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5e édition du Forum Science, Recherche et Société

Message de G.Fioraso pour la 5e édition du Forum Science, Recherche et Société

Geneviève Fioraso a tenu à adresser un message vidéo aux participants du 5e Forum Science, Recherche et Société, organisé au Collège de France le 23 mai par Le Monde et La Recherche, en partenariat avec l'ADEME, l'INRIA, l'INSERM et l'IRSTEA.

Actualité - 24.05.2013

La connaissance, la science et la technologie sont les ressorts du progrès. Plus que jamais, ils contribuent à notre qualité de vie et ils nourrissent nos espoirs de l'améliorer. Les femmes et les hommes qui en sont les acteurs portent haut le rayonnement international de la France.

Ces convictions fortes, je suis heureuse de les partager avec les Français. L'enquête annuelle qui va vous être présentée en détail livre un panorama de leurs opinions – et de leurs évolutions – très stimulant pour les scientifiques et pour leur ministre, puisqu'elle témoigne de la confiance des Français dans la qualité de la recherche nationale.

Je veux remercier les organisateurs de ce remarquable forum pour leur excellente initiative, qui en est à sa 5e édition. Je suis heureuse qu'il se tienne à nouveau au Collège de France, établissement superbe, fort de cinq siècles d'histoire et d'une actualité exceptionnelle, avec le prix Nobel décerné à Serge Haroche, son nouvel administrateur.

Le Collège a contribué récemment à la grande concertation des Assises de l'enseignement supérieur et de la recherche, en accueillant son assemblée finale. Durant 6 mois,  20 000 citoyens ont pu échanger, construire ensemble et soumettre au total plus de 1000 contributions écrites, dont la synthèse a été élaborée au cours des deux journées organisées ici-même en décembre 2012.

Ce travail approfondi a permis la rédaction d'un projet de loi que je présente aujourd'hui même à l'Assemblée nationale, ce qui me prive du plaisir d'être parmi vous.

Cette loi est la première à porter à la fois sur la recherche et sur l'enseignement supérieur. La tradition administrative et les circonstances politiques séparaient jusqu'à présent ces deux dimensions de la connaissance et de la science, qui sont pourtant indissociables, et qui sont, de fait, intimement réunies dans tous les autres pays développés. La fierté du chercheur motive l'enseignant, et l'incite à partager les résultats de ses travaux avec ses étudiants. Le bonheur de l'enseignant, qui fait réussir ses étudiants, contribue à leur insertion professionnelle et à leur épanouissement intellectuel, l'encourage à approfondir ses recherches, pour former les générations suivantes. Les qualités de l'une et de l'autre se renforcent mutuellement.

La loi pose deux objectifs principaux:

  • élever le niveau de qualification de notre jeunesse pour atteindre 50% d'une génération diplômée de l'enseignement supérieur et favoriser un parcours de réussite pour tous les étudiants. Cela passe par une meilleure orientation, le doublement de l'alternance, la diffusion du numérique et le développement des passerelles entre les formations des écoles et des universités;
  • Le second objectif concerne plus directement vos travaux. Il s'agit de donner une nouvelle ambition à notre recherche afin de faire face aux grands défis économiques et sociétaux. Cela passe par le soutien à la recherche fondamentale, mais aussi par le développement de la recherche technologique et du transfert, nos deux points faibles par rapport aux pays comparables.

Le projet de loi réaffirme et précise le rôle d'un état stratège, donnant le cap à suivre, définissant en concertation les grandes priorités nationales, pour les proposer aux établissements, dont l'autonomie sera par ailleurs renforcée.

Ce sont là des enjeux décisifs pour la Nation. Les Français en ont visiblement conscience. Ils sont sans doute un peu trop optimistes en plaçant notre pays juste après les Etats-Unis en termes de dynamisme scientifique. Au niveau des publications, la France se classe 6e. Ce qui devrait en revanche tout particulièrement nous alerter, c'est qu'en termes d'innovation, nous ne sommes qu'au 15e rang.

Certains pays font depuis des années et encore aujourd'hui des efforts considérables. Je pense à la Corée qui investit plus de 4,3% de son P.I.B. dans la recherche et le développement, et à l'ensemble des BRICs, dont la marche en avant est spectaculaire, alors que nous plafonnons à  2,2% depuis 10 ans, malgré l'engagement de 3% pris à Lisbonne.

La France et l'Europe doivent mettre les bouchées doubles, pour relancer la recherche fondamentale, pour faciliter et encourager le transfert, et pour occuper de manière plus offensive le champ des technologies, trop souvent négligé. S'ouvrir et décloisonner sont à cette fin indispensables. Attirer les meilleurs étudiants et universitaires étrangers est une nécessité. La France accueille près de 300 000 étudiants étrangers, 12% de nos étudiants. C'est une fierté qui ne doit pas nous aveugler. En quelques années, l'Australie est passée devant nous, et l'Allemagne est devenue la première destination non anglophone. En simplifiant drastiquement les démarches administratives avec Manuel Valls et Laurent Fabius, en rendant plus chaleureux et efficace l'accueil proposé dans les établissements et les laboratoires, nous voulons regagner le terrain perdu, et effacer les stigmates de la très néfaste circulaire Guéant. En facilitant l'organisation de cours en langues étrangères, tout en prévoyant l'enseignement du Français pour ceux qui ne maîtrisent pas notre langue, j'entends donner un nouvel élan à notre ouverture internationale, tout en étant convaincue que nous contribuerons ainsi à étendre le champ de la francophonie dans le monde.

Notre pays doit simultanément redevenir un moteur de la construction de l'Europe. En matière scientifique, la coopération est cruciale, ce qu'atteste par exemple le formidable projet humain brain qui sera cet après-midi l'objet d'une conférence. Aucun de nos pays ne pourrait se lancer seul dans une telle aventure, de même que les prodiges réalisés par notre industrie spatiale sont à placer au crédit d'une Europe unie.

En outre, les scientifiques français étaient naguère submergés par un incessant tourbillon de procédures et de compétitions franco-françaises. L'une des conséquences, c'est que la France a perdu du terrain au sein même de l'Europe. Tout en contribuant à hauteur de 16,4% du budget, elle n'a obtenu en retour que 11,6%, malgré les succès de ses laboratoires, souvent lauréats, mais trop rares à se porter candidats.

Ceci m'a incitée à définir et proposer un agenda stratégique intitulé "France Europe 2020" en phase avec les priorités définies avec les autres pays de l'Union. Cet agenda dresse en particulier une liste des défis sociétaux qu'il s'agit de relever, et dont je note avec intérêt qu'ils recoupent largement la programmation de votre journée. La gestion sobre des ressources et l'adaptation au changement climatique posent des questions vitales. Les sciences expérimentales associées aux sciences sociales seront nécessaires à la construction de réponse. De même pour l'énergie du futur, la santé et le bien-être, la sécurité alimentaire ou l'essor du numérique, qui combinent tous des problèmes technologiques, scientifiques, économiques et sociaux.

Cette complexité ressort du titre du forum, qui aborde le dialogue subtil entre la recherche et la société. Depuis plus de deux siècles, l'un des socles sur lesquels se fondent nos sociétés développées a été le fait que la démarche scientifique (c'est-à-dire la rationalité, la rigueur méthodologique et l'esprit critique) soit considérée comme une valeur à part entière, à cultiver aussi bien pour elle-même que pour les progrès qu'elle peut amener dans tous les domaines de l'existence. Ainsi, la croissance de l'espérance de vie ne va pas sans les progrès de l'hygiène, de l'électricité, de la chirurgie et autres bienfaits d'une connaissance toujours plus fine et toujours plus efficace.

Mais aujourd'hui s'exprime une certaine frilosité. Le lien entre progrès des connaissances et progrès humain est mis en doute. Si la grande majorité de nos concitoyens continue de porter respect, admiration et confiance pour les chercheurs et pour la recherche, des voix apparaissent pour faire porter à ces derniers la responsabilité des défaillances ou accidents. Certaines sphères de notre société vont jusqu'à un rejet sans discernement, de tout ce qui provient des résultats de la recherche et de l'innovation.

La distance entre la science et les citoyens est chaque jour plus grande. Les progrès scientifiques et techniques sont si rapides qu'il devient pratiquement impossible d'imaginer posséder une culture scientifique solide à moins d'y consacrer une grande partie de son temps. L'excellence de nos musées scientifiques, la qualité des ouvrages de vulgarisation, l'effort constamment accompli par les journaux scientifiques ne s'adressent, par la force des choses, qu'à ceux et celles qui sont déjà intéressés, ceux pour qui la culture scientifique est déjà considérée comme une valeur, au même titre qu'une culture musicale, artistique, ou historique. Malgré le dévouement des enseignants de science, les disciplines scientifiques paraissent à nos jeunes trop ardues, trop ingrates pour pouvoir les motiver dans leurs choix professionnels.

Résoudre ces tensions est un défi majeur pour notre civilisation. C'est un climat de confiance qu'il faut reconstruire. Envers les chercheurs, d'abord, eux qui ont été méprisés voire insultés durant le précédent quinquennat, je pense en particulier à l'odieux discours de janvier 2009. La créativité et l'efficacité sont affaire de confiance. Je travaille depuis ma nomination à la reconstruire.

Entre les chercheurs et les citoyens aussi, et, à cet égard aussi, l'enquête réalisée à l'occasion du forum est très instructive. Elle atteste du respect de nos concitoyens pour les scientifiques, mais d'inquiétudes à ne pas négliger.

La priorité, pour ma part, est d'éveiller et de cultiver le goût des sciences et celui de l'esprit critique. Ce n'est pas inné. D'ailleurs, nous ne sommes pas vraiment habitués, en France, à intégrer les connaissances scientifiques à la culture générale, davantage centrée sur les arts. C'est selon moi une erreur profonde, en même temps qu'un sérieux handicap. Je suis heureuse de pouvoir partager cette conviction avec Aurélie Filipetti, qui aujourd'hui conçoit l'éducation culturelle et artistique en y intégrant la culture scientifique.

J'ai noté que les Français appréciaient la qualité de l'enseignement des mathématiques et des sciences expérimentales, jugée meilleure que celle des humanités. La refondation en cours de la formation des enseignants me fait espérer des progrès dans toutes les disciplines. Pour enrayer la baisse dramatique du nombre d'étudiants dans les filières scientifiques universitaires, qui conduisent à la recherche, en particulier chez les filles, j'encourage à cette fin les collaborations entre les futures E.S.P.E. et les maisons de la science inspirées par Pierre Léna et l'équipe de la main à la pâte.

J'encourage aussi, en y associant les Régions, l'action menée par les C.C.S.T.I. dans les territoires en direction de publics très divers.

Au fond, j'ai l'espoir que notre langue et notre culture commune fassent une place plus grande à la démarche et aux faits scientifiques. C'est là un défi fondamental pour les acteurs du partage des connaissances, dont Le Monde et La Recherche sont des représentants éminents, à qui je renouvelle mes remerciements, pour l'événement du jour, mais surtout pour le travail de long cours qu'ils conduisent avec ténacité et inventivité.

Très bons travaux, et merci de votre attention. 

Publication : 24.05.2013

Message de G.Fioraso au 5e édition du Forum Science, Recherche et Société

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