nelly Kroes a lancé au niveau européen une initiative remarquable avec la Grand Coalition For ICT Jobs qui vise à répondre au défi de former des dizaines de milliers d’emplois de haut niveau (bac+5 au moins) dans le domaine du numérique. La France, à elle seule, manque de quelques 5 000 emplois de type, par nature interdisciplinaires. C’est à nous de répondre à ce manque. C’est à nous de convaincre les jeunes de s’engager dans ces métiers du numérique ; nous y arriverons.

 

Ce détour par le numérique, qui est par nature interdisciplinaire, me permet de revenir à la bibliothèque réelle et numérique que nous inaugurons aujourd’hui.
L’interdisciplinarité, c’est l’une des caractéristiques remarquables de la BULAC. Vous avez conclu des partenariats avec la Bibliothèque nationale de France, le Collège de France (qui a mis ses cours en ligne, je le signale), et vous saurez en nouer de nouveaux, je le souhaite, avec le projet Condorcet.

Mais je retiens aussi comme caractéristiques du Pôle des langues et civilisation, qui est un peu notre Quartier latin oriental, selon votre joli mot cher Jacques Legrand, le travail en réseau, l’ouverture internationale et le pilotage par la recherche.

Vous avez tout mon soutien, en conclusion, pour développer cette belle entreprise qui illustre le décloisonnement entre filières, entre établissements, entre disciplines que je m’efforce de promouvoir pour toutes les formations et toutes les recherches.

Je tiens, enfin, à saluer le travail de Jacques Legrand qui s’apprête à quitter la présidence de l’INALCO. Vous avez su encourager le dialogue entre ses différents partenaires pour réussir ce projet. Vous l’avez conduit en visionnaire avisé et dynamique, avec le souci du consensus de l’ensemble de la communauté universitaire. Spécialiste du nomadisme, vous pourrez vous vanter d’avoir donné à l’INALCO une demeure durable. Soyez en remercié.

Je suis heureuse de saluer à cette occasion Mme Manuelle Franck, qui vous succèdera à compter du 13 mars prochain.

Enfin, je vous remercie, Madame la directrice de la BULAC, chère Marie-Lise Tsagouria, pour le travail que vous avez accompli tout au long de ce projet au long cours. Je sais que vous vous y êtes engagée avec énergie, détermination et passion. Je crois que ce sont les mots qui nous rassemblent tous aujourd’hui.

1ère publication : 28.02.2013 - Mise à jour : 18.03.2013

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Delphine CHENEVIER

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