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Remise de la médaille de l'innovation 2013 du C.N.R.S.

Médaille de l'innovation du CNRS

La médaille de l'innovation du C.N.R.S. récompense des personnalités dont les recherches exceptionnelles ont conduit à des innovations marquantes sur le plan technologique, économique, thérapeutique et sociétal. Geneviève Fioraso a tenu à féliciter les trois chercheurs lauréats. 

Discours - 13.06.2013
Geneviève Fioraso

Retenue à Londres pour le G8 des ministres de la Recherche, je ne peux malheureusement pas être parmi vous aujourd'hui au C.N.R.S., pour cette cérémonie de remise des médailles de l'innovation, et je le regrette. Je tenais donc à vous adresser ce message, pour féliciter trois chercheurs remarquables pour leur contribution à des innovations importantes : Philippe Cinquin, Ludwik Leibler et Stéphane Mallat.

La recherche, la formation et l'innovation sont des enjeux majeurs pour notre société.

D'une part, la connaissance est un patrimoine commun, une richesse : repousser les frontières de la connaissance est une des aventures les plus formidables de l'humanité.

D'autre part, la connaissance est un levier essentiel pour la transformation socio-économique de notre pays. Plus que jamais, dans la période économique difficile que nous traversons, il est important que l'excellence scientifique et les innovations se diffusent dans l'ensemble des secteurs industriels et de services, pour assurer les emplois d'aujourd'hui et développer ceux de demain. C'est pour nous tous une responsabilité dans le redressement économique de notre pays, et un défi sans cesse renouvelé.

Le gouvernement porte une politique volontariste sur le transfert, que j'ai inscrit dans le projet de loi relatif à l'enseignement supérieur et à la recherche, en cours de discussion parlementaire. Ce projet de loi réaffirme et clarifie la mission de transfert de la recherche dans l'ensemble de ses dimensions, avec notamment l'objectif de mettre de la fluidité dans la gestion de la propriété intellectuelle et la priorité donné pour la valorisation aux P.M.E./E.T.I. et à l'exploitation industrielle en Europe.

Par ailleurs, dans un budget globalement contraint, l'enseignement supérieur et la recherche publique ont été protégés. Notre recherche a besoin d'être sanctuarisée et je veux préserver toute la liberté académique et le temps nécessaire à la recherche fondamentale, pour laisser s'épanouir la créativité. C'est de là que naissent les innovations de rupture. C'est ainsi que le futur ordinateur quantique utilisera très probablement les travaux purement fondamentaux du Professeur et Prix Nobel Serge Haroche.

Un des principaux vecteurs de transfert, ce sont les chercheurs dont l'engagement dans des actions de transfert et d'innovation doit être reconnu et soutenu.

C'est dans cet esprit que le C.N.R.S., présidé par Alain Fuchs, distingue nos chercheurs parmi les plus brillants et les plus visionnaires à travers la Médaille de l'innovation. J'ai d'ailleurs pu constater avec Alain Fuchs, au cours du voyage du président de la République au Japon, la qualité des partenariats de notre recherche publique avec les laboratoires et entreprises japonaises sur des thèmes aussi divers que le photovoltaïque organique et les centrales photovoltaïque à concentration, ou la caractérisation par l'A.D.N. du seuil de tolérance à la radiothérapie dans le traitement des cancers.

La compétence de notre recherche est complètement reconnue : il faut en être fier et la transformer ensuite en innovation, et pour cela multiplier les partenariats avec les entreprises. Car ce qui caractérise la recherche japonaise avec 3,6% du P.I.B., bientôt 4%, c'est un effort consenti à 80% par le privé, alors qu'il ne représente en France que  40% des 2,28 % du P.I.B. consacrés  la recherche.

Les trois lauréats distingués aujourd'hui ont pour point commun d'avoir des parcours pluriels, enrichis d'expériences interdisciplinaires. Vos chemins n'ont jamais été linéaires et démontrent que recherche, innovation et transmission des savoirs se nourrissent mutuellement.

Philippe Cinquin

Cher Philippe Cinquin : nous nous connaissons et nous apprécions depuis longtemps. Excusez ce prisme grenoblois. Encore étudiant, vous avez une prédilection pour les passerelles entre disciplines, les mathématiques appliquées et la médecine. Une triple carrière, de chercheur, d'universitaire et d'hospitalier, vous permet de réaliser de nombreuses premières médico-chirurgicales, en neurochirurgie d'abord, puis en orthopédie, en radiothérapie, en urologie et en chirurgie endoscopique.

Vous impulsez également la création et la croissance de plusieurs start-ups, Praxim dès 1995 avec Stéphane Lavallée, suivie de Koelis, Endocontrol, Surgiqual Institute et Uromems qui valorisent directement vos vingt-huit brevets et permettent des percées significatives dans la performance et la sécurité du geste chirurgical. En tant qu'ex vice-présidente de l'agglomération grenobloise, financeur de la pépinière d'entreprise de Biopolis qui a accueilli la plupart de ces start-ups, j'ai toujours apprécié votre esprit d'entreprise et votre envie de jeter des passerelles entre les sciences et la société. On vous doit d'ailleurs les premiers cours en ligne de nos universités de médecine et la création d'entreprises et d'emplois.

Ludwik Leibler

Docteur en physique de l'université de Varsovie, vous réalisez votre stage post-doctoral au Collège de France et au C.E.A. où Pierre-Gilles de Gennes vous fait découvrir le monde des polymères, puis vous entrez au C.N.R.S. en 1979 où vous obtenez des résultats devenu classiques dans le domaine de la physique et de la chimie des polymères. Vous représentez à merveille le lien pouvant exister entre la recherche fondamentale et l'industrie, avec la création en 1996 d'une unité mixte C.N.R.S./industrie que vous dirigerez pendant huit ans, pour aboutir à des découvertes de rupture telles que le caoutchouc auto-cicatrisant ou les vitrimères, une nouvelle classe révolutionnaire de matériaux plastique façonnable comme du verre.

Auteur d'un nombre impressionnant de publications scientifiques, à l'origine de 44 brevets, vous êtes aujourd'hui directeur du laboratoire Matière molle et chimie de l'Ecole supérieure de physique et de chimie industrielle, que vous entrainez par votre capacité d'étonnement et d'imagination, avec les maîtres mots que vous vous plaisez à rappeler : liberté et prise de risque.

Stéphane Mallat

Votre parcours est tout aussi varié et passionnant. Dès 1986, pendant vos travaux de thèse, vous jetez un regard nouveau sur les fonctions mathématiques appliquées aux données numériques et vous pressentez que l'information numérique va déferler sur de nombreux secteurs de la société, de l'industrie, des sciences. Vos travaux innovants amènent des avancées significatives dans le traitement des sons et des images et mèneront au standard international de compression JPEG-2000. De là, vous sautez le pas pour créer la start-up "Let it wave" et valoriser ainsi vos découvertes, d'abord dans le secteur des stockages de photos d'identité sur les cartes à puces des passeports, ensuite dans le marché de la télévision haute définition. Vous revenez ensuite à la recherche, pour vous consacrer à un nouveau défi, celui de traiter l'extraordinaire diversité des données – biomédicales, économiques, musicales, photographiques – qui peuvent être traitées par des structures mathématiques similaires, que notre cerveau peut apprendre. Vous voilà désormais à une nouvelle interface, celle des mathématiques et des neurosciences.

Chers lauréats, vos travaux sont exemplaires de la richesse de la recherche française. Ils témoignent de l'importance de soutenir la recherche de long terme, sans laquelle il n'y a pas d'innovation de rupture.

Vous êtes trois chercheurs d'exception et, à travers vous, c'est une vision de la recherche riche de ses interactions qui est distinguée, démontrant tout ce que la recherche publique de haut niveau a à apporter à la compétitivité de notre pays. C'est ce qui se passe partout dans le monde, que ce soit dans les pays développés ou émergents.

C'est le sens de la loi sur l'enseignement supérieur et la recherche qui est en débat en ce moment, qui préserve la recherche fondamentale, développe la recherche technologique et renforce le transfert pour que davantage d'inventions deviennent des innovations créant  ainsi des emplois à valeur ajoutée durable. Vous êtes les acteurs de ces innovations et je vous en remercie.

Merci au C.N.R.S., à Alain FUCHS et à ses équipes pour l'organisation de ces médailles de l'innovation, et pour donner des exemples utiles à la communauté scientifique française et internationale.   

Philippe Cinquin, professeur d'informatique médicale

 


Philippe Cinquin, professeur d'informatique... par CNRS

 Stéphane Mallat, mathématicien

 


Stéphane Mallat, mathématicien par CNRS

 

Ludwik Leibler, physico-chimiste

 


Ludwik Leibler, physico-chimiste par CNRS

1ère publication : 13.06.2013 - Mise à jour : 21.11.2013

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