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Biologie et santé

30 ans de recherches médicales pour la lutte contre le sida

Conférence "30 ans de recherche sur le V.I.H., imaginons le futur

A l'occasion de la cérémonie d'ouverture du colloque "30 ans de recherches sur le V.I.H., imaginons le futur" à l'Institut Pasteur de Paris, Geneviève Fioraso a tenu à réaffirmer le soutien de la France dans la recherche contre le sida.

Discours - 22.05.2013
Geneviève Fioraso

Je voudrais tout d'abord remercier les organisateurs de cette conférence, le professeur Françoise Barré-Sinoussi et le docteur Jack Whitescarver, pour leur invitation à ouvrir cette conférence "30 ans de recherche sur le V.I.H., imaginons le futur".

Vous le savez tous mieux que quiconque, c'est ici, à quelques mètres de cet amphithéâtre qu'il y a 30 ans,  une petite équipe de chercheurs et de cliniciens identifiait pour la première fois le virus du sida, grâce au ganglion qu'un patient avait bien voulu se voir prélevé.

Ainsi, l'histoire de ces 30 ans de recherche, débute ici, par une approche typiquement Pastorienne, associant cliniciens et chercheurs et ensuite très vite les malades et l'international.

Je me réjouis de savoir que nombre de ceux qui ont participé à cette aventure collective fondatrice, ici et dans le monde, sont aujourd'hui dans cette salle, et je tiens tout particulièrement à leur rendre hommage.

En effet, la découverte du V.I.H. a marqué le point de départ d'un élan mondial de recherche qui trois décennies plus tard a abouti aux fantastiques avancées en matière de diagnostic, de prévention et de traitement que nous connaissons tous.

Ces progrès, à l'échelle d'une vie et à l'aune des millions de personnes emportées par la maladie peuvent paraître lents. Ils ont été en réalité fulgurants à l'échelle scientifique.

Songez, et ce ne sont que quelques exemples, que les premiers tests diagnostics ont été disponibles dès 1985, que le premier traitement antirétroviral, l'A.Z.T., a été approuvé aux U.S.A. dès 1987 et qu'enfin, dès 1996, les fameuses trithérapies qui ont sauvé tant de vie étaient développées.

L'utilisation des molécules antirétrovirales pour prévenir de l'infection V.I.H. s'est également largement imposée grâce aux résultats très encourageants de grands essais internationaux.

Tous ces progrès ont fait souffler sur la conférence mondiale de Washington en juillet dernier, où j'ai eu l'occasion de m'exprimer et de présenter les objectifs de la France en terme de recherche sur le V.I.H., un vent d'optimisme, celui de voir un jour naître une génération sans sida.

Je sais que pour la plupart d'entre vous, engagés dans ce combat depuis des décennies, ce scénario était impensable il y a encore quelques années.

Malheureusement le Sida n'est pas vaincu. 34 millions de personnes vivent avec le V.I.H. dans le monde en 2011. L'Afrique sub-saharienne demeure la région la plus affectée, avec presque 4,9% de la population touchée. Après l'Afrique sub-saharienne, ce sont les Caraïbes, l'Europe de l'est et l'Asie centrale qui sont le plus touchées avec 1% des adultes vivant avec le VIH en 2011.

On estime que 150 000 personnes vivent avec le V.I.H. en France. Et, cette estimation ne tient pas compte des 30 000 personnes environs qui ignoreraient leur contamination. Dans ce contexte, il est important de trouver des nouvelles approches dans la prévention et le dépistage.

Pour faire reculer cette épidémie, il est nécessaire de déployer l'ensemble des outils déjà existants pour prévenir ou traiter l'infection tout en poursuivant la recherche vers de nouvelles stratégies pour aboutir un jour, comme nous le souhaitons tous, au développement d'un vaccin et d'un traitement.

Cependant, dans le domaine de la recherche sur le V.I.H., l'histoire nous a appris à rester lucide et prudent. L'arrêt prématuré d'un important essai vaccinal américain annoncé à la fin du mois dernier, nous montre à quel point les défis qu'il nous reste à surmonter sont importants. Ces espoirs et ces défis qui façonnent le futur de la recherche, c'est ce qui vous rassemble ici pour ces deux journées de symposium scientifique.

Il me semblait donc important de réaffirmer, à l'occasion de la cérémonie d'ouverture de cet événement scientifique, le soutien de la France dans la recherche contre le V.I.H..

En tant que ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, permettez-moi de m'arrêter un instant sur des aspects spécifiques à la France. La France est le pays de nombreux scientifiques de renom. La France est en effet très fière de son Prix Nobel de médecine, le professeur Françoise Barré-Sinoussi. Cette récompense prestigieuse reconnaît le rôle qu'elle a eu dans la découverte du virus.

La France est le deuxième pays du monde tant pour sa qualité que son nombre de publications scientifiques concernant le V.I.H.. Cet engagement est non seulement le fruit d'une communauté scientifique profondément impliquée, mais aussi d'un engagement fort et constant dans la lutte contre le V.I.H. des organisations et associations de patients.

A l'heure d'aujourd'hui, la France est le seul pays d'Europe à avoir une agence nationale dédiée à la coordination scientifique et au financement de la recherche contre le V.I.H.. L'organisation de la recherche sur le V.I.H. dépend de l'A.N.R.S., qui comme le rappelait le professeur Delfraissy, il y a quelques minutes, fêtera cette année ses 25 ans. Ce modèle est la clé pour faire face aux enjeux de la recherche et du traitement contre le V.I.H.. Nous devrons ainsi maintenir nos efforts dans tous les aspects de la recherche. Je voudrais rappeler ici que, cette année malgré un budget contraint, j'ai maintenu le budget de l'Agence à l'euro prêt.

Les priorités de l'A.N.R.S. sont totalement en accord avec les grands enjeux internationaux en matière, par exemple, de stratégies thérapeutiques ou de nouveaux outils de prévention, y compris vaccinaux comme l'a mentionné le professeur Delfraissy.

Une autre particularité de l'A.N.R.S. est sa très forte implication dans la recherche au sud. Comment, en effet, imaginer développer des outils efficaces contre l'infection V.I.H. sans associer les pays qui sont les plus touchés par l'épidémie ? L'A.N.R.S. a développé de véritables partenariats avec les autorités de santé et de recherche de tous les pays d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine pour lesquels des sites de recherche ont été développés. Nombre d'entre vous, présents dans cette audience, font partie de ces sites A.N.R.S. et peuvent témoigner de la vigueur des projets de recherche qui y sont développés.

La France demeure également fortement engagée dans la recherche vaccinale comme en témoigne, par exemple, la création en 2011 de l'Institut de recherche vaccinale, en collaboration avec l'université Paris-Est Créteil. La mission de cet institut est d'accélérer le développement d'un vaccin efficace contre le V.I.H.. Il regroupe de nombreux laboratoires en France, en Europe et aux Etats-Unis.

La France possède ainsi de nombreux atouts qui, j'en suis certaine, lui permettront d'être encore demain à l'origine de grandes avancées biomédicales dans le domaine du V.I.H .et plus largement dans les grandes pathologies infectieuses. Mais ce qui caractérise une grande Nation de recherche, c'est sans aucun doute, la qualité de ses coopérations et la force de ses partenaires. Le monde dans lequel nous évoluons aujourd'hui ne permet à aucun acteur de travailler indépendamment les uns des autres. Ceci est d'autant plus vrai du fait du contexte général très difficile auquel nous devons tous faire face aujourd'hui.  

Mettre en commun nos ressources, c'est aussi mieux s'organiser pour avancer plus vite dans la connaissance au service de ceux qui en ont besoin. Gardons à l'esprit que les avancées spectaculaires qui ont marqué ces trois décennies de lutte contre le V.I.H., et que beaucoup d'entre vous ont vécu depuis le tout début, n'auraient jamais pu voir le jour sans une étroite coopération internationale entre chercheurs, entre cliniciens et entre les représentants des patients. C'est pourquoi je tiens aujourd'hui à saluer ce formidable élan international que vous tous, qui venez de tous les continents, de toutes les disciplines biomédicales, des sciences sociales ou d'O.N.G., représentez.

Je sais que les équipes françaises sont très présentes au niveau européen et je ne peux que les encourager à renforcer ces partenariats au travers des grands programmes de l'Union européenne que madame Matthiessen évoquait il y a quelques instants. Je veux encourager la Commission européenne à développer de nouvelles initiatives pour permettre d'élargir les programmes de recherche, dans le champ de la recherche fondamentale, dans les nouvelles stratégies de prévention et dans la recherche d'un vaccin. Nous pouvons encore faire mieux, en particulier en recherche clinique et translationnelle, avec plus de moyens et de ressources.

Je me félicite également des partenariats établis de longue date avec l'ensemble des communautés scientifiques et médicales internationales, et les institutions qui les représentent. Je souhaite à ce titre saluer tout particulièrement et remercier de leur présence et de leur rôle éminent dans la lutte contre le sida que jouent nos collègues américains représentant le National institutes of health (N.I.H.): 

  • le docteur Jack Whitescarver, directeur de l'office of Acquired immune deficiency syndrome (AIDS) research qui co-préside ce symposium avec  Françoise Barré-Sinoussi ;
  • le docteur Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID) qui nous fera l'honneur dans quelques instants de donner la conférence plénière d'ouverture de ce symposium.

Je souhaite rappeler ici que la France est un partenaire clé de l'International AIDS Society dans le projet “Towards an H.I.V. Cure” mené par le professeur Françoise Barré-Sinoussi et plusieurs équipes internationales. Je me réjouis de la signature entre le N.I.H. et l'A.N.R.S. à l'occasion de la conférence I.A.S. de Washington, d'un accord pour développer les coopérations sur ce sujet.

Imaginer le futur, c'est le thème de cette conférence.

Pour le futur, je prêterai particulièrement attention à ce que la France maintienne sa position dans le paysage international de la recherche sur le V.I.H.. Je voudrais aussi souligner aujourd'hui, et sans aucun doute pour l'avenir, que le financement restera probablement un problème important. Dans la situation économique actuelle, la France renouvelle sa volonté de progresser dans la lutte contre le V.I.H.. La situation financière de la recherche mondiale sur le V.I.H. est extrêmement difficile, mais le maintien de cet engagement est essentiel.

J'espère que de nouvelles idées, de nouvelles approches, de nouvelles disciplines vont enrichir la recherche, en particulier sur les traitements du V.I.H., et vont permettre de développer de nouvelles préventions comme le vaccin. Mais nous sommes conscients que les ressources ne doivent pas être détournées des autres priorités comme augmenter l'accès au traitement ou encore combattre les discriminations et l'exclusion. Aujourd'hui, nous sommes plus que jamais prêts à mettre en œuvre les outils qui pourraient arrêter cette épidémie. Toutefois, ces outils ne servent à rien si nous n'avons pas les moyens financiers pour les mettre en œuvre. L'égalité d'accès de tous aux nouveaux outils qui seront développés par la recherche restera une priorité et une responsabilité que nous détenons tous collectivement.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite des travaux excitants et fructueux.

 

1ère publication : 22.05.2013 - Mise à jour : 17.10.2013

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