Enseignement supérieur

Séminaire national des élus étudiants de la FAGE

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Message de Geneviève Fioraso lors du séminaire national des élus de la FAGE

Geneviève Fioraso a tenu à adresser un message aux élus de la FAGE, à l'occasion du séminaire national des élus étudiants de la fédération.

Actualité - 25.04.2013
Geneviève Fioraso

Un événement scientifique prévu de longue date me retient aujourd'hui à Grenoble. Je tenais à vous adresser un message personnel.

Je connais l'influence et le dynamisme de votre organisation, dont les progrès électoraux et la vitalité associative sont incontestables et appréciés. J'ai eu l'occasion, d'ailleurs, d'apprécier votre expertise, en matière d'aide sociale comme de pédagogie. J'apprécie la capacité des élus de la FAGE, à tous les niveaux, à définir des objectifs clairs et bien analysés. Je salue aussi la capacité de dialogue de vos responsables nationaux et l'efficacité des fédérations locales ou mono-disciplinaires.

Ce dialogue, cette efficacité me sont d'autant plus précieux que j'ai fait de la réussite étudiante la priorité de ma politique. La compétitivité française et l'avenir de notre modèle social en dépendent. L'objectif européen, de Lisbonne et de Bologne,  de 50% d'une classe d'âge diplômée à bac +3 est encore bien loin dans notre pays. L'échec est trop fréquent et l'orientation bien souvent inadaptée. Notre système éducatif, de la maternelle au supérieur, loin de remplir son rôle républicain d'ascenseur social, ne fait qu'accentuer les inégalités liées aux territoires, à l'origine sociale ou culturelle, et au genre.

Le projet de loi que je présenterai au Parlement à partir du 13 mai prochain atteste d'une détermination à réformer, portée par tout le gouvernement. La priorité à la jeunesse voulue par le Président de la République, c'est d'abord le pari éducatif que traduisent les lois sur la refondation de l'école de la République et sur l'enseignement supérieur et la recherche.

Je suis particulièrement attachée à la sécurisation et à la réussite des parcours étudiants.

Cela passe d'abord par une orientation adaptée : c'est le sens de la priorité d'accès aux S.T.S. pour les titulaires de baccalauréats professionnels et aux I.U.T. pour les titulaires de baccalauréats technologiques. Simplification et ouverture sont les moteurs de la réussite étudiante et de l'insertion professionnelle des jeunes diplômés. Elles sont inscrites dans la loi : c'est l'objet du conventionnement entre classes préparatoires et universités, pour rapprocher les formations, enrichir les pratiques pédagogiques par la recherche, permettre les réorientations sans redoublement et rapprocher des cursus aujourd'hui trop éloignés, le fameux enseignement dual de l'exception française.

Je souhaite que chacun, dans l'enseignement supérieur, considère que l'orientation des jeunes est de sa responsabilité.
Il faut améliorer la procédure Admission Post Bac, parce qu'on ne s'oriente pas seulement avec deux ou trois "clics". Il faut surtout adopter une nouvelle conception de l'orientation :

  • une orientation progressive et continue, du -3 au +3, avec un accompagnement individualisé et humanisé ; 
  • dès le secondaire, une information sur les métiers, comme sur l'enseignement supérieur, ses méthodes, les attentes des enseignants, les débouchés ; 
  • dans le supérieur, une orientation tout au long du premier cycle.

Cette orientation sera facilitée par la simplification et la lisibilité de l'offre de formation : 3 600 intitulés de licences, 10 000 pour les masters, mentions et spécialités comprises, c'est beaucoup trop. Personne ne s'y retrouve dans ce maquis, pas plus les étudiants, leurs familles, notamment celles qui ne disposent pas des décodeurs nécessaires, que les employeurs. Une simplification drastique s'impose et le Ministère de l'enseignement supérieur prendra toutes ses responsabilités dans les accréditations et la mise en place d'une nomenclature compréhensible.

Je tiens aussi à refonder les formations de santé. L'échec y est encore dévastateur, malgré la mise en place de la PACES , qui a constitué un progrès par rapport à la situation antérieure. Le projet de loi offre des possibilités d'expérimentation pour favoriser la réussite des étudiants. Il n'est pas question d'organiser une sélection à l'entrée des études de santé, comme je l'ai entendu à tort, mais d'améliorer le processus de réorientation au sein de l'université, au bénéfice des étudiants. La mise en oeuvre de ces expérimentations sera bien entendu encadrée par le ministère. Ce cadre sera déterminé par un groupe de travail auquel la FAGE participera. La durée des expérimentations sera de six ans, avant d'examiner, en lien avec le CNESER, les conditions de leur généralisation. Les expérimentations doivent permettre les réorientations sans redoublement, ainsi que la démocratisation de l'accès. Elle doit aussi permettre la diversification des modes d'accès aux professions de santé, sans toucher pour l'instant au numerus clausus.

Cette réflexion, cette expérimentation s'intègrent à celles que j'ai, plus largement, engagée avec Marisol Touraine, la ministre de la santé, sur le devenir de toutes les formations de santé. L'objectif est de mieux répondre aux besoins de la société, notamment aux évolutions de la télémédecine et de la e-santé, avec l'évolution correspondante des services et métiers médicaux et para-médicaux.

Je veux encore vous présenter mes engagements pour favoriser l'insertion professionnelle et la reconnaissance des qualifications. Vous avez eu l'occasion d'être consulté à propos des stages favorisant l'orientation et l'insertion professionnelle. Malheureusement, les stages sont trop souvent détournés de leur finalité pédagogique. Des mesures législatives et réglementaires seront prises en 2013, en coordination avec le ministre du Travail, de l'emploi, du dialogue social et de la formation professionnelle, Michel Sapin. Les stages doivent être généralisés dès le premier cycle post-bac et faire partie intégrante de la formation, pour éviter tout abus et favoriser la professionnalisation. 

Je veux aussi doubler l'alternance dans l'enseignement supérieur, d'ici 2020. Cela favorisera l'insertion professionnelle, stimulera la compétitivité de notre économie, tout en permettant à des jeunes de milieu modeste de poursuivre des études longues et de s'insérer durablement.

Un projet me tient particulièrement à cœur, c'est celui de la reconnaissance du doctorat. Ce sera difficile. Les réticences sont nombreuses, tant du côté  des corps d'Etat de la fonction publique que dans le milieu des entreprises. Mais c'est un enjeu majeur, dont je sais qu'il vous importe. Partout en Europe et dans les pays les plus développés, la capacité créative et le potentiel élevé des docteurs favorisent leur accès à des fonctions de responsabilité. C'est encore trop rarement le cas en France, et nous nous privons de bien des talents.

La réussite des étudiants tient aussi à la qualité de leurs conditions de vie. J'en ai fait ma priorité dès la préparation du budget 2013. Le budget pour la vie étudiante, dans un contexte difficile et contraint, a cru de 7,7 %. L'engagement de construire 40 000 logements durant le quinquennat a été confirmé et conforté en actes, notamment par le déblocage du Plan Campus qui comprend 13.000 logements, neufs ou réhabilités. La santé étudiante sera améliorée, notamment grâce à l'ouverture de 30 centres de santé dans les campus d'ici 2015.

Plus récemment, j'ai lancé avec mon collègue du Budget, Bernard Cazeneuve, une évaluation des aides aux étudiants, pour fonder sur des bases solides la réforme annoncée par le Président de la République.

Le réseau des œuvres, auquel vous êtes fortement attachés et dont je veux saluer l'utilité, est l'opérateur national pour la vie étudiante. Son rôle est réaffirmé dans la loi. J'attends beaucoup de sa mobilisation nationale et territoriale, en partenariat avec les universités, les écoles, les collectivités locales et les acteurs socio-économiques.

D'une manière générale, les collaborations avec les collectivités territoriales et les acteurs de terrain doivent être renforcées. Notre pays a besoin d'une autre approche territoriale. La logique des écosystèmes fait partout ses preuves : il est temps que nous nous l'approprions. C'est l'objectif des regroupements d'établissements. Vous en comprendrez d'autant mieux la logique que votre fédération est organisée sur la base de ces sites et de ces territoires. L'efficacité et la lisibilité de notre enseignement supérieur réclament un autre mode de coopération entre les établissements. Ces regroupements favoriseront aussi une recherche plus performante, davantage pluridisciplinaire, mieux à même de coopérer avec les acteurs économiques du territoire, P.M.E., PLI comme grands groupes, et mieux à même d'intensifier les partenariats internationaux et la visibilité à l'international.

L'ouverture internationale représente un enjeu décisif, pour la qualité de nos formations et le rayonnement de notre recherche. Le projet de loi prévoit déjà de favoriser l'organisation de cursus en d'autres langues que le Français, étant donné, bien sûr, que les étudiants accueillis se verront proposer d'apprendre notre langue en parallèle. Je travaille aussi, avec Laurent Fabius et Manuel Valls, à plusieurs mesures nouvelles, pour simplifier les démarches en vue d'obtenir un titre de séjour et pour faciliter l'accès des jeunes diplômés au marché du travail. Le gouvernement précédent a fait beaucoup de mal à notre attractivité, et notre image. L'annulation de la circulaire Guéant était nécessaire mais elle n'est pas suffisante. Pour nous renforcer à l'international, pour que notre enseignement supérieur et notre recherche rayonnent d'avantage, nous devons nous s'appuyer sur un accueil plus efficace, plus convivial des étudiants comme des chercheurs de tous les pays, émergents comme développés. C'est l'attractivité de notre pays et son avenir, donc le vôtre, qui sont en jeu.

Je vous remercie de tout cœur d'y contribuer.

Très bon congrès.

 

Publication : 25.04.2013

Allocution de G.Fioraso pour le séminaire national des élus étudiants de la FAGE

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