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L'innovation au service de la transition énergétique

Déplacement de Geneviève Fioraso en Suisse© Felix Imhof

A l'occasion du premier Forum de l'Innovation France-Suisse 2013, organisé sur le thème de l'innovation au service de la transition énergétique, Geneviève Fioraso est revenue sur l'importance de la politique d'innovation, enjeu majeur pour la France et la Suisse.

Discours - 4.06.2013
Geneviève Fioraso

C'est un très grand plaisir d'intervenir ici, au côté de monsieur Johann Schneider-Ammann, au Forum de l'Innovation France - Suisse  à l'Université de Lausanne consacré à l'innovation au service de la transition énergétique.

Ce Forum vise à favoriser les échanges et à nouer des partenariats entre scientifiques et industriels de nos deux pays. Dans le contexte actuel des débats sur la transition énergétique et le changement climatique, vous en conviendrez, cet évènement est une excellente opportunité pour construire ensemble et partager une vision commune sur un défi majeur de nos sociétés.

Je veux d'abord partager avec vous un constat évident pour quiconque suit les dynamiques internationales : partout dans le monde, de plus en plus, la formation, la recherche et l'innovation sont au cœur de la bataille pour la compétitivité, le socle de toute politique qui prépare le futur !

L'innovation : enjeu majeur

L'innovation est donc un enjeu majeur pour nos deux pays !

Le redressement économique de l'Europe,  appelle donc une nouvelle politique tournée vers l'innovation, la compétitivité qualité. C'est la seule voie possible pour améliorer nos atouts à l'export, développer l'emploi dans nos P.M.E. et E.T.I. et nous  libérer de l'étau de la concurrence prix au bénéfice de la compétitivité par la qualité.

Pendant 20 ans, sur le terrain, je me suis battue pour que la formation, la recherche technologique et l'innovation soient au cœur du développement économique et social.

C'est forte de cette conviction et d'une volonté de tous les instants pour relever ce défi  que je mène une action globale et cohérente depuis plus d'une année au M.E.S.R..

C'est cette politique volontariste que j'ai voulue inscrire dans le projet de loi relatif à l'enseignement supérieur et à la recherche que je porte et qui vient d'être voté au parlement. Il inscrit la contribution à la compétitivité de l'économie comme l'une des missions du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Le transfert des résultats de la recherche vers le secteur socio-économique est pour la première fois inscrit dans les priorités politiques de notre pays.

Car il faut cesser d'opposer recherche et innovation. Les pays qui innovent sont ceux qui mobilisent judicieusement l'ensemble des outils de l'innovation : la recherche, le transfert et la création d'entreprise innovante.

Nous devons mieux insérer la recherche dans la chaîne de l'innovation et créer de véritables écosystèmes où cette innovation peut se développer. Qu'est-ce que cela signifie concrètement pour la France ?

D'abord, il faut doter la France d'une vision porteuse d'avenir, d'un cap vers le futur.

C'est France Europe 2020, l'Agenda stratégique de recherche, que j'ai lancé officiellement le 21 mai à Paris. Il va permettre de mobiliser nos actions autour de grands défis sociétaux, comme la santé, l'énergie, ou encore la mobilité, en cohérence avec la dynamique européenne impulsée par Horizon 2020.

Nous devons confirmer dans la durée, avec constance, le soutien à la recherche fondamentale en lui redonnant un cadre de travail stable, préservé de la frénésie des appels à projets et ouvert à l'international, à commencer par l'Europe.

La recherche fondamentale a besoin d'être préservée car elle est le socle à partir duquel se créent les innovations de rupture.

Notre recherche est de très bonne qualité, elle est au meilleur niveau mondial dans de nombreux domaines et nous devons en être fiers. Mais, il faut bien reconnaître qu'aujourd'hui, notre recherche publique, avec son formidable capital "connaissance", doit être mieux valorisée ! Notre recherche scientifique est au 6e rang mondial, mais nous ne sommes qu'en 15e position pour l'innovation. Au moment où 25 % des jeunes sont au chômage, préoccupation partagée par toute l'Europe, il est vital de transformer nos inventions en innovations, donc en emplois, chaque fois que possible.

Notre recherche technologique est insuffisamment développée par rapport aux pays comparables au nôtre. Nous consacrons moins de 10 % des dépenses publiques de R&D à la recherche technologique, qui constitue pourtant une passerelle très efficace entre l'invention scientifique et l'innovation dans l'industrie ou, plus généralement, dans le tissu socio-économique.

Pour compléter nos dispositifs d'innovation, la communication que j'ai présentée en novembre 2012 au Conseil des ministres intitulée "Une nouvelle politique de transfert pour la recherche" a fixé un cap politique clair pour mon action dans ce domaine.

Le transfert par la création d'entreprises issues de la recherche publique et le développement de la culture entrepreneuriale, vecteur extrêmement puissant de transfert et d'impact économique, sont au cœur de ce plan "transfert" !

Au niveau européen, nous devons également mobiliser, en cohérence, nos moyens autour des KETs, les Key Enabling Technologies, celles qui vont permettre de renforcer la compétitivité de nos entreprises, réindustrialiser le pays et donc demain de créer des emplois.

Le défi de la transition énergétique est une excellente occasion pour échanger et débattre des meilleures approches et pratiques en termes de politique d'innovation !

Depuis la première crise pétrolière, c'est devenu une évidence pour nous tous : la question énergétique est au cœur de l'avenir de nos civilisations industrielles développées. Elle pose un problème de souveraineté des états, de solidarité mondiale et son impact socio-économique est majeur !

A titre d'illustration, la facture énergétique atteint en France 3,1 % du P.I.B., contre seulement 1 % dans les années 1990. La seule facture pétrolière se chiffre désormais à plus de 50 Md€.

Le thème de la transition énergétique s'est donc imposé dans le débat public ces dernières années.

Les défis environnementaux se multiplient car "la maison brûle" : raréfaction des ressources, changement climatique documenté par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC),... La tragédie de Fukushima a accéléré une prise de conscience générale.

L'innovation : une réponse aux défis

Ces défis appellent des réponses audacieuses où l'innovation joue un rôle clé.

La France et la Suisse ont en pris conscience et sont désormais fortement engagées sur cette voie de la transition énergétique :

  • la France a ratifié le protocole de Kyoto et participe à la stratégie 2020 de l'U.E. : diminution de 20% des émissions de gaz à effet de serre, augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen à 20%, et amélioration de 20% de l'efficacité énergétique ;
  • la Suisse, par sa "stratégie énergétique 2050", s'est donnée comme objectif la sortie du nucléaire dès 2034. La France s'est de son côté engagée à réduire de 75 à 50% la part de l'électricité issue du nucléaire à l'horizon 2025.
  • en France, en parallèle des investissements d'avenir sur les énergies renouvelables, un débat national sur la transition énergétique, se déroule jusqu'au mois de juillet.
  • le débat en France, s'organise autour de quatre grandes questions : comment aller vers l'efficacité énergétique et la sobriétéQuelle trajectoire pour atteindre le mix énergétique en 2025 ? Quels choix en matière d'énergies renouvelables et de nouvelles technologies de l'énergie ?  Quels coûts et quel financement de la transition énergétique ?

De même, en Suisse, le Conseil fédéral s'est engagé, par son message sur la recherche et la formation 2013-2016, à consacrer des moyens importants à ces domaines.

C'est dans ce contexte que le président de la République, François Hollande, a réaffirmé son ambition de "faire de la France la nation de l'excellence environnementale" et fixé le cap : "engager la transition énergétique" sur deux principes : "la sobriété et l'efficacité énergétique, et le développement des énergies renouvelables".

La France et la Suisse coopèrent depuis longtemps dans le domaine de l'énergie.

Au niveau scientifique par exemple, des chercheurs suisses et français travaillent ensemble au sein du GIEC. La Suisse est un partenaire majeur du projet ITER hébergé en France à Cadarache. C'est le plus grand projet de coopération internationale. Il faut en attendre beaucoup sur le plan scientifique, environnemental, économique tout en maîtrisant les coûts bien entendu ! Quant aux autorités de sûreté nucléaire des deux pays, elles se rencontrent régulièrement pour échanger des meilleures pratiques à adopter.

Au niveau économique également, nos entreprises collaborent étroitement et la France est un partenaire important de la Suisse dans sa gestion énergétique, puisqu'elle a fourni, en 2011, près de 28 TWh d'électricité à la Confédération.

Vers une "Rhone-Alpes Valley" ?

La recherche dans le domaine de l'énergie est particulièrement dynamique dans la région Rhône-Alpes avec la présence notamment de l'Institut français du pétrole-énergies nouvelles à Lyon, du C.E.A. à Grenoble ou de l'Institut national de l'énergie solaire à Chambéry.

On y trouve aussi plusieurs pôles de compétitivité dynamiques dont le pôle Tenerrdis à Grenoble focalisé sur les nouvelles technologies de l'énergie et l'efficacité énergétiques, avec les smartgrids.

De ce côté-ci de la frontière, l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, avec son Energy Center et ses entreprises associées, son futur Campus de Sion consacré aux énergies nouvelles, est également un centre d'excellence en la matière.

Ce premier Forum est donc une excellente opportunité pour promouvoir le développement de partenariats franco-suisses en R&D au niveau national et local avec une initiative que vous allez discuter de coopération transfrontalière : "Rhône-Alpes Valley for sustainable energy".

Enfin, ce forum franco-suisse ne devrait pas rester un évènement isolé.

Sa réussite doit nous encourager à renouveler ce type de rencontres de manière régulière, pour échanger sur de nouvelles thématiques intéressant nos deux pays.

 

En conclusion : préparer l'avenir, c'est s'appuyer davantage sur notre recherche et innovation pour répondre aux grands défis économiques et sociétaux du 21e siècle. L'énergie est sans conteste, un enjeu majeur pour nos sociétés.

Nous devons travailler, tous ensemble, au progrès de notre société, une société fondée sur la connaissance, dans laquelle les avancées technologiques sont source de progrès, de bien-être et de solidarité.

Je vous souhaite un très bon Forum et vous remercie de votre attention.

Publication : 4.06.2013

Renforcer la coopération franco-suisse sur le plan scientifique et universitaire

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Delphine CHENEVIER

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