Energie, développement durable, chimie et procédés

Allocution d'accueil de Geneviève Fioraso pour les délégations ministérielles étrangères du Conseil ministériel d'ITER au MuCEM

Le réacteur expérimental à fusion ITER© C.E.A.

La ministre a accueilli les délégations ministérielles étrangères du Conseil ministériel d’ITER au MuCEM à Marseille, ce jeudi 5 septembre 2013. À cette occasion, elle a également tenu a rappeler l'enjeu d'ITER : maîtriser l'énergie de fusion pour répondre à une demande énergétique mondial croissante.

Discours - 5.09.2013
Geneviève Fioraso

Seul le prononcé fait foi.

 

C’est un honneur pour la France en tant que pays hôte du grand projet international ITER d’accueillir le deuxième Conseil ITER de niveau ministériel qui se déroulera demain à Cadarache au Siège de l’Organisation que nous avons inaugurée avec le Commissaire Günther Oettinger au début de cette année.

Permettez-moi en premier lieu de souhaiter la bienvenue en France à tous les membres des délégations ministérielles. C’est un grand plaisir pour moi de vous accueillir ici au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM) à Marseille Capitale Européenne de la Culture 2013, avec les responsables de l’Organisation ITER et les représentants des collectivités locales et de partager avec vous ce moment privilégié de détente et d’échange.

Je voudrais remercier le Commissaire Günther Oettinger pour l’initiative qu’il a prise de réunir les ministres ou leurs représentants des pays partenaires du projet (U.E., Chine, Inde, Japon, Corée, Etats-Unis et Russie) et le Directeur général de l’Organisation ITER, M.Osamu Motojima, pour la mobilisation de ses équipes pour organiser dans les meilleures conditions possibles ce Conseil Ministériel.

Sept ans après le lancement formel du projet ITER, c’est une occasion importante, pour constater sur place, l’état d’avancement des travaux déjà bien engagés, et réaffirmer collectivement la volonté de l’ensemble des partenaires à poursuivre la réunion des moyens nécessaire au plein succès du projet.

Comme je le disais, il y a un instant, nous nous étions retrouvés il y a quelques mois, le 17 janvier plus précisément, à Cadarache avec le Commissaire Oettinger et le Directeur général Motojima pour inaugurer ensemble le Siège d’ITER. Et, belle illustration des liens qui unissent science et culture au sens traditionnel des mots, le MuCEM qui nous accueille aujourd’hui et le siège d’ITER partagent un point commun : le même architecte, Rudy Ricciotti.

Le MuCEM, Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée que nous allons visiter ensemble, a été inauguré quant à lui, le 7 Juin dernier dans le cadre des festivités célébrant Marseille, Capitale Européenne de la Culture 2013.

Ce magnifique musée est décrit comme "un bâtiment de pierre, d’eau et de vent".

Nous pouvons, à Marseille, ajouter tout naturellement le quatrième élément, le Feu et son symbole le Soleil. La résonance sera alors parfaite entre les deux projets, ITER et le MuCEM, puisque ITER cherche en maîtrisant l’énergie de fusion à recréer sur Terre le mode de production de l’énergie du soleil ! Un sacré défi !

Vous l’avez compris, pour la France comme pour les partenaires internationaux du projet, ITER représente un enjeu stratégique majeur, une opportunité de coopération internationale d’une ampleur inégalée et des enjeux sociétaux fondamentaux pour préparer l’Energie Durable des générations futures ! Mais le projet ITER est avant tout une formidable aventure humaine, scientifique et technologique.

ITER s’inscrit dans un contexte mondial de demande énergétique en croissance très rapide.
Si l’on raisonne à long terme, et c’est nécessaire pour de tels enjeux, on estime que la demande d’énergie primaire devrait augmenter à l’échelle mondiale au moins d’un tiers, d’ici à 2035, tirée en particulier, par le développement des pays émergents.

Ces éléments sont pris en compte dans le débat lancé par le Président de la République, François Hollande, qui vient de s’achever en France, sur la transition énergétique. A cet égard, les atouts de la fusion sont potentiellement décisifs : c’est une énergie dé-carbonée, durable.

ITER représente une voie prometteuse, même si le chemin sera encore long avant de pouvoir en bénéficier pour relever les défis énergétiques à venir.

Cette quête d’une énergie abondante passe par la levée de nombreux verrous scientifiques.
Vous connaissez l’ambition d’ITER, qui rejoint un vieux rêve de l’humanité : maîtriser l’énergie du soleil !

La fusion, à très haute température, on parle de plus de 100 millions de degrés, d’atomes de deutérium et de tritium, dont les sources se trouvent en abondance sur Terre, est explorée par les scientifiques depuis les années 1950. Des progrès important ont été réalisés grâce aux techniques de confinement en tokamak. Ce défi scientifique n’est pas à la portée d’un pays seul, mais nécessite une mobilisation à l’échelle mondiale.

Le projet ITER est unique au monde, avec la construction d’une très grande infrastructure de recherche qui mobilise les communautés scientifiques et les industriels de trois continents.

Ces très grandes installations, en répondant à des enjeux sociétaux considérables, en nourrissant de grandes ambitions scientifiques, relèvent aussi des défis technologiques très prometteurs. C’est le constat que j’ai eu l’occasion de partager avec mes homologues et leurs conseillers du domaine de la Fusion dans les différents pays où je me suis rendue ces derniers mois, et pour ne citer que la dernière occasion, à Séoul avec le Directeur d’ITER Korea, que j’ai le plaisir de saluer ce soir.

La machine ITER constitue une étape expérimentale indispensable pour développer, à terme, un réacteur de fusion de démonstration. Mais, en chemin, dans ce grand voyage de la recherche fondamentale, ITER permettra aussi de tester des technologies très innovantes.

Nous pouvons raisonnablement espérer des ruptures technologiques majeures à l’instar du développement des aimants supraconducteurs développés en leur temps pour le LHC du CERN.

Comme l’exploration spatiale, comme l’exploration intime de la matière, le défi de la fusion fait partie des grandes aventures qui rassemblent les Nations et les Hommes. Ce nouvel horizon scientifique ne sera pas atteint sans cette coopération scientifique planétaire, qui honore l’humanité.

L’Union Européenne a joué un rôle important tout au long du projet d’ITER. Elle a accepté d’être son plus gros contributeur financier, manifestant ainsi un soutien à ce projet comme elle ne l’a fait pour aucun autre à ce jour. Par décision du 12 Juillet 2010, le Conseil Européen des Ministres a approuvé ce qu’il est convenu d’appeler la "reference base line". Son engagement représente un montant de 6,6 milliards d’euros aux conditions économiques de 2008 !

C’est la raison pour laquelle il était important, pour de nombreux pays européens, et pour la France en particulier, que le financement d’ITER soit bien inscrit dans le cadre financier pluriannuel de l’Union Européenne pour les sept ans à venir, en témoignage de cet engagement fort.

J’ai âprement défendu cette position à Bruxelles en tant que ministre en charge de ce dossier pour la France. C’est maintenant chose faite et je me réjouis, Cher Commissaire Oettinger, de l'accord politique trouvé entre le Conseil des ministres de l'Union européenne et le Parlement européen sur le Cadre Financier Pluriannuel au mois de juin 2013. Le financement d'ITER sur la période 2014-2020 est désormais parfaitement stabilisé au sein du budget communautaire. Cette décision confirme s'il en était besoin la détermination de l'U.E. à mener à bien ce projet exceptionnel.

Compte tenu des enjeux, il est crucial pour l’Europe comme pour tous les partenaires et le projet lui-même qu’ITER Organisation et F.4.E. mettent tout en oeuvre pour garantir la maitrise du budget, du calendrier et les performances de la machine. C’est un enjeu majeur pour le projet et pour préserver le capital de confiance que les opinions publiques comme les élus lui accordent !
La France contribue au projet ITER en tant que membre de l'Union européenne, au même titre que les 27 autres pays de l’Union.

Elle apporte une contribution financière particulière pour la construction d'ITER à hauteur de 20 % de la part européenne.

Elle assume, en outre, en tant que "Pays Hôte", des responsabilités particulières. Nous avons ainsi pris un certain nombre d’engagements, pour accueillir dans les meilleures conditions possibles les installations prévues et les personnels d’ITER Organisation, sur le site de Cadarache.

Ces engagements, la France, grâce à l’organisation spécifique qu’elle a mis en place, a tenu tous ses engagements dans le respect parfait du calendrier prévu, selon les spécifications requises et dans le cadre des budgets alloués.

On mentionnera sans les détailler :

  • le décret d’autorisation de création de l’INB ITER signé par le Gouvernement français le 9 novembre 2012
  • la création de l’Ecole internationale de Manosque financée et réalisée par le Conseil régional Provence-Alpes-Côte-d’Azur
  • le Welcome Office de l’Agence ITER France
  • l’aménagement de l'itinéraire de transport spécial entre Berre et Cadarache (sur plus de 100 km) financé par le CG13, en majeure partie, et par l’Etat en complément, et dont le premier test grandeur nature aura lieu dans quelques jours.
  • l’acquisition et la mise à la disposition du site
  • les éléments de préservation de la biodiversité
  • enfin l’ensemble de bâtiments qui constituent le nouveau siège de l’organisation internationale inauguré le 17 Janvier 2013.

Je dois dire que l’Etat français a pu compter sur le soutien sans faille des collectivités territoriales, pour mettre en place ces services. Les Conseils généraux des Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Vaucluse, Var et Bouches-du-Rhône, ainsi que le Conseil régional Provence-Alpes-Côte-d'Azur et la Communauté du Pays d'Aix, ont apporté une contribution totale de 467 millions d'euros. Qu’ils en soient ici chaleureusement remerciés !

Ce fort engagement de la France s’inscrit dans une politique scientifique plus générale, caractérisée par une ambition de premier plan pour la recherche, fondée sur l’exigence de l’excellence.

Avec l’Europe, cette Europe de la Recherche que nous sommes en train de bâtir, dans le cadre d’Horizon 2020, nous faisons, nous Français, le pari de la recherche et de l’innovation.

C’est notre façon de relever le défi du redressement productif par la compétitivité qualité. C’est bien cette politique et cette vision que la Loi E.S.R. que je viens de faire voter en Juillet par le Parlement français, incarne.

Portée par 7 pays pionniers et des équipes opérationnelles motivées et professionnelles, ITER est avant tout une formidable aventure qui va structurer et rapprocher la communauté mondiale des chercheurs travaillant sur la fusion. Votre présence aujourd’hui ici témoigne de votre engagement pour la réussite du projet et je tiens à vous remercier tout particulièrement !

Nous partons, ensemble, à la conquête du soleil, mais nous avons bien l’intention de garder les pieds sur terre pour réussir ensemble!

Je vous remercie de votre attention !

1ère publication : 5.09.2013 - Mise à jour : 10.09.2013

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