Discours de Geneviève Fioraso à l'occasion du coup d'envoi de la rentrée étudiante à l'I.U.T. d'Angers-Cholet

Accueillie ce lundi 9 septembre 2013 par le Président de l'Université et les responsables de l'I.U.T.  d'Angers-Cholet et en présence des représentants des associations des présidents et directeurs d'.I.U.T., la ministre a rappelé les deux objectifs du Gouvernement : la réussite étudiante et la démocratisation de l'enseignement supérieur.

Discours - 9.09.2013

Seul le prononcé fait foi.

C'est un grand plaisir d'être parmi vous ce matin, au sein de l'Université d'Angers, et de son I.U.T.

 

Je tenais à saluer les réussites de cette université dynamique et attractive, qui a réussi le pari, en s'intégrant dans la ville et la région, en s'ouvrant à son environnement socio-économique, de concilier efficacement sa contribution au développement territorial et ses ambitions nationales et internationales. Ici, à Angers, vous avez réussi à faire converger les exigences de grands pôles de recherche avec celles de la réussite étudiante. L'ambition du Gouvernement pour l'enseignement supérieur, c'est de permettre à ces universités de la réussite, comme Angers, de trouver toute leur place dans notre paysage universitaire national et à l'international.

 

Mais c'est dans cet I.U.T., qui a entrepris une belle rénovation architecturale, et qui a mis en place un ambitieux projet global en faveur de la réussite étudiante, que je voulais évoquer avec vous les mesures que nous avons prises pour la réussite et l'insertion professionnelle de tous les étudiants. Je dis bien tous, et vous nous l'avez démontré, les études supérieures doivent s'ouvrir à la réussite du plus grand nombre. La contribution des I.U.T. à cette politique est essentielle.

 

La démocratisation des études, c'est d'abord un enjeu de justice sociale, mais c'est aussi un enjeu de redressement économique de notre pays. L'objectif des 50 % d'une classe d'âge diplômée de l'enseignement supérieur fixé à Lisbonne il y a presque 10 ans n'a toujours pas été atteint. Je veux rattraper ce retard et je compte particulièrement sur les I.U.T. pour nous aider à la fois à accueillir plus d'étudiants, en les aidant à réussir leur parcours, et à favoriser l'accès aux études pour les jeunes issus de familles modestes.

 

La réussite des I.U.T. depuis leur création il y a 40 ans sont connues : la voie technologique est indispensable à la formation des cadres intermédiaires dont l'économie a besoin. Elle est aussi une opportunité pour une partie des jeunes bacheliers, d'engager des études qui, grâce à des passerelles que nous voulons renforcer, leur permettent, après obtention du D.U.T., de les poursuivre jusqu'au master ou au doctorat ou d'intégrer des écoles d'ingénieurs ou de commerce.

 

Les I.U.T. ont fondé leur succès en créant des conditions favorables à la réussite étudiante :

  • des jeunes qui choisissent une filière et un I.U.T. en connaissance de cause, dans une offre nationale simple et lisible,
  • des départements d'I.U.T. qui choisissent leurs futurs étudiants, en fonction de leurs compétences et de leur motivation,
  • des équipes pédagogiques qui entretiennent d'étroites relations avec leur environnement, et notamment avec les futurs employeurs, pour préparer l'insertion des étudiants diplômés,
  • enfin, des méthodes pédagogiques diversifiées, adaptées aux différents profils de bacheliers, avec une place importante pour les méthodes actives.

 

Les I.U.T. sont devenus des composantes, intégrées dans leurs universités, fer de lance pour tout ce qui concerne la professionnalisation des études, les relations avec les entreprises et la prise en charge de différents types de bacheliers.

 

La réforme de l'enseignement supérieur que je conduis confortera l'action et le rôle des I.U.T. dans les universités. Vos réussites sont autant d'objectifs de la loi du 22 juillet, que nous mettrons en œuvre ensemble.

 

Ce que vous avez entrepris ici, à Angers, au service des étudiants et de leur réussite, est tout à fait remarquable. Ce qui caractérise les I.U.T. et le vôtre en particulier, c'est une organisation globale en faveur de la réussite étudiante.

 

Au moment où trop d'étudiants abandonnent en cours de formation parce qu'ils n'ont pas de projet d'étude bien défini, parce qu'ils ne sont pas dans la filière qu'ils avaient choisie, parce que l'écart entre ce qu'on leur propose et ce qu'ils attendaient est trop grand, parce que rien n'est prévu pour combler cet écart,

 

Au moment où des entreprises expriment chaque jour leurs besoins de techniciens qualifiés et de nouvelles compétences pour faire face aux défis de la croissance et de la compétitivité,

 

Vous avez conçu un projet global pour accompagner le choix et l'orientation des lycéens, pour adapter les approches pédagogiques à la diversité de vos publics, et pour offrir, avec notamment la formation en alternance, de véritables opportunités pour des situations de formation dynamiques, proches de l'exercice d'un métier, et très favorables à une insertion professionnelle de qualité.

 

Je sais que l'I.U.T. d'Angers-Cholet a toujours privilégié le recrutement des bacheliers technologiques. En témoignent les pourcentages de ces bacheliers que vous accueillez et qui sont parmi les plus élevés des Pays de la Loire. Dans votre Contrat d'Objectifs et de Moyens, vous aviez fixé un  objectif cible de 33 % au terme de 2012, alors que la moyenne nationale était à 27%.

 

Pour cette rentrée, au niveau national, la moyenne progresse de 3 points, en atteignant 30 % de bacs technos en I.U.T., avant même la publication des décrets d'application de la loi.

 

Mais ici à Angers, vous avez encore anticipé et vous avez décidé de faire mieux encore. Dès 2013, vous avez fixé un objectif cible de 40 %. Vous avez déjà mis en œuvre l'esprit de la loi, en tenant compte des potentiels différents de chaque filière. Vous avez fixé la cible à 42 % pour 4 filières sur 6, et à 35 % pour les deux autres. En 2013, vos résultats globaux approchent 36 %, soit un gain de trois points en un an.

 

Cette action volontariste participe d'un projet d'ensemble, car toutes les conditions de la réussite sont nécessaires et solidaires : on ne peut recruter plus de bacheliers technologiques que si, en amont, on fait en sorte d'attirer davantage de lycéens de la filière technologique vers les I.U.T., en particulier les filles, grandes absentes de ces filières, et si, en aval, on adapte les approches pédagogiques.

 

C'est ce que vous faites déjà :

  • vous entretenez de longue date des relations avec les lycées proposant des filières technologiques, et vous souhaitez les renforcer,
  • vous désignez chaque année des "ambassadeurs" enseignants qui vont au-devant des lycéens pour leur présenter les filières et les métiers,
  • vous organisez des rencontres préparatoires spécifiques entre des enseignants de l'I.U.T. et les professeurs principaux des terminales technologiques, des rencontres qui s'inscriront désormais dans le continuum bac-3/ bac+3 que je mets en place avec Vincent Peillon, déjà défini dans une circulaire co-signée par nos deux ministères,
  • vous développez considérablement les stages et l'alternance. J'y reviendrai,
  • vous avez décidé d'aménager et de diversifier les méthodes d'enseignement. Vous avez notamment choisi pour cela de développer l'usage des technologies numériques, en particulier pour mieux accompagner les bacheliers technologiques, en mettant ainsi à leur disposition des éléments de mise à niveau et des connaissances de base, les contenus fondamentaux des programmes, et des versions complémentaires des enseignements qu'ils reçoivent en présence des enseignants.

 

Tout ceci est à l'exemple de ce que je veux généraliser dans tous les territoires. La loi du 22 juillet développe une approche globale de la réussite étudiante. Cette loi contient un ensemble de mesures, dont certaines, on le voit ici même à Angers, font déjà la preuve de leur efficacité. Elle doit être mise en œuvre maintenant sur tous les territoires, en cohérence globale.

 

Et pour cela, nous devons faire sauter tous les verrous, comme celui de l'orientation des bacheliers professionnels et technologiques. Nous devons repenser et réformer l'ensemble des conditions de la réussite.

 

La priorité donnée dans la loi aux bacheliers technologiques dans les I.U.T. est à la fois un enjeu social, de formation et un enjeu d'insertion professionnelle. Après la loi, nous sommes en train de préparer le décret précisant les modalités de mise en œuvre : priorité d'accès ne signifie pas accès de droit généralisé et pour tous, et cette priorité doit être compatible avec le principe de la sélection à l'entrée. J'ai déjà pu constater que, dans votre anticipation de la loi et du décret d'application, vous n'avez aucune difficulté à concilier les deux.

 

J'ai également pu constater que déjà, un peu partout en France, les comportements des I.U.T. évoluent. La plupart d'entre eux anticipent d'une certaine manière la loi et le décret.

 

En 2013, 13 500 bacheliers  technologiques ont  reçu  et  accepté  une proposition  en  I.U.T., contre 12 000 l'an dernier, alors que le nombre de bacheliers technologiques n'a pas augmenté entre 2012 et 2013. En conséquence, même si les bacheliers généraux demeurent largement majoritaires, la proportion des bacheliers technologiques a déjà augmenté de trois points (de 27 % à 30 %). En comparaison, vous suivez la même tendance (+3 %), mais en conservant une avance significative (6 %).

 

Cette réforme de l'orientation était nécessaire. Pourquoi ?

 

Aujourd'hui, toutes les études le montrent, l'enseignement supérieur, non seulement ne corrige pas les inégalités initiales, mais les aggrave. Ce n'est pas acceptable, et il faut renverser la tendance pour que l'Université rétablisse l'ascenseur social républicain, redevienne un lieu d'espoir, de projection dans un avenir meilleur pour toute une classe d'âge.

 

De ce point de vue, l'orientation des bacheliers professionnels ou technologiques, où les élèves sont souvent issus de milieux modestes, est un enjeu tout à fait essentiel. Le mouvement est amorcé en ce sens et je veux l'amplifier dans le quinquennat. C'est aussi pour cela que le Gouvernement a débloqué 400 millions d'euros en 3 ans pour les bourses aux étudiants, conformément à l'engagement du Président de la République de faire de la jeunesse sa priorité. C'est un effort sans précédent, qualifié même d'historique par un mouvement étudiant peu enclin à l'indulgence.

 

Mais, il faut aussi améliorer substantiellement l'insertion professionnelle.

 

Pour cela, la solution la plus efficace, c'est de l'anticiper, dans la formation elle-même, et dans les méthodes pédagogiques proposées aux étudiants. C'est bien la relation si particulière entre les I.U.T. et les entreprises qui fait d'ailleurs la force des formations et l'efficacité de l'insertion professionnelle des étudiants.

 

C'est aussi la raison pour laquelle je souhaite améliorer l'organisation des stages dans l'enseignement supérieur.

 

Le nombre de stagiaires en France a connu une progression importante au cours de ces dernières années, dans un contexte de chômage élevé des jeunes. C'est une bonne chose : c'est la preuve de l'engagement de nombreuses entreprises pour la formation des jeunes et le résultat d'une intégration plus importante de ces stages dans les formations. Mais nous savons tous que des abus existent, que certains stages sont assimilés à des "emplois déguisés" ou se substituent à des offres d'emplois stables pour les jeunes diplômés en fin de master.

 

Je suis convaincue de l'intérêt des stages. Ils facilitent l'accès au premier emploi : un tiers des jeunes diplômés déclarent avoir eu une proposition d'embauche suite à un stage, et la moitié de ceux qui ont accepté ont signé un C.D.I. Ils aident aussi les étudiants dans leurs choix d'orientation en 1er cycle.

 

Nous le savons, leur développement au sein des formations est inégal : 32 % des étudiants à l'université sont en stage, mais ils sont majoritairement et plutôt en master et bien trop faibles en licence. En revanche, 89 % des étudiants en 2ème année de D.U.T. bénéficient d'un stage, ce qui contribue indéniablement à la qualité des formations et de l'insertion professionnelle.

 

Mais je tiens à ce que le stage demeure un outil au service de la formation, en évitant toute forme d'abus.

 

La loi du 22 juillet prévoit déjà des mesures fortes pour mieux accompagner les étudiants dans leur recherche de stage, en confiant des missions nouvelles aux universités. Elle améliore les droits des stagiaires, notamment leur gratification, qui est désormais obligatoire quel que soit l'organisme qui les accueille. Elle renforce leur intégration dans les cursus, en prévoyant notamment un volume pédagogique minimal dans chaque convention de stage, pour éviter les certaines conventions de complaisance.

 

 

Je vous le confirme également : comme l'a annoncé le Premier ministre, une initiative législative sera prise avec mon collègue Michel Sapin d'ici la fin de l'année pour améliorer encore les conditions des stages.

 

A l'I.U.T. d'Angers-Cholet, vous avez développé les stages, mais je voudrais aussi insister sur votre projet de développement de l'alternance. Au cours des quatre dernières années, le nombre de vos contrats de professionnalisation est passé de 30 à 120. Le nombre de licences professionnelles en apprentissage est passé de 1 à 3. Vous projetez d'ouvrir chaque année deux nouvelles licences professionnelles en alternance.

 

Actuellement, vous proposez 17 licences professionnelles, et au moins 14 d'entre elles sont organisées pour tout ou partie en alternance.

 

C'est une voie d'avenir, parce que l'alternance est non seulement un excellent tremplin pour l'emploi pour son insertion dans l'entreprise, mais aussi parce qu'elle transforme la pédagogie en modifiant la relation entre l'étudiant, l'enseignant et le tuteur. C'est enfin un moyen de permettre la poursuite d'études longues à des jeunes qui ont besoin d'une rémunération. C'est donc non seulement une voie d'excellence vers l'emploi, mais aussi un levier de démocratisation dont nous ne pouvons pas nous priver.

 

La loi du 22 juillet reconnaît enfin l'alternance comme une voie de formation à part entière à l'université. Notre objectif, c'est de doubler les effectifs d'étudiants en alternance, en la généralisant à tous les types de formation. J'ai le sentiment que vous y prendrez largement votre part, et même au-delà.

 

Nous sommes donc aujourd'hui dans un I.U.T. qui réussit, qui se montre réactif, innovant et entreprenant. Un I.U.T. qui entretient depuis longtemps d'excellentes relations avec son université et son écosystème et qui n'est pas troublé par des soucis de gouvernance.

 

La loi de 2007 a suscité des inquiétudes légitimes sur la place des I.U.T. dans la gouvernance des universités.

 

Ce n'est pas un propos polémique. C'est un constat : les I.U.T. ont souvent eu du mal à trouver leur place dans les universités passées en R.C.E. Je considère que l'Etat doit être garant de la bonne coopération entre toutes les composantes de l'université.

 

Nous voulons donc redonner toute leur place aux I.U.T. au sein des universités. C'est pourquoi j'ai inscrit dans la loi le dialogue de gestion entre les universités et leurs composantes, ainsi que la réécriture du décret I.U.T. pour en tirer toutes les conséquences règlementaires. Il s'agit de clarifier les relations, les objectifs partagés et la contribution de chacun.

 

Ici, à Angers, le dialogue de gestion est remarquable, vos Contrats d'Objectifs et de Moyens pluriannuels sont aux normes, efficaces et dynamiques. Je vous en félicite.

 

Au-delà du dialogue entre l'université et son I.U.T., l'enjeu est d'élargir et d'intensifier la coopération entre tous les acteurs de l'enseignement supérieur et  de la recherche sur un même territoire. Nous voulons que, dans chaque académie, toutes les filières de l'enseignement supérieur collaborent, se coordonnent, et définissent des perspectives et des objectifs communs.

 

Les nouveaux regroupements territoriaux proposés par la loi pour l'E.S.R. sont soit des fusions, des fédérations ou co-fédérations, soit des communautés d'universités et établissements, soit des associations par convention. Ces différentes modalités de regroupements peuvent être combinées, pour que chaque dispositif, dans chaque académie ou inter-académie, soit parfaitement adapté aux particularités et aux besoins du territoire. Ces regroupements permettent à la fois de définir une stratégie commune sur un même territoire, tout en donnant davantage de visibilité à la trentaine de pôles qui vont progressivement se substituer à la centaine d'établissements actuels.

 

Ce principe a été parfaitement compris dans votre académie. Tous les acteurs ont déjà largement anticipé la publication de la loi, je le sais, pour faire plusieurs hypothèses de regroupement et de gouvernance. J'ai également compris que les solutions retenues exploitent toutes les combinaisons possibles, notamment entre les communautés et les associations.

 

Votre objectif est à la fois de renforcer la coopération sur chaque site (Angers, Le Mans et Nantes), et d'améliorer la visibilité et la cohérence de l'ensemble des Pays de Loire. J'ai été particulièrement intéressée et rassurée par l'originalité de ce projet de regroupement, et par votre inventivité : vous apportez la preuve par l'exemple du fait que la loi suscite la créativité et encourage les acteurs des sites à innover.

 

Dans cette perspective, les I.U.T. doivent trouver leur place dans ces regroupements. Les équipes et les départements des I.U.T. participeront à ces dynamiques territoriales, scientifiques et pédagogiques, parce qu'ils participent déjà pleinement aux écosystèmes de leur territoire.

 

Les futures Communautés auront besoin des I.U.T.. Merci d'être présent à ce rendez-vous. Votre expérience contribuera utilement à leur réussite, et surtout à la réussite des étudiants, notre priorité commune.

 

Ainsi, nous participerons efficacement à la priorité pour la jeunesse fixée par le Président de la République, en aidant toute une génération à se projeter avec succès dans l'avenir.

 

Je vous remercie de votre engagement.

1ère publication : 9.09.2013 - Mise à jour : 20.01.2016

Delphine Chenevier

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