Année franco-allemande

Semaine franco-allemande de la science et des Alumni: discours de Geneviève Fioraso

Geneviève Fioraso : lancement de la semaine franco-allemande de la science © M.E.S.R./X.R. Pictures

Dans le cadre du 50e anniversaire du Traité de l'Elysée, Geneviève Fioraso s'est exprimée lors de l'inauguration de la Semaine franco-allemande de la science et des Alumni le 15 avril à l'Académie des sciences.

Discours - 15.04.2013
Geneviève Fioraso

Je suis particulièrement heureuse d'être parmi vous ce matin, chers étudiants, doctorants et jeunes chercheurs, qui êtes venus en nombre participer à cette journée d'ouverture de la Semaine franco-allemande de la Science et des Alumni. C'est un évènement majeur de l'année franco-allemande.

Nous tous réunis ce matin, dans la grande salle des séances du Palais de l'institut de France, partageons deux convictions :

  • L'enseignement supérieur et la recherche sont au cœur de la société, au cœur des efforts de notre stratégie de croissance et de redressement, dans un monde où la connaissance est devenue la principale valeur économique;
  • L'enseignement supérieur et la recherche constituent un fondement majeur de la coopération franco-allemande. Le rayonnement international de la France et de l'Allemagne, tous deux premiers partenaires scientifiques en Europe, est renforcé par nos atouts scientifiques combinés.


Une coopération historique

Le 22 janvier 1963, le général de Gaulle et le chancelier Adenauer signaient un traité entré dans l'histoire sous le nom de Traité de l'Elysée. Permettez-moi de saluer M. Konrad Adenauer, petit-fils du chancelier, qui nous fait l'honneur de sa présence aujourd'hui. Ce traité ouvrait la voie à une coopération sans précédent entre nos deux pays.

Durant toute une année, depuis juillet dernier, les célébrations de ce cinquantième anniversaire sont l'occasion de mesurer le chemin parcouru et de préparer les prochaines étapes d'une relation porteuse d'avenir. Le président de la République et la chancelière allemande ont souhaité placer les célébrations sous le signe de la jeunesse. Tous deux l'ont rappelé, le 22 janvier dernier à Berlin : "Notre partenariat ne sera couronné de succès que si nous parvenons à mobiliser l'enthousiasme des jeunes pour l'idée franco-allemande."

Dans ce cadre nos deux pays ont fondé un modèle basé sur le rapprochement des jeunesses et la création d'un espace scientifique commun. Aujourd'hui, la France et l'Allemagne représentent 50% du budget de la recherche en Europe, et 10% dans le monde. Nous pouvons être fiers de  notre coopération en matière de recherche et d'enseignement supérieur :

  • une coopération extrêmement dense, en termes de mobilité : chaque année plus de 13000 étudiants allemands sont inscrits en France et près de 10000 étudiants français en Allemagne. Parmi eux, 5000 sont inscrits dans les cursus binationaux soutenus par l'université franco-allemande ;
  • une coopération fructueuse : les laboratoires de nos deux pays co-publient plus de 8000 articles chaque année, soit une trentaine de publications par jour, 9% des publications françaises et 6% des publications allemandes ;
  • une coopération sur tous les domaines scientifiques. Des priorités ont été identifiées, au travers d'une feuille de route commune, dans la recherche médicale, les biotechnologies, les sciences humaines et sociales, et plus récemment la recherche énergétique, et le numérique.

Sept accords de coopération entre des institutions françaises et allemandes vont être signés aujourd'hui. Je m'en félicite. Beaucoup d'entre vous suivent la manifestation sur grand écran du fait de l'affluence. Je vous salue chaleureusement. Je vais devoir m'absenter temporairement pour participer à un séminaire de travail avec le Premier ministre, qui concerne notamment la mobilité internationale des étudiants, mais  nous aurons l'occasion de nous retrouver tous ensemble au déjeuner.

 

Favoriser la mobilité des jeunes étudiants et des chercheurs

La mobilité des étudiants entre nos deux pays est grandement favorisée par l'université franco-allemande. Nous avons décidé de la conforter. Avec la ministre, nous sommes totalement en phase pour appuyer le déploiement du futur programme européen Erasmus pour tous, au bénéfice de toutes les filières, y compris technologiques et professionnelles. Vous le savez, je suis attachée, comme bon nombre de mes collègues européens, au nom d'Erasmus pour tous, véritable symbole de la circulation des savoir et des idées en Europe.

Je sais que vous allez en débattre au cours de la table ronde, la mobilité étudiante, et singulièrement la coopération franco-allemande dans le domaine de la formation, est un facteur d'élévation du niveau de qualification, et constitue un atout dans la  recherche d'un emploi.
L'enquête réalisée par l'U.F.A. en 2011 auprès de diplômés des cursus intégrés franco-allemands depuis 2000 l'a bien montré : les deux tiers ont trouvé un emploi adéquat dans les trois premiers mois suivant l'obtention de leur diplôme de fin d'études, c'est un succès que je salue.

Le projet de loi d'orientation pour l'enseignement supérieur et la recherche que j'ai présenté le 20 mars dernier vise en premier lieu la réussite des étudiants.

Je voudrais citer quelques mesures qui auront un impact direct sur l'emploi des jeunes :

  • le doublement du nombre d'étudiants en alternance ;
  • la valorisation du doctorat pour l'accès aux métiers de la haute fonction publique, mais aussi dans les entreprises privées ;
  • l'accroissement du nombre de stages en Licence et en Master ;
  • l'introduction de cours à l'entrepreneuriat pour tous les doctorants.

L'objectif est de doubler le nombre d'étudiants en formation en alternance d'ici à 2020, en mobilisant tous les acteurs : universités, entreprises, collectivités, économie sociale et solidaire. L'U.F.A. soutient déjà deux cursus en alternance, je souhaite qu'elle puisse soutenir de nouveaux cursus.

Attirer les talents du monde entier, c'est aussi adapter les conditions d'accueil. Avec Manuel Valls, le ministre de l'intérieur, mon ministère travaille aux mesures réglementaires, en particulier pour ce qui concerne la facilitation d'accès aux titres de séjour pour les étudiants étrangers en mobilité et à la recherche d'une première expérience professionnelle. Mais je voudrais aussi encourager auprès des directeurs d'établissements des pratiques concrètes. Par exemple j'ai noté avec intérêt le système de "buddies", ces tuteurs qui accompagnent les nouveaux arrivants, comme cela est pratiqué en Allemagne, mais aussi en Corée du Sud ou au Québec, ainsi que le développement de centres d'accueil pour les étudiants internationaux.

 

Au-delà de l'U.F.A., je voudrais citer ici quelques exemples des outils exceptionnels de notre coopération :

  • le Centre Marc-Bloch à Berlin vient de fêter ses 20 ans. J'ai eu le plaisir de le visiter, en septembre dernier. Dotée d'un financement et d'une équipe binationaux, le Centre accueille des collaborateurs scientifiques de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales ;
  • le programme conjoint "Inter Carnot-Fraunhofer" finance des projets franco-allemands de recherche collaborative et d'innovation. Il finance à ce jour 26 projets à hauteur de 30 millions d'euros, apportés à parts égales par la France et l'Allemagne. A titre d'exemple, le projet SOLARBOND développe de nouvelles techniques de production à moindre coût de modules solaires. Des accords de coopération de contrats industriels avec le C.E.A.-LETI et le Fraunhofer I.S.E. ont été conclus ;
  • le lancement du Centre franco-allemand de Recherche translationnelle, emblématique d'une nouvelle modalité de partenariat public-privé, basé sur un concept d'innovation ouverte dans le domaine pharmaceutique. Il associe l'INSERM, l'Université de Strasbourg, l'Association Helmholtz, l'Université d'Heidelberg et Sanofi.

L'évolution de nos systèmes d'enseignement supérieur et de recherche témoigne d'une vision partagée : préparer l'avenir c'est aussi s'appuyer sur la recherche, pour répondre aux grands défis du 21e siècle.

Tout d'abord je souhaite rappeler mon attachement à préserver le soutien à la recherche fondamentale, sur le long terme. Je sais que nous partageons cette force et cette conviction.

A l'instar de la Stratégie High Tech 2020, la loi dotera la France d'un agenda stratégique de la recherche, France Europe 2020. Les alliances, le C.N.R.S., dans sa mission transversale, travaillent sur 8 grands défis, en harmonie avec le futur programme cadre européen de la recherche, Horizon 2020 : la lutte contre le changement climatique et la gestion sobre des ressources, la transition énergétique, la réindustrialisation, la santé, la sécurité alimentaire, la mobilité, et les systèmes urbains durables. Les technologies génériques clés et la recherche technologique feront l'objet d'actions spécifiques ainsi que le transfert, qui permet le passage de l'invention à l'innovation et à la création d'emploi dans de nouvelles filières.

Dans le domaine spatial, des avancées majeures ont pu être atteintes lors du conseil de l'ESAde novembre 2012, à Naples, grâce à la coopération franco-allemande. Nos deux pays ont pris des engagements financiers d'un montant de près de 5 milliards d'euros notamment pour le programme de lanceurs Ariane 5ME/Ariane 6, le financement paritaire des satellites de météorologie ainsi que pour l'exploitation de la Station Spatiale Internationale jusqu'en 2020, l'exploration de l'espace et des programmes scientifiques d'observation de la Terre.

 

Mesdames et messieurs, je suis convaincue que notre ambition pour la recherche doit être européenne, pour mieux rayonner à l'international, dans un monde en pleine mutation.

Nous partageons une responsabilité commune dans la construction de l'Espace européen de la recherche : nos collaborations bilatérales en matière de recherche, le poids de nos participations conjointes au 7e PCRDT, font du couple franco-allemand un moteur de l'Europe de la recherche. Cette coopération bilatérale a vocation à servir de point de départ à la constitution de réseaux d'excellence, déployés dans l'espace européen de l'enseignement supérieur et de la recherche. La poursuite de notre feuille de route commune pour l'enseignement supérieur et la recherche y contribuera.

Nous avons aussi tout intérêt à échanger nos meilleures pratiques. C'est  ce que nous faisons, par exemple, avec U-Multirank auquel participent l'Observatoire des sciences et des techniques et le Centre for Higher Education allemand. Cet outil de qualification des universités européennes constitue un dispositif beaucoup plus complet que le classement de Shanghaï, au service des étudiants. Il intègrera toutes les disciplines, le nombre d'étudiants accueillis et diplômés, les liens des universités avec leurs territoires, le transfert vers l'industrie et l'inscription dans les écosystèmes.

Voilà, Chers étudiants, doctorants et jeunes chercheurs, ce que je souhaitais souligner à l'occasion de cette Semaine franco-allemande de la Science et des Alumni. Un évènement comme celui-ci est une excellente opportunité pour mesurer la qualité et la progression de notre coopération, dans le climat d'amitié et de confiance qui caractérise notre relation.

 

 

1ère publication : 15.04.2013 - Mise à jour : 24.05.2013

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Delphine CHENEVIER

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